Palestine occupée

Liban: l'illusion d'un compromis


Après deux mois de débats, les Libanais ont trouvé une figure de compromis pour le poste de président. La crise politique semblait être sur le point d'être réglée, mais ce n'était qu'une illusion et elle le restera, même si le nouveau président est approuvé par le parlement.

Formellement, seule la nécessité d'apporter des amendements à la constitution qui interdit aux hauts fonctionnaires de l'Etat de se présenter aux élections moins de deux ans après leur démission éloigne le commandant en chef de l'armée libanaise Michel Sleimane du poste de président.


Maria Appakova
Jeudi 6 Décembre 2007

Liban: l'illusion d'un compromis
Par Maria Appakova, RIA Novosti



Les réunions du parlement libanais, qui doit voter pour la candidature à la présidence proposée par la communauté chrétienne du pays, ont été par cinq fois reportées depuis septembre. Aucun prétendant ne convenait à la fois à la majorité parlementaire pro-occidentale et à l'opposition soutenue par la Syrie et l'Iran. Le mandat du président libanais Emile Lahoud a expiré le 23 novembre. Il était impossible d'attendre. En fin de compte, une figure de compromis a été trouvée. Il reste à trouver un autre compromis pour approuver les amendements à la constitution.

Cependant, comme l'affirme le général Michel Aoun, cela ne se produira pas tant que la majorité parlementaire n'approuvera pas une série d'exigences, dont l'une se réduit à ceci: le nouveau président arrivera au pouvoir pour une durée de deux ans et pourra être réélu après les élections législatives de 2009. En outre, l'opposition sera investie du droit de veto au gouvernement qui devra par ailleurs être dirigé par un premier ministre neutre, ne faisant pas partie de la coalition au pouvoir.

Tout cela est quelque chose de plus important que les jeux de procédure ou même un compromis concernant la candidature de Michel Sleimane. La question est de savoir quelles forces extérieures vont déterminer la politique au Liban. C'est ce que recèlent toutes les batailles politiques autour du poste de président, qui ont commencé non pas au cours des deux derniers mois, lorsque le processus d'élection du chef de l'Etat a débuté, mais bien avant.

L'ironie réside dans le fait que la crise avait été provoquée par les amendements à la constitution facilitant l'élection du président précédent: Emile Lahoud. Tout comme Sleimane, il assumait le poste de commandant en chef de l'armée. En 1998, le parlement approuva l'amendement à l'article 49 de la constitution libanaise permettant "une fois, à titre exceptionnel", au fonctionnaire de première catégorie (commandant en chef de l'armée) de participer à la lutte pour la présidence. En 2004, un autre amendement à l'article 49 avait permis de prolonger le mandat d'Emile Lahoud de trois ans. Malgré le fait que le prolongement du mandant ait été approuvé presque unanimement par le parlement, cela eut lieu malgré la résistance d'une bonne partie de l'establishment politique libanais. Ce fut un nouveau compromis libanais accepté sous la pression de forces extérieures (cette fois-ci, de Damas).

Bien que l'adoption des amendements à la constitution libanaise permette d'éviter l'aggravation de la situation dans le pays à chaque moment, elle entraîne en fin de compte une crise prolongée. Les compromis s'avèrent de courte durée.

Tous les problèmes auxquels se heurte aujourd'hui le Liban - les débats sur la candidature du président qui durent depuis plusieurs mois, les assassinats politiques et le risque constant de basculement dans une nouvelle guerre civile - trouvent leurs racines dans l'amendement de 2004 sur le prolongement du mandat d'Emile Lahoud. Il fut suivi de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU: la communauté internationale, en premier lieu la France et les Etats-Unis, avaient exprimé son mécontentement quant à la possibilité de prolonger le mandat d'Emile Lahoud, cette action étant provoquée par la Syrie. La résolution 1559 du Conseil de sécurité fut un défi lancé à Damas. Elle exigeait le retrait de toutes les troupes étrangères du Liban (à ce moment-là, seuls les Syriens y restaient) et la non-ingérence des forces extérieures dans le processus électoral de ce pays.

La non-ingérence n'a pu être évitée: la lutte des forces extérieures pour le Liban s'est accentuée. Les Etats-Unis et la France, par leur activité, y ont autant participé que la Syrie et l'Iran. Tout ce qui s'est produit au Liban au cours des trois années suivantes a été le résultat de la lutte entre ces deux pôles se tenant derrière les hommes politiques libanais. Le compromis auquel on est parvenu aujourd'hui concernant la candidature de Michel Sleimane est une décision indépendante des Libanais en apparence seulement.

Faut-il attribuer au hasard le fait que le compromis ait coïncidé, la même semaine, avec la rencontre internationale d'Annapolis (Etats-Unis) sur le règlement du conflit au Proche-Orient? Rappelons qu'il s'agissait essentiellement là-bas du règlement du conflit palestino-israélien, mais l'une des principales intrigues qui avaient précédé cette rencontre était la question de savoir si la délégation syrienne y viendrait. Jusqu'au dernier moment, il n'était pas certain que Damas reçoive une invitation ni qu'il l'accepte. Le problème résidait davantage dans la tension dans les rapports syro-américains que dans l'exigence des Syriens d'inscrire à l'ordre du jour de la rencontre le sort des hauteurs du Golan occupées par Israël. Washington avait accusé ces derniers temps Damas de soutenir les extrémistes palestiniens, d'apporter son concours aux rebelles en Irak et de déstabiliser la situation au Liban. Il y a plus de deux ans, l'ambassadeur des Etats-Unis à Damas avait été rappelé après l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, dont les Américains imputent l'organisation à la Syrie.

Néanmoins, la délégation syrienne, bien que conduite par un vice-ministre, s'est rendue à Annapolis. Deux jours plus tard, la majorité parlementaire pro-occidentale du Liban a accepté la candidature de Michel Sleimane qu'elle avait rejetée auparavant. Quel est ce compromis: a-t-il eu lieu entre les hommes politiques libanais, ou bien entre l'Occident et Damas? Fait-il partie du grand jeu proche-oriental avec à sa base le souci des Etats-Unis de détacher la Syrie de son partenaire régional, l'Iran?

S'il en est ainsi, le destin du Liban ne peut que susciter de l'inquiétude. Combien de temps durera l'armistice entre l'Occident et Damas? Est-ce un armistice ou seulement une brève coïncidence des intérêts? Qu'arrivera-t-il lorsqu'ils divergeront de nouveau? Combien de fois cette situation où un compromis temporaire ne fait qu'aggraver la situation se répétera-t-elle au Liban?

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 6 Décembre 2007

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