Palestine occupée

Lettre ouverte au Pape Benoit XVI



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Mercredi 27 Septembre 2006

 Lettre ouverte au Pape Benoit XVI




A Mon Seigneur, le Pape Benoît XVI

Le 12 septembre 2006, lors d’un discours à l’université de Ratisbonne, vous avez cité le dialogue entre "un empereur byzantin" du XIVe siècle et "un érudit perse". Vous avez expliqué que "la foi était le fruit de l’âme et que celui qui voulait conduire quelqu’un à la foi avait besoin de bien parler et de raisonner correctement, au lieu d’user de la violence et de la menace" et d'ajouter : "Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu". votre discours s'est poursuivi ainis : "L'empereur est venu parler de la question de la guerre sainte. Il a dit, 'je cite', montre-moi ce que Mohamed a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses diaboliques et inhumaines, comme son ordre de diffuser par l'épée la foi qu'il prêche et l'empereur a continué en expliquant en détail les raisons pour lesquels diffuser la foi par la violence et quelque chose de déraisonnable".

Mon Seigneur,

Dans votre discours se reflète, me semble-t-il, la politique globale du Vatican à l’égard de l’Islam. Moi, auteur de ces lignes, je vous indique les raisons qui motivent cette dernière remarque :

1- Votre discours intervient un 12 septembre, au lendemain de l’anniversaire des attentats terroristes de 2001 qui ont frappé les Etats-Unis.

2- Votre citation ne souffle mot sur l’identité et la réponse de « ce Persan cultivé » à qui l’Empereur Manuel Paleologos II s’adresse.

3- Evoquer son identité « persane » ne me semble pas du tout anodin dans un contexte où la crise du nucléaire iranien risque de se traduire par une saisine du Conseil de sécurité. Votre allusion est porteuse d’un double message qui est le suivant :

- Depuis son émergence, l’Islam reste étranger à la raison.

- Le monde islamique se nourrit de la violence, de l’intolérance. Avec lui, il ne faut donc pas espérer une quelconque coexistence pacifique.

Mon Seigneur,

le dialogue que vous citez, date du IVème siècle et nous sommes au XXIème soit six siècles plus tard à une époque qui ne lui ressemble guère. En qualité de sociologue, je sollicite votre bienveillante autorisation pour formuler au terme d’une lettre ouverte une réponse à ces accusations. Car s’il est permis qu’un Empereur chrétien et un Savant iranien discutent de la théologie et de la philosophie dans les temps anciens, quel mal y aurait-il à ce qu’au XXIème siècle, un sociologue iranien répond à cet Empreur mais aussi au Pape qui semble s’en réclamer. Si cette réponse contient des ambiguités ou des inexactitudes, ayez l'extrême amabilité de me les indiquer, de me détromper, à l’appui des documents que vous jugez probants.

Mon Seigneur,

Dans toutes les cultures du monde, l'impératif de la politesse exige qu’avant d’entamer un débat, les parties se présentent. Moi, auteur de ces lignes, je ne suis pas célèbre. Mon grand souci a depuis toujours été de poursuivre mes recherches, en homme de science solitaire, loin du vacarme inhérent à la célébrité. Les liens que j’entretiens avec Dieu, avec, je répète, mon Dieu, cet être à chaque instant témoin de mes actes, de mes pensées, de mes paroles, sont si chaleureux, si honnêtes qu’ils me dispensent de tout recours à la médiation. Vous avez sans doute entendu cette belle parole de Volatire qui dit " Providence ! mon amour et mon affection à ton égard sont si sincères, si immenses qu’ils ne supportent aucune entremise " ou encore cette phrase de Hugo, grand poète français qui disais : " Je crois en Dieu mais je me garde bien de l'Eglise".

Quant à mes liens avec les adeptes d'autres religions, ils sont excellents ; aucune haine, aucun mepris, tout y est respect et reconaissance. A cet égard, je tiens à souligner de nombreux mariages mixtes qui ont donné depuis 1908, un caractère à part à ma famille ; des mariages avec les russes orthodoxes, les arméniens, les catholiques, les protestants, les juifs ou les bahaouites, soit autants de melanges à la base des rapports familiaux que je qualifie de "solidaires" et "conviviaux". Si les différends existent parmi les membres de cette famille, dispersée de par le monde, elles ne sont surtout pas liés à la religion. Cette tolérence, nous la devons à notre éducation qui a ses racines dans une admirable philosophie que je résume en deux points : 1) l'homme est la créature plus sublime de Dieu 2) et la vie est le bien le plus précieux de toute la création.

Mon Seigneur,

Le vocable "Homme" couvre, bien sûr, tous les hommes, sans exception de race, d'éthnie, de sexe, de religion ou encore de classe sociale. Dans cette philosophie éthique, aucun être n'est meilleur qu'un autre ; il n'est meilleur que s'il est plus probe, plus intègre, plus solidaire envers ses semblables. voilà la vision du monde que nous partageons, les membres de ma famille et moi, vision que j'essaie de transmettre à mes enfants et qui nous protège, tel un rempart, contre la vanité, la prétention et l'irrespect envers l'autrui.

Bref regard sur l'histoire du pouvoir de l'Eglise

Mon Seigneur,

Permettez-moi, un peu à la manière de l'Empreur byzantain que vous évoquez, de porter un regard retrospectif sur l'histoire de l'Eglise, de son élévation au rang d'un pouvoir absolu au triple caractère religieux, politique et militaire. N'y a-t-il pas là l'attitude louable qui consiste à encourager l'échange d'opinion et d'idée? les Historiens et les Savants, par ailleurs si nombreux dans le monde chrétien, me corrigeront si je commets une quelconque erreur. L'échange d'idées que je souhaite ici, ne prétend à rien si ce n'est qu'à une simple excercice académique. N'oublions pas cette parole du Christ-bénit soit il- qui affirme : " Mon Royaume n'est pas de cette terre".

L'histoire du judaisme, on le sait, est marquée par l'avènement des Prohètes-Rois dont l'autorité s'appliquait à la fois au domaine spirituel et temporel. Les exemples de David, de Salomon sont évoqués dans la Bible. Après son avènement à la prophétie et notemment sa conquête de la Mecque, le Prophète Mohammad a joué, lui aussi, le rôle de Chef politique. Or l’honorable Christ, jugé par les rabbins de Jerusalem puis crucifié à l'âge de 33 ans n’eut ni l’occasion ni la volonté de fonder un gouvernement en ce monde car son Royaume, nous venons de le siganler, n’était pas d'ici-bas. Où s'origine donc l’autorité politique, militaire, financière de l’Eglise qui plus de dix sept siècles après son emergence continue à peser de façon directe ou indirecte sur les choix politiques d'une partie de l'Occident ?

Après la crucification du Christ, ses disciples furent dispersés dans toute la région de la Méditerannée orientale où ils prêchèrent leur foi. Mais ils furent chassés, torturé ou exécuté puisque le christianisme ne disposait pas de force militaire. A Rome, les missionaires se faisaient frire dans de l’huile brulante ou dévorés par les bêtes féroces au milieu des cris de joie de leurs tortionnaires. Ce ne fut qu'en 313 de l'ére chrétien que l’Empereur Constantin 1er embrassa le christianisme et fit de la puissante armée romaine, le bras militaire de cette religion. Cette armée avait pour mission de répandre la foi du Christ au moyen de l’épée, de l’imposer par contrainte, partout en Europe. Ce fut à ce prix que parvint à s’imposer la foi nouvelle à laquelle seuls résistèrent, les académies grecs situés à Athènes, en Alexandrie et ailleurs ; Dans ces académies, la philosophie et les sciences greques ont continué à être enseignées jusqu’à ce que Justin 1er , Empreur de Byzance, n'ordonne leur fermeture et la persécution de leurs membres. La langue et les sciences grecs furent alors interdits sur tout le territoire chrétien et l’Europe entra dans l’ére d’obscurantisme, ainsi que le qualifient les historiens. Ce fut à la même période (qui coïncide avec la fin de la dynastie ommayades et le début des Abassides) que des centaines de savants européens s’exilèrent en terre musulmane où leurs œuvres fut traduites en arabe et enseignées, entre autre, à l’ecole de Bagdad.

Mon Seigneur,

Je sais à quel point est immense votre science. En histoire, en théologie, en philosophie, vos connaissances dépassent de loin celles de nombreux savants de notre èpoque. Vous êtes à l’orignie de la plus part des discours célèbres tenus par votre prédécessur, le feu Jean paul II. Il m’est fort difficile, par conséquent, d’accepter le fait que vous ignorez l’anti rationalisme, le militarisme qui caractérisèrent, à ses début, l’histoire de l’Eglise catholique. « Les Musulmans, écrit le célèbre penseur anglais, Bertrand Russel, dans son précieux Histoire de la philosophie occidentale, non seulement préservèrent la philosophie et la science greques du pillage de l’Eglise mais encore ils y versèrent leur tribu ». A la faveur des sciences grecques, le "Kalam" propaga en terre musulmane, et naquit l’ecole Motazala connue pour ses prises de position en faveur de la primauté de la raison et du libre arbitre. pourtant, cette brillante pensée ne dura pas plus qu’un siècle et demi et elle céda la place à Ashaereh d’où descendent les Wahhabites au pouvoir en Arabie saoudite avec qui le messianisme de Bush présente plus d'une similitude.

Bref regard sur les croisades

Mon Seigneur,

A travers ce rappel de l’histoire du dix siècles de l’étatisme de l’Eglise catholique, je n’entend guère vous faire perdre votre précieux temps. Car vous et vos conseillers en savez sans nul doute beaucoup plus que moi. Ces lignes sont destinées au lecteur musulman et visent à lui faire connaitre l’histoire de votre religion. Les adeptes des monotheismes se connaitraient mieux s’ils savaient plus de leur histoire respective. « C’est pour mieux saisir le présent, disent les historiens, que nous étudions le passé ». Après avoir converti par la force de l’épée les habitans de l’Europe, l’Eglise catholique se tourna vers l’Orient sous prétexte de libérer le lieu de naissance du Christ de l’emprise musulmane.

Or derrière cet alibi, se cachait une tout autre raison. A l'est de l’actuel Moyen Orient, se croisaient à l'époque la voie de commerce maritime avec l’Inde et la célèbre route de la soie. Par leur equipées militaires dans cette partie du monde, l’Eglise et les Rois chrétiens cherchaient en effet à s’emparer des terres fertiles de l’est de la Meditéranné et à les partager entre les enfants males des familles chrétiennes car la loi de l’héritage chrétienne ne reconnaissait le droit de la propriété des terres agricoles qu’aux fils ainés issus des familles nobles. Mon Seigneurs, voyez-vous à quel point l’or et l’argent s’avèrent vital pour les tenants du pouvoir quand bien même ceux-ci se réclameraient d’une religion ? le Veau d’or qui détruit la foi, sommeille en chacun de nous. Ce n’est d'ailleurs pas par hasard si le commerce est florissant tout autant au Vatican, qu’é Beytholmoghadas et à la Mecque. Les réseraux secretes des finances n'ont jamais été totalement étrangers des institutions religieuses.

Les Croisades durèrent près de 200 ans. Par 9 fois, l’armée chrétienne envahit le Moyen Orient et notemment la Palestine. Des milliers de gens furent tués des deux côtés. La cruauté avec laquelle les soldats du Christ combattirent les Musulman, mirent à mort femmes et enfants restra à jamais ancrée dans les annales de l'Histoire. N’oublions pas que le mot « Guerre Sainte », équivalent du Djihad (en Islam), fit son entrée au neuvième siècle dans la littérature chrétinenne. La Guerre Sainte désigne le devoir de chaque chrétien de convertir les infidèles, fut-il par la force. Les Croisades s’achevèrent avec la défaite des Croisés et leur retour en Europe où ils poursuivirent leur violente entreprise du prosélytisme religieux. Quelques exemples illustreront notre propos :

Le massacre des Cathares

Entre le 11ème et le XIIIème siècles, une partie d’habitants de l’Europe, execedés par la corruption des clercs, décide de se séparer de l’Eglise et de fonder l'école cathare –du grec cathare qui signifie pur, parfait. Cette pensée religieuse, à mi chemin entre le manichéisme et le christianisme gagna très vite le sud de la France et puis la Lombardie italienne. Les papes ne tardèrent pas de déclarer la guerre à ces hérétiques et réprimer leur mouvement dans le sang. Le massacre dura deux siècles et furent nombreux les villes et les villages brûlés en entier avec leurs habitants. Les rares cathares qui parvinrent à échapper au massacre vecurent en clandestinité. Si l’Eglise les retrouvaient, elle les brulaient vif sur les place publique après leur avoir imposé l’Inquisition.

La conversion forcée sous l’autorité du Vatican

En 1492, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Casti, Roi et Reine d’Espagne, conquirent la Grenad avant d’y établir les tribunaux d’Inquisition. Aux juifs et aux Musulmans, habitants millénaires de cette contrée, l’Inquisition offrit deux solutions : soit ils se convertissaient au catholicisme soit ils quittaient l’Espagne. Une partie d’entre eux se convertit ou feignit de se convertir, protegeant ainsi ses biens et matériels ; une autre partie, des juifs surtout, fut contrainte à l’exil. Elle s’installa dans les pays de l’Empire ottoman où elle exerça souvent d’importantes fonctions. L’emprise des Rois catholiques d’Espagne sonna le glas de l’époque d’or d’Andalousie, époque de l’essor des sciences pendant laquelle Chrétien, Juif et Musulman coexistaient en toute quiétude. L’Inquisition se mit en marche. Dès lors et jusqu’au milieu du 19ème siècle, toute pensée hérétique fut réprimée et ses disciples, executés sans état d'âme.


Mercredi 27 Septembre 2006


Commentaires

1.Posté par Oscar Fortin le 28/09/2006 19:44 | Alerter
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Cher ami, en tant que membre de la croyance catholique, je ne peux que vous félicitez. Vous témoignez à la fois de beaucoup d'humilité, d'une érudition exceptionnelle et plus que tout d'une foi qui témoigne l'ouverture d'esprit d'un Dieu qui nous veut tous unis comme des frères. Votre lettre m'a profondément touché. Je suis moi-même théologien de seconde zone, une simple maitrise, et un politologue qui ne va guère plus loin que ce degré. Toutefois mon coeur et mon esprit sont propulsés aux dimensions de l'univers et grâce à Dieu, mon esprit demeure libre de toute forme d'autorité qui n'émerge pas directement de Jésus de Nazareth, mon prophète et mon sauveurt. Je respecte beaucoup Mahomet et tous ceux qui y sont attachés. Nous avons toujours beaucoup à apprendre. Nous avons tous le défi de répondre aux exigences d'une même humanité à laquelle nous appartenons tous. Que le Dieu en qui nous croyons dirige nos pas et nos pensées. Vous faites partie de ceux en qui je crois.

merci

Oscar Fortin

2.Posté par Citoyen le 28/09/2006 21:45 | Alerter
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Une seule remarque : appeler le Pape « Mon seigneur » !? Mon Dieu ! [Pardon du juron] De grâce, il s’agit d’un homme seulement élu parmi quelques uns et par eux-mêmes

Et n’oubliez pas qu’il existe des femmes et des hommes libres qui ne souhaitent pas voir revenir ici bas le pouvoir d’un Dieu [quelqu’il soit], nous avons suffisamment à faire avec l’Humanité.

La (ou plutôt les) religion n’a jamais été un outil de paix et de respect de l’autre, [peut-être le bouddhisme ? malheureusement le grand Dalaï Lama est étranger en son propre pays]

A lire sur le sujet : Monblogathée http://monblogathee.over-blog.com

3.Posté par Rouini le 04/10/2006 10:58 | Alerter
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tant de clairvoyance devrait émanée des chefs religieux et politiques

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