Politique Nationale/Internationale

Les stratégies « d’en haut » et « d’en bas » du mouvement d’Hugo Chavez


Les stratégies « d’en haut » et « d’en bas » du mouvement d’Hugo Chavez

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Depuis son incontestable victoire électorale de décembre 2006, le président vénézuélien Hugo Chavez ne s’est pas reposé sur ses lauriers. Lui et son gouvernement ont pris une série d’initiatives et de mesures qui ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse, suscité de nombreuses polémiques et indiqué d’une certaine manière le chemin qu’empruntera ces prochaines années ladite révolution bolivarienne. Pour comprendre cette ‘révolution’, il est parfois utile de faire une pause dans la guerre de propagande et contre-propagande qui marque la couverture des événements au Venezuela (comme dans le cas du non renouvellement de la chaîne de télévision RCTV). Comment fonctionne cette révolution ? Quelle est sa dynamique ? Quels sont ses acteurs et actrices et les relations entre eux ? A l’heure où le gouvernement s’apprête à présenter à la population son projet de réforme constitutionnelle et que le ‘chavisme’ s’organise en un seul parti, le Parti socialiste uni du Venezuela, nous publions une analyse d’un des meilleurs spécialistes du ‘phénomène chaviste’. Certes, certains éléments de ce texte mériteraient d’être actualisés puisqu’il a été écrit avant l’élection présidentielle de décembre 2006, mais l’analyse de Steve Ellner garde son intérêt car « il s’agit ici d’analyser le mouvement et la présidence d’Hugo Chávez depuis les perspectives de deux stratégies : celle ‘d’en haut’, où l’Etat et les partis politiques cherchent à conserver le pouvoir et à servir d’instrument de changement, et celle ‘d’en bas’, mise en oeuvre par des mouvements sociaux et des secteurs non organisés de la population qui promeuvent leur propre agenda de transformation. » Pour ce faire, M. Ellner « étudie le Mouvement Cinquième République (MVR, Movimiento Quinta Républica), les organisations sociales chavistes et les innovations dans le domaine de la politique économique, sociale et étrangère. » Pour lui, « la coexistence des deux stratégies semble parfois un acte délicat d’équilibrisme et a créé des tensions à l’intérieur du mouvement. » Et « malgré la radicalisation du discours et des actions », il considère qu’ « il n’y a pas d’indices d’un changement significatif en faveur de l’un ou l’autre modèle dans un futur à court ou moyen terme. »

par Steve Ellner


Steve Ellner
Mardi 14 Août 2007

Les stratégies « d’en haut » et « d’en bas » du mouvement d’Hugo Chavez

Une analyse de l’expérience de la présidence d’Hugo Chávez au Venezuela est essentielle pour comprendre les relations actuelles entre nations du Nord et du Sud et la viabilité des formes de résistance des secondes contre la domination des premières. Dans tout le Tiers Monde, de telles luttes ont été menées depuis deux niveaux : « d’en haut » et « d’en bas », autrement dit, par l’Etat et les partis politiques qui cherchent à obtenir et conserver le pouvoir (d’en haut) et par des mouvements sociaux et des secteurs non organisés de la population (d’en bas).

Le premier type de confrontation se base sur la déclaration de « souveraineté » de la part des gouvernements. Cette approche comprend des politiques anti-impérialistes et le renforcement d’un bloc de nations tiers-mondistes. En général, cela conduit à une « révolution de libération nationale » dans laquelle un gouvernement appuyé par un parti politique institutionnalisé, un puissant mouvement syndical et parfois un secteur commercial national progressiste, joue un rôle interventionniste dans l’économie et affronte des intérêts étrangers. Avant le début de la mondialisation, dans les années 80, presque tous ceux qui soutenaient un changement politique de grande ampleur étaient en faveur d’une stratégie étatiste en ces termes. Cependant, depuis lors, des analystes de la mondialisation de tout le spectre politique ont soutenu et soutiennent qu’une ligne d’action réellement indépendante de la part des Etats du Tiers Monde est vouée à l’échec.

Un deuxième champ de résistance implique des groupes et des mouvements connectés horizontalement, démocratiques à l’interne et structurés de manière moins rigide que les partis politiques et l’Etat. Les auteurs « post-modernistes » qui soutiennent la primauté de ces mouvements sociaux pour réaliser le changement social, écartent, car non-viable selon eux, la déclaration énergique d’indépendance de la part des gouvernements, en raison des restrictions mondiales et du danger d’isolement international. Aussi estiment-ils que les stratégies étatistes sont hiérarchiques par nature et que leur potentiel est limité par conséquent pour produire un changement significatif et transcendantal (Hardt, 2002:114-115 ; Laclau, 1985). Les défenseurs du second point de vue, celui du mouvement « d’en bas », considèrent que les mouvements sociaux autonomes et le grand nombre de personnes dont la vie quotidienne entre en conflit avec la logique du système établi (ce qui dans un ouvrage a été appelé « la multitude »), sont plus transformateurs que les partis politiques, indépendamment de leurs orientations idéologiques (Evers, 1985 ; Hardt et Negri, 2004) [1].

Des éléments importants des deux paradigmes semblent applicables au cas vénézuélien. Non seulement Chávez s’est déclaré « anti-impérialiste », mais sa défense de la souveraineté nationale a en plus déterminé en grande partie sa politique extérieure. Dans ce sens, son gouvernement a fait des pas importants pour diversifier ses liens économiques et a formulé des positions indépendantes conséquentes. En outre, un des objectifs du parti politique de Chávez, le MVR, est de renforcer le gouvernement sur le plan institutionnel face à l’intense conflit qui éclate inévitablement comme résultat de l’exécution de politiques anti-impérialistes.

Le paradigme « d’en bas » semble aussi s’appliquer au phénomène chaviste. En premier lieu, le discours de Chávez, renforçant les capacités des classes populaires et attaquant férocement les bureaucrates, est compatible avec le point de vue « d’en bas ». En second lieu, le développement de coopératives et de petites entreprises à très grande échelle tend vers un modèle économique décentralisé, opposé aux structures centralisées des grandes entreprises. De plus, l’émergence d’une confédération syndicale de gauche, l’Union Nationale des Travailleurs (UNT), avec des dirigeants importants qui se voient eux-mêmes comme étant une avant-garde du mouvement chaviste, implique de l’autonomie vis-à-vis de l’Etat et du parti : une autre caractéristique de la stratégie « d’en bas ».

Une tendance finale qui favorise le point de vue « d’en bas » est le ressentiment exprimé par nombre de chavistes – dont certains appartiennent à des organisations et mouvements sociaux – contre le MVR et les autres partis politiques alliés dans la coalition au pouvoir. Depuis le début de sa campagne présidentielle en 1997-1998, Chavez a tenu un discours anti-partis (comme l’a fait également son principal adversaire, Henrique Salas Römer). Depuis lors, les activités d’un bloc de sympathisants de Chavez qui n’appartiennent à aucun parti ont autonomisé ses membres. De sorte que les chavistes non militants [d’un parti politique] ont eu un rôle crucial et éclipsé le MVR lorsqu’ils sont descendus dans les rues et ont exigé le retour de Chávez à la présidence, lors du coup d’Etat d’avril 2002.

En plus de cela, ils ont créé des structures indépendantes du MVR qui ont dirigé la campagne contre le départ du président lors du référendum révocatoire d’août 2004. Au-delà de ces deux stratégies, il se peut qu’un troisième modèle soit en train de naître. Dans l’effort pour renforcer l’exécutif comme principal gardien de la souveraineté nationale (la stratégie étatiste) et pour promouvoir la démocratie participative (la stratégie « d’en bas »), il est possible que les partis politiques et d’autres organisations intermédiaires en soient ressortis affaiblis. En résultat de quoi, une relation caudillo-masses entre Chávez et les classes populaires est peut-être en train d’émerger. Dans l’étude qui suit, nous nous occuperons des implications de « l’expérience Chavez ». Nous tenterons d’apporter quelques éclaircissements sur l’influence que peut avoir le gouvernement chaviste sur le reste du continent, notamment en ce qui concerne certaines politiques et approches qui pourraient être adoptés par d’autres gouvernements. Pour ce faire, nous commencerons par définir le modèle politique et économique en développement. La discussion sur les principales caractéristiques du chavisme a aussi comme objectif de déterminer lequel des deux points de vue formulés antérieurement est le plus applicable dans le cas du Venezuela, et si les deux sont complémentaires et conciliables, ou une source de tensions et de contradictions internes. Pour commencer, nous présenterons une vue panoramique des trois étapes de la présidence de Chávez. Puis nous examinerons le MVR, les organisations sociales chavistes et les innovations dans le domaine de l’économie et de la politique extérieure, en vue d’élucider la signification du phénomène Chávez dans le contexte des deux formes mentionnées d’appréhender le changement en Amérique latine.

Les trois étapes de la présidence de Chávez

La première campagne présidentielle de Chávez, en 1997-1998, mit l’accent sur les réformes politiques par-dessus tout, et donna le ton de la première étape, modérée, de sa présidence en 1999 et 2000. L’étendard principal de sa campagne était la proposition d’une assemblée constituante, tandis qu’étaient assouplies des demandes socioéconomiques plus à gauche, telles que la reformulation des termes de paiement de la dette extérieure. En 1999, la politique vénézuélienne se centra sur l’élection de l’assemblée constituante, l’élaboration d’une nouvelle constitution et son approbation par un référendum national qui se tint en décembre de cette même année. Parallèlement, le gouvernement de Chávez prit une orientation économique modérée, avec le choix de Maritza Izaguirre comme ministre des Finances, qui avait occupé ce poste durant le gouvernement néolibéral précédent de Rafael Caldera. Ensuite, Chávez nomma le député du MVR Alejandro Armas, lié à des intérêts financiers, pour présider une sous-commission présidentielle sur la sécurité sociale, qui proposerait la privatisation du système de pensions. Durant cette période, les chavistes adoptèrent le concept de « démocratie participative », qui prévoyait la participation directe de la population dans la prise de décisions, comme un antidote au pouvoir excessif des élites politiques et partisanes. En proclamant la démocratie participative, la Constitution de 1999 spécifia clairement l’obligation de l’Etat de « faciliter » la participation citoyenne dans la prise de décisions (article 62).
Elle mit également fin au financement public des partis politiques et obligea ceux-ci à réaliser des élections internes pour le choix des candidats des listes électorales et pour leurs organes de direction (article 67). La démocratie participative trouva son illustration dans le rôle que jouèrent les mouvements sociaux en présentant 642 propositions à l’Assemblée constituante, dont plus de la moitié furent intégrées dans la nouvelle Constitution (García-Guadilla, 2003:239-242).

Les plus avides défenseurs de la démocratie participative arguaient en faveur du remplacement de la démocratie représentative et des partis politiques par la participation populaire directe (ce que l’on pourrait appeler démocratie radicale). Le style de démocratie que défendait la Commission de participation citoyenne de l’Assemblée constituante était compatible avec l’orientation du mouvement « d’en bas » exposé dans des ouvrages théoriques. L’attaque de nombreux partisans de Chávez contre tous les partis politiques du pays et la « classe politique » (qui fait référence aux dirigeants des partis en général), se prêtait à la démocratie radicale, favorable à mettre les partis en marge du système politique. Durant la présidence de Chávez, des éléments de la version radicale de la démocratie participative, qui est ce qui représente le mieux la stratégie « d’en bas », se sont avérés inopérants. L’épitomé de la démocratie radicale fut la réalisation d’assemblées de citoyens dont les décisions avaient un caractère inaliénable, tel que l’établit l’article 70 de la Constitution. Durant ces années-là, organiser des « assemblées constituantes » dans le mouvement syndical, les universités et l’industrie pétrolière devint le mot d’ordre chaviste, mais l’idée ne se matérialisa pas. Début 2001, par exemple, quand des conseils d’ouvriers élus en assemblées de bases tentèrent d’expulser des syndicats anti-chavistes de leurs bâtiments qu’ils avaient pris, ils furent critiqués par les leaders syndicaux chavistes pour leur spontanéité excessive et leur manque de discipline (Ellner, 2003:221).

Une application encore plus problématique du principe de la démocratie radicale fut l’article 350 de la Constitution, qui garantit aux Vénézuéliens le droit de ne pas reconnaître « tout régime, toute législation ou toute autorité contraire aux valeurs, principes et garanties démocratiques ou portant atteinte aux droits humains ». Quand, début 2002, l’opposition remit en cause la légitimité du gouvernement de Chávez, elle invoqua cet article pour justifier la désobéissance civile et mena des actions pour faire tomber le gouvernement.

La deuxième étape de la présidence de Chávez commença en novembre 2001, avec la promulgation d’un ensemble de 49 lois spéciales destinées à renverser les tendances néolibérales des années 90. Ces lois furent le signe d’une radicalisation du gouvernement de Chávez et du début de la deuxième étape, l’étape anti-néolibérale. Une nouvelle Loi des hydrocarbures établit la propriété majoritaire de l’Etat sur toutes les compagnies pétrolières mixtes, dans le but de freiner le programme néolibéral de l’ « Ouverture pétrolière » de l’administration Caldera. Une autre loi maintint le contrôle de l’Etat sur la sécurité sociale, écartant ainsi les tentatives de privatisation du système entreprises tant par le gouvernement de Caldera que par la commission dirigée par Alejandro Armas. Une troisième loi, la Loi des terres, était destinée à soumettre au parcellement les terres sous-utilisées. L’approbation des 49 lois en 2001 réfuta l’argument selon lequel Chávez était un néolibéral déguisé en révolutionnaire (v. Parker, 2005:40-43). Sa survie politique discrédita le mythe promu par le Consensus de Washington selon lequel à l’ère de la mondialisation tout prise de distance par rapport au modèle macroéconomique était vouée à l’échec. La signification de ce changement s’est vue magnifiée par la position de plus en plus hostile de Washington envers le Venezuela sous l’administration Bush et même par l’appui de celle-ci au coup d’Etat d’avril 2002 et à la « grève générale » [2] de 2002-2003.

L’échec de la grève encouragea le gouvernement de Chávez à aller au-delà du simple refus des politiques néolibérales en cours. Commença alors une troisième étape caractérisée par des programmes novateurs et l’émergence de nouvelles structures, en concurrence ou en complément de celles déjà existantes. Par exemple, les programmes des « missions » dans le domaine de la santé et de l’éducation fonctionnaient en dehors des ministères. De la même manière, une chaîne de supermarchés publics appelés « Mercal » faisait concurrence au secteur commercial privé.

Au début de cette troisième étape, Chávez déclara son gouvernement « anti-impérialiste » et, pour 2005, appela à la définition et à la construction du « socialisme du XXIe siècle ». A ce moment-là, de nombreux Vénézuéliens, en dedans et en dehors du mouvement chaviste, critiquaient la structure rudimentaire et l’absence de mécanismes pour assurer la mise en œuvre réussie des programmes et l’application des politiques. Quoi qu’il en soit, un nouveau modèle économique et social avait commencé à surgir, même si le processus avait besoin d’être consolidé. Examiner le rôle du parti, de l’Etat et du bloc chaviste qui ne milite pas dans des partis est essentiel pour comprendre les nouvelles orientations du chavisme et les nouvelles structures qui ont émergé.

Le Mouvement Cinquième République

Des présidents populistes tels que Juan Domingo Perón (Argentine), Lázaro Cárdenas (Mexique) et Getúlio Vargas (Brésil), qui introduisirent des politiques anti-impérialistes dans leurs pays respectifs dans les années 30 et 40 du XXe siècle, s’appuyèrent sur des partis politiques pour étayer leur position face à une opposition acerbe des forces de la réaction. Chávez a aussi reconnu l’importance de développer un parti politique fort pour contrecarrer la capacité de mobilisation de l’opposition. Pour ce faire, il s’est différencié du péruvien Alberto Fujimori (avec qui il est souvent comparé), qui en bonne partie est passé outre l’organisation partisane et a dépendu majoritairement d’alliers commerciaux et militaires.

La faible institutionnalisation du MVR l’a circonscrit en grande mesure à l’arène électorale. Le parti fut créé en 1997 comme instrument pour promouvoir la candidature présidentielle de Chávez. Il manquait par conséquent de liens avec la société civile (López Maya, 2003:110). Après être parvenu au pouvoir, il y eut des tentatives pour l’institutionnaliser par le biais de divers fronts tels que le Front Constitutionnel des Travailleurs (FCT, Frente Constitucional de Trabajadores) et les « Cercles patriotiques », qui étaient des cellules locales constituées d’environ neuf membres.

Malgré tout, les dirigeants syndicaux chavistes remplacèrent le FCT par la Force Bolivarienne des Travailleurs (FBT), qui regroupait des travailleurs du et d’en dehors du parti, alors que les Cercles patriotiques furent pour la plupart abandonnés en faveur des « Cercles bolivariens », qui n’avaient pas non plus de lien particulier avec le MVR. Les leaders chavistes défendirent cette position de créer des fronts élargis en dehors du MVR en se basant sur l’idée qu’ils garantissaient l’autonomie du mouvement social et que cela empêchait le contrôle par le parti.

Les expériences du MVR en matière d’élections internes pour élire les autorités et les candidats du parti – tel que l’exige l’article 67 de la Constitution- ont connu des résultats mitigés. L’élection la plus importante s’est tenue en avril 2003 pour élire le comité exécutif national du parti : le Commandement Tactique National (Comando Táctico Nacional). A cette occasion, la grande majorité des mille délégués présents à la Convention nationale, élus lors d’élections internes, appartenait à l’aile gauche du parti menée par le parlementaire William Lara [3], bien que les membres de celle-ci aient accusé la tendance opposée (menée par le militaire à la retraite Luis Alfonso Dávila) d’avoir commis une fraude électorale généralisée. Malgré la supériorité de Lara en nombre de délégués, son effort pour remporter le contrôle du parti échoua lorsque Chávez pria instamment la Convention d’élire l’ex-militaire Francisco Ameliach comme Directeur général du parti. Cela dit, depuis lors, Lara a fait de l’ombre à Ameliach à la tête du MVR.

Le résultat de la convention de 2003 a mis en relief deux obstacles majeurs pour la démocratisation du MVR. Tout d’abord, Chávez a le dernier mot dans toutes les décisions, une prérogative acceptée unanimement par les membres du parti. Ensuite, il privilégie les militaires en les nommant à des postes importants, poursuivant sa stratégie d’« alliance civico-militaire ». Ces facteurs interfèrent avec la démocratie du parti ainsi qu’avec la consolidation de tendances internes qui faciliteraient le débat idéologique dont le MVR a tant besoin. Le courant militaire du mouvement chaviste comprend plusieurs gouverneurs, et c’est l’ex-vice-président de la République et actuel gouverneur de l’Etat de Miranda, Diosdado Cabello, allié d’Ameliach, qui en est à la tête. Les membres de l’aile « gauche » du MVR, qui s’identifient à Lara, affirment que, à peu d’exceptions près (telles que le Commandant en chef des Forces armées, Raúl Baduel [4], et l’ex-président de l’Institut national des terres, Eliécer Otaiza), les leaders militaires chavistes résistent à une plus grande radicalisation et, dans certains cas, ont fait montre d’un enthousiasme modéré pour les programmes sociaux. Le traitement spécial réservé aux militaires obéit à un impératif politique : renforcer la tendance pro Chávez au sein des Forces armées, et ce faisant, prévenir une possible stratégie d’opposition de promotion d’affrontements et de désordres comme moyen d’inciter les militaires à faire un coup d’Etat. Lara, Nicolas Maduro (ex-président de l’Assemblée nationale et actuel ministre des Affaires étrangères de la République) et d’autres leaders du MVR ont exprimé leur soutien à la transformation du parti, afin d’établir des liens allant au-delà de l’arène électorale (Lara, 2005:14-15). Ces dirigeants [voyaient] le Congrès idéologique annoncé par Chávez, et qui [devait] se tenir après les élections présidentielles de décembre 2006, comme une opportunité idéale pour relancer le MVR [5] et surmonter son manque de clarté idéologique. Le courant de gauche avait bon espoir que la série d’expulsions du MVR et la décision simultanée de ne pas permettre à certains parlementaires de postuler à nouveau pour les élections [législatives] de décembre 2005 faisaient partie d’une stratégie de « purge » de dirigeants à la conduite éthique douteuse. Ils traitèrent les présumés opportunistes du MVR de « vampires », associant la corruption à la tendance « droitière » du parti qui empêchait une plus grande radicalisation. Cependant, l’aile gauche sentit que pour des raisons stratégiques le parti devait remettre à plus tard la guerre totale contre la corruption. En outre, les leaders du MVR étaient réticents à ouvrir le parti au débat idéologique, pour éviter des divisions qui pourraient l’empêcher de répondre aux défis qu’il devait affronter. Son argument central au moment où ce texte était écrit est le même qui a toujours prévalu dans l’histoire du parti.

Depuis sa fondation, le MVR a toujours fait face à des situations d’ « urgence » en raison de la série d’élections de 1999 et 2000, suivies du soulèvement promu par l’opposition. L’objectif annoncé par Chávez d’obtenir 10 millions de votes lors des élections présidentielles de 2006 - les élections parlementaires de 2005 devant lui servir de tremplin - menaçait de ramener l’attention à l’arène électorale.

Des dirigeants du MVR indiquent que ces défis pressants requièrent le report des élections primaires, de l’application de mesures exemplaires contre la corruption et du débat idéologique ouvert. Cependant, après la retentissante victoire de Chávez lors du référendum révocatoire d’août 2004 et lors des élections au niveau des Etats et municipales, trois mois plus tard, les chavistes se trouvent dans une position confortable avec une opposition fortement discréditée et démoralisée, ce pourquoi la « fixation » sur les batailles électorales semble infondée.

Malgré le fait que le MVR n’ait pas abordé les défis de la démocratie interne, la clarté idéologique et la corruption, le parti est un pilier fondamental du gouvernement de Chávez. L’une de ses réussites les plus importantes a été de maintenir le contrôle de la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui a été essentiel pour la survie du gouvernement. De plus, même si nombre de partisans du président croient que le MVR tolère la corruption dans ses rangs, le parti a remporté la majorité écrasante du vote chaviste lors des élections municipales d’août 2005. Les dirigeants chavistes avaient structuré leurs listes électorales de manière à permettre que les autres organisations de la coalition gouvernementale puissent mettre à l’épreuve leur soutien en lançant leurs propres listes de candidats, mais aucune n’a obtenu de bons résultats. Malgré la décision d’autoriser des listes multiples, Chávez et d’autres leaders ont insisté sur la nécessité de maintenir l’unité et pour que tous les dirigeants du MVR soutiennent les listes de ce parti. Après les élections municipales, une série de dirigeants du MVR, dont Gilmer Viloria, gouverneur de l’Etat de Trujillo et membre fondateur du parti, furent expulsés pour avoir soutenu une liste séparée.

En appelant à l’unité, Chávez souligna l’importance d’éviter l’affaiblissement du MVR, même s’il s’est montré à certaines occasions impatient et déçu devant la conduite opportuniste et le manque de discipline de certains de ses dirigeants. Par contraste, il loue souvent le Parti communiste pour sa discipline et l’engagement inconditionnel de ses membres.

La faiblesse organisationnelle du MVR ouvre un espace pour des acteurs qui ont un rôle principal dans l’orientation « d’en bas », qui privilégie les mouvements sociaux autonomes et la participation directe des bases des organisations politiques et sociales dans la prise de décision. En effet, le fait que le MVR évite de nouer des liens formels avec les organisations syndicales et sociales était destiné à respecter leur autonomie, conformément à la stratégie « de bas en haut ». Néanmoins, contrairement à cette stratégie, les organisations sociales chavistes en général ne sont pas parvenues à atteindre un statut autonome et ont, en outre, eu une courte existence, comme nous le verrons dans les lignes qui suivent.

Les mouvements sociaux et le chavisme

Le ressentiment contre le MVR, ses partis alliés, et les politiciens chavistes qu’expriment fréquemment les partisans de Chávez n’est pas courant dans le cas d’un mouvement de gauche latino-américain. Ces chavistes de base affirment avec fierté qu’ils sont indépendants de tout parti politique et, aussi, qu’ils n’ont pas d’ambitions personnelles, à la différence de ceux qui font de la politique partisane. De nombreux chavistes qui ne militent pas dans des partis appartiennent à des organisations sociales pro Chávez telles que les Cercles bolivariens, qui durant les premières années de la présidence de Chávez menaient des débats sur divers sujets politiques d’actualité, comme la nouvelle Constitution de la nation.

Les Cercles et d’autres organisations ont été cruciaux pour convoquer les bases chavistes à participer à des mobilisations. Ainsi, par exemple, grâce à des réseaux informels mis en place par des organisations sociales et favorisés par l’utilisation de messages de texte des téléphones portables (SMS), un grand nombre d’habitants de quartiers populaires convergèrent vers Miraflores [le palais présidentiel, ndlr] à Caracas et vers les casernes militaires de tout le pays pour exiger le retour au pouvoir de Chávez lors du coup d’Etat d’avril 2002. De manière significative, l’information comme quoi Chavez n’avait pas démissionné mais était retenu prisonnier, donnée par une radio communautaire de l’organisation catholique Fe y Alegria, incita les habitants des zones pauvres de l’ouest de Caracas à rejoindre les manifestations. Un dirigeant d’une organisation culturelle qui, en 2004, transforma un commissariat de police du quartier 23 de Enero en station de radio communautaire, se souvient ainsi des succès du 13 avril [2002] : « Les membres du groupe étaient en contact très étroit les uns avec les autres, et nous avons marché ensemble vers Miraflores ; mais ce jour-là, il n’y avait pas de commandement central pour faire avancer les choses » (entretien avec Antonio Alvarado, Caracas, 6 octobre 2005).

Les organisations sociales chavistes ont eu une vie courte : les Cercles bolivariens, dont la base était avant tout dans les communautés ; la « Clase Media en Positivo », qui rassemblait des universitaires et autres qui vivaient dans les zones plus riches ; et la Force Bolivarienne des Travailleurs, qui représentait des syndicalistes, ont pratiquement disparu quand leurs membres ont intégré d’autres organisations et ont participé à d’autres activités au sein du mouvement chaviste. Début 2004, certains rejoignirent les « Unités de Bataille Electorale » (UBE), qui parcoururent les quartiers pour demander de voter « non » au référendum [révocatoire] qui se tint en août de cette même année. Les membres des UBE étaient convaincus que cette structure, très souvent dirigée par des chavistes non membres de partis, se maintiendrait dans le temps et qu’elle servirait de contrepoids à la participation du MVR dans la désignation de candidats pour les élections futures. Cependant, les UBE aussi furent éphémères.

Le recrutement d’activistes politiques par l’Etat et les opportunités que celui-ci leur offre expliquent en grande partie la courte durée de vie des organisations. La désertion des organisations sociales s’est exacerbée avec les abondants revenus pétroliers dont dispose l’Etat et la stratégie chaviste de créer des structures parallèles dans les domaines de la santé, l’éducation et la distribution de nourriture. Dans certains cas, plusieurs ministres, ainsi que certains maires et gouverneurs chavistes, ont fait entrer ces activistes dans l’administration publique, en leur octroyant des contrats et en leur donnant un capital de départ pour monter des coopératives. La relation entre les activistes et l’Etat a parfois créé des tensions au sein des organisations sociales. Le mouvement radical « Tupamaros », par exemple, qui a surgi dans la zone ouest de Caracas dans les années 90, a perdu un grand nombre de ses membres quand il a décidé de participer à la politique électorale, en même temps qu’un de ses dirigeants principaux acceptait un poste dans la police de Caracas en 2004.
Les dissidents accusèrent les dirigeants Tupamaros de transformer l’organisation en parti politique et de compromettre ainsi son statut de mouvement autonome. Le mouvement pro chaviste montra des signes d’avoir atteint un degré d’autonomie des partis politiques et de l’Etat. Malgré ses tendances internes en conflit, la confédération syndicale chaviste, l’Union Nationale des Travailleurs (UNT) a formulé des propositions, revendications et consignes qui n’ont pas été officiellement partagées par le MVR et ses partis alliés. Par exemple, à sa fondation, en 2003, l’UNT proposa la mise en œuvre d’un modèle économique basé sur la production pour la consommation interne, la reformulation de la dette extérieure, et un soutien pour la prise des entreprises qui avaient fermé, à un moment où le gouvernement n’avait pas encore défini sa position (Ellner, 2005b:66). Le fait que ces syndicalistes se perçoivent eux-mêmes comme une avant-garde au sein du chavisme renforce la notion d’autonomie du mouvement social, qui est la pierre angulaire de la perspective « d’en bas ».

Le degré d’autonomie généralement bas qu’ont montré les mouvements sociaux sous le gouvernement de Chávez n’est pas atypique pour l’Amérique latine. La perspective « d’en bas » favorise la maximisation de l’autonomie, et cela fut pratiquement un étendard durant les années 80, quand des auteurs influencés par le sociologue français Alain Touraine proclamèrent que les « nouveaux mouvements sociaux » étaient la vaque du futur. Cependant, plus récemment, des études de gouvernements de gauche locaux et dans les Etats réalisées au Brésil, à Lima [Pérou] durant les années 80 et dans d’autres pays ont montré les problèmes et défis imbriqués auxquels les mouvements sociaux doivent faire face au moment de définir leur relation avec les partis politiques et l’Etat, même quand ceux qui sont au pouvoir montrent leur soutien à la démocratie participative. Par exemple, une étude de la gestion municipale de l’homme politique de gauche, Alfonso Barrantes, à Lima, montre comment les mouvements sociaux qui ont participé à des programmes municipaux durent lutter contre la réduction du financement de la part du gouvernement central, avec des accusations de corruption qui furent exploitées par le mouvement guérillero Sentier Lumineux pour les discréditer, l’extrême pauvreté de leurs membres qui rendait difficile leur participation et leur engagement et les impératifs politiques perçus par la gauche, qui limitaient l’autonomie et les options [6]. Au Venezuela, le gouvernement central étant engagé avec la participation populaire dans la prise de décisions, tel que l’établit la Constitution de 1999, les mouvements sociaux chavistes étaient apparemment dans une position avantageuse en comparaison avec leurs homologues d’autres pays. Cependant, le fait que le MVR n’ait pas essayé de se rapprocher d’eux – en soi une réaction complètement opposée aux pratiques hégémoniques des partis du passé – les a privés de liens institutionnels qui auraient facilité leur participation dans la prise de décision.

La transformation économique et les programmes sociaux

Durant les quatre premières années de la présidence de Chávez, la pensée derrière la politique économique de son gouvernement se définissait mieux en prenant en compte ce à quoi il s’opposait, plutôt que ce qu’il défendait. De fait, ses adversaires affirmaient qu’il était en réalité un néolibéral, comme le prouvaient ses politiques fiscales conservatrices (Blanco, 2002 :139).

Cela dit, le fait qu’il stoppa les processus antérieurs de privatisation des industries du pétrole et de l’aluminium et le système de sécurité sociale, et qu’il résista aux pressions de l’opposition pour arriver à un accord avec le Fonds monétaire international (Wilpert, 2003 :169), lui ont donné ses lettres de noblesse en tant qu’anti-néolibéral. A l’instar de la situation dans laquelle se trouvèrent au début des gouvernements de centre-gauche tels que ceux de Caldera en 1994 (Venezuela), Fernando de la Rua (Argentine) et Ricardo Lagos (Chili), Chávez ne parvint pas à définir son anti-néolibéralisme de manière précise, ni à différencier ses politiques de celles de la substitution des importations qui s’appliquaient par le passé (Ellner, 2005a :47-51).

Avec l’échec de la « grève générale » de deux mois en février 2003, la pression sur Chávez a baissé, rendant possible l’application de lois et la mise en œuvre de programmes et de pratiques sociaux qui tendent à tracer les contours d’un nouveau modèle économique. De nombreux aspects de l’orientation de ce nouveau gouvernement, tels que l’attention portée à la communauté et la participation des travailleurs dans la prise de décisions, se fondent dans le moule du paradigme « d’en bas ». Cependant, parallèlement, les tentatives du gouvernement pour atteindre l’autosuffisance en matière de production alimentaire pour des raisons de sécurité nationale et ses rigides conditions pour le capital étranger, cadrent avec le modèle étatiste anti-impérialiste.

Les activités promues par le gouvernement mentionnées ci-dessous, même si elles s’inspirent de pratiques du passé, mettent en évidence de nouveaux objectifs et centres d’attention :

1. Les programmes des « misiones ». Le gouvernement a instauré des programmes spéciaux en dehors des structures ministérielles et juridiques existantes, principalement à tous les niveaux des domaines de la santé et de l’éducation. Ces programmes font appel à des techniques novatrices telles que l’utilisation de cassettes vidéo et de facilitateurs au lieu d’enseignants dans les salles de classe. De plus, 12 mille médecins cubains ont participé au lancement de la mission « Barrio Adentro » (« A l’intérieur du quartier »), en installant des cabinets de consultation dans des quartiers pauvres de tout le pays et sont aujourd’hui remplacés progressivement par du jeune personnel vénézuélien. En 2005, le gouvernement annonça formellement que les 1,5 million de personnes analphabètes du pays avaient appris à lire et écrire grâce à la mission « Robinson ».

2. Les coopératives de travailleurs. Le ministère pour l’Economie Populaire (MINEP) [7], l’entreprise pétrolière publique (PDVSA) et d’autres compagnies de l’État, plusieurs banques publiques et certaines administrations des Etats et municipes du pays ont stimulé la création de douzaines de milliers de coopératives, en leur offrant le capital de départ et en organisant des sessions de formation. Le MINEP, fondé en 2004 et à la tête duquel se trouv[ait] Elias Jaua, ancien activiste d’une organisation politique d’extrême gauche, dirige la plupart de ces efforts. Des facilitateurs du MINEP – souvent des diplômés universitaires ou des techniciens supérieurs – assistent chacun deux coopératives pour les aider à solutionner les problèmes qui peuvent surgir et assurer le suivi des activités. En mai 2005, 300 mille travailleurs au chômage obtinrent un diplôme du programme de formation « Vuelvan Caras », promu par le MINEP et beaucoup d’entre eux ont ensuite créé des coopératives, tant dans des zones urbaines que rurales, qui reçoivent une aide financière du ministère.

3. La cogestion. Après la « grève générale » de 2002-2003, les présidents de deux fédérations de travailleurs du secteur pétrolier (Rafael Rosales et Nelson Núñez) ont été choisis pour représenter les employés dans le conseil de directeurs de PDVSA. Bien qu’au Venezuela la représentation des travailleurs dans les conseils de direction de compagnies publiques remonte à un décret de 1966, à travers les ans, la direction de la Confédération des Travailleurs du Venezuela (CTV) [8] a presque toujours choisi des représentants sans expérience de travail ou professionnelle dans le domaine, rendant leur rôle minime dans la prise de décisions (Ellner, 1995 : 277). A partir de 2005, les chavistes ont fait des efforts pour développer des formes de cogestion plus authentiques. Cette année-là, Chávez choisit le vétéran de gauche Carlos Lanz pour diriger la compagnie publique d’aluminium, Alcasa, avec l’objectif exprès de mettre en place des accords de cogestion, qui ensuite s’appliqueraient à d’autres entreprises de l’Etat dans la région industrielle de Guayana. Lanz annonça immédiatement qu’il irait au-delà de la représentation symbolique des travailleurs promue par le mouvement social-démocrate européen et que les employés d’Alcasa et les membres de la communauté participeraient à la préparation du budget de l’entreprise pour l’année 2006.

4. Occupations par des travailleurs et expropriations par l’Etat. Durant la « grève générale » de 2002-2003, les travailleurs prirent plusieurs grandes et moyennes entreprises, arguant que leurs propriétaires les avaient fermées sans leur payer les indemnisations pour cessation d’activités exigées par la loi. Au début, le gouvernement soumit l’affaire aux tribunaux compétents, mais, début 2005, le président Chávez expropria l’entreprise papetière Venepal et, plus tard, la compagnie Constructora Nacional de Válvulas et annonça qu’il ferait de même avec toutes les autres entreprises privées qui avaient fermé. L’UNT a eu un rôle actif en soutenant la prise d’autres entreprises dans des circonstances similaires par les travailleurs. La confédération mène une enquête également auprès d’un grand nombre d’autres cas d’entreprises qui remplissent les conditions pour l’expropriation. L’UNT insiste pour que plusieurs entreprises (notamment des hôtels) qui ont fait faillite et qui sont temporairement administrées par le Fonds de garantie des dépôts et de protection bancaire (FOGADE, Fondo de Garantía de Depósitos y Protección Bancaria), un organisme financier publique, soient remises aux travailleurs plutôt qu’à leurs propriétaires antérieurs. Dans d’autres cas, le gouvernement et les employés sont parvenus à des accords avec les propriétaires, selon lesquels l’Etat fournit une aide pour faciliter la récupération de l’entreprise tandis que la direction accepte des accords de cogestion.

5. Distribution de terres. En janvier 2005, au moment de l’anniversaire de la mort du leader paysan du XIXe siècle Ezequiel Zamora, Chávez a annoncé l’application de l’article 307 de la Constitution contre le latifundio, annonçant ainsi l’ouverture d’un nouveau front. Parallèlement, le gouverneur de l’Etat de Cojedes octroya des titres de propriété à des paysans qui depuis un temps occupaient une terre, propriété d’une filiale de la compagnie anglaise Vestey Group. En avril, une réforme de la Loi des terres autorisa l’Institut National des Terres (INTI) à réaliser des occupations tandis que les cas étaient encore dans les tribunaux. Fin 2005, le gouvernement avait commencé à adopter des mesures pour prendre possession de 21 grandes propriétés terriennes, remettant certaines des terres à des coopératives agricoles. Le gouvernement parvint à un accord d’indemnisation avec une fabrique agro-alimentaire propriété de la compagnie Heinz dans l’Etat de Monagas, en même temps qu’il reprenait, dans l’Etat de Barinas, des silos de céréales, supposés inactifs depuis 2002, propriété du puissant Groupe Polar. L’argument principal de l’Etat pour justifier ces expropriations a été l’article 107 de la Loi des terres qui définit les latifundios comme des propriétés terriennes ayant moins de 80% de productivité. De plus, l’INTI a pu exhiber des preuves – qui dans certains cas remontaient au XIXe siècle – réfutant l’authenticité des réclamations des propriétaires de terres, ainsi que des preuves de violation de lois écologiques. Cette campagne est nouvelle pour le Venezuela. L’unique autre réforme de la propriété de la terre effective dans l’histoire du pays avait été promulguée en 1960, mais n’a pas mené à bien la redistribution des grandes propriétés privées.

6. Délégation d’autorité à des organisations communautaires. Le 4 février 2002, Chavez émit un décret qui autorisait les Comité des Terres Urbaines (CTU), composés d’habitants des quartiers urbains, à réaliser une reconnaissance de terrains, distribuer des « titres de terres » à des résidents de longue date et à développer des aires publiques de loisir. Plus récemment, des commissions d’habitant des quartiers, comme par exemple les « commissions d’eau », ont participé à la formulation et l’exécution de projets de travaux publics dans leurs communautés.

7. Refus de nommer des représentants du secteur patronal à de hauts postes gouvernementaux chargés de la formulation de la politique économique. Depuis le début de la période démocratique moderne, en 1958, les postes de ministre des Finances, ministre du Développement, ministre de la Planification et président de la Banque centrale étaient généralement réservés à des représentants de la communauté patronale. Depuis la démission de Maritza Izaguirre de ses fonctions de ministre des Finances à la mi-1999, l’organisation patronale Fedecamaras n’a pas eu de représentation à d’importants postes gouvernementaux.

Ces programmes et politiques, entre autres, montrent combien sont erronées deux affirmations sur la présidence de Chavez. La première, relative au fait qu’il est un néolibéral déguisé d’anti-néolibéral et qui a été formulée par des syndicalistes et des gens de centre-gauche de l’opposition durant les premières années du gouvernement ; nous l’avons abordée antérieurement. La seconde, qui dit que le chavisme est un retour aux expériences populistes latino-américaines des années 30 et 40. S’il est vrai qu’il y a des points importants de ressemblance entre ces régimes (Ellner, 2001), Chavez a établi de nouveaux objectifs et de nouvelles orientations, qui se voient reflétées dans une diversité de politiques et d’actions.

En premier lieu, les ambitieux programmes sociaux et économiques de Chavez sont orientés clairement vers la « communauté » et sont destinés à intégrer des secteurs des quartiers pauvres à la vie nationale. Par exemple, avec la mission « Barrio Adentro », les médecins travaillent dans les quartiers et avec les organisations de ceux-ci pour promouvoir la médecine préventive. Dans le passé, peu de médecins vénézuéliens installaient leurs cabinets dans les quartiers. En outre, la mission « Sucre » (éducation de niveau universitaire) et les « universités bolivariennes » favorisent la participation étudiante dans les programmes communautaires. Le gouvernement encourage également la formation de coopératives dans les quartiers où résident leurs membres. Finalement, les « comités de terres » et les « commissions de l’eau », installés dans les quartiers, sont des innovations à la signification particulière étant donné qu’elles octroient l’autorité à la collectivité pour la prise de décisions. L’offensive collective de distribution de terres dans des secteurs pauvres contraste autant avec les pratiques des partis populistes du passé qu’avec les positions d’auteurs néolibéraux. Les gouvernements populistes offraient typiquement des titres de propriété de terrains urbains sur une base individuelle comme transaction clientéliste à des fins électorales, alors que les néolibéraux acceptaient l’octroi de titres de terres pour parfaire le système de propriété privée (De Soto, 2000).

En deuxième lieu, les programmes sociaux et économiques de Chavez vont à l’encontre de puissants groupes économiques sous des formes que les gouvernements réformistes et populistes se refusaient de mettre en œuvre. Ainsi, la Loi des terres et la politique d’expropriation d’entreprises reflètent le rejet de Chavez de la propriété privée comme un droit absolu sans aucune responsabilité sociale. Le respect du gouvernement pour la propriété privée en circonstances normales, parallèlement à la récupération de terre non productives (en accord avec la Loi des terres) et de fabriques et d’usines industrielles qui ont fermé, contraste avec les révolutions socialistes de toute l’histoire moderne d’un côté, et avec les régimes populistes radicaux, de l’autre.

De plus, l’Etat a défié explicitement le contrôle oligopolistique dans la production et la distribution d’aliments en venant soutenir l’activité économique de petite échelle. Par exemple, la chaîne de supermarchés Mercal appuyée par le gouvernement fait concurrence aux supermarchés privés, tout comme le font les coopératives financées par l’Etat aux autres entreprises plus grandes. Dans une autre action qui sape des intérêts du secteur privé, le Secteur National Intégré de l’Administration Fiscale et Douanière du Venezuela (SENIAT, Servicio Nacional Integrado de Administracion Tributaria y Aduanera de Venezuela), a mis en œuvre le plan « évasion zéro, contrebande zéro » [9], ce qui a permis de doubler les recettes fiscales en 2004 par rapport à l’année précédente. Pour donner un exemple, le SENIAT a fermé temporairement et mis à l’amende des établissements de toutes tailles, dont McDonalds, General Motors, Eastman Kodak et Hewlett-Packard. Le SENIAT, qui espère que les recettes fiscales soulageront éventuellement la dépendance de la nation à la rente pétrolière, a contredit l’idée qu’en Amérique latine le système des impôts sur les revenus ne peut jamais être mis en œuvre efficacement en raison de la résistance de la part de puissants intérêts commerciaux (Castañeda, 2001 :32).

En troisième lieu, la politique vénézuélienne sous Chavez s’est transformée en un jeu à somme nulle, en même temps que le discours reflète une claire vision de classe. Jamais auparavant dans l’histoire du pays, un chef d’Etat n’avait déclaré qu’aider les pauvres est plus important qu’aider les autres secteurs de la population. Les dépenses dans les domaines de la santé et de l’éducation ont crû en pourcentage du budget national de manière phénoménale, alors que les recettes fiscales ont de surcroît contribué à la redistribution de la richesse. Les classes moyennes n’ont pas échappé non plus à ce changement de priorités. Ainsi, des associations de professeurs et de médecins ont exprimé leur préoccupation sur le fait que les programmes des missions, qui servent les pauvres, aient fait baisser les standards professionnels et absorbent des ressources aux dépens des programmes établis. Cette priorité sociale contraste avec le discours des mouvements populistes radicaux des années 30 et 40, qui, en grande partie, voulaient échapper au thème du conflit de classe (Horowitz, 1999 :23) et essayèrent de former des alliances entre le secteur des entreprises et les travailleurs. Le modèle socio-économique qui est en train d’émerger au Venezuela, dans lequel des structures nouvelles (telles que les missions) coexistent avec d’autres plus anciennes, coûte cher, et son succès dépend du maintien des prix élevés du pétrole. A la longue, sa viabilité dépend aussi de l’éradication des pratiques de corruption et du développement de mécanismes efficaces pour garantir que les assignations massives de ressources aux petites entreprises des communautés et des travailleurs soient dûment utilisées. De fait, l’aile la plus à gauche du mouvement chaviste voit la lutte contre la corruption non seulement comme un impératif moral, mais aussi comme une condition sine qua non pour l’actuelle transformation de la nation. Par ailleurs, tant que le modèle vénézuélien dépendra de la rente pétrolière, il aura une applicabilité limitée dans le reste de l’Amérique latine. Ce n’est que si le Venezuela se libère du statut d’économie « rentière » entachée de corruption et d’inefficience que l’expérience chaviste pourra se développer au point d’être une véritable alternative au néolibéralisme et peut-être servir d’émulation ailleurs sur le continent.

Conclusion

L’objectif de ce travail a été de définir les aspects les plus significatifs du phénomène Chavez et d’en explorer ses implications de grande ampleur pour le Venezuela et l’Amérique latine. Pour ce faire, nous avons examiné les politiques, stratégies et changements structurels gouvernementaux afin de percevoir le profil général d’un nouveau modèle politique et économique. Comme nous l’avons exposé antérieurement, des innovations, de nouvelles activités et actions qui représentent une claire rupture avec le passé pointent vers un modèle nouveau. S’il est vrai que certaines caractéristiques de ce nouveau modèle, telles que les pratiques en lien avec la démocratie participative dans sa forme pure, se sont avérées non-viables, de nombreux programmes et politiques sont dans une phase expérimentale.

Le résultat final du processus et le degré qu’il montrera de faisabilité sont d’une importance transcendantale pour le reste de l’Amérique latine et la gauche mondiale. Premièrement, l’anti-néolibéralisme du gouvernement vénézuélien représente un point de référence dans tout l’hémisphère, en plus d’aller à l’encontre de la notion selon laquelle à l’ère de la mondialisation il n’y pas d’alternative possible aux politiques du Consensus de Washington. Deuxièmement, l’expérience vénézuélienne a des implications pour ce qui est de la tentative de la gauche de penser un modèle démocratique, humaniste et anti-capitaliste, marquée qu’elle est encore par la disparition de l’Union soviétique. Le cas vénézuélien sert de correctif au débat abstrait et stérile sur des nouveaux modèles et garantit que la discussion s’attache à la recherche de solutions réalisables basées sur des expériences concrètes.

Sous de nombreux aspects, le chavisme ressemble à des gouvernements anti-impérialistes latino-américains, comme ceux de Perón et Cárdenas, qui nationalisèrent des industries de propriété étrangère et suivirent une politique extérieure indépendante. L’orientation anti-impérialiste a été étatiste tant qu’elle favorisait l’interventionnisme gouvernemental dans l’économie et donnait le rôle principal aux partis politiques. La détermination qu’a montrée Chavez pour obtenir le pouvoir national depuis le début de sa carrière politique, plutôt que de viser des gouvernement d’Etats ou des gouvernements locaux (puisqu’il soutient la perspective « d’en bas »), le réalisme de ses actions pour se maintenir au pouvoir, et la défense de la souveraineté nationale que mène son gouvernement, reflètent une orientation étatiste (Ellner, 2005c :20-21). Ces priorités sont particulièrement évidentes dans sa politique extérieure, qui essaye de promouvoir un « monde multipolaire » comme antidote à l’impérialisme états-unien. En accord avec sa approche de la « real Politik », Chavez a cultivé des relations amicales avec des gouvernements de diverses orientations idéologiques, comme celui de la Chine, celui de la France de Chirac et celui de l’Espagne de Rodriguez Zapatero. Au niveau interne, sa défense du MVR montre aussi ses orientations pragmatiques et étatistes. Malgré son attaque contre la bureaucratie et son appel aux bases pour qu’elles fassent valoir leurs droits avec force, Chavez défend l’unité d’en haut et se refuse à permettre que les accusations de corruption et d’opportunisme au sein du parti en arrivent à l’extrême d’affaiblir les possibilités électorales du MVR [10].

Nombre des traits novateurs du phénomène chaviste, comme les nombreux crédits octroyés aux coopératives, l’assistance pour la cogestion et les programmes des missions, contribuent à la participation dans la prise de décisions et aux renforcement des capacités des ouvriers urbains, travailleurs agricoles et habitants des quartiers et, dans ce sens, elles correspondent à la vision « d’en bas ». La distance entre les bases du mouvement chaviste et le parti qui gouverne, comme le montrent les critiques acérées de celles-là contre ce dernier, corroborent également la perspective « d’en bas », et n’a pas de parallèle dans des situations de transformation radicale en Amérique latine. En outre, les mobilisations de masse continuelles, qui ont été essentielles pour la survie politique de Chavez, ont peu d’équivalents dans l’histoire du continent. Certaines des mobilisations chavistes contrastent avec les actions contrôlées d’en haut du populisme radical (Collier y Collier, 1991 :197) et sont particulièrement en harmonie avec le modèle « d’en bas » ; ainsi, par exemple, les occupations d’entreprises durant la « grève générale » de 2002-2003, furent le résultat d’initiatives des travailleurs, alors que le gouvernement n’en est venu à définir sa position que deux ans après, avec l’expropriation de quelques-unes de ces entreprises.

La thèse selon laquelle depuis 1998 la politique vénézuélienne s’est caractérisée par une relation caudillo-masses entre Chavez et ses partisans doit être évaluée en la comparant avec les traits caractéristiques du chavisme, comme nous l’avons vu auparavant. La typification de Chavez en caudillo rappelle ce qu’écrivait il y a un demi siècle Gino Germani, qui voyait la masse des mouvements populistes comme susceptible de manipulations démagogiques (Germani, 1978 : 153 :208). De fait, durant les premières années du gouvernement de Chavez, les médias ont eu recours à des stéréotypes négatifs, désignant les chavistes des classes populaires comme des « hordes ». Certains auteurs soulignent l’influence sur Chavez du théoricien argentin Norberto Ceresole, qui glorifie la relation directe entre un dictateur militaire nationaliste et ses partisans, en l’absence d’organisations intermédiaires (Steger, 2002 :100-103). Cependant, ces caractérisations ne prennent pas en compte l’attitude hautement critique de la masse chaviste envers ses dirigeants, ni le fait que nombre d’entre eux nient être des chavistes « inconditionnels » (Seawright y Hawkins, 2004). Par ailleurs, les chavistes qui représentaient une tendance militariste au sein du mouvement ont été expulsés durant les premières années. Ceresole lui-même a été déclaré persona non grata en 1999 à la suite de ses attaques contre les partis politiques en général et s’est converti par la suite en un critique acerbe de Chavez. Peu après, une tendance au sein du chavisme, exprimée par plusieurs camarades d’armes du coup d’Etat mené par Chavez en 1992 (à la tête desquels se trouvait Francisco Arias Cardenas), a soutenu que les militaires étaient plus fiables et disciplinés que les politiciens et a abandonné les rangs du chavisme pour rejoindre l’opposition. [11]

Les perspectives étatistes et « d’en bas » ne sont pas contradictoires en soi, mais elles sont souvent chargées de tension. Cette relation est particulièrement évidente dans le domaine de la politique extérieure. D’un côté, les succès diplomatiques du gouvernement de Chavez sont possibles grâce à sa tolérance envers et ses relations amicales avec des chefs d’Etat aux positions idéologiques différentes. De l’autre côté, la rhétorique féroce de Chavez en faveur du changement révolutionnaire et sa glorification du Che Guevara et d’autres héros révolutionnaires ont engendré un soutien généralisé chez les activistes de mouvements sociaux, de la gauche et de la population en générale dans toute l’Amérique latine, en accord avec la stratégie « d’en bas ». De nombreux activistes de mouvement sociaux du Brésil et d’Argentine, qui ont participé à des festivals et des forums promus par le gouvernement au Venezuela et qui étaient au Forum social mondial à Porto Alegre et à la manifestation anti-Zone de Libre-Echange des Amériques (ZLEA) à Mar del Plata, où Chavez prit la parole alors que se tenait le 4e Sommet des Amériques (en novembre 2005), sont de fervents opposants de Lula et Kirchner, respectivement. De manière semblable, les efforts de Chavez pour construire le MVR (vision étatiste) sont en opposition avec l’appel à ses partisans pour qu’ils rejettent les contrôles bureaucratiques et pour une « révolution dans la révolution » (vision d’en bas). La survie politique de Chavez a dépendu de son habilité à maintenir l’appui actif des militants de son mouvement – dont bon nombre sont fortement critiques envers tous partis politiques – sans saper le MVR et ses alliés.

Même si atteindre les deux objectifs semble parfois un délicat acte d’équilibrisme, la coexistence des deux visions est ce qui a défini le chavisme et expliqué ses succès politiques. Sur le front socio-économique, le gouvernement a mis en œuvre des politiques innovantes compatibles avec la stratégie d’en bas, mais a aussi contredit cette orientation avec des actions qui vont dans le sens contraire. Ainsi, en même temps qu’il promeut des programmes de missions et des coopératives de travailleurs (perspective d’en bas), Chavez ouvre le dialogue avec la fédération patronale Fedecamaras et, en octobre 2005, proposa une « alliance stratégique » avec de grands groupes économiques du secteur privé. Ce même mois, il envisagea la possibilité de nationaliser la compagnie de l’acier de propriété étrangère SIDOR [12] (selon la vision étatiste). Pour résumer, après sept ans au pouvoir, le chavisme a utilisé une combinaison des visions « d’en bas » et étatiste sur le front économique et celui de la politique extérieure, sans qu’il y ait d’indications d’un changement significatif en faveur de l’un ou l’autre modèle dans un futur à court ou moyen terme.

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Mardi 14 Août 2007

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