Propagande médiatique, politique, idéologique

Les victimes de Madoff



L’emprunt lexical « Schadenfreude » est un terme allemand signifiant « joie provoquée par le malheur d’autrui ».
Daniel Mc Gowan - Dissident Voice


Mercredi 31 Décembre 2008

Faut-il condamner "Bernie" ? Ou au contraire le décorer ?
Faut-il condamner "Bernie" ? Ou au contraire le décorer ?

Alors que les nouvelles de la fraude colossale de Bernard Madoff se concentraient sur la plupart des spéculateurs et nababs « importants » de l’Amérique, il n’a fallu que quelques heures avant que l’affaire ne tourne à leur victimisation avec les incantations habituelles sur « l’antisémitisme » et l’holocauste.

En Israël, le chroniqueur Bradley Burston a le mieux retournée l’histoire en déclarant : « pour le vrai antisémite, Noël est arrivé tôt cette année et son nouveau Père Noël s’appelle Bernard Madoff... Les aryens n’auraient pu dans leurs rêves les plus fous monter une histoire rivalisant avec celle-ci. »

Alors que la liste des « victimes » de Madoff s’allonge, leur caractéristique commune n’est pas la philanthropie, mais plutôt le sionisme politique. Pratiquement tous se sont activés pour l’établissement d’un état juif avec peu de respect et souvent une haine directe à l’encontre de la population non-juive qui vivait sur place.

L’argent de ce genre de nabab ou de « ganzer macher » [traduction approximative : fripouilles polyvalentes - N.d.T] a été employé pour déshumaniser et expulser les non-juifs de Palestine pendant plus de 120 ans. Mais bien qu’ayant mis en place une économie israélienne forte, basée sur les armes, les diamants, les services de sécurité, et malgré le fait d’avoir emmurés les Arabes dans des banthoustans en Cisjordanie et dans un camp de concentration connu sous le nom de Gaza, tous ces projets ont échoué. Les non-juifs dépassent en nombre les juifs dans les frontières contrôlées par Israël, ce qui transforme en plaisanterie le fait de le nommer état juif.

« Schadenfreude » se définit comme un plaisir en grande partie imprévu en constatant la souffrance bien méritée d’un autre. Le sionisme politique mérite dédain et dérision ; il est raciste et totalement opposé à ce que les Américains professent et jugent évident en soi : que tous les hommes et femmes ont été créés égaux et que nous devrions jouir de droits équivalents comme citoyens. Quand de riches sionistes perdent une partie de leur fortune et particulièrement à cause de la perfidie d’un des leurs, c’est un vrai plaisir.

La presse était la première à rapporter le vol par Madoff de la fondation « caritative » de Robert Lappin, une organisation dont « la mission est d’aider à maintenir nos enfants juifs, renversant de ce fait la tendance à l’assimilation et aux mariages mixtes. » Si le lecteur ressent un certain trouble en voyant ici un racisme flagrant, qu’il substitue le mot « blanc » à « juif » et qu’il se représente que c’était là le but affiché de la fondation de David Duke [homme politique américain, ancien élu de la Louisiane et membre du Ku Klux Klan].

Alors que M. Burston trouve le filoutage par Madoff « de ses semblables, et même de survivants de l’holocauste » particulièrement indigne, il y a aussi ceux qui voient une divine justice dans la fraude mise en place au détriment de fraudeurs. Elie Wiesel et sa Fondation pour l’Humanité en sont un bon exemple. Voici un homme qui a fait des millions avec son récit sur l’extermination des juifs durant la deuxième guerre mondiale ; son roman, « La Nuit », est une lecture obligatoire pour la plupart des étudiants dans les lycées ; la moindre question entraîne une accusation « d’antisémitisme » et de « négateur d’holocauste. » Il a été fêté par des présidents et il a reçu des dizaines de grades honorifiques. S’il y avait un CEO [Chief Executive Officer] de l’industrie de l’holocauste (un terme inventé par Norman Finkelstein), ce serait sûrement lui.

La fondation de Wiesel prétend combattre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice à travers des programmes pour favoriser l’acceptation et la compréhension mutuelles et l’égalité. Pourtant cette fondation ne montre que de l’indifférence aux 60 ans de souffrance du peuple palestinien et traite celui-ci par le silence ou comme des « untermenschen », ainsi son peuple avait été traité par les nazis. Wiesel se vante d’avoir aidé les terroristes juifs de l’Irgun, pas comme combattant mais comme journaliste, et il refuse de façon immuable de présenter la moindre excuse pour le massacre commis par ses employeurs à Deir Yassin. En sioniste dévot, il ne peut en aucune manière approuver l’idée d’un état en Israël/Palestine avec l’égalité des droits pour tous ses citoyens.

D’autres victimes de l’escroquerie de Madoff, comme la fondation de la famille Shapiro et celle de la famille Chais, sont assurément véritablement philanthropiques et bien intentionnées. Mais pour autant que leurs donations sont réservées à des juifs dans l’éducation, les soins médicaux, et les programmes sociaux en Israël, ces dons ne méritent pas plus de considération que celle qui serait accordée à des philanthropes aryens ou à d’autres qui soutiendraient un état raciste dont les lois favorisaient un groupe parmi tous les autres.

Les clients de Madoff n’étaient pas seulement des juifs généreux ; ce sont des juifs que soutiennent directement ou indirectement le racisme inhérent au sionisme politique. Ils soutiennent l’assimilation des juifs éthiopiens (une entreprise louable), mais rejettent l’assimilation des arabes israéliens et des Palestiniens mis en cage en Cisjordanie et dans Gaza. Ils financent des voyages de « droit du sang » pour de jeunes juifs américains dans l’espoir qu’ils s’installeront en Israël, mais pas de voyages « par droit du sang » pour Hannah Mermelstein [militante anti-sioniste défendant la solution à un seul état] ou pour le Comité israélien de Jeff Halper contre les démolitions de maisons.

Les riches victimes de Madoff ont construit toujours plus de mémoriaux sur l’holocauste avec le message « n’oubliez jamais » mais ils ignorent le siège et la famine à Gaza auxquels ils contribuent financièrement et par leur silence. Ils refusent simplement l’analogie comme « indigne. » Où est le film de Spielberg sur le ghetto de Gaza qui emmure trois fois plus de gens que le ghetto de Varsovie et dans de plus mauvaises conditions ? Où est leur soutien des Righteous Jews [juifs justes] comme l’ancien professeur de Droit Richard Falk de l’Université de Princeton, qui qualifie ce qu’Israël fait subir à 1,5 million de Palestiniens à Gaza « de crime contre l’humanité ? » Falk a condamné la punition collective des Palestiniens à Gaza comme « une violation flagrante et massive de la loi d’humanitaire internationale telle que fixée dans l’article 33 de la quatrième convention de Genève. »

Du point de vue de l’impact de toute cette affaire sur la lutte pour les droits de l’homme en Palestine, il est difficile de ne pas plaider coupable pour le « Schadenfreude » provoqué par l’appât du gain de Bernard Madoff. En fait, mon seul regret est qu’Edgar Bronfman [financier richissime et spéculateur de premier ordre, ancien président du World Jewish Congres] et Alan Dershowitz [avocat américain faisant l’apologie de la torture dans la lutte anti-terroriste et sioniste notoire] n’étaient pas dans la liste de ses clients privilégiés.

* Daniel McGowan est professeur émérite aux collèges Hobart et William Smith

22 décembre 2008 - The Dissident Voice - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.dissidentvoice.org/2008/...
[Traduction : Info-Palestine.net]



Mercredi 31 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par deemo le 31/12/2008 18:30 | Alerter
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Schadenfreude pour moi, merci Madoff.

2.Posté par hamad le 31/12/2008 20:55 | Alerter
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Qui a dit que les charognards ne se mangent pas entre eux ?

3.Posté par MOI le 01/01/2009 03:33 | Alerter
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un aléas




4.Posté par dootjeblauw le 01/01/2009 13:30 | Alerter
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Ce fut pour moi la seule bonne nouvelle en 2008.

5.Posté par Marie le 01/01/2009 19:31 | Alerter
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Madoff, avec "ses" 50 milliards écoulés suivant le schéma Ponzi — grosso-modo : déshabiller Paul pour habiller Pierre — fait l'objet d'un ciblage médiatique d'envergure. Avec une bonne dose de cynisme professionnel pourrait-on suggérer ? Robert Rubin, un des directeurs de la CITIBANK, a fait bien mieux avec le même type de schéma : 122 milliards ! Le rhabillage de Pierre sur le dos des contribuables fut le premier déclic au soutien financier ahurissant et quasi mondial du secteur bancaire...

Un tel motus à cause de ses liens étroits avec Barack Obama ?
Parce que le fils Rubin (Jamie) était le premier "raccoleur des fonds à Wall Street" durant sa campagne ?
Ou parce que même fils est aujourd'hui un des principaux conseillers d'Obama ?
Ou encore parce que l'équipe Economie d'Obama est constituée des protégés de Rubin (père) ?

http://www.nypost.com/seven/12042008/business/ponzi_scheme_at_citi_142511.htm
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/industry_sectors/banking_and_finance/article5333901.ece

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