RELIGIONS ET CROYANCES

Les présupposés théologiques de Ratzinger


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On présente M.Ratzinger comme un fin théologien. Ses propos de Ratisbonne, devant un parterre d’universitaires, doivent donc être plus profonds qu’une simple accusation de violence des musulmans. L’aspect essentiel de son intervention est le rapport à la raison du christianisme et de l‘islam et la référence à la philosophie grecque. Pourquoi cette référence ? Quel est le fonds du discours du pape ?


Omde
Mercredi 11 Octobre 2006

Les présupposés théologiques de Ratzinger
M. Ratzinger cite l’évangile de Jean qui commence par ces mots : “Au commencement était le verbe, et le verbe était avec Dieu, et le verbe était Dieu.” le terme grec utilisé dans le texte originel grec est logos. Dans la théologie chrétienne, Jésus est assimilé au logos celui qui apporte la lumière et l’ordre contre les ténèbres et le chaos. Partie intégrante, hypostase selon la terminologie chrétienne, du divin le logos est donc intrinsèque, fait partie de « l’essence » de dieu. Cette « raison divine » dont la raison humaine est l’analogie, incarnée en jésus, est donc connaissable et c’est la philosophie grecque, dixit les propos du pape, qui nous permet d’avoir les outils pour la comprendre et l’analyser. On voit ici que la rencontre entre le message de Jésus, délivré en araméen dans un monde sémite, et les concepts de la philosophie grecque n’est pas une contingence de l’histoire mais le dessein de dieu. Ce point de vue permet d’une part de recentrer la révélation vers l’Europe et de lui conférer une part décisive dans la religion et d’autre part de lui adjoindre une nécessité de passage par le moule grec pour la finaliser. Révélation plus philosophie grecque égale vraie religion telle est l’équation de M.Ratzinger. Dans la logique, fausse, qui consiste à tenir la culture grecque pour le début de la science que la renaissance a redécouverte et poursuivi dans le monde moderne, ce recentrement permet également de résoudre le conflit science religion né au 18 et 19ème siècle. Les erreurs de l’église, tel la condamnation de Galilée, sont le fruit d’erreurs humaines mais non de la religion qui porte en elle-même la raison. L’islam dont l’origine est la révélation transcendante et qui est étranger à l’influence grecque ne porte pas en soi le logos, l’ordre face au chaos et est donc forcement « barbare » au sens de non « ordonné » par le logos. Le dieu des musulmans, absolument hors des catégories grecques et plus intrinsèquement hors du logos n’est alors « tenu à rien », tel est le sens des propos cité par Ibn Hazm et formulé ainsi par le pape.
Argumentation subtile s’il en est. Mais si nous examinons ce raisonnement de près, il présente de graves fautes logiques et est au sens grec un sophisme. L’une des règles de la logique est que les termes d’un raisonnement doivent avoir le même sens dans les diverses propositions du raisonnement. Dans son argumentation le pape entretient une savante confusion entre logos et raison. La raison au sens actuel est l’esprit scientifique, la capacité à entrer en contact avec le réel et à en tirer des lois, des explications causales, à assurer une prédictivité d’événements. Elle s’oppose à la pensée magique, qui voit dans les événements l’humeur, le bon vouloir de dieux, d’êtres invisibles ou même l’absence de sens. Le logos grec n’est pas la raison scientifique, il reste de l’ordre de la pensée mythique. Il a pour vocation d’éloigner le chaos. Même Aristote n’a pas une démarche scientifique, le fondement de la connaissance reste pour lui le raisonnement, le syllogisme. Le monde est apprivoisable par le logos. Chez Platon le sage entre en contact avec les Idées, essences éternelles, dont le réel n’est que le reflet, découvre l’Idée suprême du bien, que l’église assimilera à dieu. Ce passage de jésus au logos relève de la démarche gnostique de l’évangile de Jean, la relation magique entre le sacrifice et le péché originel, la restauration de l’ordre face au chaos. Fondamentalement le christianisme est né de la transformation d’un message révélé en une pensée magique, mythique, où le sang d’un innocent lave les péchés du monde, où le croyant mange son dieu dans une communion anthropophagique. Contrairement à ce qu’affirme M.Ratzinger l’apport grec n’est pas la raison mais, au contraire, la pensée mythique qui voient dans l’ordre du monde l’intervention magique d’un dieu trinitaire, sacrificateur qui n’offre le salut que dans une croyance irrationnelle en son propre sacrifice. Ce n’est pas pour rien que le pape cite jean, c’est le fondement gnostique et magique de sa démarche.
Rien à voir avec le Coran qui lui initie le premier une vraie démarche raisonnable au sens actuel. Le premier verset révélé est « Ikra » lis au nom de ton seigneur, véritable appel à la connaissance.
De nombreux versets incitent l’homme à découvrir le monde, à l’étudier, à voir dans les merveilles crées l’œuvre du créateur. En islam foi et raison sont complémentaires. La raison donne t’elle la foi ? Seule elle ne suffit pas mais la foi est étayée, nourri par la raison. Que Dieu soit transcendant et ne relevant que de sa seule volonté n’est en rien contradictoire avec la raison, bien au contraire. La définition même d’un être éternel, infini, omnipotent etc..ne peut qu’amener à cette conclusion. Sa révélation incite l’homme user de la raison, qui est le don qu’Il à fait à l’homme pour le connaître. Peut-on accéder à Dieu par la raison : oui. La démarche d’Abraham le montre. Par contre nous avons besoin de la révélation pour savoir le sens, la finalité, les modalités de l’adoration. L’essor des sciences est né de cet appel à découvrir le livre de l’univers pour mieux appréhender son créateur. Tandis que le monde chrétien restait empêtré dans la pensée mythologique grecque, le raisonnement syllogique, le dogmatisme étroit, le monde musulman posait les bases de tout raisonnement scientifique, l’observation, l’expérimentation, la déduction, le formalisme mathématique.
Quant à l’aspect violent qui découlerait du message même de l’islam, le pape est lui-même en plein paradoxe en citant le verset 257 de la sourate 2 : « Pas de contrainte en religion ». Jamais l’Islam ne demande la conversion par la force qui doit découler d’une sincérité de cœur et de la raison et en dernier de la décision de guidance du créateur. Bien au contraire il est dans l’essence même du christianisme d’évangéliser, d’amener l’homme au credo en la personne de Jésus en l’adhésion individuelle au mythe de la rédemption par le sang. L’esprit scientifique qui a animé l’islam pendant des siècles bien guidé par la foi en la révélation a permis au contraire une tempérance, une tolérance que l’église n’a jamais pu acquérir aveuglé par sa pensée monolithique et magique. Le recours à la raison est une composante intégrale du message islamique : raison plus foi telle est l’équation de la religion du prophète Mohamed (salut sur lui). Le reste n’est que tentative manipulatrice de déformation de l’histoire et de la réalité mais ça l’église catholique n’en est pas à une près.


Jeudi 12 Octobre 2006


Commentaires

1.Posté par Steve le 13/10/2006 03:44 | Alerter
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