Société

MODERNITÉ, PROGRÈS, HUMANISME … AH ...


Une découverte en appelant d’autres, les conditions de vie sont censées passer naturellement d’un stade d’amélioration à un autre, chaque époque se percevant plus « moderne » que la précédente. Evolution oblige. Chaque époque ou génération est de ce fait convaincue de vivre au mieux de ses moyens et aptitudes par rapport aux précédentes. Trois déclinaisons de « moderne » (entre autres synonymes dans un traitement de texte), dont les implications devraient nous intéresser au premier chef, illustrent le phénomène : innovant, avant-gardiste, inédit. En théorie, étant intelligents de nature, nous devrions aussi nous sentir de plus en plus heureux. Il semble pourtant que cela n’aille pas de soi.


saidab
Vendredi 18 Août 2017

Modernité et bonheur : des valeurs compatibles ?

Je plante mon drapeau : avec les « améliorations » des traitements de texte, autant je m’enrichis de vocabulaire, ou redécouvre celui dont j’ai perdu l’usage faute d’usage, autant je ne sais plus écrire ! Un doute ? Un clic ! Une erreur signalée par un trait rouge qui ne me saute pas aux yeux ? Un clic ! Je n’ai plus besoin de retenir. Et l’impatience me guette ...

Si moderne signifie innovant, et si l’objectif ou l’effet des innovations est une amélioration sensible des conditions de vie, nous devrions avoir atteint un degré de bien être, ou au moins de contentement appréciable depuis que nous innovons d’une époque moderne à la suivante. Si c’est le cas, on ne s’en rend pas encore compte. Mais ça ne saurait tarder ...

Si ça signifie avant-gardiste : les techniques et services se seront améliorés au-delà de ce que nous pouvions espérer à notre époque. Notre bonheur serait arrivé plus tôt qu’à notre tour ... Aïe ! Parce que, n’y étant pas préparés, nous l’aurons laissé filer. Benêts que nous sommes ... L’impression générale d’un mal être endémique, nous la devrions à une intuition de ce raté … Car bon an mal an, autant les techniques s’améliorent, autant la vie en société se détériore : assassinats de présidents jamais élucidés, guerres fulgurantes à ramifications, cartes d’identité intactes qui s’échappent miraculeusement de tonnes de débris fumants d’un gratte-ciel qui s’effondre en quarante cinq secondes presque en silence, contraintes sanitaires sur des populations libres de choisir, libérations sexuelles de gré à gré, troubles psychiques spontanés, consommations à profits garantis, délinquances mutantes ... Ça, oui, c’est à la portée de tous. Mais peut-être ne sommes-nous pas suffisamment éveillés pour saisir les subtilités de la modernité humaniste ...

Mais peut-être que l’état pathologique de notre modernité est réel, et qu’il serait une conséquence mécanique d’une évolution excessive par rapport à notre métabolisme temporel. Si c’était le cas, pouvons-nous conjurer le sort ? Avons-nous une chance de pouvoir revenir au temps qui nous correspond ? Dans lequel il devient possible de trouver sa place en tant que soi, en tant que sociétés, et en tant qu’humanité. Hélas ! Dans la mesure où il ne semble pas que quiconque puisse situer le moment où notre tour est ou était censé advenir, nous risquons de ne jamais tomber sur la bonne encoche sur l’échelle des abscisses. Ou des ordonnées, allez savoir. L’école ne nous tend pas ce genre d’échelle de valeurs. Heureusement, il y a wiktionary ! Ou malheureusement, si l’on considère que ce n’est à Internet que revient la tâche de nous instruire (on comprendra plus loin la raison de mon acharnement envers l’école (je n’ai pas dit « contre » l’école)). L’évolution, inventée par nous-mêmes ne l’oublions pas, nous pousse vers encore plus d’améliorations des techniques. Donc plus d’erreurs de navigation et d’entrechocs partout où nous nous croisons. D’ailleurs, il semble que la prétention au bonheur a fait long feu. Tout au plus nourrissons-nous un espoir vacillant de pouvoir nous sentir en sécurité chez nous ; quand on en a un.

Si « moderne » signifie inédit : personne ne l’aura imaginé ainsi, et la modernité que nous nous attribuons nous prend à la gorge parce que nous ne la comprenons pas. Et ne saurions plus à quoi nous aspirons : plus de progrès encore, avec le risque de plus de désenchantement ; ou bien un tout petit peu de bonheur, juste de quoi savoir à quoi ça ressemble … Pauvres de nous donc ! Maître nous nous sommes voulus, mais pas suffisamment futés pour choisir quels maîtres être. Rien ne nous empêchait d’être de bons maîtres. Pas du tout par charité, ni par humanisme. Dans notre intérêt le plus égoïste. Détendez-vous ! Ce n’est qu’une histoire, même si elle vous parle de vous. Quinze centilitres d’eau plate de temps en temps vous fera le plus grand bien. Essayez avant de jeter l’idée aux orties.

Car nous aurons constaté que tels que nous exerçons notre pouvoir, notre savoir, nos envies, nos libertés, nous sommes les premiers à en baver, comme atteints par la rage que nous provoquons. Pour sortir des ténèbres de notre condition si contradictoire, il se pourrait qu’il nous suffise de comprendre pourquoi les choses se passent ainsi … C’est là que se trouve notre recours. Ne sommes-nous pas doués de raison ? Voici une idée à facettes. Les vôtres sont bienvenues.

Les choses se passeraient ainsi parce que …
Parce que nous nous trompons de langage, de symboles, donc de mythes, qui sont le nutriment de nos consciences ... Et que notre langage et ses dérivés, auxquels nous nous accrochons comme des tiques, nous trompent autant que nous sommes capables d’être trompés. Ou plutôt de nous laisser tromper.
Parce que la modernité, un mythe ordinaire, est un concept et non la réalité. Il se trouve que la gestion des affaires publiques et mondiales sur la seule base de mythes trouble les esprits.
Parce que nos dirigeants, maîtres de nos destinées et maîtres d’œuvre de nos modernités successives, englués dans l’immatérialité de leurs programmes, ne savent pas de quoi ils parlent ; puisque leur langage les leurre. Mais ils n’en ont pas conscience. S’ils en avaient conscience, accordons-leur le crédit d’une réaction normale : un choc épileptique invalidant. De choc épileptique en choc épileptique, il y a belle lurette que les dirigeants à tous les niveaux prendraient soin de poser leurs pieds à plat sur la terre qui les porte ; un pas après l’autre. Voici un exemple de concept. Des plus bénins et pourtant des plus représentatifs de la virtualisation de nos actes. Qui se sont dépouillés de la cordialité envers lui-même dont un être conscient de son être est nécessairement doté. N’est-ce pas en cela que nous serions supérieurs aux animaux ...

Tout maître, et chacun de nous est potentiellement maître à son niveau, s’endurcirait dans sa fonction au fur et à mesure que les bulles qu’il produit lui échappent (les concepts). Comme il ne sait faire que cela, il est acculé à la fabulation ; la réalité ne s’invente pas. Les fables de nos maîtres comme les nôtres ne sont plus un secret pour personne mais, dans l’erreur généralisée, ils poursuivent leurs chimères, incapables de s’avouer qu’ils (se) racontent des histoires … Ce que nous apprenons à faire en masse, parce que c’est le berger qui donne la direction. Raison pour laquelle, peut-être, nous sommes de moins en moins aptes à communiquer, même avec nos enfants … Considérons la bulle E2C (Homotransexuabilis, pp 93-94, 4/2007 – 8/2017). Depuis, le concept s’est adjoint un suffixe olympique, E2Ciades. Les voies du Progrès sont sablonneuses même si elles nous restent impénétrables.

AVERTISSEMENT : il va de soi (en tout cas pour moi) que mon sujet n’est pas le dispositif mais le statut du concept en tant symbole/ sigle et moyen d’information/ enseigne. Je m’exprime en tant que spectateur profane d’un mode de communication public qui m’interpelle. Parce qu’il ne me parle pas de ce qu’il peut contenir.

A un moment épique pas si lointain de notre époque actuelle, des ministres de couleur ont fait un yo-yo étourdissant sur l'échelle des promotions symboliques : un préfet issu de l'immigration est lancé à grand tapage ; un commissaire d'origine maghrébine balancé sur la rampe de l'égalité des chances ; la prison pour les mineurs et la discrimination positive inondent notre espace audiovisuel ... Je ne sais pour quelle raison ces bourrasques de la vie publique évoquent pour moi, irrésistiblement, l'E2C.
Le dispositif n’est pas connu du public mais dans les milieux de la réinsertion, celui des jeunes publics dits « en échec », l’E2C fait le buzz. De prime abord, E2C évoque dans mon esprit un détachant puissant (K2R?). Aucun rapport ? Sincèrement ? Un programme mystérieux dédié à des échouant récidivistes ; un promesse codée d’une réussite réglementée ; E=MC2 revisité … Non ! École de la Deuxième Chance. E2C ! Un peu torve, mais ça en jette !

Cherchons des poux là où on pourrait en trouver … « Deuxième » nous informe de la faillite d'une première. Faillite s’accorde avec échec. Échouer signifie perdre une chance, une occasion. Ne pas correspondre à ce qui est requis. A mettre en parallèle avec SE perdre : se retrouver là où on ne le souhaitait pas ; où on n’est pas en sécurité ; où on ne veut pas de vous … Donner une deuxième chance à quelqu’un qui a vécu cette mésaventure donne-t-il plus de chances de moins échouer ? Oui, si la deuxième chance en est une ; si les conditions correspondent aux besoins de la personne et non à des prérequis. Si c'était le cas, la formule quasi scientifique E2C aurait pour effet une réduction progressive de l’échec social post-scolaire. De plus en plus d'échoués scolaires seraient récupérés et en capacité de rejoindre le monde du travail. Ou au moins celui des personnes non exclues du travail pour défaut d’aptitudes ou de qualifications.

Si c’est le cas, si l’E2C fonctionne aussi bien (depuis 1997), pourquoi ne pas offrir une deuxième chance de même nature à tous, en même temps que la première ? Ainsi ferait-on d’une pierre deux coups : supprimer ou réduire l’échec à la racine, la scolarité, et faire l’économie de l’E2C ! Ou au moins en réduire le volume et le coût. Entre cent milles et cent trente milles jeunes sauvés d’une détresse de plus de dix ans ! Entre cent milles et cent trente milles jeunes arriveraient à l’âge pré adulte confiants dans leur destin … Pour l’instant, 100 000 à 130 000 jeunes « sortent du système scolaire chaque année sans diplôme ni qualification, et se retrouvent confrontés à la difficulté de rentrer dans le monde du travail. » https://reseau-e2c.fr/

A la racine de cette évolution à problèmes multiples …
D’un côté, la scolarité est la seule première chance POUR TOUS, et elle est le domaine exclusif de l’État. L'échec de socialisation que l'E2C est censé réparer provient donc de l’action de l’École de la République. D’un autre côté, deuxième chance signifie que l'école publique est la première chance donnée aux enfants. Donnée ! Or en français, donner une chance à quelqu’un revient soit à faire œuvre charitable à son égard, soit, virtuosité spécifique à la langue française, le contraire : le soumettre à des conditions contraignantes. En fait les deux, parce que la charité appelle la reconnaissance, n’est-ce pas ? Y a-t-il cadeau plus lourd à porter que la reconnaissance ; la dépendance morale ... Déduction strictement linguistique : la scolarité est une première « mise à l'épreuve ». L’élève est mis en situation de « montrer » ce qu’il sait, et non d’apprendre ; c’est-à-dire à acquérir des connaissances. Et du savoir être ? Et le tour est joué : la responsabilité de l'échec scolaire est attribué à l'élève. Et aux parents bien évidemment, qui le sont de moins en moins en vertu des libertés octroyées par les libérateurs des mœurs et coutumes. Joli tour de passe-passe ! Qui ne réduit pas l’incompétence institutionnelle qui ne sait pas transmettre ce qu’elle est censée transmettre : des savoirs fondamentaux. Et peut-être aussi, s’il vous plaît, un tout petit peu de morale fondamentale Bis.

Ce qui se résume à ceci : alors qu’on détient le monopole des pouvoirs de décision, programmation, gestion, formation, et évaluation, on fait porter l'échec du système au bénéficiaire du service ; de moins en moins docile il faut l’admettre. Dans ces conditions, la « deuxième chance » n’a aucune chance de réussir à réparer les dégâts causés par une première chance conditionnée. Pas plus que la prison, le centre fermé ou la double peine ne transformeront les jeunes délinquants en garçons et filles heureux, droits, volontaires. En citoyens modèles. Une grenouille ne coasse-t-elle pas naturellement comme les grenouilles de son espèce ? Si deuxième chance il y a, elle est pour notre pomme. Une deuxième après la mise en faillite de l'éducation populaire, de la famille, de la morale. Une deuxième chance pour nous de réussir quelque chose que nous foirons plutôt bien depuis suffisamment longtemps pour que ça nous revienne à la figure en bonne et due forme. En privé comme en public, nous ne sommes plus des modèles de conduite ou de logique pour nos jeunes. Sans compter que le concept E2C est notablement cynique (personne n’est mis en joue. Je parle du nom du dispositif).

Proposer aux jeunes en désespérance de revenir à l’école pour être sauvés quand elle leur inspire des phobies est aussi conséquent que de suggérer à un agneau en train de se faire dévorer d’admettre de bonne grâce d'être dévoré, cette fatalité relevant de sa condition à lui. Pourquoi donc « école » alors que les jeunes dits « en échec » en ont bavé toute leur vie d'élèves. Non parce qu'ils ne veulent pas apprendre, cela n’existe pas, mais parce que l'école ne sait pas leur apprendre (j’ai écrit « école », pas « enseignants »). A moins qu’elle ne sache pas QUOI leur apprendre. Ce que suggère ce phénomène peu civilisé à mon avis : pour nationaliser les esprits, on arrange l’histoire intra nationale (voyez Marion SIGAUT entre autre sur youtube pour la France). Pour dénationaliser les esprits, on arrange l’histoire alter nationale (La vérité sur Hitler : https://m.youtube.com/watch?v=vCBIKBPTOe8, Jacques-R-Pauwels ; « Comment la terre d’Israël fut inventée » : https://www.youtube.com/watch?v=H6ESPwHY5Po, Shlomo Sand)

Mais il faut tomber par inadvertance sur ces informations informelles non médiatisées pour découvrir le pot au feu (bouillon de cultures de nodules empoisonnants). Et commencer à s’interroger sur tout sujet traité par les médias, officiels par définition. En particulier sur les programmes et sujets scolaires puisque c’est à l’école que tous les enfants apprennent les mêmes vérités tripotées. La défiance est un poison insidieux partagé par tous les bords. Juste parce que le langage sert les symboles ; les symboles le pouvoir. Que la parole n’est plus partagée ; les avis différents ne sont pas autorisés (je ne mentionnerai pas la shoa, la pratique de la torture, les « affaires » officiellement officieuses entre des entreprises et des banques nationales et des régimes « ennemis » … Internet est riche de ressources). Des concepts savants qui soustraient notre propre réalité à nos propres yeux. Un état des relations intra et inter nationales qui prend cependant un sens simple quand on l’envisage sous l’angle d’un conditionnement. Ce qui implique une situation de stress (du chien de Pavlov à nous : http://ungraindesable.the-savoisien.com/index.php?post/Retranscription, Alfred Schaefer).

Les grands, qui auront réussi ou pas importe peu, ne réalisent pas que leur rapport à l'école relève de la dépendance psychophysique. Un mammouth, ça laisse des empreintes dans les circonvolutions ... Nous vouons aux symboles du système scolaire une allégeance quasi hypnotique, et portons les valeurs scolaires, en adhésion ou en opposition, comme on porte une prothèse ; à vie. Le rapport à l'école est tellement puissant, bardé qu'il est de dogmes non verbalisés, que les E2Céins et assimilés (enseignants, formateurs, éducateurs, employeurs, politiques, syndicalistes, agents de l’ordre) ne réalisent pas que des modifications de rythmes et de symboles se sont produites depuis qu’ils ne sont plus LES jeunes. Des modifications qui nous coupent des réalités de la vie des jeunes que nous prenons en charge. Nous pouvons faire des efforts méritoires, ils restent vains car nous essayons d’enfoncer des pointes en aluminium dans un matériau composite conçu pour une manipulation à distance. En retard sur les évolutions de la société, on voudrait que les jeunes soient plus reconnaissants et restent derrière. Ou plutôt qu’ils suivent gentiment, docilement ; et écoutent comme on a écouté en son temps. On ne se rend pas compte que nos mondes se superposent ... Les adultes les plus chahuteurs en leur temps ne sont pas, loin s’en faut, les moins réglementaristes une fois en poste. Les plus en difficulté en leur temps ne sont pas les moins intransigeants face à des résistances juvéniles. Outre que, dans le même temps, tout autour des jeunes aujourd’hui (un aujourd’hui qui date ...) les entraîne dans un courant opposé. Progrès ? Humanisme ?

La texture chimique du symbole, le retard des esprits, interpellent sur le rôle réel assigné à l'E2C. On peut donc imaginer, défiance mutuelle oblige, que ce concept appliqué pourrait servir à dévier l'attention d'une situation que personne ne contrôle plus. E2C ne serait plus une chance mais une arnaque : tu verras, en E2C, on t’y traite comme un grand. C’est toi qui choisis le travail que tu veux faire et comment tu le fais. Une vengeance : c'est la galère ? Reviens à l'école ; on t’y attend. Une taquinerie mesquine : allez ... On voit bien que tu es largué. On est gentil. On te reprend en l'état … Avec ça, on attend des jeunes, en particulier ceux d'origine étrangère, une conduite exemplaire. Les adultes (de nos jours seulement ?) auront-ils oublié de grandir dans leur tête de rêveurs magnétisés, irrésistiblement attirés par les symboles de grandeurs ?

Mais si la modernité des humanistes peut être précoce et nous passer sous le nez sans qu’on n’y voit autre chose que du vent, elle ne peut pas être tardive : on arrive où on peut quand on peut. La modernité technique et conceptuelle peut nous prendre à la gorge, elle n’empêche personnes d’explorer d’autres terrains. Nous avons la parole articulée, non ?


Vendredi 18 Août 2017


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