Société

Les musulmans de France et le débat sur la Turquie


le débat sur la turquie l'europe et l'islam c'est un peu le serpent de mer de l'aveuglement politique européen. Pour des raisons strictement démographiques, à l'heure qu'il est l'europe devrait déjà avoir absorbé tous les pays de la rive sud de la médittérannée. Mais elle préfère tergiverser. La civilisation du sud de la médittérannée n''est pas assez catholique peut être.


jeansantere@gmail.com
Samedi 6 Janvier 2007

Les musulmans de France et le débat sur la Turquie
Les musulmans de France et le débat sur la Turquie

A mesure qu’est médiatisée la question de l’entrée de la Turquie en Europe, ses enjeux et ses conséquences ont-ils été bien mesurés ? Il ne s’agit pas seulement de savoir si l’homme malade de l’Europe est européen ou si cette entrée bouleverserait les équilibres parlementaires, économiques ou démographiques de la communauté européenne. La question qui se pose est aussi celle de l’intégration des citoyens français de confession musulmane.



Nombreux sont en effet ceux qui ne s’arment de l’argument économique contre la Turquie que pour reconnaître mezza voce que le seul problème est la dilution de l’identité judéo-chrétienne de l’Europe dans ce nouvel ensemble que constituerait une Europe comprenant la Turquie. Cette prise de position traditionnelle et traditionnaliste n’est pas illégitime. Pour autant le véritable problème est que cet argument ne s’expose pas comme tel et ce faisant ne fait pas l’objet d’un réel débat.


S’agissant de la Turquie, il convient tout d’abord de rappeler quelques faits. C’est bien parce que l’Europe ne voyait pas d’un bon œil le rôle des institutions militaires dans la gestion gouvernementale que ce pays, passé du sultanat à la dictature militaire laïque, a pu découvrir les vertus d’un débat pluriel qui autorise l’expression non turque (kurde par exemple ) non laïque (musulmane entre autres) et non militaire (c’est à dire civile). Le vent de liberté qu’a fait souffler l’Europe sur ce pays, il équivaut à une perestroïka, a eu des conséquences pour le moins paradoxales : d’une part, il a permis aux courants islamiques-conservateurs de la société d’arriver au pouvoir, mais par une voie légaliste et dans le respect de l’état de droit ; d’autre part il a réfréné le développement de mouvements islamistes radicaux et révolutionnaires à l’image de ceux qui ont ensanglanté l’Algérie.



Mais à la limite, cette question est, à moins d’être turc, subsidiaire. Que la Turquie entre ou non dans l’Europe est une question de temps et de pertinence géopolitique. L’Europe qui ces dernières années absorbe des pays entiers au pas de charge, ne cessera jamais de se poser la question de l’intégration de la Turquie. L’autre choix étant de se transformer en forteresse suisse, luxe que ne peuvent s’offrir que des pays dont l’horizon politique est le canton.
Le véritable problème, en France, est qu’on désigne la Turquie islamique (et non islamiste) comme l’ennemi extérieur dont il faut prévenir l’invasion, honnie donc parce que musulmane. On établit ainsi une confusion des genres qui, elle, est bel et bien porteuse de germes de dissensions sociales. Parce que se pose ainsi la question du ressenti des populations musulmanes en France, manifestement désignées comme une cinquième colonne.


Il faut en effet oser imaginer, par l’un de ces effets d’empathie auquel en appelle le Christ comme le dieu cartésien, la condition des citoyens de confession musulmane lorsqu’ils se perçoivent stigmatisés dans la composante religieuse d’une identité qui ne se dissocie pas, comme c’est le cas pour leurs concitoyens chrétiens, bouddhistes ou juifs, de leur être civique, moral ou professionnel. Comment ne pas se sentir concerné lorsqu’on voit que l’autre est rejeté avant tout parce qu’il partage la même religion que soi. A-t-on rejeté l’Angleterre parce qu’elle est peuplée d’anglicans et la Grèce à cause de ses populations orthodoxes ? Que doivent penser alors ces quatre à cinq millions de citoyens français de confession musulmane (un chiffre jamais précis mais condamné à augmenter) d’un rejet de la Turquie fondé non pas sur un jugement rationnel et un tant soi peu objectif mais sur une dialectique idéologique et menaçante par définition ?


On dira que cela n’a rien à voir parce que dans ces deux cas existe un substrat culturel commun. Effectivement. Mais alors, de quel statut disposent les populations musulmanes dans ce pays ? attend-on encore d’elles qu’elles plient bagage et qu’elles retournent dans des contrées d’origine qu’elles ne comprennent pas plus qu’elles n’y sont comprises ? envisage-t-on de les déconfessionnaliser ? projet qui par retour de bâton ne peut que susciter des réactions à la mesure de sa radicalité.


Les débat sur le voile et la laïcité menés dernièrement, avec leurs débordements, avaient tout de même la grande qualité de poser les vrais problèmes. Celui de la visibilité de plus en plus importante et parfois excessive des citoyens français de confession musulmane. Celui de leur intégration dans la communauté des citoyens. Face à une population dont certains éléments retournent la stigmatisation sociale dont ils pensent être l’objet comme un emblème de leur différence inconciliable, ce débat, paradoxalement, normalisait la question de la présence des musulmans en terre de France. Il rappelait les règles du jeu dans ce pays, quitte pour cela à raviver de vieilles blessures héritières de l’anticléricalisme de la troisième république. En ce sens il était courageux.


La communauté musulmane en France y a gagné l’expression d’un droit de cité en même temps que celles des devoirs qui lui incombent. Mais à oublier que ce débat doit être mené de manière continue et non à l’occasion de crises, on perd les bénéfices du travail pédagogique qui a été mené à cette occasion. Le communautarisme s’alimente de toutes les formes d’exclusion, y compris de l’islamophobie qui s’exprime dans le débat sur la Turquie. Et des citoyens qui se sentent rejetés ont pour réaction naturelle de se retrancher dans des communautés, comme derrière des murailles de verre qui ont pour seule vertu de distordre leur perception de la réalité .


Or il ne faut pas s’y tromper : l’identité franco-islamique de ces citoyens est encore en gestation. “ Qu'Allah bénisse la France ” écrivait il y a quelque temps un jeune chanteur de rap. Elle ne deviendra “ active et aiguë ”, pour reprendre des termes d’Immanuel Wallerstein que si “ la structure étatique existante [se voit] délégitimée comme incapable de garantir un niveau minimum de fair-play ” ou d’égalité. “ Respect ” et “ Haine ” est un couple de mots fétiches dans les banlieues.


Bien sûr, nul ne réclame de restreindre l’expression libre des opinions. l’islamophobie qui s’exprime régulièrement à l’occasion de chaque débat (la nature et les objectifs du débat n’ont jamais eu d’importance) en est une et elle a ses droits qu’il serait vain de contester. A choisir je préfère une islamophobie affichée claire et nette à un antisémitisme discret sournois et rampant (lequel il est vrai est tout de même une conquête puisqu’il a fallu la shoah pour en arriver là). Tout au plus peut-on reprocher à cet antislam (une bête à deux jambes deux yeux et une langue de bouc qui abhore la poésie), dans la mesure où il ne s’affirme pas clairement et explicitement comme tel, de refuser ce faisant un dialogue qui seul serait constructif. Pour seulement, après, pouvoir en faire appel à la responsabilité du politique (et éventuellement commencer les expulsions).



Jean Santerre


Dimanche 7 Janvier 2007

Politique française | Société

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