Propagande médiatique, politique, idéologique

Les lacunes des médias italiens au sujet de la situation au Liban


Les Italiens ne savent pratiquement rien au sujet d’on ne sait trop quelle « mission » au Liban, qui les concerne pourtant au premier chef et qui peut de moins en moins être présentée comme une « mission de paix », quand on connaît le passé… La faute en incombe à un appareil de désinformation – nos médias – où sévissent d’authentiques nullités


Susanne Scheidt
Mardi 12 Septembre 2006

Les lacunes des médias italiens au sujet de la situation au Liban


Susanne Scheidt

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice


Je regarde toujours les journaux télévisés de la RAI et de RAInews24 pour savoir de quelle manière on présente les événements à l’opinion publique – en tenant compte du fait que la majorité des gens ne lisent aucun journal, regardent encore moins les télévisions étrangères et reçoivent toute l’information dont ils disposent, précisément, de la télévision nationale.

Hier, comme avant-hier, les émissions d’information de la RAI débordaient des faits et gestes des troupes italiennes, amoureusement tournés au cours de leur débarquement sur la plage de Tyr. Ces images, persillées des commentaires d’Alessandro Politi, directeur de l’Observatoire Nomisma et de Gianni Rufini, un universitaire, et de quelques nouvelles de dernière heure envoyées du Liban par les correspondants de la RAI, tournant toujours et encore autour des débarquements : telles étaient les seules informations sur le Liban et sur les relations entre l’Italie et ce pays. L’image qui était transmise aux téléspectateurs italiens était celle d’un « engagement pour la paix dans le monde, pour la plus grande gloire de l’Italie », laquelle, est-il sous-entendu, conquerrait un prestige énorme, grâce à ce contingent militaire opérant au Liban, auquel, très bientôt, nous dit-on, la « société civile » s’associerait, sous la forme de nombreuses ONG italiennes.

En revanche, la RAI n’a pas soufflé mot sur le sit-in de cent (sur cent vingt-huit) parlementaires libanais, depuis avant-hier matin, devant le Parlement de Beyrouth, afin de protester contre le blocus israélien qui coupe toutes les liaisons maritimes et aériennes du Liban, qui n’est pas autre chose qu’une continuation de la guerre et une violation de cette même Résolution 1701 au nom de laquelle les troupes italiennes s’apprêtent à débarquer au Liban. Certes, évoquer la manifestation de protestation des parlementaires libanais, voilà qui aurait pu soulever, même chez des téléspectateurs plutôt ingénus, la question de savoir si, le siège israélien étant maintenu, nos troupes ne risqueraient pas de faire leur entrer dans un situation se caractérisant encore par une occupation militaire ?…

De même qu’on n’a pas parlé de la protestation des parlementaires libanais, on n’a pas dit un mot au sujet des décisions des gouvernements allemand et turc de suspendre l’envoi de leurs troupes dans le cadre de la nouvelle mission impartie à la FINUL tant que les règles dites « d’engagement » n’auront pas été explicitées (il s’agit des règles qui déterminent le fonctionnement des forces armées concernées). Si le gouvernement italien, il faut bien le constater, ne s’est nullement préoccupé de ces fameuses « règles d’engagement », c’est tout simplement parce que les partis politiques représentés au Parlement et au Sénat n’ont soulevé aucune question à ce sujet. Les gouvernements allemand et turc, au contraire – et, au passage, je ferai observer que nous sommes en train de parler, ici, de gouvernements appartenant à l’Otan, et pas de celui d’Hugo Chávez ou de Fidel Castro… –, n’osent pas envoyer un seul de leurs soldats tant que ces règles ne seront pas connues. Dans l’attente, les Parlements ne seront pas convoqués afin de voter les résolutions afférentes.


De plus, le gouvernement allemand aurait dû rendre public, avant la fin de cette semaine, le nombre exact des hommes qu’il enverrait au Liban. Cependant, le gouvernement allemand a fait savoir qu’il n’était pas en mesure de quantifier ces effectifs – en l’absence de « règles d’engagement – ni de convoquer une séance du Parlement aux fins de procéder au vote de la résolution ad hoc, au motif qu’il n’aurait pas encore reçu une requête officielle du gouvernement libanais, en vue de l’envoi d’un contingent militaire en renforcement de la FINUL. En l’absence de cette requête officielle et formelle du gouvernement libanais, le gouvernement allemand ne bougera pas.

Question : mais le gouvernement italien, lui, a-t-il reçu une requête officielle et formelle de la part du gouvernement libanais, avant d’envoyer un contingent italien ? Ou bien cette requête parvenait-elle seulement de Kofi Annan et d’Alain Pellegrini ? Les bulletins d’informations de la RAI n’ont donné aucun détail sur ces points extrêmement importants…

On n’a pas évoqué non plus la situation en Turquie, où les promesses données par le gouvernement, au siège de l’OTAN, de faire honneur à son atlantisme en envoyant des troupes et des bâtiments de la marine de guerre au Liban ont totalement envenimé non seulement ses relations avec l’opposition, mais aussi les relations entre le Premier ministre Tayyip Erdogan et le Président de la République Ahmed Necdet Sezer. Ce qui a commencé comme une protestation, présidée par Sezer, contre « la protection des intérêts de pays étrangers » au détriment des intérêts nationaux [dans le cas d’espèce, afin de ne pas assister à la naissance d’un Kurdistan à l’intérieur du territoire iraquien, qui s’inscrirait inéluctablement dans le territoire de la Turquie], a embouché, dans l’intervalle, les trompettes d’un vaste discours qui ne saurait être du goût des USA : le bloc des opposants à l’envoi de troupes turques au Liban se fait l’expression de préoccupations insistantes du risque que l’ingérence imminente dans les affaires intérieures libanaises, confirmé par la présence de troupes armées sous direction OTAN [seul, le public italien semblant tomber dans le panneau de la pancarte de l’ONU…] ne précipite le Liban dans le chaos et la violence, créant une situation similaire à celle dans laquelle est en train de s’enfoncer l’Iraq, impliquant non seulement la Turquie, mais l’ensemble du Moyen-Orient.

La réunion fatidique du Parlement turc a été fixée à mardi. Afin d’augmenter les chances de réussir à faire adopter sa résolution, le Premier ministre Tayyip Erdogan a dû promettre que, dans l’éventualité où les troupes de la FINUL au Liban seraient chargées de désarmer le Hezbollah par le Conseil de sécurité de l’Onu, le contingent turc serait immédiatement retiré du Liban.

Ces préoccupations, qu’Erdogan s’est empressé de minimiser, semblent parfaitement fondées, si l’on tient compte du fait que, concomitamment, le gouvernement allemand (même lui…) a dû ajourner un débat au Parlement, après que les propos du ministre de la Défense, Jung, eurent déchaîné une foire d’empoigne au sein de la Commission parlementaire des questions de Défense : il avait échappé à Jung, faisant référence à la nouvelle force FINUL, à mettre sur pied sur la base de la Résolution 1701 de l’Onu [http://quibla.net/mda2006/liban2006-1701.htm] que les nouvelles « règles d’engagement », toujours inconnues, auraient prévu l’expédition de « troupes combattantes ». Alors que le texte de la résolution, tel qu’il est soumis au vote au Parlement, évoque une « mission de maintien de la paix ». On le voit : il s’agit exactement des mêmes préoccupations que celles qui planent sur l’opinion publique en Turquie…

Mais la RAI n’a interviewé ni des représentants turcs, ni des représentants allemands au sujet des orientations favorables et opposées au texte dans ces deux pays, ni un seul parlementaire libanais participant au sit-in actuel.

Autrement dit : les médias italiens font de la désinformation, en recourant à de grossières omissions volontaires.





Original

Traduit de l'italien par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.

Illustration de titre : La télévision dirige la nation, Alex Cherry, Hollywood, Californie, 2006


Mardi 12 Septembre 2006


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