Politique Nationale/Internationale

Les relations irano-européennes : Acceptabilité ou susceptibilité


Mal interprétation, fausse conception et jugement erroné. Trois éléments dominants de trois décennies de relations irano-européennes. D’où tensions et problèmes qui n’ont pas manqué de jalonner ce parcours difficile. Trois éléments qu’il faut chercher les origines dans une conception inexacte de l’un de l’autre, quitte à engendrer des malentendus et des ambiguïtés ; « l’ignorance », pour reprendre un hadith relaté de l’Imam Ali, « étant source d’hostilité parmi les gens ». La méconnaissance approfondit les inimités tandis que la compréhension réciproque, au contraire, dissipe les malentendus et dans une étape plus avancée, une conception juste et consciente se traduiront par l’entente et l’amitié. Dans cet esprit, l’article présent se penche sur les relations irano-européennes, notamment après l’avènement de la Révolution islamique, des relations imbues de préjugées, faute d’une conception juste de l’Europe de l’Iran postrévolutionnaire.


IRIB
Lundi 31 Juillet 2006

  Les relations irano-européennes : Acceptabilité ou susceptibilité


Jâm-e Jam



Mohammad Tabâtabâï






C’est une longue histoire jalonnée de hauts de bas que le récit des relations irano-européennes. A l’époque de l’ex-régime impérial, l’Iran fortement lié au bloc de l’Ouest, a été l’un des premiers à parapher en 1963, un accord de coopération commerciale avec les chancelleries européennes. Cet accord a été prorogé en 1972 et 1978 ; or au lendemain de l’avènement de la Révolution islamique, il a été suspendu par la partie européenne.



Les relations irano-européennes à l’époque postrévolutionnaire se partagent, en filigrane des rapports bilatéraux et internationaux en quatre périodes bien distinctes :

la période de marasme et de méfiance

la période de dialogue critique

la période de dialogue constructif et global

la période au tournant du 11 septembre et du nucléaire iranien



En substance, le vecteur de ces quatre périodes tend vers l’échec des deux parties à faire avancer les pourparlers et à parvenir à des accords durables. Un tel constat se confirme notamment par de nombreux facteurs, considérés comme responsables de cet échec. Les experts classent en les deux catégories objective et en subjective les problèmes qui obstruent le dialogue irano-européen ; ce qui implique forcément leur élimination pour sortir de l’impasse les négociations et en ainsi assurer leur constance voire leur succès.



Les problèmes objectifs



Après trois décennies, les relations irano-européennes sont encore loin d’être institutionnalisées. Méfiance et suspicion planent sur les rapports réciproques. Chaque partie suit d’un œil plein de doute l’acte et le verbe de l’autre. Dans cet état des faits, les deux partenaires s’enhardissent prudemment sur ce chantier, comptent chaque pas, quitte à mener un dialogue conjoncturel, suivant les circonstances et les conditions.



L’acceptabilité et la légitimité ne sont pas encore réglées, surtout de la part des Européens, d’autant que l’Europe s’estime le héraut de laïcité et la gardienne des principes séculaires, d’où l’hypersensibilité du Vieux continent envers le gouvernement théocratique iranienne. Quoique même une telle attitude soit sélective. On ne constate pas, pour de nombreuses raisons, une pareille conduite sélective envers des gouvernements fondamentalistes dont le régime sioniste et l’équipe des néo-conservateurs qui se trouve pour l’heure à la Maison Blanche.



N’oublions pas en passant le rôle majeur des détracteurs de l’embelli des relations irano-européennes. Ces opposants qu’ils soient iraniens ou étrangers, ont pour chef de file l’administration américaine et le régime sioniste, qui se dressent devant le développement de ces relations. Par sa vision négative de l’Iran, soudée à une hostilité sans mesure, le tandem Washington-Tel-Aviv ne peut pas tolérer l’essor des rapports Iran-Europe.



Ceci dit, si on admet que les relations bilatérales des différents Etats reposent sur les trois piliers d’acceptabilité, de dialogue et de coopération, il faudra malheureusement affirmer qu’après trois décennies de l’instauration de l’Ordre islamique en Iran, l’Occident piétine toujours dans la phase d’acceptabilité. Lorsqu’on constate le soutien appuyé de l’Occident à aux opposants à la RII, lorsqu’on constate les budgets colossaux alloués au renversement du gouvernement iranien, on peut dire avec assurance qu’on est toujours à la première phase, le dialogue pour l’acception ; ce qui rend vraiment absurde les négociations pour la coopération.



Or, la sortie de l’impasse des négociations passe par la volonté ferme d’entamer le dialogue qui vise la coopération. Il est fort probable que le dialogue n’aboutisse pas à un résultat tangible, mais il s’avère nécessaire qu’il se boucle sur un document écrit et officiel.



Droits de l’homme, nucléaire, terrorisme ou pais au Moyen-Orient ne sont pas un obstacle à l’avancée des négociations pour la coopération, à la seule condition qu’on ait dépassé l’étape du dialogue pour l’acceptabilité. Les thèmes précités ne servent que d’accusations sélectives, qui pourront concerner tout pays à tout moment, sans pour autant être un obstacle à l’embelli des coopérations internationales.



En substance, les relations et les interactions des deux parties Iran-Europe se sont figées, dans leur ensemble, dans des mouvements conjoncturels, en alternance avec passivité et initiative de la part de l’une ou l’autre.



Les problèmes subjectifs



Majeur obstacle devant le développement des relations irano-européennes, les problèmes subjectifs découlent de l’essence même du rapport entre l’Iran et l’Europe, en d’autres termes, il relève de l’interaction de l’Orient et de l’Occident, de l’Islam, du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme… et en gros du dialogue des civilisations.



Le problème fondamental et essentiel, pour ne pas dire le nœud, dans l’attitude de deux parties l’une vis-à-vis de l’autre, réside dans la compréhension mutuelle. Le réalisme philosophique, un modèle d’étude des relations des protagonistes dans l’arène international, partage les nations et les gouvernements à « nous » et « autrui », « ami » et « étranger ». Dans un tel esprit, toute définition repose sur l’indice de « moi » et « autrui ».



Pour la vision réaliste, les formes n’existent pas en dehors de leurs incarnations physiques. C’est plutôt l’esprit humain qui abstrait ces formes à partir de l’observation des choses qu’il y a à connaître avec les cinq sens. A cet état de chose, l’idéologie domine la réalité, les subjectivités sont à l’origine des interprétations qui nous éloignent des réalités.



Ceci dit, l’idée face à la réalité est donc le grand défi à relever pour donner essor aux relations. Ce que les Européens cherche dans le dialogue, conformément à la définition qu’ils ont des « intérêts » et des « menaces » se distingue largement de la lecture des Iraniens des négociations.



En vérité ce large fossé qui sépare l’idée de la réalité trouve ses racines dans une crise historique chronique, en d’autres termes il cristallise le défi de l’ « ami » à l’ « autrui ». C’est justement sur cette base repose des expressions telles que « nous, nous sommes civilisés et l’autre non ; nous sommes un pays développé et l’autre non; nous sommes démocrates et l’autre non… »





En outre, la vision du réalisme philosophique accorde à l’Histoire une conception qui suit un trajet prévisible. Il faut donc attendre sa fin ou être témoin du choc des civilisations. Le libéral démocratie est-il la fin ou le communisme ou le socialisme ou l’islamisme ?



Dans ce contexte, tant que de telles interprétations dirigent les études occidentalistes et orientalistes, tant que les deux parties basent leur conception de l’une de l’autre sur la vision du réalisme philosophique, les expressions « nous » et « autrui » domineront les différents aspects de la vie sociale et du paysage politique.



De nos jours, ce débat imprègne aussi le climat des relations internationales et la diplomatie. Il est vrai que les subjectivités et la suprématie de l’idée ou l’idéologie à la réalité ont toujours dominé les interprétations des gouvernements dans les rapports avec les protagonistes de l’échiquier mondial. Ceci étant, les mentalités différentes donnent de différentes lectures d’une même question.



A titre d’exemple, lorsque le régime sioniste évoque l’avènement de la Révolution islamique, la qualifiant du grand séisme dans la région ou qu’il menace constamment l’Iran ou que ces généraux brandissent quotidiennement l’agression militaire contre l’Iran, personne ne réagit à de telles allégations.



Lorsque le conseiller pour la sécurité américaine parle de sécher les racines de la nation iranienne, une nation dotée de plusieurs millénaires de civilisation, ou lorsque George W. Bush menace avec une férocité indescriptible le peuple iranien de bombardement atomique, personne n’y réagit. Or lorsque le président iranien parle du déclin du sionisme en le comparant à l’abolition de l’apartheid, un grand tapage se soulève de partout !


Lundi 31 Juillet 2006


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