Lourdes, une escroquerie ?
A l'occasion du Jubilé des 150 ans des Apparitions de Lourdes on pu lire ça et là quelques articles de presse écrite ou sur la toile aussi bien qu'en français qu'en allemand. Ils ont retenu mon attention pour la hardiesse de leurs arguments et l'assurance avec laquelle ils clament que Lourdes n'est qu'une grande supercherie.
A guise d'exemple je citerais
- « L'escroquerie de Lourdes: Bernadette et ses faux miracles »
par Paul-Éric Blanrue, sur
http://www.zetetique.ldh.org/bernadette.html
- « Die Schwindelgrotte von Lourdes »
de Peter Holenstein, dans la Weltwoche (Suisse) 10/08.
http://www.weltwoche.ch/artikel/?AssetID=18362&CategoryID=91
Cela ne manqua pas de m'intriguer, car effectivement, si supercherie il y a, elle est massive : des millions de « crédules » pendant 150 ans, ce serait réellement un scandale !
Je me suis donc penché sur certains arguments et leurs sources.
La « clé de voute » commune des arguments de tous ces articles se trouve dans une thèse de médecine, reçue avec la plus haute mention par la Faculté de médecine de Paris et publiée sous forme d'un livre:
Docteurs Thérèse et Guy Vallot, Lourdes et l'illusion, Paris, 1957
Dans le cite http://www.atheisme.org/valot.html, cette thèse de médecine est présenté comme détruisant « pierre sur pierre l'édifice … des apparitions de Lourdes. »
Cela m'a d'autant plus intéressé que je suis moi-même médecin.
J'ai donc effectué quelques recherches sur cette thèse et les arguments de cet ouvrage : en voici les résultats.
Les phrases en italiques qui suivent, sitent le texte de Paul-Éric Blanrue, tel qu'il se présente dans http://www.zetetique.ldh.org/bernadette.html.
L'histoire se déroule dans la grotte de Massabielle, à Lourdes, il y a un siècle et demi. Entre le 11 février et le 16 juillet 1858, « l'Immaculée Conception » apparaît dix-huit fois à une humble bergère de quatorze ans, du nom de Marie-Bernarde Soubirous.
Sur l'injonction de la Vierge, Bernadette gratte le sol anhydre d'où jaillit tout à coup une source qui débite quelque cent vingt mille litres à la journée. Un aveugle nommé Bourriette se frotte le visage avec cette eau : il recouvre la vue. Le fait est attesté par le Dr Dozous. Miracle ! Un pèlerinage est organisé. La première année, une centaine de guérisons prodigieuses sont constatées.
Adolescente, Bernadette suivait avec enthousiasme le catéchisme de l'abbé Ader, fervent admirateur du curé d'Ars, dont les visions sont connues. Ader était également un dévot des (fausses) apparitions de La Salette. Avant les visions de son élève, l'homme d'Église confiait à l'instituteur Barbet : « C'est étrange, chaque fois que je rencontre Bernadette, il me semble apercevoir les enfants de La Salette ».
1) Émile Zola fut l'un des premiers à évoquer l'ascendant que l'abbé avait pris sur la jeune fille.
Zola est excellent romancier, mais un piètre historien. En ce qui concerne Lourdes il s'est avéré qu'il à carrément fausser la réalité historique: Ayant rencontré deux miraculées au bureau des constatations médicales de Lourdes (Marie Lebranchu et Marie Lemarchand), il écrit dans son roman que Marie Lebranchu rechute sur le chemin du retour de Lourdes. (1) Les rapports médicaux assurent que les deux miraculées n'ont jamais rechuté de leure vie depuis leur guérison (2).
2) L'aveugle. Bourriette n'a jamais été miraculé pour la simple raison qu'il n'a jamais été aveugle. Le carrier a « failli » devenir borgne à la suite d'une explosion qui lui a brûlé le visage et endommagé la cornée de l'œil droit. Sa vision s'en est trouvée affaiblie, mais rien de tragique, contrairement aux affirmations postérieures du Dr Dozous.
Je ne sais pas ce que le Dr Dozous « affirme ». Mais voici le procès verbal de la déclaration de Bouriette lui-même devant la commission officiel de l'église charger d'enquête: «...depuis deux ans surtout, la vue de l'œil blessé s'affaiblissait chaque jour plus sensiblement et son médecin, …, avait du finir par l'engager à se résigner à la perte de cet œil qui lui restait,… » (3). Ce n'est pas Douzous qui affirme mais Bouriette. Pour la commission, même ecclésiastique, il ne s'agit pas de la guérison d'un aveugle, mais de l'enrayement d'une perte de vue allant à la cécité.
3) Le Dr. Dozous était d'ailleurs un drôle de paroissien. Piètre médecin, il avait été révoqué de ses fonctions aux Hospices de Lourdes en 1856. Lui qui, fort de son titre de docteur, allait enregistrer les premiers « miracles ».
Dozous a bien relaté les premiers cas de guérison. Mais l'examen médical des miracles c'est faite par le Dr. Henri Vergez, professeur de Medecine de Montpellier et Inspecteur des Eaux de Barèges. C'est lui qui, après analyse des dossiers et examen sur place, a finalement conclu en Avril 1860 au sujet de Bouriette : « ce fait possède un caractère surnaturel » (3).
Inutile donc de s'acharner contre le Dr. Dozous, il n'y est pour rien dans la reconnaissance des guérisons comme étant inexplicables.
4) Le corps conserv : Incorruptible, le corps de Bernadette ? Pas à lire le rapport des médecins qui firent l'inhumation ! Le visage : « un artiste a recouvert la face d'un masque de cire très réussi car bien que momifiée, la face noirâtre avec les yeux et le nez excavés auraient produit sans doute sur le public une impression pénible. ». Même chose pour les mains ! Intriguée, le Dr. Thérèse Valot s'est penchée sur ce cas. Ses conclusions : le corps de Bernadette a tout simplement été embaumé !
Lisons donc ce fameux « rapport des médecins qui firent l'inhumation » (Dr Talon et Dr Comte, chargés de l'examen du corps après 1923): « le corps de (…) Bernadette est intact, le squelette complet, les muscles atrophiés mais bien conservés ; la peau parcheminée paraît seule avoir subi l'humidité du cercueil. Elle a pris une teinte grisâtre et est recouverte de quelques moisissures et d'une certaine quantité de cristaux de sels calcaires (…) » Lors des trois exhumations, son corps fut lavé et le contact avec les "détergents" avait noirci sa peau. C'est pour cela que le visage de Bernadette et ses mains ont donc été recouverts d'un très fin masque de cire pour la présentation publique (4).
Le corps de Bernadette à donc été embaumé APRES la constatation des « médecins qui firent l'inhumation » que son corps était « intact ». De plus seuls le visage et les mains ont été recouvert d'un masque de cire.
5) Thérèse Valot a (… ) scrupuleusement passé en revue les cas de « miracles » réalisés à Lourdes. Elle a par exemple scruté l'affaire Pierre de Rudder, guéri en 1875. La fracture de la jambe de cet homme se serait ressoudée instantanément. Mais en lisant les documents, Thérèse Valot s'est aperçue que la jambe fracturée en 1867, et dont la consolidation se fit mal, était celle de gauche alors que la jambe guérie dans le certificat de guérison était celle de droite !
Amusant : la contre-enquête officielle de l'Église sur le cas de Rudder commença en 1893. Près de vingt ans après les « faits »...
Celui qui se donne la peine d'aller sur place, peut visiter la petite exposition sur les guérisons, près du bureau médical à Lourdes, et y trouver exposé le moule des deux tiba de Rudder. Il a été confectionné lors d'une exhumation de ces restes. Il ne faut pas être expert vous voir clairement que la jambe gauche porte les cicatrices d'une lésion en dessous du genou. Il y donc eu lésion et guérison du tibia gauche. Cela démontre que la faute se situe ou bien dans le « certificat de guérison » ou bien chez Thérèse Valot. Je suis très étonné qu'un médecin, dans sa thèse, puisse passer à côté d'une information si importante. A en croire le docteur Alphonse Oliveri, qui s'est donné la peine de lire la thèse de Thérèse Valot entièrement, ce texte révèle de nombreuses fautes de ce genre (5). Je me demande donc si le travail de Thérèse Valot est à prendre au sérieux comme source d'information. En tous les cas ce n'est pas un travail « scrupuleux » comme le clame Paul-Éric Blanrue.
5) La conclusion du Dr. Valot sur les miracles de Lourdes mérite d'être connue : « Aucune maladie n'ayant fait sa preuve, histologique ou bactériologique, n'est guérie subitement à Lourdes ». Seuls « certains désordres organiques dits psychosomatiques au support physico-chimique mal connu (ex : verrues, fistules, ulcères de l'estomac...) peuvent être supprimés. ». Le Dr. Valot note enfin une « chute asymptotique vers zéro du chiffre annuel des guérisons (...), conséquence inévitable du progrès des connaissances médicales ».
Si nous ne prenons que les trois plus importantes guérisons enregistrées ces derniers temps, nous voyons qu' elles sont intervenues dans les années 60 et 70 du 20 ème siècle. Il n'y a donc pas eu une « chute asymptotique vers zéro du chiffre annuel des guérisons (...), conséquence inévitable du progrès des connaissances médicales » depuis la Thèse de Valot en 1957, puisqu'il y eu rapports de guérisons !
Parmi ces cas plus récents, prenons celui de la guérison d'une tumeur maligne, qui est présentée avec les tomographies des os concernés et les analyses histologiques de la biopsie chirurgicale, en partie entreprise par l'institut Pasteur à Paris (7). Il y a donc eu preuve histologique et une tumeur maligne n'est pas un désordre psychosomatique.
La conclusion du Dr. Valot sur les miracles de Lourdes, telle qu'elle est citée dans le texte de Paul-Éric Blanrue, est donc, une fois de plus, fausse.
Les experts qui ont contribué aux rapports médicaux, qui sont d'ailleurs disponibles au bureau médical de Lourdes, répondent aux questions suivantes :
Exposé des faits et antécédents médicaux des personnes concernées, analyse détaillée de la maladie en question et de son diagnostic posé avant la guérison, traitements donnés, surtout juste avant la guérison, histoire de la guérison, état de santé après la guérison et stabilité de cet état suivie médicalement pendant plusieurs années après le constat de guérisons, possibilité d'une guérison spontanée etc.
Ces rapports ont tous été effectués par des spécialistes, en partie internationaux, reconnus dans le domaine du diagnostique en question. Je site quelques exemples : Docteur Pierre Mouren, Professeur à la Faculté de Médecine, Médecin Chef du Service des Maladies Nerveuses des Hôpitaux de Marseille; (6)
Prof. André Trifaud, Professeur de Clinique Chirurgicale Orthopédique et Traumatologique à la Faculté de Médecine de Marseille, Associé National de l'Académie de Chirurgie, Président du Groupe « ostéosarcomes » de l'Organisation Européenne pour la Recherche sur le traitement du Cancer.
Dr. Bernard C. Colvin, Chirurgien Orthopédiste de la Royal Infirmary-Dundee ; Ancien Chargé de cours en Chirurgie Orthopédique à la Faculté de Médecine, Université de Dundee. (7), etc.
Les experts concluent tous, à l'unanimité, que la guérison examinée est un évènement inédit, inconnu jusqu'alors en médecine et non explicable par ces spécialistes. (6)
Suite à tous ces faits bien documentés nous pouvons donc conclure qu'il est bien établi qu'à Lourdes se sont produit des dizaines de guérisons médicalement bien attestées et qu'elles sont, pour les médecins spécialistes de ces maladies, des phénomènes inconnus jusqu'alors en médecine et non explicables encore de nos jours.
Alors que le phénomène des guérisons inexplicables à Lourdes semble solidement établi, son interprétation reste naturellement ouvert à la liberté de pensé.
Je me permets en conclusion un commentaire sur le texte de Paul-Éric Blanrue et la thèse de Thérese Valot:
Ces texte relèvent de fautes en partie grossières, relativement faciles à découvrir.
La « liberté de pensé » et l'attitude critique n'exempte pas du devoir d'informer d'une manière rigoureuse et sérieuse, surtout si elle prétend vouloir être « rationaliste ». Si non, on sombre dans la malhonnêteté intellectuelle, le dognatisme, ou, pire encore, on risque d'être confronter au reproche de vouloir construire une escroquerie anticléricale.
(1) Emile Zola : Mon Voyage à Lourdes ainsi qu'un roman, Lourdes, publié en août 1894.
(2) Théodore Mangiapan : Les guérisons de Lourdes. Chez Œuvres de la Grotte, 1994, p.95
(3) Laurentin, Abbé René : Lourdes, Documents authentiques. 7 Volumes, avec la collaboration de Dom b. Billet, dès le tome 3.
Chez Lethielleux et Œuvres de la Grotte, 1959-1966, Tome V, p.135-136
(4) cités par Dominique Lormier dans Bernadette Soubirous, éd. CMD, 1999
(5) Alphonse Olivieri, Docteur : Difficultés contre le caractère extra-naturel des guérisons de Lourdes, Bulletin de l'Association Médicale Internationale de Lourdes, 1959
(6) Comité médical international de Lourdes, Pr. André Triaud et Dr. Bernard C. Colvin :
Rapport sur la guérison de Delizia Cirolli. Imprimerie de la Grotte, Fevrier 2003
(7) Comité médical international de Lourdes, Pr. Pierre Mouren et Dr. Dominique Bartoli : Guérison de Serge Perrin « hémiplégie ». Imprimerie de la Grotte, Juin 2003