Economie

Les perspectives du marché du travail


L'enseignement forme une énorme quantité de spécialistes pour lesquels la demande sur le marché est quasi inexistante. Alors que les employeurs se plaignent continuellement d'une "pénurie de gens compétents". De l'avis des experts, le déséquilibre persistera encore pendant 5 à 6 ans, en dépit des efforts louables entrepris par le gouvernement et le monde des affaires pour y remédier.


RIA Novosti
Mercredi 31 Janvier 2007



"Selon les prévisions, dans 5-6 ans le marché du travail connaîtra une pléthore de spécialistes en sciences humaines. Les jeunes juristes, économistes, financiers, psychologues, déjà en surnombre sur pratiquement tous les marchés régionaux, continueront d'affluer", indique Valeria Tchernetsova, analyste du Centre d'études du marché SuperJob.



L'agence internationale de recrutement Kelly Services fait état elle aussi d'un surplus de juristes sur le marché. En règle générale, une société employant de 300 à 600 personnes a besoin d'un ou deux juristes, pas plus. Par conséquent, la demande est assez faible.



Dans le secteur financier, la situation est différente, estime Kelly Services : la demande existe mais l'expérience de la plupart des jeunes diplômés ne correspond pas à celle qui est recherchée. "Dans le domaine des finances, il y a surtout pénurie de directeurs financiers bien au courant des IPO et de chefs comptables initiés aux systèmes ERP, maîtrisant l'anglais et les standards internationaux de la documentation comptable. Ces candidatures sont très peu nombreuses", affirme-t-on à Kelly Services.



Mikhaïl Frolkine, directeur partenaire de la société HeadHunter, opérant sur le marché Internet-recrutement, relève de son côté que les auditeurs "sont en passe de devenir les leaders absolus en matière de demande". "La raison principale en est l'extension rapide du marché russe des fusions-absorptions observée depuis plusieurs années. Etant donné que chaque transaction effectuée sur ce marché réclame un suivi d'audit, la demande de spécialistes sera élevée", estime-t-il.



Pour Valeria Tchernetsova, dans le secteur bancaire, les services de crédit financement seront eux aussi demandeurs dans les prochaines années.



D'ici 5 à 6 ans Kelly Services s'attend à une demande plus ou moins stable dans les secteurs ayant trait aux relations publiques, au marketing et à la publicité. L'analyste de SuperJob est du même avis et prévoit une demande stable dans la publicité et le marketing. Dans le même temps Valeria Tchernetsova n'exclut pas "à l'avenir un excédent de spécialistes dans ce domaine, comme cela s'est produit avec les juristes et les comptables". Mikhaïl Frolkine, lui, pense que dans cinq ans déjà, l'offre sera bien supérieure à la demande dans le marketing, la publicité et les relations publiques.



Les experts sont unanimes à penser qu'il faudra plus de 5 à 6 ans pour combler le manque d'ingénieurs qualifiés. Pour Valeria Tchernetsova, la question réside moins dans la formation d'un nombre insuffisant de spécialistes que dans le fait que les jeunes diplômés ne travaillent pas dans un domaine correspondant à leur spécialité. Le problème essentiel ici, c'est le stéréotype du travail "dépourvu de prestige" de l'ingénieur et la rémunération peu motivante. Selon des chiffres avancés par l'analyste de SuperJob, le salaire moyen d'un ingénieur chef de projet est de 60 000 roubles à Moscou (1 € = 35 roubles environ), de 20 000 roubles pour un ingénieur en protection du travail.



Naturellement, le niveau des salaires varie en fonction de la branche, de la région, de la société et de la qualification de l'ingénieur. Cependant, dans l'ensemble, on ne saurait dire qu'il est élevé. D'après RIA Novosti, le salaire moyen des employés du Groupe aéronautique de Novossibirsk Tchkalov a récemment été porté à un peu plus de 10 000 roubles. Un jeune ingénieur travaillant aux Avions civils Sukhoï touche de 6 à 7 000 roubles. La situation est similaire au Bureau d'études Sukhoï où le salaire des jeunes ingénieurs est inférieur à 10 000 roubles. Dans une interview récemment accordée à la revue Investissements directs, le directeur général de la Corporation Armements balistiques tactiques, Boris Obnossov, a admis que le salaire d'un spécialiste était en moyenne de 11 500 roubles mais qu'il pouvait dépasser les 25 000 roubles dans le haut de l'échelle. (A titre de comparaison disons qu'à Moscou le salaire moyen d'un conducteur de métro approche les 30 000 roubles).



Selon des personnes bien informées, les entreprises occidentales (automobile, aviation) proposent aux ingénieurs des salaires bien plus élevés. A Kelly Services, on dit qu'un ingénieur qualifié travaillant pour un constructeur automobile étranger touche entre 24 et 36 000 dollars par an. Selon des informations fournies par rian.ru, un ingénieur débutant embauché à Boeing Technical Research Center peut escompter 6 000 dollars par an s'il réussit à rester dans l'entreprise.



Ces salaires ne sont "élevés" que dans le cadre du standard russe : d'après CNET.News.com, en 2006 les émoluments annuels moyens des ingénieurs se montaient à 72 000 dollars en Europe, à 75 800 au Japon et à 103 900 aux Etats-Unis. On comprend donc que les sociétés occidentales soient enclines à recruter des ingénieurs russes, beaucoup moins "gourmands" question salaire. Par conséquent, malgré une hausse de la demande il ne faut pas s'attendre à une brusque augmentation des salaires.



Les analystes pronostiquent aussi une demande de managers, surtout dans le secteur vente. "La demande de managers vente est toujours élevée et il est fort peu probable qu'elle baisse dans les cinq années à venir. C'est vrai qu'ici l'expérience et les acquis en communication constitueront des atouts", dit Mikhaïl Frolkine.



Selon le directeur partenaire de la société HeadHunter, le marché du travail connaît toujours une pénurie de spécialistes IT. "Les établissements d'enseignement supérieur ne sont toujours pas en mesure de former le nombre requis de programmeurs, indique Mikhaïl Frolkine. Presque toutes les grandes sociétés IT ont ouvert des agences et des bureaux de développement en province de manière à "attirer dans leurs filets" les jeunes talents. D'après la société Head Hunter, les spécialistes les plus recherchés sont les programmeurs, les analystes, les WEB ingénieurs, les testeurs, les designers, les administrateurs de systèmes. Le marché des technologies de l'information est en pleine expansion, aussi la formation dans le secteur IT est-elle certainement l'une des plus prometteuses pour les jeunes d'aujourd'hui".



Kelly Services prévoit une hausse de la demande des spécialistes en ressources humaines. "Le vieillissement de la population et la diminution de ses effectifs auront très prochainement comme incidence une réduction physique du nombre de spécialistes sur le marché. Or, compte tenu du développement de la production, les besoins en main-d'oeuvre vont augmenter. D'où le rôle grandissant des spécialistes HR", fait-on remarquer à Kelly Services.



Mikhaïl Frolkine signale "la grande pénurie de candidatures dans le domaine de la médecine et de la pharmacie, surtout chez les managers de l'échelon supérieur". "Aussi les écoles de médecine vont-elles certainement ouvrir des facultés de "gestion" et les jeunes feraient bien d'y prêter attention", conseille-t-il.



Presque tous les experts évoquent le manque d'ouvriers qualifiés (électromécaniciens, opérateurs régleurs, électriciens, serruriers, mécaniciens, etc.). "Nous estimons que l'on ne parviendra pas à satisfaire la demande du marché du travail en ouvriers qualifiés parce que l'enseignement professionnel secondaire a perdu son poids et sa signification ainsi qu'en raison du vieillissement du personnel (dont l'âge moyen oscille aux alentours de 55 ans dans certaines régions). Il n'y a donc pas à miser sur une amélioration de la situation, relève Valeria Tchernetsova. Dans le même temps, pour les consultants de Kelly Services on observe quand même une certaine amélioration dans ce domaine. Beaucoup de grandes entreprises assurent désormais le patronage des centres de formation professionnelle laissés à l'abandon, elles y introduisent leurs programmes d'enseignement, accordent des subventions, ce qui leur permet de préparer une relève.



On peut dire, pour conclure, que dans le contexte du maintien de l'écart entre le marché du travail et l'enseignement, les jeunes (ou leurs parents) vont devoir longtemps encore manifester d'immenses aptitudes analytiques pour se faire une idée juste des perspectives de l'économie russe en général et du marché du travail en particulier. Cependant, on ne saurait passer sous silence que toutes les branches et toutes les entreprises sont preneuses de gens talentueux et consciencieux, désireux tout à la fois de gagner de l'argent et de travailler.




Mercredi 31 Janvier 2007

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