Palestine occupée

Liberté, démocratie, brutalité


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Lorsqu'Israël a autorisé quelques livraisons de nourriture, de médicaments et de fuel à Gaza ces derniers jours, on a dit que ces mesures étaient en partie à mettre au crédit des pressions diplomatiques exercées par l'Union Européenne.

Par David Cronin


David Cronin
Dimanche 3 Février 2008

La démocratie à l'israélienne
La démocratie à l'israélienne
Mais vous ne devineriez jamais que les responsables de l'Union Européenne ont bandé leurs petits muscles si vous pouviez voir le document distribué à la presse de Bruxelles.

Ce document, c'est la copie du discours fait par le vice-président de la commission européenne, Franco Frattini, pendant sa visite à Israël.

Au cours d'une semaine où les Nations Unies ont condamné Israël pour avoir violé la législation internationale en faisant le blocus de Gaza, il semble extraordinaire que Frattini ait pu se livrer à une adulation aussi flagrante de ses hôtes.

Selon le discours destiné à la conférence intitulée "Israël a 60 ans : une épreuve d'endurance", Frattini n'a pas fait une seule fois allusion au blocus imposé sur Gaza, alors même que les Nations Unies le considère comme un acte illégal de "punition collective".

Au lieu de cela, il a insinué que les opposants à Israël en Europe étaient coupables d'antisémitisme. "Ce préjudice, cette position contre Israël et les Juifs, n'a pas sa place en Europe de nos jours", a-t-il dit.

Lisez encore ces mots : "Cette position contre Israël et les Juifs".

Comment l'opposition au gouvernement d'un pays peut-elle être assimilée à de l'hostilité contre les disciples d'une religion ?

Lorsque Frattini était Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement italien, il ne manquait pas de gens scandalisés par la bouffonnerie de son patron, Silvio Berlusconi. Pourtant, personne n'aurait pu sérieusement suggéré que ne pas être d'accord avec le Premier Ministre d'alors était synonyme d'antipathie envers les Catholiques.

Bien sûr, un parti pris véritable contre les Juifs – ou contre les disciples de tout autre foi – est déplorable. Mais les politiciens européens n'aident pas à promouvoir la tolérance lorsqu'ils acceptent le raisonnement simpliste du gouvernement israélien.

Nous sommes sur cette voie déprimante depuis déjà pas mal de temps.

En 2003, un sondage d'opinion financé par l'Union Européenne a révélé que les Européens considéraient Israël comme la menace n°1 à la paix mondiale. Plutôt que d'examiner pourquoi c'était le cas, de nombreux hommes politiques européens n'ont pas caché que ces résultats les embarrassaient.

Toujours pendant sa visite, Frattini a dit au Jerusalem Post que l'Europe "ne pouvait pas laisser Israël seul" dans son effort visant à empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique.

Il a oublié de mentionner que si l'Iran souhaite rejoindre le club nucléaire, il imiterait Israël, qui a finalement confessé en décembre 2006 qu'il avait des armes de destruction massive.

Ne manquant jamais une occasion de s'auto-congratuler, Frattini s'est attribué le mérite d'avoir fait placer le Hamas sur la liste de l'Union Européenne des organisations proscrites lorsqu'il a présidé le conseil des ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne en 2003. Il a également déclaré que le Hamas avait provoqué "la réponse armée d'Israël" dans les territoires palestiniens et que "Israël vit et existe selon les mêmes traditions et valeurs que les citoyens européens".

Quoiqu'on pense du Hamas, ce que dit Frattini sont des foutaises. Quiconque observe sérieusement le conflit du Moyen Orient conclut que la violence palestinienne est une réaction aux brutalités et aux provocations incessantes des forces israéliennes. Cela n'excuse pas une seconde les conséquences horribles des attentats suicide, mais ça aide vraiment à les expliquer.

De même pour l'argument sur les "valeurs européennes", je présume qu'il fait référence aux principes sur lesquels l'Union Européenne est fondée, à savoir "liberté, démocratie, respect des droits de l'homme et de la règle de la loi".

Mais l'association israélienne pour les droits de l'homme, B'Tselem, a calculé que sur les 810 Palestiniens tués par les forces d'occupation à Gaza en 2006 et 2007, seuls 360 appartenaient à une organisation armée.

Par quelle logique – autre qu'une très tordue – le meurtre de civils approuvé par l'Etat d'Israël peut-il être considéré comme la preuve qu'il défend les valeurs que nous sommes supposés chérir ?



Note ISM

Qui est Franco Frattini ?

Franco Frattini est un homme politique italien membre du parti Forza Italia (considéré comme de centre-droit). Il est commissaire européen, chargé de la Justice et des Affaires intérieures depuis le 23 novembre 2004.

Quelques-unes de ses décisions

Le commissaire européen à la Justice Franco Frattini a proposé vendredi un plan visant à prendre les empreintes digitales de tous les visiteurs dans les 27 Etats membres de l’Union européenne et à enregistrer électroniquement leur entrée et leur sortie.

Union européenne : Franco Frattini veut bloquer la diffusion sur le Web d’informations dangereuses.

Franco Frattini : Réactions allemandes, françaises et italiennes au projet de filtrage des sites et des moteurs de recherche

Source : The Guardian
Traduction : MR pour ISM


Dimanche 3 Février 2008

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