Géopolitique et stratégie

Les lasers contre les missiles


L'épopée antimissile de cette dernière année est marquée par le refus évident de la Russie de faire de la mise en place de son propre ABM une réponse au système américain en voie de création. Miser, pour la Russie, sur les missiles nucléaires s'avère donc moins risqué, peut-être plus simple, que de réaliser une initiative de défense stratégique version nationale, sur la base de technologies antimissiles déjà développées mais très onéreuses.


Andreï Kisliakov
Mardi 19 Juin 2007

Les lasers contre les missiles
Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti



Certes la création de ces technologies avait déjà requis des ressources énormes. Dans bien des cas, elles avaient engendré des solutions techniques uniques et qui ne sont pas encore estimées à leur juste valeur.

En toute logique, une question se posera alors : pourquoi Moscou ne veut-il pas profiter de son leadership semble-t-il incontestable en matière d'ABM ? La réponse est simple. Malgré de nombreux essais dont chacun était souvent égal au budget d'une ville moyenne, le premier ABM du monde, dans les environs de Moscou, s'était avéré de peu d'efficacité.

De l'aveu des responsables militaires soviétiques, le développement forcé, par les Etats-Unis, de programmes de missiles stratégiques à têtes multiples avait pratiquement réduit à néant tous les efforts déployés dans le cadre du "Système antimissile A-35", qui s'avérait incapable de remplir sa mission face à un grand nombre de leurres et à des brouillages actifs. En d'autres termes, le système ABM soviétique est devenu obsolète avant même de devenir opérationnel en 1971.

Malgré toutes les réalisations notables en matière d'ABM, l'URSS et puis la Russie avaient, semble-t-il, ont été tellement déçues par ce programme que Moscou préfère désormais les moyens offensifs aux moyens de défense.

D'ailleurs, dans les années 1970, cette "philosophie offensive" avait pris le dessus à l'intérieur de l'idée d'ABM. Ayant pris définitivement conscience des carences de cette idée, le coordinateur de tous les projets de défense en URSS, Dmitri Oustinov, avait donné pour instruction au Groupe science-production Kometa de mener des travaux de recherche-développement dans le cadre du "Programme Fon".

A l'époque où Ronald Reagan, aussi vive que fût son imagination d'acteur, ne pouvait se faire une idée plus ou moins précise de la guerre des étoiles, des ingénieurs d'Oulianovsk, sur la Volga, avaient déjà tiré esquissé les premiers contours d'un ABM basé dans l'Espace, en mesure d'avoir dans son collimateur la totalité des missiles nucléaires américains, y compris de stationnement naval et aérien. Selon le projet, ces missiles devaient être anéantis avant même qu'ils ne partent.

A cette fin, on lance, à la fin des années 1970, le "Programme Fon-1", prévoyant la création de différentes armes à faisceaux, de canons électromagnétiques, d'antimissiles, de systèmes à charges multiples, y compris tirant par salve. A l'époque, les Américains sont sauvés par le calcul lucide d'ingénieurs soviétiques qui prouvent que 20 à 25 minutes de temps d'approche étaient absolument insuffisantes pour détruire toutes les charges sur tous les vecteurs.

Mais saurait-on arrêter la pensée ? Les travaux de recherche très prometteurs, dans le cadre du programme Fon-2, en vue de créer des armes en mesure de contrebalancer l'Initiative de défense stratégique américaine commencent en 1983. Résultat, on élabore des systèmes à laser, des armes électromagnétiques qui détruisent les réseaux électroniques ennemis et des armes fonctionnant sur le principe de puissantes oscillations de champ.

Du point de vue des perspectives actuelles, le projet Terra qui prévoyait la conception d'un puissant laser basé au sol, en mesure de détruire tous les engins volants ennemis dans l'Espace circumterrestre suscite le plus d'intérêt.

Un système d'expérimentation à laser comprenant un radar haute fréquence délivrant les caractéristiques exactes d'une cible donnée avait été déployé au Kazakhstan. Au milieu des années 1980, il avait subi des tests lors de tirs contre des cibles réelles. Les salves à laser avaient montré à l'époque que la puissance de cette installation était insuffisante pour atteindre les ogives de missiles balistiques. C'était vrai pour l'époque, mais ...

A la fin des années 1970, il devient clair que le programme américain de navettes spatiales est un succès. Cela va de soi, les généraux soviétiques voient dans ces navettes des "superbombardiers", qui seraient en mesure, en quittant un temps leurs orbites spatiales, de faire des "plongeons", par exemple, au-dessus de Moscou, pour larguer des bombes nucléaires.

En 1983, ce même Dmitri Oustinov, déjà ministre de la Défense et maréchal de l'Union soviétique, propose d'utiliser le système Terra pour accompagner ces navettes. Challenger, dont on connaît le triste sort, avait été repéré par un rayon laser le 10 octobre 1983, au cours de son 13e vol suivant le programme Space Shuttle, au moment où il survolait le champ d'essai au Kazakhstan à une altitude de 363 km.

L'équipage de la navette dira plus tard avoir constaté à ce moment des perturbations dans le fonctionnement des dispositifs électroniques et eux-mêmes un malaise. Ce qui veut dire que le premier "combat de reconnaissance" d'après le scénario de la guerre orbitale globale et dont la perspective ne cesse de gagner en clarté ces derniers temps a été mené il y a un quart de siècle. (A suivre)


Mardi 19 Juin 2007

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires