Politique Nationale/Internationale

Les primaires de Pennsylvanie et la crise du Parti démocrate


La victoire décisive d’Hillary Clinton sur Barack Obama dans les primaires de Pennsylvanie qui ont eu lieu le 22 avril assure que la lutte acerbe pour la nomination présidentielle démocrate continuera pendant des semaines, si ce n’est des mois. Plus important encore, elle est révélatrice de la crise dans laquelle se trouve le Parti démocrate.


Samedi 10 Mai 2008

Par Barry Grey



L’élection a montré un parti qui se fracture selon des lignes de race, d’ethnie, de genre et autres caractéristiques démographiques. Comme dans les précédentes primaires dans les États industriels ravagés par les fermetures d’usines et le déclin des conditions de vie de la classe ouvrière, Obama a obtenu la plus grande part du vote afro-américain et du vote de la jeunesse.

Clinton a facilement dépassé Obama chez les électeurs blancs, les électeurs âgés et les femmes. La démographie de l’État, où les noirs sont concentrés dans quelques centres urbains et où les blancs âgés forment une grande partie de l’électorat, a résulté en victoire dans presque tout de l’État pour Clinton qui n’a laissé échapper que sept des soixante-sept circonscriptions de l’État.

Obama n’a gagné qu’à Philadelphie, dans deux circonscriptions de la banlieue de Philadelphie, dans Lancaster, une ville voisine de Philadelphie, dans la circonscription qui comprend la capitale de l’État, Harrisburg, et dans deux circonscriptions près de State College, là où se trouve l’Université Penn State.

Clinton a obtenu d’importantes majorités dans les régions industrielles durement éprouvées économiquement du nord-est et de l’ouest de la Pennsylvanie, y compris dans les circonscriptions du sud-ouest qui étaient il n’y a pas si longtemps un centre de l’industrie minière du charbon.

Plusieurs commentateurs et représentants du Parti démocrate sont découragés de la lutte des primaires qui devient de plus en plus acrimonieuse et qui a divisé l’appareil du parti aussi bien que l’électorat démocrate, peut-être de façon irréparable. Ils sont inquiets que la situation se soit tellement envenimée que les chances pour le parti de gagner lors des élections générales de l’automne 2008 s’en trouvent ruinées et que ce soit le candidat républicain John McCain qui se retrouve à la Maison-Blanche.

Il devient de plus en plus probable que d’importantes forces au sein de chaque camp ne s’impliqueront pas dans les élections si leur candidat ne devenait pas le candidat présidentiel des démocrates. Mais la direction du parti semble dépassée et ne pas pouvoir mettre un terme à la guerre intestine.

Peu importe les pointes venimeuses que se lancent les deux camps, on ne peut discerner de différence essentielle de politique dans les déclarations publiques et les mesures qu’annoncent les deux candidats. Les deux lancent des appels populistes qui ne remettent aucunement en cause le pouvoir ou les profits de l’élite du monde des affaires. Les deux ont adopté une rhétorique anti-guerre, mais promettent de laisser des troupes en Irak pour une période indéterminée et d’agrandir l’armée pour préparer de nouvelles interventions militaires.

Les différences de politique qui existent sont essentiellement discutées derrière des portes closes. Dans les plus hauts échelons de l’establishment du Parti démocrate, la scission a commencé sur la question de la guerre en Irak. Les stratèges de la politique étrangère tels Zbigniew Brzezinski ont identifié Clinton avec la décision d’appuyer l’intervention désastreuse en Irak. Cette faction croit qu’il faut défendre de façon plus intelligente et plus efficace les intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis de par le globe. C’est pourquoi elle défend la candidature d’Obama, considérant qu’elle résultera en un changement de la politique étrangère après huit difficiles années sous Bush

Sur la base d’abstractions très vagues, Obama a été présenté comme le candidat du « changement », qui adoptera une « nouvelle politique » qui unira tous les éléments disparates de la société américaine et qui restaurera le « rêve américain ». Sa personnalité — il est jeune, un nouveau joueur sur le terrain de la politique nationale, multiracial — semble incarner ces objectifs.

Son image a été développée avec grand soin. Brzezinski, dans une entrevue qu’il a donnée le 19 avril à la chaîne de télévision France 24, a donné une idée de l’importance de cette image pour ceux qui donnent leur soutien au sénateur de l’Illinois. « … L’Amérique doit redéfinir sa position dans le monde ; en fait, l’Amérique doit se redéfinir elle-même, a dit Brzezinski. Et je crois qu’il [Obama] symbolise ce besoin de changement… »

Le camp Obama a donné expression au mécontentement large et profond, particulièrement chez les jeunes, sur la question de la guerre, de l’insécurité économique, de la corruption et de la criminalité des années Bush et a réussi à trouver un soutien de masse.

Clinton a répondu en ralliant le soutien des sections plus en faveur de la guerre au sein de l’establishment du parti et en accentuant la polarisation qui a exacerbé les tensions entre les groupes d’intérêts en concurrence au sein du Parti démocrate. Que cela ait provoqué une crise interne qui prend la forme de tendances centrifuges de plus en plus importantes sur les questions de la race, du genre et des lignes ethniques vient de l’évolution même du Parti démocrate.

Le libéralisme américain durant le New Deal et la période d’après-guerre

Au milieu de la Grande Dépression des années 1930, le Parti démocrate sous Roosevelt a forgé une coalition qui regroupait les sections les plus perspicaces de l’élite dirigeante, des syndicats, y compris les nouveaux syndicats industriels qui viennent d’être créés, les classes moyennes professionnelles, les fermiers et les classes moyennes urbaines, des commerçants jusqu’aux intellectuels.

Dans le contexte d’un effondrement de tout le système capitaliste et de troubles sociaux grandissants, Roosevelt a encouragé pendant un certain temps de façon opportuniste la formation de syndicats industriels dans le but d’imposer, face à une élite du monde des affaires hostiles, les réformes sociales limitées qu’il croyait nécessaire s pour empêcher une révolution sociale.

Il y avait, toutefois, des limites strictes à son soutien aux luttes syndicales des ouvriers industriels. Lorsque le regain économique partiel s’est épuisé en 1937 et que les grèves ont menacé de prendre des proportions révolutionnaires, Roosevelt a dénoncé la CIO qui venait de naître. Après l’assassinat par la police de travailleurs de l’acier à Chicago en grève dans ce qui fut appelé le massacre du Memorial Day de 1937, Roosevelt avait fait sa déclaration célèbre sur « les coupables que l’on trouve des deux côtés ».

Néanmoins, le libéralisme américain, particulièrement dans les premières années du New Deal, soutenait de façon générale un programme de réformes. Ces réformes visaient à restructurer le capitalisme américain dans le but de restreindre le pouvoir de la grande entreprise et d’introduire une certaine démocratie syndicale dans les usines.

Après 1937, le libéralisme du Parti démocrate a commencé à s’éloigner du programme d’une réforme structurelle du capitalisme, un processus que la Deuxième Guerre a accéléré. L’historien américain Alan Brinkley a écrit dans son livre publié en 1995, The End of Reform :

« Dix ans plus tard, en 1945, l’idéologie du libéralisme américain avait une apparence tout à fait différente. La critique du capitalisme moderne qui avait été si importante au début des années 1930 (et, en fait, dans les décennies précédentes) était en grande partie absente ou, à tout le moins, si atténuée qu’elle avait à peine plus qu’une valeur rhétorique. Cette critique avait été remplacée par un ensemble d’idées libérales essentiellement réconciliées avec la structure existante de l’économie et qui proposaient d’utiliser l’État pour compenser pour les manques inévitables du capitalisme… »

« Lorsque les libéraux parlaient alors de la responsabilité du gouvernement dans la protection de la santé dans le monde industriel, ils définissaient moins cette responsabilité comme un engagement à restructurer l’économie que comme un effort pour la stabiliser et l’aider à croître. Ils n’étaient plus concernés par la question de contrôler ou de punir les "ploutocrates" et les "royalistes économiques", une idée centrale de la rhétorique du New Deal au milieu des années 1930. Plutôt, ils parlaient de leur engagement à offrir un environnement sain dans lequel le monde des affaires pourrait fleurir et dans lequel l’économie pourrait soutenir le "plein emploi" » (pp. 6-7).

Brinkley a expliqué que le nouveau libéralisme mettait l’accent non sur la production et les producteurs de la richesse, mais plutôt sur la consommation et le consommateur. Les travailleurs amélioreraient leur sort en bénéficiant en tant consommateurs de la croissance économique et de la prospérité générale du pays.

En décrivant la forme de libéralisme de l’après-guerre comme étant « basé sur les droits », il a écrit :

« La guerre, en quelques mots, a été un moment crucial de changement pour le libéralisme américain, passant d’une préoccupation envers les "réformes" (avec un ensemble de questions essentiellement basées sur la classe se concentrant principalement à résoudre les problèmes liés au monopole et aux désordres économiques) vers une préoccupation envers les « droits » (un engagement aux libertés et aux droits des individus et ainsi à la libération des peuples et des groupes opprimés). Le libéralisme "basé sur les droits" faisait partie sur certains points d’une retraite d’un large éventail de questions économiques qui avaient été importantes pour les progressistes et les partisans du New Deal pendant des dizaines d’années : les questions de la structure de l’économie industrielle et de la distribution de la richesse et du pouvoir en son sein. »

En ligne avec ce changement, le Parti démocrate a cessé de se présenter comme le parti du « travailleur » et s’est plutôt décrit comme le défenseur des « classes moyennes ».

De leur côté, les syndicats ont adopté cette version atténuée du libéralisme américain, ont abandonné toute lutte pour la démocratie industrielle ou la réduction des pouvoirs corporatifs et se sont intégrés davantage au Parti démocrate. Ils ont cimenté leur statut de piliers de l’ordre économique existant en procédant à une purge impitoyable des éléments de gauche et socialistes.

Dans son discours sur l’état de l’Union de janvier 1944, Roosevelt avait proposé ce qu’il appelait une « Seconde Déclaration des droits » qui garantirait à tous les Américains un minimum de sécurité économique et certains droits sociaux. Cela comprenait le « droit à un emploi utile et rémunéré », le « droit à un revenu suffisant pour se nourrir, se vêtir et se divertir adéquatement », le droit des fermiers à « une vie décente », la liberté des hommes d’affaires « de la compétition injuste et de la domination des monopoles », le droit de toutes les familles à « une maison décente », le droit à « des soins médicaux adéquats et la capacité de bénéficier d’une bonne santé », le droit à « une protection adéquate face aux craintes économiques de la vieillesse, de la maladie, des accidents et du chômage », et le droit à « une bonne éducation ».

On peut se demander jusqu’à quel point Roosevelt prenait lui-même sa proposition au sérieux. De toute façon, après la guerre sa « Seconde Déclaration des droits » est demeurée lettre morte.

L’effondrement de la coalition du New Deal

La crédibilité du libéralisme américain d’après-guerre et la société de consommation de « classe moyenne » qu’il adopta dépendaient du maintien de l’expansion économique d’après-guerre et d’une prospérité sans cesse croissante. Mais déjà vers la fin des années 1960, le boum économique était au bout de son rouleau. L’impact de la guerre du Viêt-Nam, les luttes pour les droits civils, les émeutes urbaines et une vague de grèves alimentées par des conditions économiques en déclin minèrent la coalition du New Deal. Quelques années plus tard le Parti démocrate prenait ouvertement ses distances des politiques de réforme sociale du New Deal.

Dans des conditions de stagnation économique et de forte inflation dans les années 1970, de larges sections de la classe moyenne ainsi que les couches les plus aisées des travailleurs devinrent désillusionnés face aux politiques réformistes libérales, aussi minimes furent-elles, associées au Parti démocrate, qui ne semblait que faire empirer la crise économique en taxant toujours davantage les gens de la classe moyenne.

Alors que la perspective de l’amélioration des conditions de vie par le développement de la société de consommation devenait de plus en plus improbable, le Parti démocrate tenta de changer son image, d’abord par la campagne de McGovern en 1972. Alors que cela était présenté comme une profonde réforme démocratique, l’organisation vit apparaître niveau après niveau de structures « participatives », où la diversité raciale et des sexes devint de plus en plus le mot d’ordre. Le parti incorpora dans sa structure même le principe des politiques identitaires.

« L’action affirmative » et des politiques semblables furent utilisées pour distribuer les privilèges aux élites de divers groupes raciaux et ethniques ainsi que parmi les femmes, alors que les conditions de vie des larges masses de travailleurs, afro-américains, latinos, blancs, hommes et femmes, stagnaient ou déclinaient.

Dans le système de nomination actuel, les primaires et les caucus remplacent largement le vieux processus, dans lequel les principaux candidats pour l’investiture présidentielle étaient choisis par le parti et des responsables élus et où le choix final était fait par des délégués à la convention finale. Cela ne fait qu’intensifier le caractère démagogique du processus électoral où les candidats font appel à différents éléments dans le Parti démocrate sur la base de slogans et d’images projetées à l’un ou l’autre des groupes ethniques ou des genres.

Le Parti démocrate prend la forme d’une alliance floue de groupes d’intérêts compétitifs, incluant l’establishment des droits civils et des couches plus privilégiées de noirs et d’autres minorités, des organisations féministes, des groupes pour la défense des droits des homosexuels, des environnementalistes, etc. Les syndicats, qui ont joué un rôle central dans la vieille coalition du New Deal, sont devenus un groupe d’intérêt parmi plusieurs autres alliés au Parti démocrate.

L’effritement de l’appui de la classe ouvrière pour les démocrates s’est accéléré en même temps que l’appui du parti pour la restructuration de l’économie américaine était mis de l’avant pour répondre au déclin de la position économique mondiale du capitalisme américain. Ce furent les démocrates qui, sous Carter, ont initié la première attaque majeure sur les réformes du New Deal avec la déréglementation des compagnies d’aviation et du camionnage. En 1979, Carter nomma Paul Volcker comme chef de la direction de la Réserve fédérale. Volcker augmenta drastiquement les taux d’intérêt pour enrayer l’inflation du système sur la base du chômage de masse et d’une offensive contre les salaires et le niveau de vie de la classe ouvrière.

Les démocrates ont initié les attaques pour des diminutions de salaires dans le sauvetage de Chrysler en 1979-1980 et ont supporté la « désindustrialisation » menée par la grande entreprise pour fermer de larges sections de l’industrie de base qui n’étaient plus profitables.

Dans le cadre de son soutien pour les politiques identitaires, le Parti démocrate a réellement redéfini ce qu’il appelle la « démocratie américaine » et a abandonné toute demande pour l’égalité sociale. Des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, il a continué à se détacher de son ancienne base d’appui provenant de la classe ouvrière en collaborant avec les républicains dans la redistribution de la richesse du bas vers le haut.

Une bataille de personnages politiques

Maintenant, dans un concours qui oppose une femme contre un afro-américain, qui prend place dans des conditions d’une guerre impopulaire et d’une récession qui s’aggrave, les conséquences politiques du soutien des démocrates pour les politiques identitaires émergent de manière explosive.

En Pennsylvanie, Clinton a accentué sa stratégie de droite pour contrer l’avance insurmontable d’Obama chez les délégués. Elle a lancé une chasse aux sorcières contre son opposant pour ses liens antérieurs avec l’ancien membre du groupe radical Weather Underground, elle a diabolisé l’Iran et a cherché à alimenter les craintes d’une attaque terroriste et elle a fait des appels à peine voilés aux préjugés raciaux (en condamnant Obama pour son association avec son ancien pasteur, Jeremiah Wright).

Un point tournant est survenu lorsque Obama, dans un moment d’inattention lors d’une réunion de donateurs privés, a parlé de la « colère » des électeurs de la classe ouvrière des petites villes et des zones rurales de la Pennsylvanie envers les coupures de salaires, les congédiements et l’insécurité économique grandissante ainsi que l’indifférence des administrations démocrates et républicaines face à leur sort. Obama a commis le péché capital d’aborder la réalité des relations de classe aux Etats-Unis et en a remis en suggérant que la privation économique trouvait une expression confuse dans le fait que les travailleurs « s’accrochent » à la religion et aux fusils et blâment les immigrants et les travailleurs étrangers.

Suite à ces commentaires, les médias, les républicains et Clinton ont cloué Obama au pilori pour être « élitiste ». C’était un message clair que les cercles dirigeants n'allaient pas tolérer le moindre appel ouvert aux antagonismes de classe dans la campagne présidentielle. Obama a compris le message : il a présenté des excuses et est resté sur la défensive pour le reste de la campagne.

Cet épisode démontre comment le libéralisme américain et le parti démocrate sont basés sur une dissimulation des questions fondamentales de classe qui dominent la société américaine. Ils se concentrent plutôt avec obsession sur des questions secondaires de race, de sexe, d’âge, etc., et de ce fait aggravent de telles différences et leur donnent une forme maligne.

Puisque le parti n'est pas basé sur un programme cohérent, ses candidats de façon à gagner l'appui d'éléments divers au sein d'un parti disparate. Dans l'actuelle course à la nomination démocrate, cela a pris des formes absurdes.

Clinton, qui a besoin d'une victoire convaincante pour maintenir à flot une campagne en crise, a adopté le nouvel emballage de la femme forte et travailleuse, le pendant féminin d'un Rocky Balboa. Ce qui est plutôt invraisemblable pour une ancienne première dame qui a amassé, avec son mari ex-président, 109 millions $ depuis les sept ans qu'ils ont quitté la Maison-Blanche.

Obama, quant à lui, se présente en tant que chef d'un mouvement de révolte populaire qui va chasser le lobby des affaires hors de Washington et remettre le gouvernement « entre les mains du peuple ». En même temps, il dit vouloir unir tout le monde, blancs et noirs, riches et pauvres, jeunes et vieux, hommes et femmes, démocrates et républicains, dans sa croisade pour le « changement » et pour une « nouvelle politique ».

Hormis le fait qu’Obama a amassé dans sa campagne quelque 150 millions $, qu'il peut compter actuellement sur une réserve de 42 millions $, et que parmi ses principaux partisans se trouvent certains des individus les plus riches du monde, sa promesse de forger une unité à grande échelle sonne non seulement creux, mais tout bonnement ridicule étant donné que son propre parti est profondément divisé.

La crise du parti démocrate est la crise d'un parti impérialiste, comme l'a souligné la récente menace de Clinton d’« oblitérer » l'Iran de la carte. Obama, quant à lui, menaçait peu de temps auparavant de bombarder le Pakistan.

L'élection primaire a dégénéré en un étalage de crise politique marquée de fraude et de duperie. Elle démontre combien toute notion selon laquelle le parti démocrate peut servir de véhicule au changement social progressiste est illusoire et condamnée à l'échec.

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Samedi 10 Mai 2008

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