Politique Nationale/Internationale

Les putschistes: Les néoconservateurs sont en train de fasciser la société américaine

Bonnes feuilles du dernier ouvrage de Jürgen Elsässer



Dans le film «V comme Vendetta», la plus vieille démocratie du monde s’est transformée en dictature: Au Royaume-Uni, en 2018, Big Ben sonne toujours sagement les heures, la BBC continue de diffuser des informations et de la musique, dans le vénérable Parlement les députés se querellent – mais tout n’est plus que mensonge et faux-semblant. Le pouvoir unique est aux mains du parti unique «Norsefire» qui contrôle les citoyens grâce à une surveillance totale et des commandos nocturnes. La dictature chrétienne fondamentaliste est fondée sur la peur et la propagande: «La force par l’unité, l’unité par la force.» Les symboles du pouvoir font allusion au fascisme, un télé-évangéliste est le Goebbels de ce régime. La population est endoctrinée en permanence par des chaînes de télévision mises au pas, les homosexuels sont dans de camps de concentration, il existe des listes noires de choses interdites où figurent le Coran ainsi que l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski et les photos de Robert Mapplethorpe. Les ultra-évangéliques ont pris le pouvoir à la suite d’une attaque au gaz toxique qui a fait plusieurs milliers de morts et a été attribuée à des terroristes musulmans, mais qui avait été organisée par les Services secrets. Les extraits de documentaires concernant un complot terroriste dans la Cité de Londres introduits dans le film auraient très bien pu être des originaux filmés le 7 juillet 2005.


Jürgen Elsässer
Mardi 23 Janvier 2007

Les putschistes: Les néoconservateurs sont en train de fasciser la société américaine
Tout cela n’est-il que de la socio-fiction? Les Etats occidentaux sont-ils très éloignés de cette contre-utopie? Pendant la campagne présidentielle d’octobre 2000, George W. Bush a plaisanté: «Si nous vivions dans une dictature, ce serait plus simple, en tout cas si c’était moi le dictateur.»[1] N’était-ce qu’une mauvaise blague? Même l’ancien conseiller du Président, John Dean, n’est pas très à l’aise: «Je suis inquiet car on peut reconnaître là un comportement protofasciste, un comportement obéissant à des schémas fascistes. - Sommes-nous sur la voie du fascisme? - Non. Mais nous n’en sommes pas loin. - Des spécialistes affirment que chez nous, le fascisme arrivera avec le sourire et nous amènera à renoncer à nos droits de notre plein gré, et que nous dirons peut-être plus tard: «Si seulement nous n’avions jamais fait ça!»[2] L’avertissement de l’auteur d’un best-seller américain Norman Mailer («Les Nus et les Morts») est plus énergique. Il a donné l’alerte en 2003: «Nous voyons les signes avant-coureurs de changements draconiens de notre société. Où vont-ils aboutir? La réponse est: Il pourrait y avoir une forme de fascisme. Ce sera toutefois un fascisme banal, jusqu’à ce qu’il y ait de nouveau une catastrophe. Trois ou quatre attentats comme le 11-Septembre et l’Amérique est un pays fasciste.»[3]

Trois ans après cette mise en garde, la Chambre des représentants des Etats-Unis et le Sénat ont éliminé presque à l’unanimité un des fondements de la démocratie anglo-saxonne. Il y a 800 ans, en Angleterre, la petite noblesse avait conquis, avec la Grande Chartre, des libertés contre le pape et l’arbitraire royal. Au XVIIe siècle, l’Habeas Corpus garantissait à chaque citoyen la protection de l’Etat de droit contre les sbires des autorités. Fin septembre 2006, les deux Chambres du Congrès ont voté une loi qui, d’après le New York Times, «donne à M. Bush le pouvoir de mettre en prison sans accusation n’importe qui, n’importe comment, aussi longtemps qu’il le souhaite, d’interpréter les Conventions de Genève de manière unilatérale, d’autoriser ce que les gens normaux appellent torture et de refuser la justice à des centaines de personnes arrêtées par erreur.»[4]

Des changements radicaux ont déjà été imposés directement après le 11-Septembre. Avec le Patriot Act et le Homeland Security Act, «les compétences de l’exécutif ont été étendues comme jamais auparavant et beaucoup de garanties de l’Etat de droit abolies».[5] «Le Congrès a voté cette loi à une vitesse vertigineuse, à un moment où il était délogé de ses bureaux contaminés par le bacille du charbon, et la prédiction du ministre de la Justice selon laquelle il y aurait d’autres attaques terroristes semblait confirmée. Le président Bush a signé la loi le 26 octobre 2001, six semaines seulement après les attaques. Des députés se sont plaints de n’avoir reçu aucun exemplaire du projet de loi avant le vote, sans parler du fait qu’on ne leur avait pas donné le temps de le lire. De plus, il n’y a pratiquement pas eu de débat sur cette loi compliquée et de portée étendue ni de rapport final.»[6]

Les lois permettent au gouvernement une surveillance complète des télécommunications et de l’Internet et des atteintes presque illimités à la vie privée. Selon le Deutschland-funk,[7] le Patriot Act «permet aux autorités entre autres l’accès aux données de prêt des bibliothèques publiques. Celui qui, par exemple, se prononce dans le débat actuel pour une politique d’immigration libérale, est facilement considéré par Washington comme un sympathisant des terroristes. Des politiciens qui ont une opinion critique vis-à-vis de la Maison-Blanche sont traités, même par des membres du gouvernement, de suppôts d’Al-Qaïda.» Selon le journal Sacramento Bee, à la mi-octobre 2006, «des agents des Services secrets américains ont emmené et interrogé une écolière de 14 ans, Julia Wilson parce qu’elle avait vertement critiqué le président George W. Bush. Cette jeune fille aux taches de rousseur, porteuse d’un appareil dentaire, a dû se justifier pour un collage qu’elle avait publié sur le site MySpace, très apprécié des adolescents. L’image, semble-t-il, montrait le président des Etats-Unis un couteau à la main et on pouvait lire Tuez Bush[8]

Les putschistes

Tout porte à croire qu’il y a une seconde structure au sein de l’appareil étatique qui pratique la fascisation de manière ciblée. «Le gouvernement du pays le plus puissant du monde est tombé aux mains d’extrémistes politiques». Ce n’est ni Noam Chomsky, critique de la société américaine, ni Michael Moore, l’anarcho-démocrate, qui se plaint ainsi, mais le multimilliardaire George Soros.[9] Bernd Greiner de l’Institut für Sozialforschung de Hambourg, met en garde contre un gouvernement parallèle et il ajoute: «Celui qui cherche une image politiquement provocatrice mais justifiée pourrait parler de conquête de l’appareil gouvernemental par des autocrates sans scrupules. On pourrait aussi utiliser les termes de putsch ou de junte

Les noms des putschistes sont connus. Ils appartiennent au Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC), l’organisation la plus importante des néoconservateurs fondée en 1997. Parmi ses signataires, on compte Dick Cheney, ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, qui a démissionné en novembre 2006, son adjoint intérimaire et actuel président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, Douglas Feith, numéro trois du Pentagone par intermittence, Lewis Libby, chef de cabinet de Cheney, l’ambassadeur à Kaboul et Bagdad Zalmay Khalizad, le Sous-secrétaire d’Etat Richard Armitage, l’ancien chef de la CIA James Woolsey, le gouverneur de Floride (et frère du Président) Jeb Bush ainsi que l’ambassadeur auprès de l’ONU John R. Bolton. Jouent également un rôle important le journaliste William Kristol et Richard Perle, éminence grise du Pentagone. Par intermittence, 10 des 18 dirigeants du PNAC ont fait partie du gouvernement Bush. Ils ont surtout largement dominé le Pentagone. Parmi les démocrates, l’ex-sénateur Joseph Lieberman appartient également aux chevaux de Troie néoconservateurs.

Avec leur concept «A Clean Break» (Une rupture propre) de 1996, les leaders du futur PNAC avaient déjà élaboré une stratégie d’agression pour le Proche-Orient. Ils proposaient au premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’abandonner la politique d’Oslo dans les négociations avec les Palestiniens et de s’occuper de la région de manière politico-militaire. Dans un premier temps, il fallait considérer «comme objectif stratégique extrêmement important» un changement de régime en Irak. Dans une deuxième phase, la Syrie devait être évincée du Liban. Israël pouvait compter sur la sympathie des Etats-Unis s’il attaquait des «installations militaires syriennes au Liban, et si cela ne suffisait pas, des cibles choisies en Syrie même.» Comme on peut le constater, les choses évoluent exactement dans cette direction.

Un an après sa fondation, le PNAC a exigé dans une lettre au président des Etats-Unis de l’époque, Bill Clinton, une attaque contre l’Irak: «Nous voulons une stratégie nouvelle, qui assure nos intérêts et ceux de nos amis et alliés partout dans le monde. […] Cette stratégie devrait avoir avant tout pour but d’éliminer Saddam Hussein du pouvoir».

Dans le document de 80 pages Rebuilding America’s Defenses: Strategies, Forces and Ressources for a New Century de 2000, il est dit que les Etats-Unis devraient atteindre, par tous les moyens disponibles, y compris militaires, une suprématie incontestée dans le monde entier.[10] L’armée devra entreprendre «l’installation de bases américaines dans toute l’Asie centrale et au Proche-Orient» et être capable de «combattre sur différents théâtres d’opérations en même temps et de vaincre».[11]

Le monde a commencé avec le 11-Septembre (Richard Perle)[12]

«Jusqu’au 11 septembre 2001, deux facteurs ont empêché de réaliser la stratégie des idéologues du PNAC», explique Soros. «D’abord, le président Bush était parvenu au pouvoir sans mandat clair, car il n’a finalement été nommé président que par un jugement de la Cour suprême obtenu à une faible majorité. Deuxièmement, l’Amérique n’avait pas d’ennemi bien défini qui aurait justifié une augmentation considérable des dépenses militaires.»[13]

Les attaques dévastatrices de New York et de Washington sont tombées à pic pour la stratégie des néoconservateurs. Ou bien ont-ils même donné un coup de pouce? Ce qui nous fait penser cela, c’est en tout cas la remarque du document Rebuilding America’s Defenses selon laquelle il faudrait «un événement catastrophique, catalyseur, un nouveau Pearl Harbour», pour que la société américaine soit prête à faire l’effort militaire nécessaire aux yeux des néoconservateurs.[14] Avec une grande assurance, le président Bush a utilisé, le soir du 11 septembre 2001, la même métaphore dans son journal: «Le Pearl Harbour du XXIe siècle a eu lieu aujourd’hui.»[15]

Vouloir traiter ici toutes les contradictions de la version officielle du 11-Septembre dépasserait les limites de ce livre. Bornons-nous à un point qui met dans l’embarras même les partisans purs et durs de Bush, c’est-à-dire la question de savoir pourquoi ce jour-là, la défense antiaérienne de la plus grande puissance militaire de la planète a complètement échoué. Il aurait fallu demander des comptes au ministre responsable, le néoconservateur Rumsfeld. Le matin du 11 septembre, ce monsieur était assis dans son bureau du Pentagone et savait, après la double attaque du World Trade Center, comme s’il était doué d’un sixième sens, «qu’il y aurait un autre événement». Cette remarque a été consignée sur un procès-verbal à 9 h 25, 13 minutes avant que le Pentagone soit touché à son tour, et cela justement dans le bâtiment qui, quelques mois auparavent, a été renforcé avec des poutrelles d’acier et des revêtements muraux anti-feu.[16]

De lourds soupçons pèsent également sur le vice-président Cheney à cause d’une affirmation de Lauro Chavez dans une lettre de lecteur parue à la fin septembre dans le Cincinnati Post. Chavez déclare avoir fait partie du Commandement central des Etats-Unis (CENTCOM) et avoir été en service le 11 septembre sur la Mac Dill Airforce Base. Des sources officielles confirment qu’il y avait justement ce jour-là diverses manœuvres concernant des détournements d’avions et des attaques contre le World Trade Center. Cela a perturbé la défense antiaérienne: Les appareils de la défense n’ont pas pris en chasse les avions de la mort parce qu’ils croyaient que ces derniers participaient aux manœuvres. Chavez ajoute que Cheney assurait le commandement suprême de ces manœuvres et qu’il avait ordonné explicitement de ne pas tirer sur les avions détournés. La question de savoir si c’est vrai ou si ce Lauro Chavez existe vraiment est très controversée même parmi les sceptiques. Toutefois, le journaliste Gerhard Wisnewski lui a téléphoné, il a écouté une émission de radio à laquelle il participait et s’est fait envoyer par courriel ses documents personnels et sa lettre de licenciement du CENTCOM. Ce qui ne fait aucun doute, c’est que Cheney, après la première attaque, a été conduit dans le bun-ker du Président – Bush lui-même se trouvait, comme on sait, dans une école primaire de Floride en train de faire la lecture aux enfants - et qu’il a pris le commandement. Lui-même prétend avoir donné trois fois l’ordre de tirer sur l’appareil A77 qui visait le Pentagone. Il n’explique cependant pas pourquoi cet ordre qui venait pourtant du commandant suprême n’a pas été suivi et qu’il a dû être répété trois fois.[17]

Alors que la vraie histoire du 11-Septembre doit encore être écrite, les autres événements sont bien documentés. Greiner montre, en se référant aux dernières publications de politologues américains, comment la «juntocratie» des néoconservateurs a pu s’imposer petit à petit: «Les nouveaux textes montrent en détail comment le vice-président Richard Cheney et le ministre de la Défense Donald Rumsfeld, depuis la mi-septembre 2001 – peu de jours après les attaques sur New York et Washington – ont écarté les commissions et les services traditionnellement responsables des processus de décisions en matière de politique extérieure et de sécurité et les ont remplacés par des groupes ad hoc de leur choix. Avant la chute des talibans en Afghanistan déjà, le premier cercle autour de Bush était décidé à faire la guerre à l’Irak. Néanmoins, il s’attendait à des hésitations et à des résistances considérables dans l’appareil de sécurité nationale. D’où sa précipitation et son manque de scrupules. A la fin, pratiquement tous ceux qui lui avaient barré la route dans les préparatifs de guerre contre Saddam Hussein ou qu’il soupçonnait de manque de fiabilité idéologique n’eurent plus d’influence sur la marche des choses: ni les experts travaillant au sein du Conseil de sécurité nationale ni les chefs des armées ni l’état-major interarmes ni la CIA ni les quatorze autres services secrets du gouvernement et surtout pas le ministère des Affaires étrangères.»[18]

Les organes de pouvoir du gouvernement fantôme

Très vite, les néoconservateurs ont créé, après le 11-Septembre leurs propres institutions, une «chaîne de commandement» autonome (Seymour M. Hersh) parallèlement aux institutions officielles. Ces institutions comprennent:

· Un service de propagande sur le modèle du ministère de la Vérité, que George Orwell décrit dans «1984». A l’automne 2001, le ministre de la Défense Rumsfeld et son adjoint ont fondé d’abord l’Office of Strategic Influence qui a dû, à la suite de vives protestations, être rebaptisé Office of Special Plans. Le but de cette nouvelle institution était le même: «trouver des preuves de ce que Wolfowitz et […] Rumsfeld considèrent comme étant la vérité», comme l’écrit Hersh avec son humour grinçant.[19] Tous les grands mensonges de la propagande – les armes de destruction massive de Saddam, les liens de Saddam avec Al-Qaïda, – ont été produits dans cette officine, ce qui dans le cas des prétendus achats d’uranium de Saddam en Afrique, a été jusqu’à la falsification de documents du gouvernement nigérien. Même les prétendues preuves sur lesquelles le ministre des Affaires étrangères Colin Powell fondait à la fin février 2003 devant le Conseil de sécurité la nécessité d’une intervention en Iraq ont été falsifiées par ce service. Parallèlement, la Maison-Blanche a créé l’Office of Global Communication, qui avait une mission analogue.[20]

· Un service secret directement subordonné au Pentagone. Le 19 février 2002, le ministre de la défense Rumsfeld promulguait la directive 5105.67 concernant la création d’un département, la Counter Intelligence Field Activity (CIFA) qui comprenait neuf sous-départements.[21] Le budget et l’effectif du personnel de la CIFA n’ont pas été publiés. Selon un collaborateur du Pentagone, la CIFA emploie au moins 1000 personnes à temps plein.[22] D’après la directive, sa mission consiste à «développer et à appliquer les programmes et les mesures de dés-information du ministère de la Défense». Selon le New York Times, «Wolfowitz et Cie n’accordent créance à aucune analyse qui n’appuie pas leur propre opinion préconçue. La CIA est de ce point de vue un terrain ennemi».[23] Ainsi, les objections de Langley à la guerre d’Iraq n’ont pas été prises au sérieux. Un ancien agent des services secrets a confié à Hersh que Rumsfeld devait «discréditer les analyses de la CIA afin que ses propres informations aient l’air plus fiables».[24] La CIFA occupa le devant de la scène lorsque NBC News, en décembre 2005, eut connaissance d’un document secret de 400 pages du ministère de la Défense concernant le programme de surveillance TALON. TALON vise également des groupes pacifistes et d’autres militants politiques sans aucun lien avec Al-Qaïda ou d’autres groupes terroristes. Le 19 décembre 2005, Walter Pincus écrivit dans le Washington Post que «les missions de la CIFA comprenaient aussi bien des patrouilles autour de bases et de bâtiments militaires que la surveillance de personnes ou d’organisations américaines pouvant représenter une menace». A considérer les documents de TALON, il apparaît évident que la CIFA rassemble en outre des informations sur les cartes de crédit, sur les carrières professionnelles et beaucoup d’autres données personnelles de quelque millions d’Américains irréprochables, données qui proviennent d’administrations, de l’économie et du commerce. On soupçonne le célèbre programme du Pentagone TIA (Total Information Awareness) – un ancien programme d’espionnage du gouvernement Bush dirigé par l’amiral John Poindexter – tristement célèbre à la suite du scandale Iran/Contra – qui avait prétendument été abandonné, d’avoir en partie été transmis à la CIFA. L’ancien chef de l’armée de l’air George Lotz, qui fut de 1998 à mai 2005 secrétaire d’Etat à la Défense chargé des services secrets, a déclaré à NBC: «Quelqu’un doit les surveiller pour qu’ils ne débloquent pas complètement et n’établissent des rapport insensés sur les citoyens américains.» Jeffrey Steinberg, qui a décrit le programme de manière détaillée, le résume par une remarque sur la contre-utopie d’Anthony Burgess: «Si cela ressemble à une «orange mécanique» grand format, c’est que c’est la réalité».[25]

· Des forces armées en marge de l’armée américaine. Selon des estimations, 150 milliards de dollars ont été attribués, sous le gouvernement Bush/Cheney, à des entreprises de sécurité privées.[26] Des sociétés telles que Blackwater Security, DynCorp ou MPRI appartiennent à ce «monstre militaro-industriel en développement» dont parle le magazine Internet Mother Jones.[27] Avec leur aide, le Pentagone peut contourner les conditions d’autorisation des opérations secrètes devenues plus sévères dans les années 1980 après l’affaire Iran/Contra. Ces mercenaires privés – comme Washington les appelle – ne relèvent ni de la juridiction de l’armée américaine ni de celle du pays d’accueil. En cas de délits, ils ne peuvent être poursuivis que si le gouvernement américain demande leur extradition. Les conséquences de cette responsabilité fortement réduite se manifestent en Iraq où sont employés, depuis la guerre, environ 20 000 mercenaires privés. Il s’agit ici de protéger des personnalités, de sécuriser les champs pétroliers et d’autres biens privés et d’assurer des missions spéciales de l’armée américaine. Ainsi 37 mercenaires travaillaient à la prison d’Abu Ghraib (du reste, il y en a 30 dans le camp de Guantánamo à Cuba).[28] Le 9 octobre 2004, une conférence a eu lieu à Middebury College, dans l’Etat du Vermont, sur «la privatisation de la sécurité nationale». La conférence a été entre autres organisée par le «Projet pour la sécurité nationale» de l’ancien ministre des Affaires étrangères George Schultz. Une douzaine de professeurs, d’anciens membres du gouvernement et des officiers à la retraite y ont parlé de l’«externalisation» massive de missions militaires confiées à des sociétés de mercenaires privées. Un fervent défenseur de cette évolution est Peter Feaver, directeur du Triangle Institute for Security Studies de l’Université Duke. Il a résumé le contenu de la conférence de la manière suivante: «Ce que nous vivons ici est en fait un retour au néoféodalisme. Rappelons-nous à quel point la Compagnie des Indes a contribué à l’essor de l’Empire britannique. Il existe des parallèles avec celui du quasi-Empire américain.» Feaver est devenu, en juin 2005, «Conseiller spécial pour la planification stratégique et la réforme institutionnelle» auprès du Conseil de sécurité nationale (NSC). Il a été le principal auteur de la «Stratégie nationale pour la victoire en Iraq» du gouvernement Bush, document de 35 pages que la Maison-Blanche a publié le 30 novembre 2005.[29]

· Une unité spéciale pour les opérations secrètes. Des commandos spéciaux comme les Greenberets et la Delta Force ont acquis au cours des dernières décennies une triste célébrité, les premiers pendant la guerre du Viêt Nam, la seconde lors de l’échec de la libération des otages américains en Iran en 1980. Les groupes, en partie rivaux, ont été rassemblés en 1997 dans un Commandement d’opérations spéciales dont le quartier général se trouve sur la base aérienne MacDill à Tampa en Floride. Leur effectif est d’environ 47 000 soldats d’élite.[30] Ce que Rumsfeld a proposé en septembre 2002 va encore au-delà: l’établissement d’un Proactive Preemptive Operations Group (P2OG) qui – selon l’agence de presse UPI – «doit pousser Al-Qaïda à mener des opérations». Cette unité, toujours selon UPI doit comprendre au moins 100 combattants et disposer d’un budget annuel d’au moins 100 millions de dollars:[31] «A la différence de la stratégie actuelle consistant à mettre au jour les plans terroristes et à les faire échouer, le P2OG […] susciterait des opérations terroristes». Webster Griffin Tarpley, spécialiste des attentats provoqués, écrit: «Si le but est de stimuler les terroristes, rien ne peut empêcher le P2OG d’infiltrer des agents dans les groupes terroristes existants ou de créer ses propres groupes terroristes.»[32] En effet, on est frappé de constater que lors des graves attentats terroristes de Madrid en 2004 et de Londres en 2005, les auteurs présumés avaient chaque fois des contacts avec les services secrets occidentaux qui leur ont fourni les explosifs et /ou des instructions.[33] C’est pourquoi on a froid dans le dos lorsqu’on entend le général américain Tommy Franks, haut-commandant des interventions en Afghanistan et en Iraq, proposer, dans le cas d’un nouvel attentat terroriste important, l’abrogation de la Constitution des Etats-Unis. En novembre 2003, il a décrit un scénario qui conduirait à l’installation d’une dictature militaire: «Un attentat terroriste provoquant un grand nombre de victimes civiles se produira quelque part dans le monde occidental, peut-être aux USA. Cela amènera notre population à remettre en question notre Constitution et à approuver la militarisation de notre société afin d’empêcher qu’un tel événement ne se reproduise.»[34]

Derniers développements

Lors des élections de la mi-mandat au Congrès de novembre 2006, les républicains ont subi un net échec. La défaite a été mise sur le compte des néoconservateurs et Rumsfeld a perdu son poste. Pourtant, il faut se garder de tout optimisme. D’une part, les démocrates pourraient, à cause d’une situation économique de plus en plus mauvaise, se trouver impliqués dans le complot néoconservateur. Hillary Clinton, candidate à la présidence de 2008 qui a des chances d’être élue, fait tout pour y arriver: elle critique la politique de Bush en Iraq comme étant trop souple. D’autre part, les néoconservateurs républicains pourraient également reprendre l’offensive en jouant de nouveau la carte israélienne. Une attaque israélienne contre l’Iran entraînerait les Etats-Unis dans la guerre quels que soient ceux qui commandent au Capitole ou à la Maison-Blanche.



[1] D’après Chalmers Johnson, Der Selbstmord der amerikanischen Demokratie, München 2003, p. 399

[2] D’après Michael Kleff, Furcht vor schleichendem Rechtsruck, Deutschlandfunk du 4/9/2006

[3] Norman Mailer, «Es droht eine Form von Faschismus», Greenpeace Magazine 2/2003

[4] Editorial Desk, Rushing off a Cliff, New York Times du 28/9/2006

[5] George Soros, Die Weltherrschaft der USA – eine Seifenblase, München 2004, p. 47

[6] Nancy Chang, How Democracy Dies, d’après George Soros, ibid.,pp. 46-47

[7] Michael Kleff, Furcht vor schleichendem Rechtsruck, Deutschlandfunk du 4/9/2006

[8] Welt.de/AFP, Agenten führen Mädchen aus Schulunterricht ab, Die Welt du 14/10/2006

[9] George Soros, Die Vorherrschaft der USA – eine Seifenblase, München 2004, p. 11

[10] cf. Michel Chossudovsky, Geostrategische Erfolge der USA, in: Ronald Thoden (Hg.), Terror und Staat, Berlin 2004, p. 295sqq.

[11] D’après Michel Chossudovsky, ibid.

[12] D’après Bernd Greiner, Dunkelmänner als Illuminati, Fünf Jahre nach «9/11»: Wie konnte der Regierungsapparat der amerikanischen Demokratie zur Beute von Glaubenskriegern werden?, literaturen 07-08/2006

[13] George Soros, ibid., p. 21

[14] D’après Chalmers Johnson, ibid., p. 305

[15] Dan Balz / Bob Woodward, America’s Chaotic Road to War, Washington Post du 27/2/2002

[16] D’après Mathias Bröckers/Andreas Hauss. Fakten, Fälschungen und die unterdrückten Beweise des 11.9., Frankfurt 2003, pp. 163 et 180

[17] Gerhard Wisnewski, Ex-CENTCOM-Militär packt aus: 9/11 was an inside job!, 27/09/2006, (www.gerhard-wisnewski.de/modules.php?name=News&file=article&sid=287)

[18] Bernd Greiner, ibid.

[19] Seymour Hersh, Die Befehlskette. Vom 11. September bis Abu Ghraib, Reinbek 2004, p. 237

[20] cf. Chalmers Johnson, ibid., p. 413 sqq.

[21] Jeffrey Steinberg, Die Privatisierung der nationalen Sicherheit, Neue Solidarität 14/2006; cf. également Walter Pincus, CIA, Pentagon Seek to Avoid Overlap, Washington Post du 4/7/2005

[22] cf. Jeffrey Steinberg, ibid.

[23] Eric Schmitt und Thom Shanker, New York Times du 24/10/2002, d’après Chalmers Johnson, ibid., p. 176

[24] Seymor M. Hersh, ibid., p. 239

[25] Jeffrey Steinberg, ibid.

[26] Jeffrey Steinberg, ibid.

[27] Russell Mokhiber / Robert Weissman, The Rising Corporate Military Monster, Commondreams du 23/4/2004 (www.commondreams.org)

[28] A.R., Heikles Outsourcing, Neue Zürcher Zeitung du 11/5/2004

[29] cf. Jeffrey Steinberg, ibid.

[30] cf. Chalmers Johnson, ibid., p. 178

[31] D’après Webster Griffin Tarpley, 9/11 Synthetic Terror – Made in USA, California 2005, p. 107

[32] Webster Griffin Tarpley, ibid., p. 107

[33] cf. Jürgen Elsässer, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Vevey 2005

[34] D’après Michel Chossudovsky, The Crimina-lization of the State, 23/11/2003 (http://globalresearch.ca/articles/EDW311A.html)

http://www.horizons-et-debats.ch/actuel/20070122_08.htm http://www.horizons-et-debats.ch/actuel/20070122_08.htm



Mardi 23 Janvier 2007


Commentaires

1.Posté par moncef le 23/01/2007 15:08 | Alerter
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Les USA possèdent le pétrole a 60% des réserves de la planète grasse au 11 septembre
Ils leurs manquent le pétrole Iranien et le pétrole Russe. Avec la tension qu'ils ont créaient autour de l' Iran et de la Russie, ils finiront par créer une guerre mondiale pour atteindre leurs buts criminels..Mais cette fois ci je ne suis pas sur qu’ils sortiront vainqueurs..et cela malgré leurs alliés Européens qu’ils veulent entraîner dans la débâcle
Bien sur la situation est très grave et malgré la sagesse des Russes et des Chinois., il faut aussi tout faire pour freiner les fous de la classe dirigeante des USA.


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