Economie

Les marchés financiers mondiaux victimes de canulars



Vlad Grinkevitch
Vendredi 9 Octobre 2009

Les marchés financiers mondiaux victimes de canulars

Un "canular" de la presse a semé une panique sur les marchés financiers mondiaux. L'information publiée par le journal britannique The Independent sur des pourparlers secrets soi-disant menés par les pays du Golfe, la Chine, la Russie, le Japon et la France a entraîné une brusque chute de la monnaie américaine et un bond record des prix de l'or. Le monde se perd en conjectures : cette publication, n'a-t-elle pas été sciemment provoquée par certains? Depuis deux jours, les marchés sont en fièvre.



Vlad Grinkevitch, RIA Novosti


Cette histoire n'est pas nouvelle. Ces deux ou trois dernières décennies, la fièvre des marchés financiers a été maintes fois suscitée fortuitement par des paroles jetées maladroitement par de hauts fonctionnaires ou des déclarations délibérément faites par des spéculateurs financiers.
Les Etats-Unis sont la locomotive de l'économie mondiale, par conséquent, les lapsus des leaders américains reviennent trop cher aux places boursières. Ainsi, en 1987, lors d'une rencontre des Sept à Venise, l'ancien président américain Ronald Reagan a semé une véritable panique sur le marché des changes en déclarant qu'il serait raisonnable, si le coût du dollar baissait un peu par rapport à d'autres devises.


Un autre ex-président américain, George W. Bush, connu pour son "éloquence", a secoué les marchés des changes asiatiques en laissant  échapper une phrase malhabile. Lors de sa visite à Tokyo, le président des Etats-Unis a discuté avec le premier ministre japonais Junichiro Koizumi des problèmes économiques du pays du Soleil levant. Ensuite, lors d'une conférence de presse, M. Bush a déclaré que son partenaire japonais avait l'intention de lutter contre les problèmes économiques en misant, entre autres, sur la dévaluation de la monnaie nationale. Cette déclaration étant prise au sérieux, les fonctionnaires des deux pays se sont maintes fois prononcés sur l'utilité de dévaluer le yen et, quelques minutes après, le cours du yen a dégringolé par rapport au dollar. Les représentants de la Maison Blanche ont expliqué peu après que leur chef avait tout simplement fait un lapsus, après quoi la monnaie japonaise a retrouvé ses positions.
D'ailleurs, les propos des fonctionnaires russes ne sont pas non plus toujours benins. Au printemps 2001, une terrible inondation a entièrement submergé la ville de Lensk et rasé de la terre les villages voisins. Tout le pays est venu en aide à cette contrée. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré, lors de sa visite dans la ville sinistrée, qu'il était prêt à signer un décret sur la vente d'or et de diamants des réserves de change en vue d'aider les sinistrés. Le lendemain, le président s'est repris en disant qu'il ne s'agissait, soi-disant, que d'exempter la Yakoutie du remboursement du prêt d'or. Entre-temps, le prix de l'or a baissé en passant de 283,5 dollars à 278,7 dollars l'once.


Mais les déclarations des spéculateurs financiers, dont chaque phrase peut être un puissant instrument de manipulation des marchés, secouent le marché bien plus souvent que les lapsus de hautes personnalités.


En 1992, le célèbre financier George Soros a entrepris un jeu en vue de provoquer la baisse de la livre sterling britannique et il y a réussi : la monnaie britannique s'est dépréciée d'environ une fois et demie, la Banque britannique est sortie, pour un certain temps, du mécanisme des cours du Système monétaire européen, alors que Soros a gagné ainsi un milliard de dollars. Une opération boursière scandaleuse a fait croire aux experts que  Soros était capable de manipuler seul les cours des devises. C'était le but poursuivi par ce financier. Etant ressortissant de la Hongrie, il a promis que seul le forint hongrois serait épargné par la chute des monnaies. Ses déclarations ont maintes fois provoqué ensuite des fluctuations des principales monnaies mondiales. Certains experts jugent même Soros être presque le principal coupable de la crise financière de 1977 en Asie.
D'ailleurs, pour tous les cas où une déclaration délibérée ou fortuite d'un haut fonctionnaire ou d'un célèbre financier entraîne une panique sur le marché, selon une règle presque immuable, la rumeur répandue doit s'inscrire dans une tendance à la mode.


L'exemple de l'information de The Independent en est une confirmation éloquente. Ce "canular" du journal n'aurait probablement pas suscité une telle résonance, si les propos sur l'apparition éventuelle d'une nouvelle monnaie de réserve, sinon non mondiale, du moins régionale, n'étaient pas tenus depuis plusieurs années. En 2003, les Etats-Unis ont décidé d'affaiblir le dollar à cause des problèmes économiques. En critiquant cette politique, Soros a néanmoins déclaré qu'il avait l'intention de gagner grâce à l'affaiblissement de la monnaie américaine. Cette déclaration du spéculateur a tout de suite fait chuter la monnaie américaine de 1,4%.


Ensuite, à fur et à mesure du renforcement économique de la Chine et de l'accroissement du rôle de ce pays en Asie-Pacifique, on a pu entendre déclarer de plus en plus souvent qu'il était temps pour l'Asie d'avoir sa propre monnaie pour les paiements régionaux. La démarche d'un autre homme richissime de la planète, Warren Buffett, celle de la "campagne anti-dollar", a été marquante: en tant qu'une de ses principales stratégies, ce milliardaire a annoncé l'investissement dans les actifs non pas en dollars, mais en d'autres monnaies. Quelques mois avant le début de la crise économique, le célèbre gourou financier Jim Rogers, président du conseil des directeurs de la compagnie d'investissement Beeland Interests, a annoncé son intention de convertir ses actifs en dollars US en yuans chinois.


Lorsque la crise a éclaté, les propos sur la nécessité de reconstruire le système financier mondial et de priver le dollar de son statut de monnaie mondiale de réserve ont fusé de toutes parts.
Faut-il s'étonner que, même après le démenti apporté par les autorités russes, saoudiennes, japonaises et koweïtiennes à l'information publiée par The Independent sur les pourparlers secrets, les experts parlent toujours de la possibilité potentielle de ces pourparlers et dissertent sur une monnaie qui pourrait remplacer le dollar US.




Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.



Vendredi 9 Octobre 2009


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