Palestine occupée

Made in Israel : la crise de Gaza


Michel Warschawski - Znet

La première de nos priorités, en Israël comme dans le monde, est d’organiser la solidarité avec Gaza et sa population.


fullin13@caramail.com
Samedi 14 Juillet 2007

Made in Israel : la crise de Gaza
Le vieux rêve d’Ariel Sharon devient réalité : des Palestiniens tuent des Palestiniens, et Israël compte les victimes avec une immense satisfaction. Les craintes des dirigeants israéliens ne sont que larmes de crocodiles, et leurs proclamations comme quoi ils sont désolés des développements tragiques à Gaza ne sont que simple hypocrisie. Les affrontements sanglants étaient prévisibles, et la responsabilité, l’implication active des Israéliens et des Américains sont claires comme de l’eau de roche.

De nombreux journalistes israéliens analysent la responsabilité d’Israël comme indirecte : « 1,4 million de personnes enfermées dans un petit territoire comme Gaza, sans aucune possibilité de vie économique normale, et sans possibilité de s’échapper, sont condamnées à s’entre-tuer... comme des souris enfermées dans une boite. » Cette explication zoologique n’est pas que raciste, comme à l’habitude, elle est aussi basée sur un euphémisme énorme. En réalité, le rôle des Israéliens et des USA dans les présents affrontements a été bien plus qu’une simple « création des conditions » pour un conflit interne palestinien.

Pendant des mois, le département d’Etat US a poussé la direction du Fatah à lancer une offensive militaire contre le Hamas, et il y a deux semaines, Israël a donné son feu vert à l’entrée d’une importante quantité d’armes pour les milices du Fatah à Gaza. En ce sens, la participation israélienne à la situation actuelle n’est pas seulement conjoncturelle, Israël y a joué un rôle actif.

Qui est l’agresseur ?

« Le Hamas a pris le pouvoir », « Coup d’Etat du Hamas », tels sont certains des titres des journaux israéliens de ces derniers jours, répétant les gros mensonges des administrations de Tel Aviv et Washington. Il s’avère qu’il y a besoin de faire apparaître clairement ce qui devrait être évident : le Hamas a écrasé le Fatah aux dernières élections, après un processus électoral que la communauté internationale toute entière, y compris Washington, a salué comme « le plus démocratique jamais vu au Moyen-Orient ». Processus démocratique incontestable et soutien populaire massif, bien peu de régimes peuvent prétendre à une telle légitimité.

En dépit de sa grande victoire, le Hamas a accepté de partager le pouvoir avec le Fatah dans un gouvernement d’union nationale, formé sous les auspices de l’Arabie saoudite et de l’Egypte, salué par toute la communauté internationale, à l’exception de Washington et d’Israël. La plate-forme politique du nouveau gouvernement comportait de facto la reconnaissance de l’Etat d’Israël et avalisait la stratégie de négociations pacifiques basée sur le mécanisme d’Oslo.

La priorité du nouveau gouvernement a été de s’atteler à l’amélioration des questions brûlantes d’économie intérieure, à la restauration de l’ordre public dans Gaza, à la lutte contre une corruption endémique de la vieille administration conduite par le Fatah - tout en acceptant que le Président Mahmoud Abbas et l’OLP poursuivent le processus de négociations, si et quand Israël sera disposé à le reprendre.

La plate-forme modérée du gouvernement Hamas, cependant, s’est trouvée confrontée à deux ennemis puissants : une partie des cadres du Fatah qui n’étaient pas prêts de renoncer à leur monopole dans le pouvoir politique, et aux privilèges matériels tirés de ce monopole, et les gouvernements néoconservateurs américain et israélien qui mènent une croisade mondiale contre l’Islam politique. Muhammad Dahlan, l’ancien chef de la Sécurité préventive et actuellement conseiller de Mahmoud Abbas à la Sécurité, est représentatif à la fois des exécuteurs des plans de Washington au sein de la direction palestinienne, et des dirigeants corrompus du Fatah prêts à tout pour ne pas perdre leurs ressources économiques.

Depuis la victoire électorale du Hamas, la milice de Dahlan provoque le gouvernement, attaque les milices du Hamas et refuse de laisser le gouvernement contrôler les forces de police palestiniennes. Malgré l’agression de Dahlan, le Hamas a fait tout ce qu’il pouvait pour arriver à un accord avec lui, demandant à ses propres militants de s’abstenir de toute escalade violente. Cependant, quand il fut clair que Dahlan ne cherchait pas de compromis, mais en réalité tentait de liquider le Hamas, l’organisation islamique n’a plus eu d’autre alternative que d’agir elle-même et de se défendre.

Le modèle algérien

Le plan US/Israël s’intègre dans une stratégie globale visant à imposer des gouvernements fidèles à leurs intérêts, contre la volonté de la population locale. L’Algérie nous fournit un exemple de cette stratégie, mais aussi de son échec et de son coût humain colossal : la victoire électorale incontestable du FIS (Front islamique du salut) sur un FLN corrompu et discrédité, en 1991, a été suivie d’un coup d’Etat, soutenu par la France et les USA, lequel a préparé le terrain pour une guerre civile qui a duré plus d’une décennie et provoqué plus de cent mille victimes civiles.

Le Hamas a bien appris de la tragédie algérienne, et il a décidé de ne pas laisser Dahlan réussir dans sa tentative de prendre le pouvoir par la force. Bénéficiant de l’appui de la majorité de la population locale, les militants du Hamas ont écrasé le Fatah en moins de deux jours, malgré les armes fournies à celui-ci indirectement par Israël : une milice corrompue sans soutien populaire ne pouvait faire face à une organisation relativement disciplinée et hautement motivée.

Même après sa victoire écrasante sur le Fatah, la direction du Hamas a renouvelé son intention de conserver un gouvernement d’union nationale et de ne pas utiliser l’échec du coup d’Etat du Fatah comme prétexte à l’éradication de l’organisation ou à son exclusion du gouvernement. La direction du Fatah, cependant, a décidé de couper tout contact avec le Hamas, et d’installer un gouvernement sans le Hamas... en Cisjordanie. Un autre rêve d’Ariel Sharon qui devient réalité : la séparation totale entre la Cisjordanie et Gaza, cette dernière étant considérée comme un « Hamastan », une entité terroriste dans laquelle il n’y a pas de civils, seulement des terroristes qui peuvent être mis sous un état de siège absolu, et condamné à la famine.

Washington, qui approuve totalement cette politique, a promis son entier soutien à Mahmoud Abbas et à son nouveau bantoustan en Cisjordanie, et Ehud Olmert a décidé de débloquer quelque argent palestinien sur ce que le gouvernement israélien retient.

Pas une guerre civile

L’un des objectifs des administrations israélienne et US n’a cependant pas été atteint : il n’y a pas de désordre à Gaza. Au contraire. Comme un officier de la sécurité palestinienne le déclarait à Ha’aretz (le 17 juin) : « Depuis très longtemps, la cité n’avait pas été tranquille. Je préfère la situation présente à la précédente. Je peux, finalement, sortir de chez moi... » L’élimination des bandes du Fatah de Gaza peut permettre la fin d’une longue période d’anarchie, ainsi que le retour, à un certain niveau, à la vie normale. Les derniers évènements ont confirmé que le Hamas avait la force de l’imposer.

Les propos des Israéliens sur une « guerre civile palestinienne » ne sont rien de plus que l’expression de leur désir. L’affrontement armé s’est produit entre milices armées seulement, et si, malheureusement, des civils en ont été victimes, c’était ce que l’armée US appelle des « dommages collatéraux ». La population est effectivement divisée politiquement - en Cisjordanie comme à Gaza - mais les gens ne se combattent pas entre eux, du moins pour l’instant.

Avec Gaza qualifiée d’entité hostile et toute sa population d’alliée au Hamas, il n’y a aucun doute qu’elle sera, dans un proche avenir, la cible d’une attaque israélienne violente : à terme, avec des incursions militaires, des bombardements et la famine.

C’est pourquoi, la première de nos priorités, en Israël comme dans le monde, est d’organiser la solidarité avec Gaza et sa population.



Michel Warschawski est journaliste et écrivain. Fondateur du Centre d’information alternative (AIC) en Israël, il est l’un des représentants du courant radical antisioniste en Israël. Parmi ses livres : « Sur la frontière » (Stock - 2002), « A tombeau ouvert - la crise de la société israélienne » (La Fabrique - 2003), « A contre chœur » (Textuel - 2003).


Samedi 14 Juillet 2007

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