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Loukachenko, un self-made man


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Dmitri Babitch
Samedi 11 Juillet 2009

Loukachenko, un self-made man
Arrivé au pouvoir il y a 15 ans, aujourd'hui Alexandre Loukachenko bat toujours les records de longévité politique dans la partie européenne de l'espace postsoviétique. Seuls les leaders des anciennes républiques centrasiatiques de l'Union soviétique peuvent rivaliser avec lui. D'ailleurs, le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, et celui de l'Ouzbékistan, Islam Karimov, sont arrivés au pouvoir à l'époque soviétique. Alors que M. Loukachenko est, en quelque sorte, un self-made man, issu du peuple, qui a changé de profession à plusieurs reprises, travaillant tant au sein de l'armée que dans l'agriculture.
La victoire de Loukachenko aux élections de 1994 a été une surprise pour beaucoup. Moscou avait soutenu le candidat du pouvoir, à savoir le premier ministre Viatcheslav Kebitch, considérant Loukachenko comme un homme sans importance, un "Jirinovski biélorusse" (Vladimir Jirinovski, leader du Parti libéral-démocrate, nationaliste, est connu pour son extravagance - ndlr.). Après les élections, tout le monde s'attendait à ce que le pays, dirigé au moyen de méthodes anciennes, sombre. Mais toutes ces prévisions se sont avérées erronées. Loukachenko a triomphé et n'a toujours pas fait faillite.
Pourquoi a-t-il vaincu? Comme l'a affirmé l'ancien porte-parole de Loukachenko, Alexandre Fedout, qui vient de publier une biographie révélatrice de son ex-patron, Loukachenko n'a pas appris à faire de la politique au cours des réunions du Parti, mais dans les bains publics de son village natal. D'ailleurs, le "style des bains" lui est propre aujourd'hui encore. A la tribune, Loukachenko aime à s'exprimer dans le langage populaire, ce qui plaît au peuple, mais choque ses collègues politiques tant en Occident qu'en Orient. Or, ces "pensées à haute voix" ne sont souvent que des ballons d'essai lui permettant de tester la réaction de ses partenaires occidentaux et de la population à ses éventuelles démarches.
Le populisme ne l'aurait jamais maintenu au pouvoir si celui-ci n'avait reposé sur des bases matérielles. Elles sont au nombre de deux. La première est économique. L'économie soviétique, qui n'est plus viable en Russie, dans le Caucase ou en Asie centrale, était encore en place en Biélorussie au moment de son arrivée au pouvoir. La seconde est politique. Il s'agit de la peur irrationnelle de l'Occident face à une éventuelle renaissance de l'Union soviétique.
La Biélorussie était la plus conservatrice de toutes les républiques de l'ex-URSS. La population - urbanisée il n'y a pas très longtemps, disciplinée et laborieuse - de cette république relativement riche ne pouvait pas comprendre pour quelle raison leurs frères russes voulaient détruire, à la fin des années 1980, le système qui les approvisionnait en nourriture et en eau chaude. La malheureuse privatisation menée à la hâte dans les années 1991-1995 en Russie n'a fait que conforter les Biélorusses dans leur position. La télévision, contrôlée par Loukachenko depuis 1995, a cherché à renforcer cette attitude, montrant la vie en Russie sous un angle négatif, tout comme le faisaient ses collègues d'Occident. Mais si la télévision occidentale expliquait ces difficultés par les défauts des réformes, les journalistes biélorusses accusaient les réformes mêmes, en appelant la population à soutenir son président conservateur.
"Loukachenko est un mal provoqué par les difficultés de la période de transition", estime l'un des leaders de l'opposition biélorusse Anatoli Lebedko, chef du Parti civil unifié. "Les réformes de marché sont difficiles à digérer, c'est pourquoi les gens cherchent un abri dans les formes de gestion qui leur sont habituelles".
Dans les années 1990, de nombreux experts pensaient que l'économie soviétique conservée par Loukachenko mourrait de sa belle mort ou serait engloutie par l'économie russe. Mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, dans la période de la crise, la Russie commence à imiter en quelque sorte la Biélorussie. Par exemple, le premier ministre russe Vladimir Poutine a proposé aux compagnies pétrolières d'octroyer un rabais de 5 milliards de roubles (environ 110 millions d'euros - nldl.) aux économies agricoles déficitaires pour la période estivale. En échange, M.Poutine promet d'approvisionner en produits alimentaires bon marché les villes et les villages saisonniers effectuant des travaux agricoles. En Biélorussie, une telle pratique existe depuis longtemps.
En ce qui concerne la base politique du pouvoir de Loukachenko, elle comporte plusieurs composantes. Ce ne sont pas que la police et le KGB. Aux yeux de la population, les policiers de Loukachenko sont moins corrompus que leurs collègues russes. L'un des fondements de la longévité politique du système politique est le fameux "caractère multivectoriel" de la politique extérieure biélorusse, qui s'est enracinée sous Loukachenko. Celui-ci ne cesse de menacer l'Occident, en lui promettant de céder sa souveraineté à la Russie, et à la Russie, en lui promettant de se rallier à l'Occident. Mais de fait, la Russie et l'Occident lui pardonnent son style autoritaire, en essayant d'entraîner la Biélorussie dans leur zone d'influence. La Russie lui accorde depuis des années son aide économique, et l'Occident sort de temps à autre son régime de l'isolement, comme ce fut le cas tout récemment.
L'aide financière accordée par l'Union européenne et les Etats-Unis à l'opposition nationaliste biélorusse soutient indirectement le régime, car les nationalistes sont voués à la défaite dans une Biélorussie russophile. Résultat: les forces financées par l'Occident évincent l'opposition réelle de sa niche politique. Qui plus est, Alexandre Loukachenko utilise la pression constante de la part de l'Occident pour arracher une aide économique supplémentaire à la Russie. Les experts de l'Institut d'économie de l'Académie russe des sciences notent que les énergéticiens biélorusses s'étaient préparés à chaque augmentation des prix du gaz russe, mais à chaque fois, Loukachenko protestait, en disant que le nouveau prix était pour lui une surprise totale et absolument inadmissible. Son adversaire Anatoli Lebedko reconnaît que pour l'instant, une telle tactique s'avère efficace: à chaque fois, Loukachenko a obtenu des concessions de la part de Moscou. La dernière fois seulement il a dépassé la mesure en remettant en question la santé psychique du ministre russe des Finances. Ce qui a particulièrement déplu à Moscou qui a ouvertement manifesté son mécontentement.
En attendant, la création de l'Union Russie-Biélorussie promise en 1996, ne s'est toujours pas réalisée, et le peuple commence à perdre patience. Mais la responsabilité de l'échec de ce projet incombe à Alexandre Loukachenko et à lui seul. Après la démission de Boris Eltsine, en 1999, il est devenu clair que Loukachenko ne parviendrait pas à devenir président de la nouvelle Union, Vladimir Poutine ayant pris le pouvoir au Kremlin. A partir de ce moment, il a perdu tout intérêt pour ce projet. Le Kremlin a compris les motifs du leader biélorusse et a opté pour une politique pragmatique à son égard. Il n'est donc pas question d'une "expansion" russe en Biélorussie: du moins, tant que Loukachenko reste au pouvoir.
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Samedi 11 Juillet 2009


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