Néolibéralisme et conséquences

Les quotas d’émission de carbone vont-ils provoquer une autre débâcle du marché ?



Jeudi 11 Juin 2009

Les quotas d’émission de carbone vont-ils provoquer une autre débâcle du marché ?

Mother Jones, Rachel Morris, 8 juin 2009


      Ces mêmes spéculateurs de Wall Street, qui ont bouleversé l'économie, réclament avec insistance l’ouverture d’un grand marché d’échanges, hachant et débitant des produits financiers dérivés du carbone. Cela n’a-t-il pas un son familier ?


      Vous avez entendu parler des swaps sur défaillance de crédit (CDS) et des prêts hypothécaires subprime. Les swaps sur défaillance d’émission de carbone et les compensations subprime [*] sont-ils les suivants ? Si le projet de loi Markey Waxman climat est adopté, il créera après coup, à peu de chose près, un nouveau marché de produits dérivés du carbone. Ce marché sera immense, compliqué, et incroyablement difficile à contrôler. Et, si Washington n'a pas droit au contrôle, il sera vulnérable à la spéculation et à la manipulation de la part de ces mêmes spéculateurs qui nous a apporté la crise financière.


      Les quotas d’émissions de carbone pourraient créer ce que prévoit Bart Chilton, commissaire du Commodity Futures Trading : un marché de 2 billions de dollars, « le plus grand de tous les commerces de produits dérivés des cinq prochaines années. » Ce marché sera basé sur deux leviers principaux.

      D’abord, l'allocation de permis, constituant le principe du système entier des quotas d’émissions de carbone. Dans le cadre de ce système, le gouvernement délivrerait des permis permettant aux entreprises d'émettre une certaine quantité de gaz à effet de serre. Les entreprises qui émettent trop peuvent acheter des droits d’émission aux entreprises qui dégagent moins que leur quota.

      Ensuite, il y a les compensations pour le carbone, qui permettraient aux entreprises d'émettre des gaz à effet de serre au-delà de leur quota, si elles investissent dans un projet de réductions des émissions quelque part ailleurs, en général dans les pays en développement. Les pollueurs pourraient, par exemple, payer des villageois brésiliens pour qu’ils ne coupent pas les arbres ou des agriculteurs philippins pour qu’ils piègent le méthane dans le purin de porc.


      Par-dessus le commerce d’autorisations et de compensations lui-même, les acteurs du marché du carbone pourraient aussi inclure leurs produits dérivés dans l’affaire, comme des contrats à terme, pour fournir un certain nombre d’autorisations d’émission à un prix et moment convenus. Ces effets seraient échangés non seulement par les pollueurs qui devraient acheter des crédits pour se conformer à la réglementation environnementale, mais aussi par les compagnies de services financiers.


      En fait, une étude de Nicholas Institute for Environmental Policy Solutions de l'Université Duke, prévoit que, si les États-Unis légifèrent sur les quotas d’émission de CO2, le commerce des produits dérivés dépassera sans doute le marché des quotas lui-même. « Nous sommes sur le point de créer un nouveau marché de billions de dollars d’actifs financiers, qui seront titrisés dans des produits dérivés, et feront l’objet de la spéculation à Wall Street, tout comme les titres du marché adossés à des prêts hypothécaires, » explique Robert Shapiro, sous-secrétaire du commerce sous le régime Clinton et cofondateur de l'US Climate Task Force.


      Les banques comme JPMorgan Chase, Morgan Stanley, et Goldman Sachs ont déjà des bureaux de commerce de carbone en activité, qui incluent les instruments associés au système de quotas d’émission de carbone de l'Europe et des marchés étasuniens volontaires. Mais les affaires vont exploser si le système des quotas d’émission devient loi. Il n'est donc pas surprenant que le secteur financier ait pris un vif intérêt dans les petits caractères du projet de loi Waxman Markey. Selon des données compilées par le Center for Public Integrity, l'industrie des services financiers a 130 lobbyistes travaillant sur les questions climatiques, contre presque zéro en 2003. Ils représentent des compagnies comme Goldman Sachs, JPMorgan Chase, et AIG (avant qu’elle simule un arrêt temporaire de ses activités de lobbying l'automne dernier). « L'industrie veut que le législateur crée une source de revenus toute neuve pour ses performances, et le commerce des quotas d’émission de carbone pourrait la constituer, » déclare M. Tyson Slocum du Public Citizen, un membre du comité consultatif de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) en train d'examiner comment devrait être réglementé le marché du carbone.


      Dans les groupes écologistes, on se concentre forcément moins sur les subtilités de la réglementation financière. « Les avantages des produits dérivés ne sont pas un truc sur l’agenda des gens qui s'inquiètent des émissions de carbone, » explique Michael Greenberger, un spécialiste des produits dérivés de l'Université du Maryland, qui a aussi servi à la CFTC et au ministère de la Justice. « Ces gens, et ils mènent une bataille juste, ont ouvert la porte. »


      L'industrie a déjà atteint son objectif principal : Le projet de loi Waxman Markey pourrait créer un grand marché emberlificoté de produits dérivés du carbone. Les experts du Budget Office du Congrès ont déclaré que la forme la plus stable et efficace des quotas d’émissions de carbone impliquerait un système dans lequel le gouvernement fixe périodiquement les prix, de la même façon que la Fed détermine les taux d'intérêt. Cela permettrait d'éviter la versatilité de grandes fluctuations de prix qui supprimerait tout désir de jouer de l’argent. En d'autres mots, ça fournirait beaucoup moins de brassage d’affaires et de bénéfices. Le député démocrate de Washington Jim McDermott, a proposé un projet de prix administré pour le système des quotas d’émission de carbone, mais ça n’a attiré aucun engouement. Pendant ce temps-là, des groupes de l'industrie, comme l’International Swaps and Derivatives Association, font pression pour un système dans lequel une « large gamme » de produits financiers peuvent être négociés, et c'est ce qu’assure le projet de loi Waxman-Markey.


      Dans une avancée particulièrement audacieuse, l'industrie a aussi soutenu que les quotas d’émissions de carbone devraient autoriser ces mêmes types d'instruments non réglementés qui ont contribué à la propagation comme un cancer des risques dans l'ensemble du système financier, contribuant à la débâcle économique. Elle a fait pression en particulier pour la vente libre (over the counter) des produits dérivés du carbone, pour la conduite des affaires de gré à gré entre deux parties, sans système de surveillance des risques. (Peut-être que la plus célèbre vente libre de produits dérivés est le swaps sur défaillance de crédit, qui a mis AIG hors de combat quand cette compagnie a émis trop de CDS à hauts risques tout en perdant l’argent qui les garantissaient.)


      Sur ce plan, toutefois, Wall Street a été moins heureux. Le jour avant que le projet de loi ne sorte du comité, Bart Stupak, député démocrate du Michigan, a introduit une clause exigeant que tout produit dérivé d’autorisation soit négocié par un organisme d’échange accrédité ou enregistré par la CFTC. Cela pourrait fournir une trace documentaire aux organismes de réglementation, même si les exigences de rapports des chambres de compensation sont moins strictes que celles pour les échanges publics. Stupak a aussi ajouté des limites pour empêcher les spéculateurs de trop s’accaparer du marché. Mais, le projet de loi laisse beaucoup de caractéristiques essentielles à la Maison Blanche, appelant le président à former un groupe de travail chargé de déterminer de façon précise la manière d'éviter « la fraude, la manipulation du marché et l'excès de spéculation. » Andy Stevenson, conseiller au financement du National Resources Defense Council, a déclaré : « Je me sentirais beaucoup plus à l’aise si tout ça était beaucoup plus explicite. » Il applaudit l’« esprit » du projet de loi, mais prévient que « les détails sont importants. »



Original : www.motherjones.com/politics/2009/06/could-cap-and-trade-cause-another-market-meltdown
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info



* Ndt : Compensation subprime signifie dans le contexte paiement aléatoire (du service). Pour l’establishment occidental, l’impossibilité de rembourser un service fictif (la lutte contre un réchauffement naturel dans ce cas) est secondaire ou bien a un autre but mafieux. Car, comme nous l’avons constaté, son économie mondialisée consiste à créer des bulles de valeurs financières fictives, dans l’unique but de brasser énormément d’argent à Wall Street et à la City.

      Si ces bulles permettent des enrichissements personnels, plus ou moins aléatoires pour les non-initiés, leur but primordial est de générer énormément de taxes dans une économie à tout casser. Cela permet de soutenir l’agression perpétuelle contre le reste du monde.

      Dans ce contexte, il faut se demander si les écarts immenses de salaire ne seraient pas voulus par l’establishment pour détourner un peu plus de flux d’argent des divers pays. La conséquence en est que les gens qui ont trop d’argent sont obligés de le placer, pendant que, comme par hasard, la grande majorité survit avec les reliquats et fournit moins de taxes à l’économie de son propre pays. . .


      Le plus extraordinaire dans cette histoire de quotas de carbone, c’est que la réalité est complètement oubliée.

      Dans les « hautes sphères, » on saute sur le prétexte d’un soi-disant réchauffement climatique pour imaginer une nouvelle arnaque financière. Bref, on se fiche complètement que la Terre devienne invivable à causes des pollutions parfaitement maîtrisables de l’homme, et on ne fait rien pour y remédier.



Jeudi 11 Juin 2009


Commentaires

1.Posté par dino le 13/06/2009 17:55 | Alerter
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un nouvel impôt mondialiste (sur le droit de respirer) destiné a racketter et à piller comme d habitude, les vampires des wall street ne sont pas des humains, mais des vampires dont il faut se débarasser d'une façon ou d une autre!

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