Politique Nationale/Internationale

MODERES, DITES-VOUS ?


Pendant que l’armée israélienne lance ses bombes sur les civils et détruit méthodiquement les infrastructures au Liban et à Gaza, certains en Occident se chargent de «donner du sens» à la logique des fascistes-religieux de Tel-Aviv. Bush, en allié inconditionnel, ne se perd pas beaucoup en discours: Israël, membre fondateur de l’axe du bien, a toujours raison, n’en déplaise aux «réalistes» arabes.


Farid@evhr.net
Mardi 18 Juillet 2006

Tony Blair se charge de fournir la grande explication. Dans une envolée lyrique destinée à une opinion matraquée de propagande antimusulmane, il évoque un «arc de l’extrémisme», constitué principalement de la Syrie et de l’Iran, qui entraverait la glorieuse exportation militaire de la démocratie au Moyen-Orient. Faut-il voir dans ces propos un exemple du fameux humour britannique ? Non, of course, le leader britannique ne donne pas dans ce registre. Ces explications sont l’exercice d’autojustification d’un politicien ayant engagé son pays dans une expédition aux conséquences incalculables et qui se défausse de ses lourdes responsabilités sur ses victimes irakiennes. Mister Blair feint de croire que sa guerre mercenaire a enfanté une démocratie dans un Irak implosif pour éviter de contempler le résultat sanglant de ses appétits stratégiquement pétroliers.

La démocratie palestinienne a pourtant bien fonctionné, sous stricte supervision, mais son produit a été systématiquement bombardé par Israël avec l’aval empressé de l’Occident démocratique. Lequel ne perçoit aucun extrémisme en Israël, alors que même les plus complaisants des «arabes modérés» connaissent la nature agressive d’un Etat fondé sur une idéologie national-religieuse ouvertement raciste.

Alors, en définitive, que serait donc un «arabe modéré» selon le porte-parole de la Civilisation ? Un supplétif des armées d’occupation en Irak ? Quelqu’un qui clame son mépris à l’endroit d’électeurs lorsqu’ils choisissent des représentants qui n’agréent pas à Washington ? Quelqu’un qui trouve légitime qu’Israël soit dispensé de respecter le droit international ? Quelqu’un condamné à accepter la suprématie de la force brute et à renoncer à revendiquer ses droits ?

On voudrait bien être dans l’air des temps «civilisés» et suivre Tony Blair dans sa dénonciation de «l’arc de l’extrémisme», si ce n’est que son souhait est que cet arc imaginaire se transforme en croissant stérile du défaitisme arabe, bien réel celui-là. Aucun conflit n’est insoluble, mais les stratèges de l’hégémonie ont constamment veillé à ce qu’aucune solution juste ne soit possible au Proche-Orient.

La catégorisation simpliste des arabes en extrémistes et modérés n’est qu’un leurre visant à entretenir la confusion et à nourrir des vassalités au sein de régimes arabes globalement liberticides. Les propos britanniques procèdent des notions creuses du discours de la domination, une simple évolution de la théorie de la conspiration formulée dans la novlangue impériale. Comme de bombarder un bus de civils libanais en fuite et le qualifier ensuite de «cible terroriste».

Si Blair peut trouver quelques échos dans des milieux confinés du monde arabe, il devrait savoir que nos sociétés ne partageront jamais sa conception de la démocratie sélective et de la modération capitularde. Car la plaisanterie sur les bons et les méchants arabes ne fait rire personne, surtout pas les enfants de Palestine, d’Irak et du Liban.

K.Selim
Le Quotidien d'Oran


Mardi 18 Juillet 2006

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