EUROPE

Les profiteurs du «made in China»


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almas_31@msn.com
Mardi 6 Septembre 2005

Du pull mohair à la pelle, vieux rose, vert bronze, col en V, à 19,90
euros. Qui dit mieux ? C'est chez H & M, le temple de la mode à petit prix, au sortir de l'escalator, premier étage du Forum des Halles, à Paris. Une cliente soupèse : la camelote est bien légère, mais le prix la fait tilter. Dommage, il est introuvable en noir et en petite taille. «Repassez demain», lâche la vendeuse entre deux pliages de pull. «Comme on veut qu'il se vende facilement, on peut en remettre. Mais c'est sans garantie.» Ce mohair est «made in China», dit l'étiquette. Comme les vestes et les pantalons en velours qui font ployer les portants en acier. Cet hiver, la mode est au velours. Et le velours, chez H & M, est quasiment 100 % chinois. A 29,90 ou 39,90 euros la pièce. «J'habille mes enfants ici, confie la cliente. J'y viens à la rentrée et je les équipe pour l'année.»

«Pas de métamorphose». Made in China ou ailleurs, la consommatrice s'en moque, mais elle n'a pas le sentiment que chez H & M elle ait, «cette année, fait des économies». Le géant scandinave de la distribution, en revanche, s'en est plutôt très bien sorti. Avec un prix de vente au premier semestre en hausse alors que le coût d'achat, réalisé à plus de 60 % en Asie, baissait. Résultat : tout en «améliorant la qualité, ainsi que l'assortiment», H & M a réussi à faire s'envoler ses profits entre janvier et juin 2005 : + 31,8 % de résultat net.

Au Carrefour de la porte de Montreuil, nulle trace au rayon textile de la pénurie annoncée par certains, alors que près de 80 millions d'articles venus de Chine étaient encore jusqu'à hier en attente de dédouanement aux portes de l'Union, dans les ports d'Anvers ou du Havre. Promotions et bonnes affaires s'affichent là aussi pour la rentrée. Mais, comme H & M, les hypermarchés français ne semblent pas avoir vraiment répercuté la baisse des prix à l'achat. A l'entrée du magasin, pourtant, les premiers articles proposés sont bradés : pantalons à 3,50 euros, pulls à 3,90 euros, jeans à 5,90 euros. Ceux-là ne viennent pas de Chine, ils sont «made in Bangladesh». Un peu plus loin, à l'entrée du rayon sous-vêtements féminins, un panneau propose «un caraco, un soutien-gorge et un bas pour 12 euros». Nathalie, couturière de 50 ans, qui s'y connaît, trouve les prix «corrects». Les autres clientes, elles, ne décèlent aucune trace d'une baisse des prix. «C'est toujours pareil, râle Zanatany, 50 ans, enseignante. Je n'ai pas vu de métamorphose.» «Pour un centre commercial comme celui-là, je ne trouve pas que ça ait changé», confirme Jacqueline, 54 ans, agent hospitalier, qui «évite d'acheter ce qui vient de Chine. Parce que le textile français est en train de chuter». Même s'«il faut reconnaître que c'est quand même bien fait, et que la qualité du produit français n'est pas forcément meilleure».

«Augmenter les marges». Sans profession, Anne, 48 ans, est venue avec sa fille pour les courses de rentrée. Dans son panier, pas de textile. «Rien n'a baissé. Les marques font fabriquer en Chine, mais ce n'est pas pour autant qu'elles baissent les prix. Et pour le consommateur, à l'arrivée, il n'y a pas de changement. Ceux qui font fabriquer là-bas se remplissent les poches.» Anne n'achètera aucun vêtement dans le magasin. «Il y a les puces de Montreuil juste à côté. J'irai plutôt là-bas. C'est beaucoup moins cher.» Il se passe pour le textile ce qui s'est déjà produit pour l'alimentaire : le succès du hard-discount lamine la grande distribution. Aldi et Lidl, les deux enseignes phares du hard-discount alimentaire, font aussi du textile. Si on additionne leur percée à celle du hard-discount spécialisé dans le textile, c'est-à-dire des soldeurs, c'est un tiers des consommateurs qui y font leurs achats, selon le panel TNS-Secodip. La tendance lourde est plus que jamais la traque aux miniprix. Les consommateurs achètent moins cher, dans des enseignes moins chères, plébiscitant les soldes, les promotions, et les prix barrés. «Les enseignes de distribution gagnantes, remarque Nathalie Lestrat, directrice du panel textile, chez TNS-Secodip, ce sont les GSS (les grandes surfaces spécialisées, ndlr) comme Kiabi, La Halle, Gemo et les soldeurs, comme Vetaffair ou Babou.» Des enseignes, affirme TNS-Secodip, qui «vont clairement chercher leurs produits en Chine». Est-ce la façon qu'ont trouvée les ménages pour réduire la note ? De fait, malgré une baisse constante des prix à la production, «de 4 à 6 % par an depuis 2002-2003», selon Thierry Noblot, délégué général à l'Union des industries textiles (UIT), les prix sur les étiquettes n'ont quasiment pas bougé. Selon Eurostat, l'office européen des statistiques, les prix de vente n'ont baissé que de 0,5 % entre juin 2004 et juin 2005...



Mardi 6 Septembre 2005


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