Politique Nationale/Internationale

Les parties se préparent à un sommet 'commode' en Allemagne


Il est d'ores et déjà possible de pressentir plus ou moins clairement l'atmosphère qui devrait régner à la réunion du G8 : la visite de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice à Moscou a donné à entendre que Washington n'indisposerait pas Moscou par des problèmes compliqués, les consultations de Samara entre le président Poutine et les leaders de l'Union européenne n'ont pas révélé de problèmes fondamentalement nouveaux, ni de concessions d'ailleurs. Toutes les parties se sont habituées à la crise qui a surgi et une certaine pause est commode pour tout le monde.


Alexandre Karavaev
Mercredi 23 Mai 2007

Alexandre Karavaev, centre d'information et d'analyse près l'Université de Moscou



Nombre des questions qui étaient à l'ordre du jour de la visite à Moscou de Condoleezza Rice ont coïncidé avec celles du sommet Russie-UE de Samara. Mais le dialogue russo-américain est plus global et recouvre en quelque sorte la problématique strictement européenne. Les questions du futur statut du Kosovo, de la sécurité stratégique revêtent une importance exclusive pour l'Europe d'une manière générale mais leur clef est entre les mains de Moscou et de Washington. Le volet européen a ses particularités. Le programme "court" des rencontres de Samara comportait les questions de ces derniers mois : la viande polonaise (produits carnés de pays tiers exportés en Russie via la Pologne), l'aggravation des relations avec l'Estonie (histoire du monument au Soldat soviétique et, en rétorsion, le blocus en Russie des producteurs et des transporteurs estoniens), les griefs du gouvernement lituanien concernant les restrictions des livraisons de pétrole de la raffinerie de Majeikiu. Ce bloc de questions semble économique mais sa politisation colossale est une évidence : les pays susmentionnés torpillent le sommet et les négociations. Il ne faut pas oublier, en outre, l'ensemble des questions relatives à la "concertation sur le long terme" : la stratégie énergétique, l'accès au système russe des transports pour les producteurs de matières premières de pays tiers, les tarifs du transit aérien et, enfin, la concertation générale sur les quatre espaces qui devrait, en théorie, se traduire tôt ou tard par un nouvel Accord de partenariat et de coopération, dont la signature est indispensable du fait que l'accord actuellement en vigueur arrive à expiration à la fin de cette année.

Le paradoxe est manifeste. D'un côté, les rencontres de ces dix dernières années se sont rarement déroulées dans un contexte de "refroidissement" général aussi difficile entre la Russie et l'Occident. D'un autre côté, les leaders ont décidé de ne pas se focaliser là-dessus, le conflit est constaté, c'est là le point de compréhension mutuelle et d'équilibre qui permet de faire une pause sans envenimer la situation. Condoleezza Rice a même demandé au Kremlin de faire retomber la pression des antiaméricains et elle a obtenu une réponse tout à fait encourageante. Personne, il est vrai, ne garantit que les milieux anti-Bush au Congrès, n'écriront pas le mois prochain un article très virulent qui portera un coup aux relations russo-américaines ou que les brain-trusts républicains ne voudront pas "faire un tour" du côté de la Russie de Poutine.

Si l'on examine la politique extérieure américaine sous l'angle des mérites personnels de ses dirigeants, on peut dresser le bilan suivant : George Bush porte la responsabilité des catastrophes et des guerres. Pour le reste, à porter au compte "positif", il partage les succès avec Condoleezza Rice. On peut donc dire, en extrapolant un peu, que ce qui n'est pas en train de s'effondrer est à porter aux mérites de la secrétaire d'Etat. Concernant les relations russo-américaines, il est vrai, un des acquis revient exclusivement à George Bush : ses bonnes dispositions personnelles à l'égard de Vladimir Poutine éteignent nombre de conflits. Concernant Condoleezza Rice elle-même, elle va devoir rapidement faire un choix : devenir une figure politique indépendante avec de grandes chances d'être élue à la présidence après 2012 ou demeurer éternellement dévouée à George Bush et à sa famille. En ce cas, elle quittera l'arène politique en même temps que l'administration actuelle et emportera avec elle une partie des points négatifs. Si elle se tourne vers l'avenir, elle devra démissionner dans un délai de six mois à un an. C'est pourquoi il faut considérer Condoleezza Rice comme une figure politique susceptible d'influer de façon cardinale sur les futures relations russo-américaines.

On imagine le rapport des forces au prochain G8. George Bush est pratiquement le seul, en Occident, à faire encore partie du cercle des plus ou moins amis. Une compréhension mutuelle s'était installée au début entre Tony Blair et Vladimir Poutine, mais il faut constater aujourd'hui la divergence totale des politiques extérieures russe et britannique.

Angela Merkel n'a pas, elle non plus, justifié l'espoir de rééditer la compréhension mutuelle qui existait avec Gerhard Schröder. La position de Nicolas Sarkozy n'est pas compréhensible jusqu'au bout mais il est clair qu'il n'y aura plus maintenant de divergences aussi aiguës entre Paris et Washington qu'au moment de l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis. Mais, vu de Washington, le vecteur de la politique européenne n'est pas très rassurant, de nombreux problèmes restent entiers dans les relations entre les Etats-Unis et l'Union européenne. Dans ce cadre, seuls sont prévisibles les deux "amis jurés", les divergences traditionnelles entre Washington et Moscou. Il n'y a rien ici de nouveau, la stabilité du face-à-face stratégique est confortable pour tous, la seule différence avec les années 70 étant les nouvelles conditions de l'interdépendance globale.

Pour le Kremlin, George Bush est un président plutôt commode et, d'une certain manière, la Russie a eu de la chance d'avoir ce président américain. La Maison Blanche a contenu le mur des critiques antirusses et cela deviendra manifeste en 2009, avec la nouvelle administration.

Ainsi, à la veille du G8, on peut dire que Moscou et Washington se sont entendus pour ne pas envenimer la situation avant le départ de l'administration Bush et la série d'élections en Russie. On peut être sûr que le sommet du G8 se déroulera à la satisfaction réciproque de la Russie et des Etats-Unis.

RIA Novosti


Mercredi 23 Mai 2007

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires