Politique Nationale/Internationale

Les multiples tâches de la protection de l’environnement au Venezuela


C’est surprenant : derrière le bureau de Jacqueline Faria, ministre de l’Environnement du Venezuela, se trouve une boîte blanche avec le logo du MARN (ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles). Sur le dessus, deux mots : solo papel, papier seulement. Cela doit être une des rares boîtes de recyclage au Venezuela, un pays riche en nature et en biodiversité, mais où aussi l’environnement est sous pression. Comment l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde peut-il combiner l’extraction des ressources naturelles avec un développement durable ? Le processus bolivarien est-il durable par sa propre nature ? Venezuelanalysis a parlé avec la responsable, la ministre Jacqueline Faria. Cette puissante femme est en fonction depuis janvier de cette année. Auparavant, elle était directrice de l’Entreprise municipale de l’eau à Caracas, Hidrocapital. Il n’est donc pas étonnant que l’eau soit une des priorités pour Madame Faria.


Vendredi 23 Décembre 2005

Les multiples tâches de la protection de l’environnement au Venezuela


Au Venezuela, combien d’habitants reçoivent de l’eau courante potable chaque jour ?

D’abord, j’aimerais dire que l’eau potable est la source essentielle de la vie pour nous tous. Au Venezuela, nous traitons 100 000 litres d’eau chaque seconde, afin de fournir de l’eau potable aux 26 millions d’habitants de ce pays. Dans les villes, jusqu’à maintenant, 94% des habitants reçoivent de l’eau courante potable. Dans les campagnes, ce pourcentage s’élève à 78. Avec ces chiffres, nous avons déjà atteint les objectifs du millénaire [en cette matière] fixés par les Nations Unies pour 2015. Sous le gouvernement bolivarien, le Venezuela a augmenté le nombre de personnes ayant accès à l’eau courante potable de 3,5 millions. Nous avons réussi à en faire autant grâce aux mesas tecnicas [des comités communautaires qui négocient avec l’entreprise de l’eau][ [1], auxquelles ont participé les habitants eux-mêmes de ce pays. Ils savent où l’eau est le plus nécessaire. Dans les cinq dernières années, nous avons construit 150 usines de traitement des eaux.

Le traitement des eaux usées a été un domaine longtemps négligé, même si l’eau traitée est très importante du point de vue de la santé. Nous avons augmenté le pourcentage d’eaux d’égout traitées de 12 à 21%. Notre but est d’arriver à 40% dans les cinq années à venir. Sur l’île de Margarita, une région très importante pour le tourisme, nous sommes en train de construire une usine de traitement des eaux à El Tirano. Une fois terminée, 100% de l’eau de l’île sera traitée. Dans la région de Barcelona, une telle usine de traitement des eaux fait encore défaut. Nous allons commencer à la construire l’année prochaine. Afin que l’eau potable soit accessible pour tous les citoyens, nous mettons en place un plan d’investissement pour une période de six ans. Cette année, nous allons investir quelque 500 millions de dollars dans des usines de traitement des eaux. Dans les cinq années à venir, cette somme passera à 600 millions par an.

Est-ce que le Venezuela souffre d’une pénurie d’eau ?

Nous avons eu trois années très sèches, ce qui veut dire que nous avons du rationner l’utilisation de l’eau dans certaines régions du pays durant les dernières années. C’est pour cela que nous voulons, en tant que ministère, rendre nos citoyens plus conscients de la nécessité d’économiser de l’eau. Pour cela, nous utilisons les mesas tecnicas. Là, conjointement avec les compagnies de l’eau, en tant que ministère nous avons expliqué à nos concitoyens que l’eau ne vient pas tout simplement du robinet quand on l’ouvre. Nous avons expliqué à nos concitoyens que l’eau parcourt un long chemin avant d’arriver chez eux. C’est aussi une raison pour laquelle nous devrions penser à l’adaptation des prix de l’eau. Actuellement, l’eau coûte 700 Bolivares [0,26 euro] pour 1 000 litres, ce qui n’est pas cher du tout. Nous voulons adapter les prix, car une chose qui a de la valeur pour nous devrait avoir son juste prix.

Ce n’est un secret pour personne qu’il y a beaucoup d’exploitations minières illégales au Venezuela. Que fait le gouvernement pour lutter contre cela ?

En fait, le Conseil des ministres considère aussi l’exploitation minière illégale comme un des problèmes les plus sérieux dans ce pays. Nous avons eu cinq discussions au sein du conseil à ce sujet, sur l’exploitation minière de l’or et du diamant. Nous avons élaboré un plan de travail. Nous voulons inspecter toute l’exploitation minière dans l’Etat de Bolivar, et nous voulons interdire toute exploitation minière dans l’Etat d’Amazonas. Dans l’Etat de Bolivar, le président Chávez a déjà ordonné au Théâtre d’opérations n°5, [un groupe spécialisé de l’armée] d’agir contre toute l’exploitation minière illégale le long du fleuve Caroni, et cette opération est très réussie. Plus de cent mines y ont déjà été fermées. Cela est nécessaire, car une grande partie de l’exploitation minière illégale pollue les rivières. Dans beaucoup de mines illégales, il y a des bassins remplis d’eaux polluées avec du mercure et du cyanure, produits hautement toxiques.

Dans l’état de Bolivar, nous voulons que l’entreprise d’état Minerven produise en respectant notre législation environnementale. L’exploitation minière doit se faire de manière durable.
(GIF)

De quelle façon exactement voulez-vous combattre les activités minières illégales ?

Premièrement, dans les mines qui ont déjà été fermées par le Théâtre d’opération n°5, nous devons nettoyer les bassins d’eaux polluées et nous devons replanter dans les zones déboisées. Deuxièmement, nous devons davantage prendre en compte les conditions de vie des mineurs. Ils vivent souvent dans de très mauvaises conditions ; le travail de mineur est très mauvais pour la santé. Beaucoup vivent sous un morceau de plastic ; ils n’ont même pas une vraie maison. Il n’y a pas de magasins ou de services de santé dans les régions où ils habitent, donc tout est très cher. Il y a plus de 10 000 personnes qui vivent dans de telles conditions. Nous voulons leur apporter nos misiones, nos programmes sociaux. Et nous voulons leur offrir des sources alternatives de revenus, dans le tourisme par exemple.

Une autre région où il y a de l’exploitation minière est la Sierra de Perijá, dans l’état de Zulia. Il y a eu beaucoup de controverses sur l’exploitation de charbon dans cette zone. Des indigènes sont même venus à Caracas pour protester contre l’exploitation minière. Allez-vous l’interdire dans cette zone ?

Le ministère de l’Environnement ne décide pas en la matière. C’est le ministère des Mines qui émet les concessions minières. Ce que nous faisons, c’est diminuer les dégâts environnementaux causés par les mines. Pour le moment, à Guasare il y a deux mines en activité. Selon nous, ce serait mieux si ces deux mines continuaient à produire, de façon à pouvoir utiliser efficacement leur capacité de production. Par contre, d’autres mines qui devaient être ouvertes ultérieurement ne le seront pas.

Certains médias disent qu’un nouveau port, Puerto America, est planifié sur le côté ouest du Lac Maracaibo, de façon à exporter le charbon de cette région. Est-ce que c’est vrai ?

Nous avons entendu parler de cette histoire aussi, mais personne n’a fait officiellement auprès de nous de demande pour la construction d’un tel port. Nous construisons cependant un port à l’extérieur du Lac Maracaibo, parce que le port actuel, à l’intérieur du lac, qui est utilisé par des pétroliers, cause beaucoup de pollution.

Une des plus grandes menaces environnementales au niveau mondial est le changement climatique. Votre ministère de l’Environnement a récemment publié le Premier communiqué national sur le changement climatique au Venezuela. Quelles mesures planifiez-vous afin de combattre le changement climatique ?

Le Venezuela est au niveau mondial un des plus grands producteurs de pétrole. Bien que nous émettions seulement 0,48% des gaz à effet de serre dans le monde, nous voulons aussi contribuer à la réduction de ces gaz. C’est pourquoi nous sommes en train de construire un certain nombre d’usines de canne à sucre, où nous produirons de l’éthanol qui peut être utilisé comme un additif pour l’essence. Nous voulons aussi éliminer progressivement l’essence au plomb.

Nous voulons aussi contribuer au reboisement de grandes parties de terres déboisées. Les arbres peuvent capturer le CO2 ; les forêts peuvent être utilisées comme des « bassins » à CO2. Toutes les nouvelles forêts que nous voulons faire pousser doivent devenir des forêts de production. Cela signifie que nous voulons faire pousser des plants de cacao et de café sous les arbres. Ils vont pousser avec l’aide d’engrais biologiques.

Ne serait-il pas sage d’augmenter le prix de l’essence au Venezuela afin que les gens en utilisent moins ? Pour l’instant, l’eau est plus chère que l’essence, qui reçoit même des aides du gouvernement, même si un litre d’essence coûte seulement environ 0,04 dollars.

Pour le moment, notre système de transport est encore très dépendant de l’essence. Nous n’avons presque aucun type de transport qui fonctionne à l’électricité. Nous avons commencé à construire un système de chemins de fer à travers le pays, comme une alternative aux voitures. Mais pour l’instant, notre transport public est dans un mauvais état. La seule chose qui fonctionne bien est le métro. Nous avons aussi été actifs dans le domaine des taxis. Avec l’appui financier de Fontur [Fundacion Fondo nacional de transporte urbano, Fondation Fond national de transport urbain], beaucoup de vieux taxis ont été remplacés par de nouveaux taxis blancs. Maintenant nous pouvons au moins dire que les taxis au Venezuela sont généralement blancs. Mais il y a encore beaucoup à faire. Nous devrions enlever une partie des vieilles voitures de la circulation. Nous avons aussi commencé à construire des usines d’éthanol ; une est en cours de construction à dans l’état de Cojedes. Et nous voulons éliminer progressivement l’essence au plomb, même si je ne sais pas exactement quand cela aura lieu. Vous devriez le demander au ministre du Pétrole. Mais tant que nous n’aurons pas un transport public qui marche correctement comme alternative, nous ne pourrons pas augmenter beaucoup le prix de l’essence.

D’un côté, vous dites que vous voulez combattre la déforestation, et, de l’autre, le président Chavez a émis le décret 3110 en septembre 2004, qui rend possible l’exploitation forestière dans de grandes parties de la forêt d’Itamaca dans l’ouest du pays. Le président Chávez avait pourtant affirmé qu’il était contre l’exploitation forestière au Venezuela, ce qui est la cause de la déforestation et d’autres problèmes pour l’environnement, tandis que l’argent gagné va surtout dans les poches d’entreprises étrangères. Pouvez-vous expliquer ces contradictions ?

Dans la forêt d’Imataca [2], des concessions ont été octroyées des compagnies d’exploitation forestière sur seulement 12% de son territoire. En outre, ils ont la permission de couper 3 arbres par mètre carré. Cela signifie que l’exploitation forestière c’est autre chose que la déforestation. Cependant, nous savons que certaines personnes ne respectent pas les lois et nous devrons agir contre eux.

La Fédération des peuples indigènes (FIB) dans l’état de Bolivar est totalement opposée à l’exploitation forestière dans la forêt d’Imataca, car cela affecte leur territoire ancestral. De plus, ils attendent depuis des années la démarcation de leur territoire, une chose qui leur avait été promise dans la nouvelle constitution (1999). Quand est-ce que cela va se faire ?

Le 9 août [2005], nous allons émettre les six premiers titres sur la terre, qui recouvrent 110 000 hectares du territoire démarqué, pour plusieurs groupes d’indigènes, dans les états de Anzoategui, Monagas, et Sucre. L’état de Bolivar n’est pas encore inclus. Ce sera la première fois dans l’histoire que des indigènes, sur le continent américain, vont recevoir des une propriété collective. La question des démarcations relève de la responsabilité de la Mision Guaicapuro, la mission [programme social gouvernemental] consacrée aux droits des peuples indigènes au Venezuela.

Bien que les indigènes aient droit à leur territoire ancestral, ils ne possèdent pas les ressources qui s’y développent ou qui se trouvent en dessous. Si c’était le cas, alors un habitant du Maracaibo pourrait aussi dire qu’il possède le pétrole sous le lac. S’ils veulent entreprendre des activités minières, ils peuvent seulement le faire après en avoir obtenu l’autorisation auprès du ministère. Mais ils sont libres d’entreprendre des activités agricoles et piscicoles....

Un autre sujet qui revient tous les ans à la surface ces dernières années est le problème de l’apparition de lemna minor (lentilles d’eau) sur le lac Maracaibo. Cette lentille d’eau est problématique pour les pêcheurs, et la lentille d’eau pourrie sent vraiment très mauvais. Qu’allez-vous faire à ce sujet ?

La lemna est une plante aquatique, qui pousse à la surface du lac Maracaibo. Le lac reçoit de nombreux nutriments de ses affluents sur la rive sud, c’est la raison pour laquelle la lemna pousse aussi vite. L’année dernière, en juin, 15% du lac était recouvert de lemna. Cette année, la surface recouverte de lemna a été réduite à seulement 4,3%. Et en ce moment même, cela représente moins d’1%. Les chiffres ont diminué en raison de processus naturels, mais aussi grâce à des actions de notre part. Une partie de la lemna est localisée au milieu du lac, où elle ne dérange pas énormément. De plus, cela coûterait très cher de retirer cette lemna, pour des raisons logistiques. Donc on s’occupe surtout de la lemna qui touche les rivages. Nous avons retiré cette lemna de l’eau manuellement et avec des machines. Nous avons investi 1,6 milliards de bolivares [744.000 dollars] dans les travaux de nettoyage. Nous pensons nous débarrasser complètement de la lemna sur les rivages cette année.

Le ministère de l’Environnement a été très actif à la revitalisation de l’autre grand lac du pays, le lac Valencia. Quels travaux menez-vous là-bas ?

Actuellement, conjointement avec les habitant de la région, nous avons mis en place onze chantiers publics pour améliorer la qualité de l’eau du lac. Malheureusement, le lac a été fortement pollué par l’industrie de la région. C’est pourquoi nous avons mis en place le numéro de téléphone 0800-AMBIENTE [Environnement], que l’on peut appeler 24 heures sur 24. Toute personne qui voit quelqu’un polluer le lac peut nous appeler et nous en informer. Nous avons lancé une grande campagne contre la pollution du lac. Ceci comprend le nettoyage de certaines rivières qui y affluent. Tous ceux vivant près du lac devraient comprendre que nous avons tous besoin de l’eau. Malheureusement, je dois avertir des compagnies qui ne respectent pas la législation environnementale du Venezuela que nous avons le droit de fermer ces compagnies.

D’un côté, le Venezuela fait partie des dix pays ayant la plus grande biodiversité du monde. De l’autre, cette biodiversité devrait être protégée au moyen de parcs nationaux, qui souvent ne sont pas plus que des parques de papel , des parcs sur papier, car il n’y a presque pas de gardes. Comment voulez-vous protéger la biodiversité vénézuélienne ?

Une chose à laquelle nous devons faire face est l’exportation d’animaux et de plantes exotiques. Nous avons récemment fait baisser ce type de commerce illégal. Nous avons détecté du commerce illégal sur l’Internet, entre autres. Pour le reste, je ne pense pas que le seul fait d’augmenter le nombre de gardes dans les parcs serait suffisant. Nous devons réveiller les consciences de nos concitoyens sur la valeur de la biodiversité que nous possédons. Ceci inclut un travail d’éducation plus important dans les écoles.

L’année dernière, le président Chávez a émis un décret contre l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) au Venezuela [3]. Cependant, rien ne semble avoir été fait concrètement pour stopper l’importation de semences génétiquement modifiées. Pourquoi ?

Je n’ai pas cette information. Nous contrôlons nos importations via nos experts dans ce domaine qui coopèrent avec le bureau des Douanes et avec le ministère de l’Agriculture.




par Gregory Wilpert , Jeroen Kuiper
23 décembre 2005









NOTES:

[1] NDLR] Les entreprises publiques d’eau ont le devoir d’impulser au sein des communautés l’organisation de « conseils communautaires de l’eau » afin que celles-ci participent à la gestion des réseaux de distribution et que les habitants prennent conscience de la rareté de ce bien si convoité, surtout actuellement, après trois années assez sèches au Venezuela. C’est à travers les « tables techniques de l’eau » que se rencontrent l’entreprise publique, les techniciens, des représentants de la communauté, la mairie, etc. Ce type de réforme promeut la coresponsabilité et l’identification de la population avec les services de distribution d’eau.
Extrait de Frédéric Lévêque, Venezuela : une « révolution » démocratique, RISAL, 30 août 2005.

[2] [NDLR] Lire Jeroen Kuiper, Les veines ouvertes du Venezuela, RISAL, 11 mai 2005.

[3] [NDLR] Lire Claudia Jardim, Venezuela : les multinationales ouvrent la voie à la culture des transgéniques , RISAL, 15 décembre 2004 ; Jason Tockman, Le Venezuela interdit les semences transgéniques, RISAL, 23 avril 2004.

Source : Venezuelanalysis.com (www.venezuelanalysis.com), 25 juillet 2005.

Traduction : Natalia Stehmann, pour RISAL (www.risal.collectifs.net).


Vendredi 23 Décembre 2005

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