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Les péchés d'Hugo Chavez


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MICHEL COLLON
Mardi 24 Novembre 2009

Les péchés d'Hugo Chavez
En Amérique latine, presqu’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Au Venezuela, un homme affirme qu’on peut y mettre fin. Certains l’accusent de tous les péchés : ‘populiste’, ‘dictateur’… Michel Collon vient de publier Les 7 péchés d’Hugo Chavez et il montre pourquoi cette expérience nous concerne.  

Interview: Petya Micheroux


 

Le président vénézuélien Hugo Chavez est-il populiste ?
    Michel Collon. La grande tarte à la crème ! Dès que quelqu'un dérange, les médias lui collent une étiquette. Qui a pour fonction d'empêcher les gens de réfléchir aux problèmes, aux conflits entre des intérêts qui s'affrontent. C’est quoi, un « populiste » ? Quelqu'un qui flatte le peuple, en lui faisant des promesses qu'il ne peut tenir. Selon moi, cette définition vaut pour Sarkozy et les autres dirigeants européens : ils font des promesses en sachant qu’ils ne les tiendront pas.

Et Chavez aurait tenu ses promesses ?
    Michel Collon. Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1999, deux Vénézuéliens sur trois n'avaient jamais vu un médecin de leur vie. Depuis, « Chavez le populiste » a mis en place avec l'aide de médecins cubains des maisons médicales, non seulement dans les quartiers pauvres de Caracas, mais aussi dans les campagnes et les régions les plus reculées des Andes ou de l’Amazonie. Il a aussi alphabétisé, en moins de deux ans, un million et demi de personnes. Le budget de l’éducation est passé de 3% à 9%. On a réussi à remettre aux études des gens qui avaient dû les interrompre à cause de la pauvreté. Aucun de ses prédécesseurs n'avait fait ça. A mon avis, beaucoup de peuples dans le monde aimeraient avoir de tels dirigeants populistes.
    Avant, l’argent du pétrole servait à enrichir les multinationales. Aujourd’hui, il sert à éliminer la pauvreté. Pour les riches, Chavez est donc le diable, couvert de péchés. Pour les pauvres, il incarne l’espoir.

Mais certains lui reprochent d'être trop lent, trop conciliant, de ne pas s'attaquer à la propriété capitaliste...
    Michel Collon. Méfions-nous des « Y a qu'à ». Pour eux, tout est facile. Y a qu'à faire ceci, y a qu'à faire cela. Chavez n'a qu'à exproprier tous les capitalistes et créer un État ouvrier, exporter la révolution dans toute l’Amérique latine, et bla bla bla. Mais le Venezuela ne compte presque pas d'ouvriers, sur quelle base reposerait un « État ouvrier » ?
Non, le problème clé, celui qui bloque le développement de pays comme le Venezuela, c'est la dépendance envers les multinationales. Celles-ci déversent leurs produits subventionnés, contrôlent les politiciens et l’armée, pillent les matières premières et toutes les richesses, maintiennent les salaires au plancher et tout ça bloque le développement du tiers monde. Or, beaucoup de classes et couches sociales du tiers monde ont intérêt à ce que leur pays se libère de l’emprise des multinationales US ou européennes, et pas seulement, les classes travailleuses. Il y a donc intérêt à s’allier avec elles ou à les ménager.
Réussir cette première étape n'est pas évident. Contrairement à ces « révolutionnaires en chambre », Chavez a la responsabilité de remplir les assiettes des gens. Eliminer une forme d'économie - où il y a effectivement une exploitation capitaliste, c’est vrai - quand on n'a encore rien pour la remplacer, c’est laisser les gens crever de faim et évidemment se détourner de la révolution. Une révolution ne peut avancer ni trop vite, ni trop lentement. Il faut, au stade actuel, cibler les multinationales et ménager les autres. On ne fait pas une révolution en partant des souhaits des révolutionnaires mais en tenant compte de la situation objective, du rapport des forces et des possibilités des gens.

Votre livre aborde en fait tout le rapport Nord-Sud à l'échelle du continent américain. Vous parlez du Nord comme de « l'aspirateur des richesses ». Que voulez-vous dire ?
    Michel Collon. Nous, gens du Nord (Europe et Etats-Unis), devons absolument prendre conscience du mécanisme qui explique cet écart entre le Nord riche et le Sud pauvre (même si, tout le monde n'est pas riche au Nord où les écarts s'aggravent aussi). La question est : sur le dos de qui les riches du Nord ont-ils construit leurs fortunes ? Je le rappelle dans le livre, sur base de quelques études historiques : l'Europe est devenue riche en pillant l’or et l’argent de l’Amérique latine, en massacrant les Indiens et en arrachant à l’Afrique dix millions de Noirs, transformés en esclaves et en chair à profits.



Mais le colonialisme a pris fin, non ?
    Michel Collon. En réalité, non. Aujourd'hui, les mêmes mécanismes d'aspiration des richesses restent à l'œuvre, mais de manière beaucoup plus subtile et voilée, comme je l’explique dans le chapitre intitulé « les sept fléaux de l'Amérique latine ».
Premièrement, le pillage des matières premières. Pétrole et gaz bien sûr, mais aussi eau et biodiversité, enjeux stratégiques du 21ème siècle. Deuxièmement, le pillage de la main d'œuvre dans des usines de sous-traitance. Véritables bagnes où les syndicats sont interdits. Troisièmement, l’assassinat de l’agriculture. Les multinationales d’agrobusiness du Nord déversent leurs produits subventionnés en Amérique latine et en Afrique, ruinent les paysans locaux, les obligeant à quitter la terre et à s'amasser autour des villes.
Le quatrième fléau, c’est l’élite dirigeante des pays du Sud. Une bourgeoisie locale vendue aux intérêts étrangers et travaillant pour le compte des multinationales. Cinquième fléau : la dette. Les banques du Nord et la Banque Mondiale contrôlée par les pays riches maintiennent le chantage d’une dette déjà largement remboursée en fait. Sixième fléau : en vingt ans, les États-Unis et l'Europe ont obligé à privatiser un millier d'entreprises publiques en Amérique latine, transférant ainsi la richesse et le pouvoir économique vers le Nord. Septième fléau : le vol des cerveaux. Scientifiques, techniciens qualifiés et médecins. Le Sud dépense pour les former, mais le Nord les détourne. Voilà, l’ensemble de ces sept fléaux montre que le colonialisme et le pillage n’ont pas disparu.

Chavez réalise des choses impressionnantes. D’autres ne le font pas. Pourquoi ?
    Michel Collon. 80 années de richesse pétrolière du Venezuela ont produit un écart énorme entre riches et pauvres. Ce que Chavez a fait, c’est changer la règle du jeu. Il a récupéré l’argent du pétrole en faisant payer – enfin - les multinationales et en reprenant le contrôle de la société publique qui gérait le pétrole. Les bénéfices sont enfin versés dans le budget de l’État, permettant de s'attaquer sérieusement au problème de la pauvreté. Quand on voit la misère qui règne en Afrique et au Moyen-Orient, à côté de fortunes colossales, on se dit qu’il faudrait y exporter Chavez. Ou plutôt s’en inspirer.

D’où la colère des États-Unis ?
    Michel Collon. Comme disait Chomsky, « peu importe où le pétrole est situé dans le monde, les États-Unis considèrent que la géographie se trompe et qu'il est situé aux États-Unis ». Chavez a refusé cette logique.

Quelles menaces font peser les Etats-Unis sur le Venezuela ?
    Michel Collon. Trois. 1. Le financement par la CIA, à coups de centaines de millions de dollars, d’une opposition putschiste, doublée de campagnes de désinformation qu’on retrouve dans nos médias. 2. La construction de sept nouvelles bases militaires US en territoire colombien. Comme par hasard, les bases US sont toujours juste à côté des ressources naturelles stratégiques, et pour encercler les pays rebelles : Venezuela, Bolivie, Équateur, voire Brésil. 3. Washington a réactivé la 4ème flotte qui « surveille » l’Amérique latine. Utilisée contre l’Allemagne en 40-45, supprimée lorsque le continent a été jugé « sous contrôle », et aujourd’hui réactivée en plaçant à sa tête un amiral qui a fait sa carrière dans les « Forces Spéciales » (spécialisées dans les débarquements et coups d’Etat).

Votre livre analyse aussi les erreurs et les faiblesses de Chavez. Quelles sont-elles ?
    Michel Collon. Le Venezuela n'est ni l'enfer décrit par nos médias, ni le paradis. Les problèmes restent énormes. Surtout la bureaucratie. Celle héritée de l'ancien régime et qui sabote à qui mieux mieux. Mais aussi les nouveaux arrivistes. Et une corruption, qui n'est évidemment pas propre au Venezuela, mais si Chavez ne parvient pas à résoudre ce problème, la révolution perdra la confiance des gens et échouera, c'est clair. Un proche de Chavez m'a confié que 60 % des réformes décidées par lui ne sont pas appliquées. Ca donne la mesure du drame de la bureaucratie et de la corruption.

Le Venezuela, c’est loin. En quoi votre livre peut-il intéresser le lecteur belge ?

    Michel Collon. En Europe, les victoires sont rares ces temps-ci. On rencontre beaucoup de pessimisme, de fatalisme. Par contre, l’Amérique latine nous apporte un message d'espoir. Chavez, Evo Morales et tous ces Latinos affrontent en fait les mêmes problèmes que nous : pauvreté, néolibéralisme, destruction des acquis sociaux et des services publics, pillage du travail et des ressources... Et ils arrivent à renverser la vapeur ! Non seulement ils résistent, mais ils obtiennent même des victoires, des avancées sociales pour la population.

Le Venezuela nous montre qu'un autre monde est possible ?
    Michel Collon. On dira évidemment que la Belgique ou la France n'ont pas de pétrole, mais l'essentiel n'est pas là. Au fond, il y a plus important que le pétrole. Le « péché » le plus important de Chavez, c’est d'avoir rendu sa place au peuple. De lui avoir donné conscience qu'il est possible de prendre son destin en main. Et ça nous concerne aussi, car nous aussi on a cet écart riches-pauvres, ce pillage des fruits du travail.
Chavez et les Vénézuéliens nous montrent que d'un côté, il y a l’argent, et de l'autre côté, il y a les gens. Le plus important, ce sont les gens : ils sont l'immense majorité, ayant au fond les mêmes intérêts. Incompatibles avec ceux des multinationales.

Source: Solidaire
http://www.michelcollon.info/


Mercredi 25 Novembre 2009


Commentaires

1.Posté par Brigitte le 24/11/2009 15:41 | Alerter
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Vénézuela, Bolivie, Iran, Brésil sont des pays qui nous montrent qu'un autre monde est possible, une alternative aux multinationales qui pillent tout, même ceux qui travaillent pour elles. Alors peuple d'Occident, quand allez-vous vous réveiller ?

2.Posté par sharaf le 24/11/2009 16:31 | Alerter
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Pour l'Occident tout entier, voici cette réponse proposée dès 1927, par René Guénon dans:
-La Crise du monde moderne- chez gallimard 1947 Paris :
" Cet ouvrage est le plus important de tous ceux qui traitent de l'homme la crise.
L'auteur montre les causes profondes, qui ont amené le monde moderne dans les difficultés de toutes sortes dont il est incapable de sortir : individualisme intellectuel, matérialisme, subordination de la connaissance à l'action, suprématie du temporel sur le spirituel.
S'il dénonce le mal, René Guénon montre aussi le remède : avant toutes choses, il faut provoquer un redressement intellectuel qui aura ensuite sa répercussion dans tous les domaines de l'activité humaine. Ce redressement ne peut être obtenu que par un retour à l'esprit traditionnel qui, jusqu'aux temps modernes,a constitué la base et l'armature de toutes les civilisations.
Il est urgent qu'une «élite» véritable se reconstitue en Occident pour travailler à ce « Grand Œuvre » ; ce livre permet d'entrevoir comment on pourrait y parvenir. "
-Guénon n'était pas " F.M " , ce sont certains F.maçons qui sont Guénoniens ... ,ou se réclamants de sa pensée Traditionnelle Akbariènne* ,et puis après tout, c'est la carafe qui sert les verres et non pas le contraire comme le croient certains de nos frères en Dieu et ses prophètes .
--------------------
* http://avecreneguenon.com/
-Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon de Charles-André Gilis 1986 paris .

3.Posté par rp le 24/11/2009 19:19 | Alerter
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Oui je crois que Chavez devrait beaucoup se méfier des arrivistes.
En France en 81 on l'a bien vu tous ces gens avide, cyniques, autoritaires, qui avaient habilement parié pour le PS pour se placer au bon moment et ramasser les places à l'assiette au beurre ! on les a vu arriver dans tous les postes de direction de la haute fonction publique, mais bien sûr ils n'avaient rien de "socialistes", ce n'étaient que des arrivistes aŭ dents longues, qui avaient parié pour le bon ĉeval, et fondaient sur leur proie, et n'ont pas tardé à montrer leur vrai visage.
Et alors ! quand le PS a viré sa veste en faveur du capitalisme revanchard, ils n'ont eu aucun mal à devenir les Seides du grand capital !

4.Posté par TheTruth le 25/11/2009 20:11 | Alerter
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Le monde dans lequel on vit est tellementy corrompu que, fait exceptionnel, dès qu'un chef d'Etat sert vraiment le peuple et non l'interet des élites et du systeme, on a l'impression que c'est limite un messie, aussi incompétent puisse-t-il etre (je ne dis pas qu'Hugo Chavez est incompétent, mais meme s'il l'etait on aurait l'impression d'un mieux enorme).

Y'a-t-il une nation ou les politiques font ce qu'ils sont censé faire, cad servir leur peuple?

?????
?????


peut etre le Venezuela et l'Iran, et encore, il ne faut pas croire que leurs presidents sont des surhommes et ont le pouvoir absolu, ils doivent tout de meme se battre contre un systeme international hostile et a la corruption interne de leur pays.

Le monde est en très mauvais état.

5.Posté par Arthur Gohin le 25/11/2009 20:44 | Alerter
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Je pense du bien d'Hugo Chavez, mais la phrase
"l'Europe est devenue riche en pillant l’or et l’argent de l’Amérique latine, en massacrant les Indiens et en arrachant à l’Afrique dix millions de Noirs, transformés en esclaves et en chair à profits.'"
Est un cliche.
A titre d'exemple, au moment de la decolonisation en France, on s'est 'apercu' que nos colonies nous coutaient plus qu'elles ne nous rapportaient. La France il est vrai a ete beaucoup moins cynique que l'Angletterre, mais tout de meme.

6.Posté par TheTruth le 26/11/2009 08:46 | Alerter
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@Arthur Gohin
je me permets de ne pas etre d'accord. C'est bien le mensonge de tous les pays colonialiste de dire que la colonie leur a fait plus de mal que de bien.....looool, alors pourquoi ils y vont? soyons serieux voyons!!!!

Je peux te parier ce que tu veux que si les USA existent encore dans quelques décennies, ils diront que l'Irak leur a causé plus de perte que de profit, c toujours le meme langage, c bien connu les pays colonialistes colonisent les pays et massacrent leur peuple pour les éduquer et pour leur donner de l'argent.

Je pense qu'Hugo Chavez a raison, l'Europe a pillé l'afrique, l'amérique latine et meme l'amérique du nord avant qu'il ne se rebelle et roulent pour leur compte (pseudo rebellion, disant qu'ils roulent toujours secretement pour les britanniques)

7.Posté par KENT le 01/12/2009 10:33 | Alerter
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Ils ont pillé les pays pauvres pour leurs richesses, les manipulent et les souillent, et après ils viennent se plaindre que les immigrés de ces mêmes pays viennent en Europe...

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