Palestine occupée

Les jeunes Palestiniens : des cibles faciles


S’il y a une chose où les Israéliens sont forts, c’est bien pour déclarer la guerre à des femmes et des enfants, écrit Stuart Littlewood.

Stuart Littlewood - Al-Ahram/Weekly On-line


Stuart Littlewood
Lundi 9 Novembre 2009

Enfants palestiniens blessés et terrorisés lors d’un bombardement de Gaza par l’armée israélienne en janvier dernier. En l’espace de 8 années, près d’un millier d’enfants ont été massacrés par les troupes d’occupation.
Enfants palestiniens blessés et terrorisés lors d’un bombardement de Gaza par l’armée israélienne en janvier dernier. En l’espace de 8 années, près d’un millier d’enfants ont été massacrés par les troupes d’occupation.

Ils ont tué 952 enfants palestiniens, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, entre 2000 et le début de la guerre-éclair à Gaza en décembre 2008 (chiffres de B’Tselem). Ils en ont assassiné au moins 350 autres durant leur opération Plomb durci et ils tiennent depuis la bande de Gaza sous leurs attaques quotidiennes. Ce qui fait que les courageux Israéliens doivent avoir éliminé aujourd’hui à peu près 1 400 jeunes. Quelqu’un pourrait-il prendre la peine de deviner combien ils en ont laissé, perdant leur sang, mutilés et impotents ?

« L’armée la plus morale du monde » aime bien aussi faire la guerre contre les étudiants des universités palestiniennes. Il y a peu de temps, j’ai écrit un article sur Merna, une universitaire en dernière année, spécialisée en anglais. Les soldats israéliens se sont souvent déchaînés sur son camp de réfugiés de Bethléhem, en pleine nuit, mettant à sac les maisons et arrêtant les habitants dans un total arbitraire. Ils ont emmené les membres de sa famille, un par un. D’abord ce fut sa cousine et meilleure amie, âgée de 14 ans, qui fut abattue par un sniper israélien alors qu’elle était assise devant sa maison familiale, pendant un couvre-feu.

Puis, les Israéliens sont venus arrêter son frère aîné, un artiste ; ils l’ont emprisonné pendant quatre ans. Après, ils sont revenus pour l’autre frère de Merna, de 18 ans. Pas encore satisfaits, les soldats sont revenus encore, et cette fois pour prendre son plus jeune frère, le « bébé » de la famille, tout juste 16 ans. C’est dans ces circonstances que Merna a dû suivre ses études.

La réglementation militaire d’Israël considère que les Palestiniens sont adultes dès qu’ils atteignent l’âge de 16 ans, en violation flagrante de la Convention des Nations unies sur les Droits de l’enfant (1). Les jeunes Israéliens, bien entendu, sont considérés mineurs jusqu’à 18 ans. Les Palestiniens sont traduits devant les tribunaux israéliens militaires, même quand il s’agit d’une affaire civile. Ces tribunaux ignorent les lois et conventions internationales, il n’existe donc aucune protection juridique pour les personnes sous occupation militaire israélienne.

Comme la détention est basée sur des informations secrètes auxquelles ni le détenu ni son avocat n’ont accès, il leur est donc impossible de préparer une défense appropriée. D’ailleurs, les Services de sécurité trouvent toujours une excuse bidon pour garder les détenus enfermés « dans l’intérêt supérieur de la sécurité d’Israël ». Alors que les détenus ont un droit à révision et à appel, ils ne sont même pas en mesure de contester les preuves et la réalité des faits puisque toutes les informations déposées au tribunal sont classifiées. Bon, assez parler de la justice israélienne.

Face à cette tension mentale croissante, Merna, loin d’abandonner, n’en a pas moins été déterminée à poursuivre ses études. L’armée la plus morale du monde pouvait avoir privé ses frères de toute instruction, elle allait continuer à se battre pour la sienne.

Pour se rendre à l’université de Bethléhem, comme à toutes les autres, beaucoup d’étudiants doivent s’exposer au feu des check-points israéliens. «  Quelquefois, ils prennent nos cartes d’identité et ils passent un temps fou à en écrire tous les détails, rien que pour nous mettre en retard, » dit un étudiant. Les étudiants se voient souvent obligés de retirer leurs chaussures, d’enlever leur ceinture et de vider leur sac. « C’est comme sur un aéroport. Souvent, on nous fait attendre dehors jusqu’à une heure, sous la pluie ou en plein soleil, ils s’en fichent. » Les soldats essaient d’arracher leurs vêtements aux étudiants et ils lancent des jurons et des insultes sexuels aux étudiantes.

Certaines racontent comment elles ont été harcelées sexuellement alors qu’elles se rendaient à l’université et comment elles ont passé la journée à s’inquiéter de ce que feraient les Israéliens sur le chemin de retour. Ces humiliations permanentes nuisent à la motivation et à la concentration des étudiants.

Il y a cinq ans, les Israéliens ont retiré de force quatre étudiants de l’université de Birzeit en Cisjordanie, où ils étudiaient, pour les renvoyer illégalement dans la bande de Gaza. Tous les quatre allaient terminer leurs études à la fin de l’année universitaire. Il y eut un tollé de protestations partout dans le monde et le conseiller juridique de l’armée israélienne a été bombardé de fax et de lettres exigeant que les étudiants soient autorisés à reprendre leurs études.

L’armée la plus morale du monde a fini par admettre que les étudiants devaient être autorisés à revenir à Birzeit, à condition qu’ils signent un document garantissant leur retour définitif dans la bande de Gaza quand ils auront terminé leurs études. Ceci a permis, efficacement, de révéler cette politique d’Israël qui veut imposer une séparation totale entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, alors qu’elles sont internationalement reconnues comme un territoire intégral. Selon les dispositions du droit international, toute personne a le droit de choisir librement son lieu de résidence dans un territoire unique, mais depuis quand Israël se soucie-t-il du droit international ? Ce régime raciste agit de sorte qu’il est pratiquement impossible pour les étudiants de Gaza d’accéder aux huit universités palestiniennes de Cisjordanie. En 1999, quelque 350 étudiants de Gaza étudiaient à Birzeit. Aujourd’hui, il n’y en a pratiquement plus.

(JPG)
Berlanty Azzam

Cela ne fut donc pas une grande surprise quand on a appris de l’université de Bethléhem, il y a quelques jours, que Berlanty Azzam, une étudiante de quatrième année en Gestion des Affaires venait d’être mise en détention par les autorités militaires israéliennes avec l’intention de l’expulser vers Gaza « pour avoir tenté de terminer ses études à l’université de Bethléhem ».

Berlanty, jeune fille chrétienne, est originaire de Gaza mais elle vivait en Cisjordanie depuis 2005, ayant reçu un permis de voyage par l’armée pour passer de Gaza en Cisjordanie. Elle aussi a été spoliée de son diplôme au dernier moment. Elle a été arrêtée au check-point Container, entre Bethléhem et Ramallah, alors qu’elle revenait d’un entretien d’embauche à Ramallah.

La jeune fille de 21 ans devait passer son examen avant Noël. Mercredi soir, ils lui ont bandé les yeux, ils l’ont menottée et conduite à bord d’une jeep militaire de Bethléhem à Gaza, malgré la promesse du Bureau du conseiller juridique de l’armée israélienne qu’elle ne serait pas expulsée avant que l’avocat de Gisha (une ONG israélienne militant pour la liberté de déplacement des Palestiniens) n’ait eu la possibilité de faire recours devant un tribunal israélien pour la faire revenir à ses études à Bethléhem.

Quand ils eurent franchi la frontière, l’armée la plus morale du monde a largué Berlanty en pleine nuit et lui a dit, « Vous êtes à Gaza ».

« Depuis 2005, je me suis abstenue d’aller voir ma famille à Gaza de crainte de ne pas avoir l’autorisation de revenir à mes études en Cisjordanie », avait dit Berlanty Azzam à Gisha sur son portable avant que les soldats ne le lui confisquent. « Maintenant, tout juste deux mois avant mon diplôme, je suis arrêtée et remmenée à Gaza en pleine nuit, sans aucun moyen de finir mes études. » (2)

L’université de Bethléhem veut mobiliser les gens du monde entier pour protester. Qui contacter d’autre, pensai-je, que l’ambassadeur palestinien à Londres, le Professeur Manual Hassassian, qui se trouve être un ancien vice-président de cet excellent lieu d’enseignement ? « Avez-vous contacté l’ambassadeur israélien pour avoir une explication sur ce scandale ?  » lui demandai-je par courriel.

Le lendemain, à défaut de réponse, je lui adressai un nouveau mel : « Il y a du nouveau... elle a été renvoyée à Gaza, yeux bandés et menottée ! Que fait l’ambassade à ce sujet, s’il vous plait ? » 24 nouvelles heures s’écoulèrent et le silence devint assourdissant. Bien qu’il ne soit pas rare que l’ambassade palestinienne dorme à poings fermés ou parte en congés, et qu’il n’y ait personne pour gérer les crises en cours.

J’envoyai simultanément un mel à l’ambassadeur israélien, Ron Prosor, lui demandant, s’il vous plaît, de faire des recherches. «  A première vue, lui écrivis-je, il s’agit d’un scandale absurde. L’étudiante concernée, je crois, venait juste d’entamer sa dernière année. Je me demande ce que vous ou le Premier ministre Netanyahu diriez si l’enseignement de vos fils et filles, ou petits-enfants, était interrompu de cette manière ?  » Et le lendemain, n’ayant aucune réponse, je lui envoyai les mêmes infos à propos de Berlanty à qui on avait bandé les yeux et passé les menottes. 24 nouvelles heures se passèrent... silence ici aussi. Pas même un accusé de réception de courtoisie de la part d’un bureau de presse d’Israël qui d’habitude, répond en un rien de temps à n’importe quoi en cherchant le côté médiatique.

S’il avait s’agit d’une jeune fille juive, privée de son diplôme universitaire et de ses chances dans la vie, les ambassades israéliennes à travers le monde se seraient mises instantanément sur le sentier de la guerre, proférant des accusations de haine religieuse et d’antisémitisme. Mais voilà, c’était l’Etat juif qui gâchait la jeune vie d’une chrétienne, donc, tout allait bien.



1) - CONVENTION INTERNATIONALE DES DROITS DE L’ENFANT - ONU : 20 novembre 1989 - (Texte intégral)

Article 1 : Au sens de la présente convention, un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt, en vertu de la législation qui lui est applicable.

2) - Voir "Une étudiante de l’université de Bethléhem, yeux bandés, menottée, renvoyée de force à Gaza"


Dans son livre Radio Free Palestine, l’auteur raconte le sort des Palestiniens sous l’occupation.


Al-Ahram/Weekly On-line - publication hebdo du 5 au 11 novembre 2009, n° 971 - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net/


Lundi 9 Novembre 2009


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