Politique Nationale/Internationale

Les manipulations médiatiques de Bibi


Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu commence à transpirer. Nonobstant l’accord entre le président Barack Obama et Netanyahu sur des questions comme la reconnaissance d’Israël comme Etat juif et l’insistance sur le renoncement des Palestiniens à la violence, il y a actuellement des points de sérieux désaccords entre les deux leaders.

Par Neve Gordon
Neve Gordon enseigne la politique à l’Université Ben Gourion. Il est l’auteur de “L’occupation israélienne” (University of California Press, 2008). On peut visiter son site web "Occupation israélienne".


Neve Gordon
Lundi 15 Juin 2009

La semaine dernière, un colon revient occuper l'avant-poste juif illégal Shvut Ami, aussitôt après qu'il ait été détruit par l'armée israélienne (image: Uriel Sinai/Getty Images)
La semaine dernière, un colon revient occuper l'avant-poste juif illégal Shvut Ami, aussitôt après qu'il ait été détruit par l'armée israélienne (image: Uriel Sinai/Getty Images)
Parmi eux la position d’Obama selon laquelle la solution de deux états est la seule manière de résoudre le conflit israélo-palestinien, sa demande qu’Israël mette fin à la construction de colonies, et son suggestion que toutes les colonies seraient illégales. Parmi les autres points de divergence, l’appel d’Obama à une non-prolifération nucléaire régionale (ce qui, de fait, suppose que la capacité nucléaire d’Israël fasse partie des négociations avec l’Iran), sa reconnaissance de la situation catastrophique des Palestiniens, dont les réfugiés, et son affirmation que le Hamas est une organisation plus légitime que terroriste.

Jusqu’à présent, les défis d’Obama envers Israël sont théoriques, et la seule demande substantive de Washington concerne les environ 100 avant-postes juifs en Cisjordanie. Réitérant la directive du président Bush, Obama a récemment demandé à Netanyahu de commencer à démanteler les avant-postes.

D’un point de vue légal, les avant-postes sont exactement comme les 121 colonies (c’est-à-dire illégales), mais les avant-postes ont été construits après les Accords d’Oslo de 1993, et, contrairement aux colonies, qui hébergent maintenant près d’un demi million de juifs, ou environ 7% des citoyens israéliens, presque tous les avant-postes sont extrêmement peu peuplés, avec moins d’une dizaine de personnes chacun.

Nertanyahu n’a pas refusé, mais au lieu de faire le boulot, il a décidé de faire du spectacle.

La semaine dernière, le gouvernement a envoyé ses troupes démanteler deux avant-postes. Toutes les télévisions israéliennes ont été invitées à couvrir l’événement, et ce soir là, les téléspectateurs ont pu voir comment un groupe de colons se battait contre l’armée la plus puissante du Moyen Orient. A peine quelques heures après la diffusion des images, les colons avaient reconstruit l’avant-poste, et c’est ainsi que nous sommes, une fois encore, de retour à la case départ.

Le téléspectateur perspicace comprend que le gouvernement et les colons ont mis en scène l’événement, en utilisant les médias pour une diffusion mondiale. Les images des fondamentalistes illégaux se battant avec l’armée envoient un message clair au public: si Netaniyahu ose démanteler les avant-postes, non seulement les colons renverseront son gouvernement, mais il y aura du sang. Plus spécifiquement, le non-dit pas si non-dit que ça est que si Netanyahu suit la directive de Washington, il sera responsable d’une guerre civile.

Alors que tous les principaux médias reprennent ce discours, Channel 2, la chaîne d’informations la plus populaire, a consacré 14 mn, en prime time, sur le sujet. On y voit un journaliste interviewer un colon juif appelé Araleh, de Karnei Shomron, en Cisjordanie, sur le démantèlement d’avant-postes juifs. Les deux hommes sont sur la crête d’une colline qui surplombe des champs palestiniens incendiés. Le colon affirme : « C’est le prix à payer… Les gens doivent savoir que s’ils démantèlent quoique ce soit en Judée et en Samarie, ça aura un prix. » Il regarde ensuite l’horizon et demande : « Vous voyez toutes ces montagnes ? » et il répond immédiatement : « Tout est à nous. »

Quand le journaliste demande ce que les colons feront si l’avant-poste est démantelé, Araleh s’exclame qu’ils (le gouvernement) ne le détruiront pas, puis il ajoute : « Ils détruiront peut-être une petite cabane de l’avant-poste pour envoyer des photos au nègre, aux Etats Unis. »

Le nœud de l’affaire, c’est que ce colon pathétique et raciste a raison : les images des troupes démantelant quelques avant-postes et la résistance énergique font toutes parties d’un spectacle bien chorégraphié spécialement organisé pour Washington. Si non, pourquoi enlever seulement deux avant-postes au lieu de 4 d’un coup et que le boulot soit fait ? Et pourquoi insister pour les médias couvrent l’événement, et non démanteler les avant-postes par surprise, aux petites heures du matin, lorsque les colons ne s’y attendent pas ? La réponse est très simple : Netanyahu veut qu’Obama pense qu’il y aura une guerre civile en Israël si la Maison Blanche reste ferme.

La question est maintenant de savoir si Obama reculera, ou s’il aura le courage d’obliger Netanyahu à démanteler tant les avant-postes que les colonies. Si Obama hésite, Israël deviendra un état d’apartheid total ; s’il reste ferme, on se souviendra probablement de lui comme le président qui a aidé Israël à se sauver de lui-même. Et pour en arriver là, il devra faire transpirer Netanyahu encore davantage.

Source : The Nation
Traduction : MR pour ISM


Lundi 15 Juin 2009


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