Proche et Moyen-Orient

Les promesses de Bouteflika sont démenties par l’histoire !


Le Président Abdelaziz Bouteflika a enfin admis l’idée d’une période de transition organisant son départ du pouvoir, suite à la pression populaire sans précédent contre un cinquième mandat. Ce geste, qui peut paraître « audacieux », arrive en réalité trop tard car les Algériens ont montré qu’ils ne voulaient pas de ce Président quelles que soient les circonstances.


El-Khabar
Vendredi 8 Mars 2019

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le Président Bouteflika est apparu dans une situation de grande faiblesse politique, comme le démontrent les mots choisis avec soin dans sa lettre après le dépôt par procuration de sa candidature. Il n’a pas l’habitude de s’adresser aux Algériens sur ce ton suppliant. Il était également étonnant qu’il ne tente pas d’effrayer en parlant des menaces extérieures et a fini sa lettre en saluant le « civisme » du mouvement populaire qui lui demande de ne pas se présenter à la présidentielle. Cela signifie qu’il a compris que le peuple refusait qu’il reste au pouvoir, ce qui l’a poussé à reconnaître des erreurs durant sa présidence puis à faire des concessions qui portent atteinte à son image de Président total qu’il a voulu incarner lors de son arrivée au pouvoir. Il demande juste aujourd’hui l’autorisation d’organiser sa « fin politique » lui-même, après avoir compris qu’il lui sera impossible d’effectuer un cinquième mandat complet.
Dans la logique de Bouteflika, les élections présidentielles actuelles ne servent qu’à organiser son départ

La lecture de la seconde lettre de candidature de Bouteflika nous amène à la conclusion que le Président veut partir mais de manière organisée, sans laisser le pays dans un vide l’emmenant vers l’inconnu. Dans sa lettre, il révèle qu’il va organiser des élections présidentielles anticipées, après le forum national qu’il entend organiser après sa victoire à la présidentielle actuelle et qui devrait entraîner des réformes profondes. La première d’entre elles est demandée par l’opposition depuis des années : une commission indépendante pour organiser les élections ; sans oublier une modification en profondeur de la constitution approuvée par référendum populaire, ce que Bouteflika a refusé à chaque modification qu’il a effectuées (2002-2008-2016). Il semble ainsi que le Président se rapproche avec cette proposition de l’idée de reporter les élections proposées par d’Abderrazak Makri, Président du Mouvement de la société pour la paix. Ce dernier a proposé de reporter la présidentielle d’un an en échange de réformes politiques et économiques profondes, supervisées par un gouvernement d’union nationale. Dans la logique de Bouteflika, les élections présidentielles actuelles ne servent qu’à organiser son départ, alors que les véritables présidentielles se tiendront après le forum national (probablement dans un délai d’un an) avec de nouvelles règles du jeu une fois l’administration complètement écartée de l’organisation du processus électoral.
Les propositions du Président Bouteflika resteront des promesses électorales car rien ne garantit leur application

On ne fait pas de la politique avec de bonnes intentions mais en suivant l’équilibre des forces actuel. C’est pourquoi les propositions du Président Bouteflika resteront des promesses électorales car rien ne garantit leur application, d’autant qu’il a fait les mêmes promesses en 2011, au moment du printemps arabe. Elles n’ont pas été mises en œuvre pendant de longues années puis elles ont été contournées par les lois promulguées, qui sont pires que les précédentes pour l’opposition, notamment celles concernant la liberté de créer des associations et des partis politiques, dont beaucoup ne sont pas homologués, sans oublier les promesses sur la réforme du champ médiatique et de la liberté d’expression : après 2014, la répression a atteint un niveau sans précédent d’après les rapports internationaux. En mai 2012, à l’occasion de son dernier discours public, le Président Bouteflika avait déclaré qu’il fallait reconnaître ses limites, laissant ainsi penser que le Président voulait effectivement passer le flambeau aux générations d’après la révolution de libération. Mais c’est l’inverse qui s’est produit puisqu’il s’est porté candidat dans des circonstances de santé semblables à celles d’aujourd’hui, surprenant ainsi ses proches parmi les proches comme l’ancien Président du conseil constitutionnel Mourad Medelci, qui avait déclaré à la télévision française qu’un quatrième mandat du Président n’était qu’une blague.
Le Président et son entourage ont ignoré les demandes insistantes de l’opposition exprimées à travers plusieurs initiatives

On s’attendait donc à ce que le quatrième mandat, accepté par les Algériens contre leur gré, soit un mandat de transition permettant une sortie honorable du Président après des réformes structurelles malgré son absence totale de la vie politique. Ce quatrième mandat a été tout le contraire, avec le renforcement des prérogatives de Bouteflika à travers une modification constitutionnelle qui a produit une constitution « présidentielle » mettant toutes les décisions entre les mains d’un homme qui apparaissait à travers quelques photos comme de plus en plus malade. Le Président et son entourage ont ignoré les demandes insistantes de l’opposition exprimées à travers plusieurs initiatives comme « la transition démocratique » au Mazafran ou « le consensus national » du FFS qui demandait de préparer immédiatement la transition pour éviter que l’Algérie ne se trouve dans la crise économique et politique actuelle avec un mouvement populaire dépassant tout le monde.

Avec toutes ces expériences vécues par les Algériens durant la présidence de Bouteflika, il sera difficile d’admettre que le Président veut vraiment « changer le régime », comme il le dit dans sa lettre. Il sera facile pour les incrédules de se convaincre avec le passé que ces promesses visent juste à calmer la colère populaire pour faire passer un cinquième mandat avant de voir ce qu’il adviendra par la suite, car personne ne garantit que cette mobilisation totale perdurera dans les mois suivant la présidentielle. En supposant que le Président soit sincère dans ses orientations, compte tenu de son âge et de son état de santé qui ne lui permettent pas de rester au pouvoir même s’il le voulait, on continuera de douter de l’issue de ce forum national qui doit accoucher de la modification constitutionnelle et des présidentielles anticipées. Il sera rempli de partis qui se disent grands mais rejetés par le peuple, tout comme les organisations populaires collaborant avec les autorités. Cela pourrait donc aboutir a des réformes en trompe l’œil permettant aux partisans du Président d’imposer leur logique contre la volonté du peuple et le maintenir au pouvoir ; alors que les Algériens ont clairement exprimé la nécessité de changer tous les symboles et toutes les institutions du régime. Ce mouvement devra donc rester éveillé et se trouver des leaders en lesquels il a confiance pour négocier les réformes profondes et réelles avec le pouvoir ; car il est l’acteur de cet instant historique qui ne doit en aucun cas lui être volé.



Jeudi 7 Mars 2019


Commentaires

1.Posté par oh-daz le 09/03/2019 23:27 | Alerter
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nombreux sont celles et ceux qui se plaignent _ ou dénoncent _ le fait de ne pas avoir entendu ou vu
Bouteflika depuis 2013... les français voient et entendent leur cher président 12/24h... et ils ont pratiquement
tous envie de le noyer, le pendre, ou simplement lui botter les fesses.

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