Histoire et repères

Les fourriers de l'islamophobie ou la deuxième guerre d'Algérie


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Benammour Bachir
Mardi 18 Février 2020


Ce qu’on appelle communément la décennie noire fut une véritable guerre et un complot ourdi contre le peuple algérien : la junte militaire détentrice du pouvoir politique en Algérie et qui en fut l’instigatrice appliqua un programme bien élaboré pour terroriser et tétaniser ce peuple jusqu’à lui imposer l’indignité nationale que fut le président Abdelaziz Bouteflika , un despote avéré qui ressemble à bien des égards au calife de l’épouvante de l’écrivain marocain Bensalem Himmich ; indécemment, il affiche son délire mégalomaniaque au forum de Crans-Montana juste après les pseudo élections de 1999 : « je suis le représentant du peuple algérien et aucune institution de la république, fût-elle l’armée nationale populaire, ne peut faire une bouchée de moi. Je suis l’Algérie tout entière ; je suis l’incarnation du peuple algérien, alors dites aux généraux de me bouffer s’ils peuvent le faire, déclare-t-il dans une émission de la Radio Télévision Suisse Géopolitis intitulée : Algérie si riche si pauvre. Emporté par son délire de grandeur, le président Bouteflika ne se serait pas gêné, dans un contexte arabo-musulman d’ajouter qu’il est l’ombre de Dieu sur terre ; et ce non-dit dans sa déclaration a fini par se manifester dans le projet de la grande mosquée d’Alger coûtant pas moins de deux milliards de dollars. Il voulait coûte que coûte singer le sultan du Maroc Hassan II.

Cependant, cet orgueil démesuré de sa part envers la junte militaire ne peut se justifier que par le rôle de sauveur que lui accordèrent les généraux responsables des grands massacres de la décennie noire ; lui-même, poussé par son hybris avoue avoir été le protecteur des généraux éradicateurs accusés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité : dans le livre de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire intitulé « Françalgérie, crimes et mensonges d’états » Abdelaziz bouteflika se serait confié à Mary Robinson Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme : « je suis le seul à pouvoir empêcher leur traduction devant le Tribunal Pénal International » ; en effet une commission d’enquête internationale allait se constituer pour faire la lumière sur les massacres commis dans le pays et Bouteflika fut coopté par les généraux éradicateurs dans le but de les sauver du syndrome de Pinochet. Du coup la déclaration à Crans-Montana en dit long sur l’emprise du militaire sur le civil qui sert avant tout à sauvegarder le système de corruption et de prédation, responsable de la faillite économique de l’Algérie.

Les dix année de guerre menée contre le peuple algérien sous l’habillage idéologique de défendre la démocratie contre le fascislamisme, concept utilisé souvent par Bernard Henri Levy, avait pour enjeu la privatisation de l’économie optant pour l’importation à tout-va générant commissions, rétro-commissions, pots de vin, surfacturations et la généralisation de la prévarication ; en d’autres termes le but de la décennie noire fut de pérenniser les privilèges de la caste militaro-financière représentée à l’époque par Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Touati et consorts et qu’on appelle communément les déserteurs de l’armée française.

Pour enrayer le mouvement démocratique d’octobre 88, Larbi Belkheir et ses comparses avec l’aide notamment de la police politique (DRS) ont permis la création du parti FIS pour leur servir de repoussoir en contravention avec l’article de la constitution de 1989 sur les partis politiques. Que dit la loi ? dans le livre Françalgérie, crimes et mensonges d’état représentant l’aboutissement d’une enquête de six ans, il est dit qu’ «une association à caractère politique ne peut, en outre, fonder sa création ou son action sur une base exclusivement confessionnelle, linguistique, régionaliste ». En dépit de cette loi constitutionnelle, le ministre de l’intérieur Aboubakr Belkaid du gouvernement de Kasdi Merbah agréa la création du parti Front Islamique du Salut. Il fut un fidèle de Larbi Belkheir et en effet, le président Chadli nous confirme dans ses mémoires qu’il fut mis devant le fait accompli, s’agissant de l’agrément du FIS et la responsabilité de cette décision revient à son tout puissant chef de cabinet Larbi Belkheir. Ainsi après l’avoir agréé lui et ses acolytes du DRS, ils ont fini par l’infiltrer. Dans le procès de la sale guerre intenté par le général-major Khaled Nezzar contre l’ex lieutenant Habib Souadia pour diffamation, l’ex-lieutenant-colonel Mohamed Samraoui adjoint du responsable du contre-espionnage Smail Lamari nous révèle que le GIA, la branche armée du FIS fut une création des services sécurité ; toutes les atrocités commises lors de la décennie noire furent en son nom et relève de la stratégie du choc pour atteindre un objectif économique ; voilà ce que nous dit textuellement Samraoui lors du procès: « le meilleur allié du pouvoir est paradoxalement le GIA, pourquoi ? Parce que le GIA a détruit tout le tissu industriel et économique de l’Algérie. Il a contribué grandement à mettre en pratique ce qu’avait édicté le FMI pour l’Algérie, c’est-à-dire le démembrement des industries …Il a également permis la redistribution de certains monopoles publics vers le privé. Enfin, il a permis de contrer l’explosion populaire qui aurait été générée par les licenciements provoqués si les directives du FMI avaient été mises en pratique par le gouvernement de l’époque. Le GIA a aidé directement ou indirectement le pouvoir » .

Cette décennie noire fut jalonnée de massacres dont certains eurent lieu juste à proximité de la capitale d’Alger dans une zone fortement militarisée et qui a fait dire à l’ancien président Liamine Zeroual que les escadrons de la mort existent ; il cite le chiffre de 300 dirigés par de puissants centres d’intérêts algériens. Dans le quotidien d’Oran du 6 décembre 2001, le journaliste Abed Charef nous explique, entre autres, que « pourtant, ces escadrons de la mort se recrutent dans les mêmes milieux : les services de sécurité et les forces paramilitaires… ils pensent servir le pouvoir et bénéficier de l’impunité ». Nesrolah Yous auteur de ’’qui a tué à Bentalha ? ‘’ ; un véritable témoignage sur les crimes de guerre commis par l’armée algérienne s’est vu complètement discrédité par une campagne de désinformation mené par une presse algérienne aux ordres de la police politique DRS.

Dans cette guerre sans merci et pour annihiler toute forme d’opposition tous les intellectuels de bon aloi furent tous liquidés ; Saïd Mekbel directeur du prestigieux quotidien ‘Le matin’ nous fait des révélations posthumes sous forme d’entretiens avec Monica Borgmann sur les promoteurs de la terreur du régime totalitaire algérien ; dans ce livre intitulé « une mort à la lettre », il affirme que
« ceux qui gèrent ce terrorisme, pas celui qui tue des agents de police, sont des spécialistes en communication de masse. Ce sont des manipulateurs. ce qui sous entend que les exécutants des assassinats seraient probablement des gens du FIS mais les commanditaires appartiennent au services de sécurité DRS.

Dans « une mort à la lettre » , Monica Borgmann cite Khalida Messaoudi ex ministre de la culture et Saïd Mekbel rendant responsable Mohamed Medienne dit Toufik de tous les assassinats, y compris celui du président Boudiaf et d’intellectuels comme Tahar Djaout, le professeur Boucebci psychiatre membre du comité vérité sur la mort de Tahar Djaout, le docteur Djillali Belkhenshir et tant d’autres. Quant à Said Mekbe,l il nous explique qu’à partir du moment où il créa le comité pour la vérité sur la mort du premier journaliste assassiné, il signa son arrêt de mort en recevant une lettre qui décrivit en détails comment il allait être tué. Ce comité-vérité dont il fut l’instigateur infligea un démenti à la version de l’assassinat de Tahar Djaout donnée par le pouvoir qui mettait tous les crimes sur le compte du FIS, il en avait bon dos. L’islamisme nourri par la torture systématique, les exécutions extra-judiciaires, les arrestations arbitraires et les camps de concentration dans le sud algérien servit d’alibi et de paravent à la junte militaire et a fini par lui faire obtenir le soutien de l’Europe et notamment la France malgré la plate-forme de Sant’ égidio ou le contrat national de Rome : Il y a lieu de rappeler que, grâce à la communauté de sant’égidio une organisation non gouvernementale, tous les partis de l’opposition algérienne, y compris le FLN représenté par Abdelhamid Mehri sont arrivés, après deux jours de débat marqués par une ambiance tendue et fraternelle selon le livre témoignage du général Ben Yellès intitulé « dans les arcanes du pouvoir » à signer ce contrat.

Ce contrat national signé par tous les partis d’opposition voulaient non seulement mettre fin à cette guerre des généraux contre le peuple algérien, mais surtout instaurer une véritable démocratie ; en d’autres termes mettre fin au pouvoir de l’armée algérienne qui a fait de ce pays sa propriété et l’obliger à restituer la souveraineté au peuple, autrement dit revenir à l’esprit du congrès de la Soummam de Abane Ramdane et Larbi Ben Mhidi. A ce contrat national signé par tous les dialoguistes de l’opposition algérienne pour ramener la paix et la concorde civile qui n’a rien avoir avec celle de Bouteflika, toute la classe politique française de cette époque s’y opposa, seul François Léotard du parti républicain, selon les mémoires du général Rachid Benyelles, considéra que le contrat de Rome était une chance historique pour une Algérie démocratique, n’en déplaise à la classe politique française de l’époque. D’après l’œuvre témoignage de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire « Françalgérie » le sinistre Jacques Massu de « la Bataille d’Alger » exhorta le gouvernement d’Edouard Balladur à soutenir la junte militaire éradicatrice en vendant une dizaine d’hélicoptères Ecureuil équipés de systèmes de vision nocturne et formant des pilotes de l’armée algérienne pour ce genre d’hélicoptère. Effectivement le lieutenant Messaoud Allili pilote sur la base militaire de Boufarik témoigne de la complicité du haut commandement de l’armée dans les massacres de civils à Raïs qui se trouve à dix minutes de vol de leur base. Il a fini par fuir à bord de son hélicoptère et se posa en Espagne où il obtint le statut de réfugié politique.

La France y est pour beaucoup dans le sauvetage de ce régime corrompu et criminel : mis en accusation par les ONG et la publication d’un document intitulé « Algérie, le livre noir » sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les généraux, le général Rachid Benyelles dans ses mémoires, au chapitre « Pression de la communauté internationale » nous livre la description d’un régime aux abois sauvé par des sionistes avérés tels que Bernard Henry Levy et André Glucksmann, deux hommes d’influence qui, par leur notoriété et leurs relations privilégiées avec certains lobbies en France et ailleurs dans les pays occidentaux pouvaient blanchir les tenants du pouvoir algérien.

Selon les termes du général Benyelles ces deux propagandistes et islamophobes par excellence donnèrent, je le cite, une image flatteuse du pouvoir algérien tout en l’exonérant des crimes qui lui étaient imputé. Toujours selon Benyelles, pour donner le change aux ONG et à l’opinion internationale, une délégation d’euro-députés présidée par André Soulier un « godillot » au service des généraux se montra très complaisante envers le pouvoir algérien grâce au gouvernement français de l’époque .

Somme toute cette guerre s’inscrit dans la stratégie du choc magistralement démontrée par Naomi Klein pour nous imposer les valeurs d’un capitalisme débridé et la privatisation à tout va ; dans le cas de l’Algérie une oligarchie militaire et la bourgeoisie compradore qui gravite autour d’elle nous imposèrent un système économique parasitaire et improductif avec toutes ses perversions et dépendant presque totalement de la rente pétrolière. Pour le pérenniser, il fallait traumatiser le peuple par une guerre civile dont les responsables entre autres le criminel de guerre Khaled Nezzar a fini par fuir l’Algérie pour se réfugier en Espagne. Pour justifier cette guerre et s’assurer le soutien de l’Union Européenne, le général Khaled Nezzar et consorts se servirent de la religion comme épouvantail ; voilà ce qu’il dit devant un ministre allemand, proche du chancelier Helmut Kohl : « aider nous pour parvenir à freiner l’expansion de l’islam et non pas de l’islamisme vers l’Europe, selon le témoignage de l’ex colonel Mohamed Samraoui rendu dans le « Le Procès de la Sale Guerre » .

Après avoir tétanisé le peuple algérien par cette guerre, ce régime militaire s’est permis tous les excès jusqu’à nous imposer le summum de l’indignité nationale incarnée par Abdelaziz Bouteflika, personnage grotesque et ubuesque qui a fait du peuple algérien la risée du monde entier. Ce régime à la fois traitre et corrompu a poussé le culte la personnalité jusqu’à adorer le cadre de Bouteflika et ce fut l’ultime humiliation qui a enclenché le mouvement populaire et poussé le peuple à sortir dans les rues pour réclamer sa liberté et sa souveraineté usurpées depuis 1962 .



Lundi 17 Février 2020


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