Géopolitique et stratégie

M. Barack Obama et la géopolitique d'Israël



Manuel de Diéguez
Lundi 9 Février 2009

M. Barack Obama et la géopolitique d'Israël

"Les civilisations sont mortelles, les civilisations meurent comme les hommes, et cependant elles ne meurent pas à la manière des hommes. La décomposition, chez elles, précède leur mort, au lieu qu'elle suit la nôtre."

Georges Bernanos, Essais et écrits de combat, tome II (1995), La liberté pour quoi faire?

1 - Un poste avancé de la civilisation ?
2 - Un croisé de la liberté et de la justice ?
3 - Le lion et le mouton
4 - L'enjeu nucléaire
5 - Un encéphale mis sous haute tension
6 - L'inconscient de l'histoire d'Israël
7 - Un discours imaginaire de M. Barack Obama
8 - La mort est l'enclume des nations
9- Ne vous laissez pas séduire
10 - Le tragique de l'Histoire
11 - Quel est leur Dieu et quel est le nôtre ?
12 - La porte étroite
13 - La précipitation est mauvaise conseillère
14 - Le droit international face à l'imaginaire religieux
15 - La docilité de nos vassaux
16 - Le Bien et le Mal

 

1 - Un poste avancé de la civilisation ?

Le génocide de Gaza et la concomitance de ce désastre diplomatique irréparable avec l'entrée en fonctions du nouveau Président des Etats-Unis a déclenché une accélération foudroyante de l'histoire du monde; mais comme Clio modifie rarement son rythme pour se précipiter tout subitement dans la bonne direction, son changement de pas la conduira à courir vers le pire. Il se produira donc une aggravation à toute allure de l'abcès ; et ce sera la hâte même de la gangrène à s'étendre qui conduira à l'aporie salvatrice, c'est-à-dire à un pourrissement suffisamment rapide pour faire tourner les talons aux porteurs des brûle-parfums fatigués de la démocratie.

Alors l'heure sonnera de faire le point des contradictions internes qui paralysent la politique des goupillons de la liberté et dans lesquelles le président Barack Obama aura commencé par s'empêtrer avant qu'il ne découvre, non sans effarement, que la planète a suivi en catimini un tout autre chemin de la Providence que celui de l'Amérique d'Abraham Lincoln. Mais comment démontrer aux myopes qu'ils ont fait fausse route, comment les rattraper in extremis par leurs basques ? L'heure est-elle trop tardive de les arrêter au bord du gouffre dans lequel ils sont appelés à tomber?

La géopolitique d'Israël est bien connue: il s'agit, pour cet Etat marchand et guerrier, de faire croire à tout l'univers que la civilisation occidentale aurait grand besoin d'installer un avant-poste de son industrie et de son génie du commerce au Moyen-Orient, afin de s'implanter dans l'Islam par la force conjuguée des idéaux de la démocratie et d'une pratique fructueuse des affaires. Mais cette stratégie se réduit à un stratagème. Qu'étaient-ce que l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, l'Indochine, sinon des têtes de pont de la civilisation occidentale sous l'oriflamme de la France de 1789 ? Qu'étaient-ce que l'Afrique du Sud, la Rhodésie, l'Egypte, l'Inde, sinon des garnisons avancées de la civilisation des sciences et de la technique sous la bannière de l'Angleterre impériale?

2 - Un croisé de la liberté et de la justice ?

Il se trouve que, depuis soixante-dix ans, la planète a offert le spectacle d'un immense Waterloo de l'homme blanc, qui a été battu à plate couture sur le champ de bataille de la décolonisation du monde. Pourquoi Israël jouirait-il du rang d'un avant-poste de la reconquête coloniale? Il s'agit donc d'un titanesque attrape-nigaud; mais comme chacun sait que les subterfuges, simulacres et faux-semblants de la politique internationale sont les déguisements semi religieux de l'esprit de conquête des Etats, il convient d'observer de plus près les faces dont les masques voudraient cacher les traits.

Les parures du théâtre antique étaient taillées afin de dissimuler les visages et les corps. Israël rit-il, ricane-t-il ou affiche-t-il un large sourire sous les vêtements qui le cachent de la tête aux pieds ? Cet acteur connaît-il la fureur, le dépit, le découragement, la honte, la fierté et l'orgueil dans les coulisses où s'affairent ses maquilleurs et ses couturiers?"Vous vous sentez sans doute coupable pour crier si fort", dit M. Erdogan à Davos face à un Shimon Perez indigné sous l'outrage que le monde entier est censé lui infliger. Mais l'anthropologie critique se demande ce que la triple chlamyde d'Israël voudrait légitimer en secret: la sainteté du colon réhabilité sur une planète décolonisée, le martyre d'un peuple retourné sur ses terres après un long exil ou l'apostolat du croisé de la démocratie mondiale? Car sous ces masques superposés se cache un tout autre enjeu : il s'agit d'élever la terre retrouvée de Jahvé et de Moïse au rang de foyer et de forge de la planète de la liberté et de la justice.

Pour cela, il est astucieux de scinder ce peuple en deux personnages en apparence opposés mais, complémentaires, celui de la victime éternelle et celui que Jahvé a armé de la foudre de sa justice. Le premier de ces rôles est relativement facile à tenir : il suffit de se proclamer menacé jour et nuit d'égorgement par des voisins redoutables et prêts à bondir sur vous à chaque instant. Le second semble non moins aisé à illustrer, puisqu'Israël dispose d'une apocalypse mécanique aussi facile à déclencher que le Déluge. Mais toute la difficulté de cette stratégie bicéphale est de concilier les deux effigies. Comment crier au loup si vos crocs sont plus longs et plus aigus que ceux des loups, comment montrer des dents de brebis menacée d'un carnage si votre mâchoire n'est pas celle d'un herbivore mâchonneur?

3 - Le lion et le mouton

C'est pourquoi toute géopolitique de la crinière et de la toison se réduit à apparaître tour à tour sous les traits du lion et du mouton ; et c'est la difficulté de présenter au monde entier un visage de théâtre aussi divisé entre l'innocence et la fureur qui a été multipliée par le glaive qui s'est abattu sur la population de Gaza. Car la double accélération de l'histoire que j'évoquais plus haut est devenue inévitable, donc catastrophique : ou bien le peuple de Moïse allume à son profit les forges du victimat, donc de l'apitoiement planétaire à son égard - mais alors, Gaza est une arête qui lui reste en travers de la gorge - ou bien les élus du ciel de justice arborent fièrement leur crinière de fauve dans l'arène du monde et, dans ce cas, il faudra relire la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe pour retrouver la mémoire d'un Etat qui a défié en solitaire l'empire romain tout entier et qui s'est auto-massacré à Massada avec femmes et enfants plutôt que de se rendre aux légions de Titus.

M. Barack Obama se trouve à un carrefour de l'histoire du monde dont il est rarement arrivé à un chef d'Etat d'en connaître les coordonnées avec tant de clarté : s'il feint de prêter foi aux proclamations pacifiques d'Israël, selon lesquelles il se trouverait menacé dans sa survie par la future arme nucléaire dont l'Iran prétend se doter, rien ne serait plus humiliant, pour le nouvel hôte de la Maison Blanche, que de paraître égaler l'ignorance et la sottise gigantales d'un prédécesseur auquel Israël a réussi à faire croire pendant deux mille neuf cent vingt jours qu'une gesticulation atomico-fantasmagorique vieille de soixante ans serait utilisable sur un champ de bataille réel. M. Obama n'ignore pas - ou du moins lui suffira-t-il d'une heure pour l'apprendre - que, depuis quatre décennies, la mythologie nucléaire embarrasse ses huit propriétaires, tellement ils ne savent ni comment persévérer à se revêtir d'une apocalypse onirique devenue ridicule, ni comment renoncer à se pavaner pour l'éblouissement des ignorants et des sots. De plus, la différence entre le cubage cérébral des goys et celui du peuple juif n'est pas aussi abyssale qu'on se l'imagine : les Etats du monde entier ne croient plus un mot à la fable selon laquelle les membres d'une assemblée d'exterminateurs internationaux serait prêts à se pulvériser les uns les autres et à se précipiter d'un seul cœur dans un suicide peu glorieux, puisqu'il ne resterait pas un public suffisant pour chanter un exploit aussi retentissant dans le vide éternel de l'immensité: si la planète feint encore de prêter crédit à ce délire, c'est seulement parce qu'Israël dispose des instruments de la communication moderne, donc des moyens de manipuler le vocabulaire qui lui permettent d'écrire jour après jour "l'Eloge de la folie" des sauvages du XXIe siècle.

Depuis 1945, aucun Etat armé du feu nucléaire n'a osé en user contre un adversaire désarmé. Néanmoins, cette possibilité n'était pas mathématiquement exclue. En revanche, l'hypothèse selon laquelle deux Jahvé équipés de deux déluges et de deux enfers identiques se les lanceraient bêtement à la tête est une absurdité dont le caractère délirant ne fait que démontrer la pertinence des thèses de Paul Veyne : les hommes ne croient pas vraiment aux châtiments posthumes que leurs dieux leur réservent, sinon les chrétiens se rueraient tous dans les monastères. L'anthropologie critique enseigne que les croyances religieuses assurent seulement une cohabitation biseautée entre les deux lobes de l'encéphale schizoïde d'une espèce que ses terreurs ont chapeautée de diverses théologies protectrices à l'heure de son évasion de la nuit originelle.

4 - L'enjeu nucléaire

Si M. Obama décide de perpétuer une cécité politique inscrite dans le capital psychogénétique des effarés des ténèbres, tous les penseurs militaires sérieux l'aviseront du contenu des écrits qu'ils ont publiés depuis quarante ans dans leurs revues spécialisées, à savoir qu'il s'agit d'une gigantesque mascarade stratégique dont le mérite sera d'avoir réussi à tenir le monde en haleine depuis Hiroshima. Mais le massacre de Gaza va délier les langues des spécialistes de la mythologie militaire moderne, débâillonner le faux discours de la méthode fictionnelle des Machiavel de la foudre, dénouer les entraves de la théologie matamoresque inaugurée à la va-vite à la suite de la capitulation d'un empereur du Japon, désenchaîner une raison stratégique cadenassée par l'épouvante atomique, désensorceler un entendement simiohumain victime d'un retour aux frayeurs de l'enfer - celui que brandissait l'excommunication majeure des papes du Moyen-âge - et réhabiliter les syllogismes du bon sens cartésien. Comment s'entêter à défendre un obscurantisme nucléaire hérité des temps bibliques si la digue de la panique parareligieuse cède sous la poussée de la désacralisation de l'Etat d'Israël, comment combler cette brèche dans les murailles de la forteresse de l'effroi si une raison ressuscitée noie sous un raz-de-marée de la lucidité les prie-Dieu d'un animal tout abasourdi d'avoir percé les secrets de la matière? Comment persévérer à valider une mécanique mythifiée si tout le monde voit que seul le peuple hébreu en a besoin à seule fin de poursuivre sous ce heaume son extension territoriale à toute la Cisjordanie?

Mais supposons que M. Obama s'imagine trouver une Perse suffisamment stupide pour se livrer à un marchandage qui n'interdirait qu'à elle seule de disposer d'une arme psychologique et politique provisoirement dotée d'un prestige efficace, puisqu'elle demeure adaptée à la capacité crânienne fort réduite du simianthrope actuel. Supposons ensuite que l'équilibre religieux et politique entre les sunnites et les chiites en Irak et ailleurs fasse l'objet de tractations théologiques provisoirement rentables sur le marché de la foi musulmane, supposons enfin que la foire aux illusions des chancelleries du ciel sécrète des avantages diplomatiques momentanément emmagasinables. Dans ce cas, sur quelle balance de la politique de notre astéroïde M. Obama pèsera-t-il la contrepartie des bénéfices à court terme qu'il aura obtenus si les masses arabes se réveillent et privent Washington de tout poids politique sur un milliard de musulmans ? Certes, dans cette configuration, l'Europe se verrait entraînée dans la ruine de l'Occident post-chrétien; mais comment la Russie, la Chine, l'Inde, l'Afrique et l'Amérique du Sud ne se précipiteraient-elles pas dans la brèche pour bâtir l'édifice de la géopolitique de demain?

5 - Un encéphale mis sous haute tension

Mais ce n'est pas tout : on mesurera combien Gaza aura accéléré le cours de l'histoire à la simple évidence que M. Obama se trouve d'ores et déjà contraint par la Turquie et par l'Arabie Saoudite de refuser de donner le feu vert à la continuation de la conquête systématique de la Cisjordanie par l'Etat d'Israël. L'heure n'est plus aux tergiversations et aux atermoiements, parce que le blocus de Gaza ne pourra se poursuivre sous les yeux de l'humanité tout entière. Le monde ne sera changé ni par quelques-uns, comme le disait André Gide, ni par la prédication des évangiles, ni par le messianisme pseudo démocratique du Nouveau Monde, mais par la puissance du myriapode que l'image en mouvement est devenue en tous lieux.

Un seul exemple. Quelques jours après le cessez-le-feu à Gaza, l'aviation israélienne a bombardé les tunnels creusés par la population entre la Palestine et l'Egypte : on sait qu'ils permettent un ravitaillement souterrain des prisonniers, mais au compte-gouttes. La presse du monde entier a souligné qu'Israël luttait contre le délit de contrebande dont les assiégés se rendaient coupables. Quand Napoléon ordonna le blocus de l'Angleterre, il prit soin d'étendre la définition du délit de contrebande aux tentatives des pécheurs bretons de le forcer.

Deux siècles plus tard, les peuples ne sont pas encore suffisamment instruits pour qu'ils détectent spontanément les pièges du langage des Etats : si les vivres apportés à une population affamée se trouve rebaptisés par le code pénal de l'affameur et si le fléau de la balance de Thémis se métamorphose en une arme entre ses mains, inutile d' organiser des cours de droit à l'usage de la population, inutile de l'initier aux artifices des juristes vénaux que les Etats engagent à leur service pour falsifier les lois à l'école des armes. En revanche, l'image d'un mouton passant sous la terre d'Egypte à Gaza suffit à réfuter des monceaux d'arguties de légistes stipendiés. La conquête armée de la Cisjordanie par les colons juifs est à l'abri des caméras, mais les premiers pas de M. Obama à la Maison Blanche ne sont pas à l'abri du spectacle des brebis salvatrices. Elles préludent au débarquement du monde arabe dans la géopolitique. La véritable accélération du rythme de l'Histoire est celle de l'évolution de l'encéphale assiégé d'une humanité aux abois. Le transformateur de Gaza a mis sous haute tension cet organe paresseux.

6 - L'inconscient de l'histoire d'Israël

Quel spectacle que celui d'un homme d'Etat que l'Histoire pousse l'épée dans les reins ! Car le scénario ne se réduit pas à la ruse des fabulistes de Tel Aviv de promettre un Etat aux Palestiniens en échange de la perpétuation du siège de Gaza, le script ne se ramène pas seulement à l'astuce de proposer une apparence seulement de liberté aux prisonniers, comme si un peuple d'un million et demi d'âmes allait se décourager sous les yeux des caméras et quitter piteusement les lieux sous les rires et les quolibets de l'humanité ! Le pire, pour M. Obama, c'est le "retour du refoulé" qui remet Israël en face des armées de Titus et de Vespasien, mais avec des armes de notre siècle. Que dit maintenant ce peuple ? "Nous avons la capacité d'atteindre la plupart des capitales européennes avec nos armes nucléaires. Nous possédons plusieurs centaines d'ogives et de fusées qui nous permettent d'atteindre nos cibles en tous lieux du globe, et même Rome. (C'est moi qui souligne) La plupart des capitales du Vieux Monde font partie des cibles potentielles de notre armée de l'air." (Professeur Martin Van Creveld, Interview donnée à Jérusalem)

Quel est le resurgissement inconscient du passé de l'histoire qui fait écrire, en 2009, à un grand théoricien israélien de la guerre d'aujourd'hui que "Rome même" n'est plus hors d'atteinte des armes de David ?

Il y a seulement deux ans, 8% du peuple juif était d'avis que l'expulsion des Palestiniens était la meilleure solution. Il y a deux mois, ils étaient 33% et maintenant, ils sont 44% à le penser. Mais comme cette "solution" est irréalisable quand l'histoire du monde se déroule sur le modèle d'une bande dessinée, l'essentiel, aux yeux de l'anthropologie moderne, est d'étudier l'enracinement du peuple juif dans son passé mythologique. Le professeur Creveld, ancien professeur de l'université hébraïque de Jérusalem a publié vingt ouvrages traduits en dix-sept langues, ce qui suffit à démontrer qu'il n'est pas un fou isolé quand il écrit : "Nos forces armées ne sont pas au trentième rang mais aux deuxième ou troisième rang mondial. Nous avons la capacité de détruire le monde avec nous. Et je peux vous assurer que cela arrivera avant qu'Israël ne disparaisse".

Qui peut croire que le même délire politique dont Israël a témoigné en 70 de notre ère ne soit pas demeuré un acteur vivant de la pièce? Le professeur Creveld ne parle pas en son seul nom quand il rappelle cette parole de Moshé Dayan : "Israël doit être un chien enragé trop dangereux pour qu'on le bride." Mais quel est le fondement psychobiologique de la spécificité cérébrale d'Israël? Croit-on qu'un peuple qui refuse d'exposer l'effigie de César dans son temple, parce qu'il n'existe pas de dieu en chair et en os ; croit-on qu'un peuple qui, depuis deux mille ans, refuse une religion dont le demi dieu est un homme "consubstantiel" au Créateur, croit-on qu'un peuple qui est ensuite retombé dans le culte d'un dieu tribal, donc localisé et attaché à une seule terre, croit-on qu'un tel peuple n'incarnerait pas une énigme digne d'inspirer les sciences humaines du XXIème siècle et de les mettre à l'écoute des leçons de l'anthropologie politique en cette aube du IIIème millénaire?

Comment se fait-il qu'Israël ne soit pas revenu aux idoles de bois, de pierre et de fer qu'adorait même un Tacite, mais qu'il ait abandonné le Dieu universel, dont l'invention, attribuée au premier Moïse, était inspirée du Livre des Morts de l'Egypte antique? C'est cela, le débat théologique sous-jacent à la guerre entre Israël et les pays arabes. Mahomet a retrouvé le Jahvé universel du premier Moïse, mais non celui de Moshé Dayan. C'est pourquoi le sort de M. Obama est tragique: si Israël ne recule pas, le monde arabe va exploser avant six mois; et quant à faire reculer un peuple dont l'idole est un propriétaire féroce de sa terre et un guerrier invincible, il n'y a plus de Titus ou de Vespasien pour seulement s'y essayer. Les décors sont plantés: Incipit tragoedia.

M. Obama ne connaît rien de l'enjeu chromosomique qui sous-tend toute la politique du Moyen-Orient. Et maintenant, si cet Hamlet américain suit Israël dans la valse alternée du lion et du mouton évoquée plus haut, le premier métis qui aura dirigé l'Amérique l'aura ramenée à ses pacages et pâturages du début du XIX e siècle ; et l'Europe se trouvera minusculisée pour longtemps aux côtés du géant déchu sur la scène internationale. Mais s'il prend le parti de défier Israël à l'école d'une révolution de la pesée de l'Histoire mondiale - celle de la démythification du feu nucléaire qui sert de levier à la géopolitique d'Israël depuis six décennies - on cherche encore l'homme l'Etat qui aidera l'humanité à changer de cerveau!

Il aura fallu quatre siècles à la révolution renacentiste pour seulement commencer de séparer la raison politique de l'époque de la raison religieuse qui la compénétrait; et cette entreprise, qui aurait pu se révéler décisive, est demeurée tellement bancale qu'il faut la déclarer avortée. Car l'humanisme occidental actuel n'y a gagné aucune connaissance anthropologique des idoles simiohumaines, alors que l'Europe aurait un si grand besoin d'une telle science en cette aube d'un IIIème millénaire titubant. Qui desserrera le garrot d'une terreur nucléaire subrepticement sacralisée, donc secrètement idolâtre? Pour l'heure, Israël bâillonne la planète entière de l'intelligence politique. Cette nation peut dormir tranquille si M. Obama n'est pas d'une trempe à forger l'acier de l'Histoire . Mais faute d'un alliage nouveau de l'action et de la pensée, les événements se chargeront de prendre de l'avance sur le cerveau du simianthrope; et, comme toujours, la pensée naîtra sur les talons de l'action.

7 - Un discours imaginaire de M. Barack Obama

Le 1er mai 2002, dans un texte consacré sur ce site à "l'histoire racontée" et à "l'histoire comprise" (L'histoire racontée et l'histoire comprise : pour comprendre l'après 11 septembre, 14 avril 2002), j'avais tenté d'entrebâiller la science historique traditionnelle sur la réflexion anthropologique de demain. Pour cela, une scission méthodologique entre la mémoire narrative et le sondage psychanalytique de l'inconscient des nations ouvrait la porte à un recul intellectuel ambitieux d'interpréter la vie onirique de la politique dont le cerveau simiohumain demeure la proie. Du coup, le récit historique fictif, qui va d'Homère à Kafka, de Platon à Karl Marx et de la bible à Cervantès ou à Swift devenait un instrument de lecture de l'histoire réelle, parce que les grands écrivains portent un regard nouveau sur l'humanité. Pouvait-on déchiffrer l'Histoire à l'école d'un fantastique religieux qui, depuis le paléolithique, dichotomise notre cerveau entre le réel et le mythe?

Le rendez-vous actuel de l'Amérique et du monde entier avec l'Islam me semble rendre utile un regard dans mon rétroviseur du 1er mai 2002. Il s'agissait alors d'exposer les prémisses anthropologiques d'un regard sur la géopolitique qui aurait permis à un G.W.Bush supposé un homme d'Etat de tenir un discours prospectif. Il est amusant, me semble-t-il d'attribuer maintenant mot à mot à M. Barack Obama les dires de son prédécesseur il y a sept ans, parce que toute l'histoire d'une planète en proie à une panne cérébrale a interdit à l'Amérique de l'après 11 septembre 2001 de nouer des relations politiques rationnelles avec l'Islam, ce qui a permis à Israël de mettre la main sur le Département d'Etat et de conduire le monde à la boucherie de Gaza.

Voici donc de larges extraits du discours fictif de M.G.W.Bush du 1er mai 2002, assortis des sous-titres de l'époque.

Voir : La guerre procholine , 1er mai 2002

8 - La mort est l'enclume des nations

Aujourd'hui, c'est son âme et son esprit que l'Amérique regarde dans le miroir brisé du World Trade Center. Jamais elle ne s'est sentie plus forte que sous les décombres et au milieu des ruines. A partir de ce jour, vous saurez de quel tombeau vous êtes ressuscités; à partir de ce jour, vous montrerez du doigt le lieu de votre naissance, à partir de ce jour vous annoncerez au monde que vous êtes entrés dans l'arène de l'Histoire le 11 septembre 2001. Pourquoi la mort est-elle l'enclume des nations, sinon parce que les malheurs de l'Histoire sont des défis à la grandeur des peuples ? (…)

9- Ne vous laissez pas séduire

(…) Sachez que l'heure de la pensée, l'heure de la sagesse, l'heure de la gravité a sonné. Le monde entier vous demande si les siècles sont à l'écoute de la colère des hommes, le monde entier vous demande si le temps est une école de la vengeance des nations, le monde entier retient son souffle dans l'attente de votre réponse à la question de savoir si vous réfuterez par la fureur et la tempête le défi de la mort qui vous est lancé ou si notre grand pays fera retentir sur les cinq continents la voix des hauteurs de l'Histoire.

Américains, votre responsabilité est immense, mais je suis fier de vous représenter dans votre souveraineté, qui est celle de l'intelligence de ce peuple. C'est de votre bouche que tombera un verdict dont dépendra l'avenir de la liberté de toutes les nations de la terre. Aujourd'hui, les plus anciennes d'entre elles nous regardent de haut ; et elles se disent les unes aux autres: "Cet enfant a-t-il grandi ? Est-il en âge de diriger le globe ? Cet Etat juvénile n'est-il pas devenu trop puissant en un demi siècle seulement ? Comment posséderait-il l'expérience qui lui permettrait d'assumer les responsabilités que la planète est prête à lui confier ou à lui retirer?"

10 - Le tragique de l'Histoire

Mes chers compatriotes, l'heure est venue de donner une leçon de maturité politique à nos aînés. Je sais que vous ne m'avez pas élu afin que j'entraîne l'Amérique sur le chemin de la démesure et de la folie, mais afin que, dans la limite de mes forces, je vous tienne un langage difficile à entendre, mais que vous attendez tous de votre Président. Je ne serai pas votre pédagogue, mais votre témoin le plus résolu, et ce témoin sera le plus blessé et le plus souffrant d'entre vous. C'est au milieu des morts qui nous font un cortège invisible que je m'adresse à vous. Mais je veux que notre douleur soit aussi notre remède ; je veux que nous soyons notre propre médecin, afin que nous apportions au monde de demain une espérance plus grande et plus forte.

Les peuples sont les poètes de leur destin, les peuples naissent de leur sortie de la nuit. Il aura fallu que nous fussions durement frappés pour que notre souffrance apportât au nouveau millénaire l'offrande d'une victoire de la liberté. Ce jour est aussi celui de la rencontre de notre nation avec le tragique de l'Histoire ; mais si c'est à l'écoute de l'épreuve que nous sommes appelés à nous rendre dignes de l'avenir qui nous attend, souvenons-nous de ce que tel fut le sort de tous les peuples qui ont apposé sur les siècles le sceau de leur grandeur. Mais, en ce temps-là, les héros agonisaient sans sépulture et semés au hasard sur les champs de bataille; et c'était l'humilité de leur sacrifice qui faisait à leur patrie le don de son destin. De même, nos morts nous conduiront à la puissance si nous nous montrons dignes de leur anonymat héroïque.

11 - Quel est leur Dieu et quel est le nôtre ?

Américains, n'écoutons pas la rage qui tente de nous envahir. Notre patrie n'est pas un fauve blessé, notre nation n'est pas livrée à la panique qui saisit les bêtes sauvages quand elles se trouvent empêchées de prendre la juste mesure d'un ennemi qui les a attaquées par surprise. Mais disposons-nous d'ores et déjà de l'arme de l'intelligence qui nous permettra de peser le danger qui nous menace et pour le conjurer? (…)

La tentation est dangereuse, pour une grande nation, de cacher ses ambitions blessées sous un désastre en miniature et pour donner libre cours à sa volonté de conquête sous le masque des victimes qui lui font une parure de gloire. Nous devons demander à notre intelligence et à notre cœur un exploit dont des hommes indemnes demeurent bien souvent incapables. Elle est immense, la prouesse que le monde attend de notre lucidité, de notre sang froid et de notre courage. Mais nous ne mènerons à bien un dur face à face avec nous-mêmes que si nous terrassons la folie et la peur qui guettent les peuples frappés dans leur chair. Et pourtant, si nous remportons cette victoire-là, toutes les nations salueront ce trophée et s'inclineront devant notre justice.

12 - La porte étroite

Comme elle est étroite, la porte qui nous conduira à l'effondrement ou à la puissance ! Jamais encore un grand peuple n'a eu si clairement à choisir entre le chemin de la sagesse et celui de l'irréflexion ; et si nous avons été élus pour offrir à la terre entière le spectacle d'un choix surhumain, c'est que jamais aucun siècle ne s'était prêté à une mise en scène de la véritable Histoire de toutes les nations. Sachez qu'une ère nouvelle a commencé le 11 septembre 2001, celle où le destin de la planète fait l'objet d'un tournage sur le vif, celle où l'Amérique est devenue le cameraman souverain ou pitoyable du globe, celle où chacune et chacun de vous sera tenu pour responsable du scénario qui va se dérouler à l'échelle d'une civilisation.

Je suis conscient du fardeau que porte désormais notre pays. Aussi mon devoir est-il clair à mes yeux : je dois m'adresser à vous comme si votre Président était compris de tous, comme s'il était aimé de tous et comme s'il parlait d'outre-tombe. Deux mille cadavres me crient de vous tenir le triple langage de la vérité politique, de la justice politique et de la sagesse politique, afin que leur tombeau de pierres et de poussière fasse de leur sacrifice le mémorial de votre grandeur et le mausolée de l'immortalité de l'Amérique. C'est en leur nom que je vous dis: "N'écoutez pas la voix de votre désarroi ou de votre épouvante, car ces sentiments nés de la foudre s'éteindront avec la foudre. Mais la douleur réfléchie et mariée à la sagesse d'une nation est votre pain de vie et le gage de votre avenir à tous."

Le 1er mai 2002, je mettais également dans la bouche du Président G. W. Bush un discours à l'intention de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, dans lequel ce chef d'Etat était censé savoir ce qu'un M. Obama aussi imaginaire que lui-même allait redire sept ans plus tard. En voici quelques passages.

13 - La précipitation est mauvaise conseillère

Que nous dit la réflexion ? Que la pensée est d'abord l'ennemie de la précipitation. C'est par la hâte que tant de peuples sont tombés dans une démesure qui les a perdus. Mais qu'est-ce que la démesure, sinon la disproportion entre le mal et le remède? Et quelle serait-elle, la disproportion entre le mal et le remède qui nous conduirait à notre porte si nous cédions à l'impatience sous le coup de l'événement ? Sachez que l'impatience nous conseillerait de nous ruer à la poursuite de l'agresseur, les yeux bandés et frappés de cécité par une rage dépourvue du recul de la réflexion. Alors notre folie momentanée nous priverait d'une sûre pesée de l'avenir de notre politique à l'échelle du monde. Comme piqués par un insecte, hurlerons-nous de douleur et offrirons-nous le spectacle d'un subit affolement de l'Amérique aux yeux de tous les peuples de la terre?

Songez, Sénateurs, à ce que l'on penserait de nous dans toutes les capitales du monde civilisé si nous poursuivions un criminel le lasso à la main. C'est avec gravité que je m'adresse à votre sagesse: il n'est pas digne d'un grand peuple de traquer un malfaiteur dans tous les garnis et les greniers dans lesquels il pourrait se cacher. Si la nation la plus puissante de la terre se donnait le ridicule de tenir les rênes du monde à la manière d'un dément hurlant de douleur, écoutez les peuples que plusieurs millénaires ont chargés de mémoire : ils se diraient les uns aux autres que notre peuple et le Président qu'il a élu sont encore privés du cerveau que forge l'expérience de l'Histoire ; car ils ont appris, eux, que l'apprentissage de la durée est le premier pédagogue de la politique des nations.

Savez-vous ce que les rapports de nos ambassadeurs dans le monde entier nous donneraient à lire si nous demandions à toutes les capitales du monde civilisé de bouleverser le droit de la guerre et de récrire les règles élémentaires qui régissent, depuis tant de siècles, les conflits armés entre les États afin de nous mettre seulement à la chasse d'un particulier? Ce serait cette démesure-là qui s'emparerait de nous si nous cédions à la folie d'appeler un acte de guerre, c'est-à-dire le signal du combat d'une nation entière contre une autre, l'explosion de deux avions pilotés par des suicidaires de leur divinité.

14 - Le droit international face à l'imaginaire religieux

Certes, le cas est nouveau en droit international. L'alliance du sacrifice religieux avec un type inédit de bombardement, donc le pacte de l'autel avec la technique la plus moderne, est une trouvaille si dangereuse que je demanderai à nos psychologues de diriger leurs recherches vers l'étude approfondie du cerveau d'une espèce dédoublée depuis le paléolithique entre un monde surnaturel et le monde réel. Puisqu'il y a un siècle et demi que nous savons que notre sortie du monde animal nous a dotés d'un dédoublement dans le merveilleux, je vous demande de ne pas vous opposer aux progrès des sciences humaines et de ne pas vous enfermer dans le fabuleux. Nous ne somme plus au Moyen Âge pour nous replonger dans les vieilles séductions du fantastique. Un peuple adulte et mûr ouvre les yeux sur lui-même et sur l'homme.

Nous allons mettre sur pied un service de la recherche anthropologique à l'échelle de notre puissance et de nos ressources. Sa tâche sera de mesurer avec courage les conséquences d'un pacte du ciel avec la politique que seul le monde moderne pouvait imaginer. Comme vous le savez, l'Europe dont nous sommes les fils et que nous avons quittée pour fonder une nation nouvelle a été livrée aux croisades, à l'Inquisition, aux massacres de la foi et aux guerres sacrées ; mais le mariage d'un ciel en folie avec la folie humaine sur cette terre n'était pas encore devenu suicidaire, de sorte que, jusqu'à présent, nous n'avons jamais éprouvé le besoin politique d'acquérir une science de nos représentations théologiques de l'univers, faute qu'une menace suffisante du monde extérieur nous y contraignît; mais puisque cette menace met désormais en péril les conditions de notre survie physique, l'approfondissement de notre réflexion devra nous permettre de prendre la vraie mesure du 11 septembre 2001. Alors seulement, une connaissance plus profonde de notre espèce nous enseignera la sagesse ; car nous aurons décrypté le capital génétique qui égare notre cerveau dans des mondes imaginaires.

Nous sommes demeurés des croyants, nous aussi; mais c'est un monde de la folie religieuse que nous avons quitté. Peut-être sommes-nous la nation la mieux armée de la terre pour faire progresser la connaissance du cerveau humain et pour nous dire : "A quel moment le Dieu qui nous habite arme-t-il le bras de ses fidèles ? A quel moment quitte-t-il l'histoire réelle pour en confier la responsabilité à nous seuls ? Qui était-il à l'époque où il nous mettait l'épée à la main ? Qui est-il aujourd'hui s'il nous laisse désormais la responsabilité de la conduite de nos affaires ? Quelle est l'existence qu'il conserve dans nos têtes si nous ne pouvons plus l'apostropher dans l'espace afin qu'il nous aide à attaquer nos ennemis ou à nous défendre contre eux ? Il nous faudra oser nous poser ces questions si nous voulons prendre le relais de l'Europe dans la connaissance du genre humain."

15 - La docilité de nos vassaux

N'est-il pas sage que le Président des Etats-Unis soit la vigie de la nation à l'aube d'un millénaire qui nous condamnera à percer le secret des alliances anciennes et nouvelles des religions avec l'Histoire réelle? Quelle serait notre politique sur le long terme si nous ne savions pas mieux qu'au Moyen Âge qui nous sommes? Derrière qui courrions-nous si nous pourchassions Ben Laden un lasso à la main, sinon après nous-mêmes? Mais après quelle Amérique Dieu nous fait-il courir? Malgré notre jeunesse, nous sommes maintenant suffisamment expérimentés pour savoir que nous convaincrions aisément les plus dociles de nos vassaux de courir derrière nous à la poursuite d'un particulier. Nos alliés se sont résignés depuis longtemps à jouer un rôle de figurants ou de comparses aux côtés du shérif en croisade dans l'univers que nous deviendrions sans peine dans un film de Hollywood à l'échelle de notre puissance parareligieuse actuelle dans le monde.

Mais notre expérience de la facilité avec laquelle les peuples les plus anciens de l'Histoire se laissent réduire à la servitude nous rendrait-elle sages si nous nous imaginions que notre hégémonie serait durable de céder à la tentation de nous glorifier d'une force à portée de nos mains? Méfions-nous des humiliations inutiles que nous infligerions aux petites nations et de celles que leur propre lâcheté infligerait aux puissances moyennes. Si, à l'image du monde ancien, l'Amérique jouait à son tour les croisés et les boute-feu, ce serait pour nous-mêmes que nous rendrions rapidement dangereuses les défaites et les humiliations que nos alliés masquent encore sous leurs sourires d'emprunt.

A Berlin, on rirait jaune de notre politique de gauchos; à Paris, des juristes pince sans rire nous feraient remarquer que Ben Laden n'est qu'un homme audacieux et que si toute notre puissance échouait à lui mettre la main au collet, comme leur Simenon a arrêté des tueurs américains dans "Maigret et les gangsters", nous serons bientôt entraînés à guerroyer contre l'Afghanistan, puis contre l'Irak et contre de nombreuses nations dans le monde entier, entraînés que nous serions comme à notre corps défendant dans une croisade policière contre un terrorisme non moins mythique que le Mal au Moyen-Âge; et nous serons devenus les apôtres d'une gendarmerie condamnée à entreprendre sans relâche des expéditions punitives vers des régions lointaines et riches en pétrole. (…)

16 - Le Bien et le Mal

Mais nous sommes devenus trop sages pour mettre nos véritables intérêts en péril dans l'arène internationale. Nous savons que le premier pas de la folie en politique, donc de la précipitation, serait de diviser le monde entre les force du Bien et celles du Mal, nous savons que les scénaristes hâtifs des religions imaginent des combats de géants entre les héros qu'ils ont installés dans leurs têtes, nous savons que c'est précisément à ce genre de prouesses que l'Europe s'est exercée pendant des siècles . (…)

*

M. Barack Obama fera-t-il reprendre son cours à l'Histoire ? Sait-il seulement à quelle heure son prédécesseur l'a arrêtée?

Le 28 janvier 2009, le Financial Time publiait une déclaration du prince Turki Al Fayçal où l'on lit notamment:

"Ces dernières semaines, les forces armées israéliennes ont non seulement tué plus de mille Palestiniens, mais elles ont pratiquement tué le processus de paix lui même. A moins que la nouvelle administration américaine ne prenne des mesures énergiques pour éviter d'autres souffrances et d'autres morts, le chemin de la paix, les relations américano-saoudiennes et la stabilité de la région seront en danger. (…)

"La majeure partie du monde arabe partage ce sentiment ; et tout gouvernement arabe qui négocierait actuellement avec les Israéliens serait condamné à juste titre par ses citoyens. (…)

" Non seulement l'administration Bush a laissé un héritage horrible dans la région - le souvenir de centaines de milliers de morts en Irak, le souvenir des humiliations et des tortures d'Abou Ghraib - mais elle a également participé au massacre d'une population innocente, parce que l'arrogance de son comportement tout au long de la boucherie de Gaza y a contribué."

(Turki al-Faisal, Financial Times, 22 janvier 2009 - Le prince Turki est le président du Centre de Recherche et d'Etudes Islamique King Faisal à Riyad. Il a occupé les fonctions de directeur des renseignements saoudiens, d'ambassadeur au Royaume-Uni, en Irlande, et aux États-Unis. Publication originale Financial Times, traduction Contre Info)

Dès lors que ces déclarations exigent également le retrait d'Israël de la Cisjordanie et le retour de cet Etat aux frontières de 1967, le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad a aussitôt salué en la monarchie saoudienne le chef de file incontesté du monde arabe - et déjà, Téhéran se trouve épaulé par la Turquie, Etat non arabe et proche du continent des Lumières. Mais ce qu'est pas tout : le Qatar organise, du 22 au 24 février une conférence internationale appelée à juger les crimes de guerre d'Israël. Le Comité national des droits de l'homme et l'Institut de la démocratie arabe du Qatar compte rassembler trois cents personnalités en provenance des cinq continents. Gaza se trouve déjà sur le chemin de l'avenir de l'humanisme européen. (Ce point sera développé sur ce site le 16 février).

L'anthropologue demeure un modeste analyste des réponses intérieures auxquelles l'Histoire en appelle impérieusement, l'homme politique tire la charrette du monde. Quelle est l'éthique du harnais? Max Weber pensait que l'action reposait sur une "morale de la responsabilité" et que la responsabilité ressortissait à la saine gestion des affaires du monde. Le XXIe siècle déplace la frontière entre la responsabilité et l'irresponsabilité : Socrate devient le seul vrai responsable politique d'Athènes à l'heure où la survie de l'éthique politique du monde devient la condition même de la survie d'Athènes. Alors les vrais hommes d'Etat deviennent les rois de la conscience. Si M. Obama prend le risque politique d'échouer, il est grand ; s'il sait qu'il échouera, il est plus grand encore.

Puisse Clio couronner des lauriers de la droiture le glorieux échec d'un Abraham Lincoln de la Palestine.

9 février 2009

http://pagesperso-orange.fr/aline.dedieguez/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/gaza.htm



Mardi 10 Février 2009


Commentaires

1.Posté par Abd Ennasser le 09/02/2009 20:37 | Alerter
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VOILA DU SERIEUX; MERCI DE NOUS ECLAIRER

2.Posté par Fleurdelyse le 11/02/2009 17:55 | Alerter
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Au cours des âges, les dieux ont donné aux hommes "l'homme" de la situation. Pour notre siècle, on peut nommer Jean-XIII, Nelson Mandela, Gorbatchev... Et maintenant Obama. Des pas ont été faits vers plus de libertés civiles ou religieuses. Par contre, les tenants du mal ont aussi semé leurs agents : Staline, Hitler, Bush... Sans parler des personnages derrière ces monstres : des vice-présidents, des banquiers,sans oublier les sionistes qui, aujourd'hui, tiennent fermement les rênes des USA comme ils les ont tenues en Russie lors de la révolution bolchevique.

Les Américains ont élu le délégué des dieux en ces temps sombres. Sauront-ils le suivre ? Les sacrifices demandés seront-ils trop grands pour eux ? D'autre part, les oligarches en aurons-ils raison ? L'AIPAC ne pèsera-t-il pas trop lourd sur ses épaules ?...

3.Posté par farwest le 11/02/2009 21:54 | Alerter
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OBAMA elu de Dieu ???
Je ne pêux pas essayer d'y croire mais franchement vous pensez vraiment que l'AIPAC n'est pour rien ds son election ? Ou d'autre lobbies ? Je suis tres sceptique ...

4.Posté par Fleurdelyse le 12/02/2009 19:20 | Alerter
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Comment pouvez-vous écrire que "je pense vraiment" que l'AIPAC n'ait rien à voir dans l'élection du Président Obama ? Je n'ai rien dit de tel. Tout le monde sait que les lobbies, notamment l'AIPAC, sponsorisent les élections américaines. Malgré cela, je fais confiance au sens de l'éthique de monsieur Obama, à son ardeur au travail et à son sens des valeurs qui sont à l'opposé de celles que les USA ont connu ces dernières années. Toutefois, il est certain que les oligarches, les sionnistes, les groupes religieux, qui ont leurs représentants au Sénat et au Congrès, feront tout pour freiner le nouveau Président dans son approche socialisante dont ils n'ont que faire. En cela, je partage votre scepticisme.

De plus, une épée de Damoclès est suspendue sur la tête de monsieur Obama et il le sait. Sa vie ne tient qu`à un fil. Mais un fil tissé avec l'amour des Américains pour leur nouveau Président retiendra peut-être les gros méchants...

5.Posté par Z m.d.s le 15/02/2009 19:59 | Alerter
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Excellent et devant la clarté de la situation le style pompeux de l'auteur n'a pas eu de prise.Par contre ses réflexions sont toujours aussi passionnantes.Ce massacre est une honte mais il y a eu bien pire, la mémoire simio-humaine est très courte.Je crains que certains ne souhaitent laisser passer l'orage et laissent pourrir la situation tout bonnement.

La religion est nocive pour la santé mentale.


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