Palestine occupée

Les femmes du Hamas



Traduit par I.A.
Mardi 19 Février 2008

Nous le savons. Depuis toujours, la femme musulmane est, pour beaucoup (mais pas tous heureusement) de nos intellectuels occidentaux, nos orientalistes et nos hommes ou femmes politiques, le nerf de guerre qui permettrait de « moderniser » et de « civiliser » les musulmans et d’en faire des gens mondains et raffinés.

 

 

C’est pour cela il ne se passe pas une occasion sans que ces grands esprits héritiers des Lumières ne nous chante les louanges d’une héroïne nouvelle, ou remise à neuve, présentée comme une femme musulmane émancipée, ni pute ni soumise, et qui lutte contre « l’obscurantisme » de l’Islam et le machisme de ces hommes.

 

 

Et voilà qu’un autre type de femmes musulmanes se montre aux grand jour. Elles sont convaincues, cultivées, et elles se battent à côté des hommes. Elles dérangent alors beaucoup.

 

 

Voici le portrait de ces femmes « soumises ».

 

 

 

Les femmes du Hamas

 

 

Elles sont dans toutes les institutions, dans les mosquées, dans les rues, aux frontières et dans les brigades d’Al-Qassâm.

 

 

Vendredi 01 février 2008

 

 

Ramallah : Kifâh Zeboun

 

Ash-sharq Al-Awsat

 

 

Le mouvement de la résistance islamique (Hamas) a largement réussi à gagner ses derniers combats (politique et militaire), voire à briser le blocus imposé à Gaza en détruisant les barrières aux frontières avec l’Egypte. Les hommes du mouvement, qualifiés de durs par leurs adversaires, n’étaient pas les seuls à être derrière ces succès, bien au contraire, le mérite revenait souvent à une « armée » organisée qui, parfois, était en tête de ces batailles, ou qui se battait comme un soldat inconnu, ou qui, d’autres fois, était la tête de lance du Hamas. C’est « l’armée des femmes du Hamas ».

 

 

Nous n’exagérons pas en disant « l’armée des femmes du Hamas », car c’est une armée bien organisée dont le rôle s’est révélé fort et important dans son soutien au mouvement, lui permettant de gagner les dernières élections législatives en 2006. Et c’est cette même armée qui a forcé le passage frontalier à Rafah le mois dernier, en sensibilisant l’opinion publique et en gagnant sa sympathie avant l’arrivée des hommes avec les explosifs.

 

 

Aussi, dans les festivals « islamiques » du Hamas, contrairement à ceux du Fatah le « laïc », dans les campagnes électorales, dans les universités et les écoles, et dans les villes, les villages et les rues, on trouve les femmes du Hamas assurant une présence forte, remarquable, et apportant un grand support. Elles lèvent les drapeaux, elles sortent dans les manifestations, elles lancent les cris d’Allah-u-Akbar, elles apportent leur soutien, elles forment des délégations pour rendre visite, pour encourager et pour appuyer, et elles organisent des cercles de discussion dans les maisons et les mosquées. Beaucoup de ces femmes dirigent des associations, des écoles, et des institutions caritatives islamiques.

 

 

Ceci est, pour beaucoup d’observateurs, un paradoxe qu’ils n’arrivent pas à expliquer, car ils supposent, comme prétendent les adversaires du Hamas, que ce mouvement est « plus dur et plus fermé » en comparaison avec la liberté présumée donnée aux femmes du Fatah, un mouvement qui a toujours insisté sur les droits des femmes dans l’égalité et dans les rôles de direction.

 

 

Il est probable que la divergence entre le Fatah et le Hamas soit apparue profonde depuis le début du deuxième Intifada, où le Fatah avait autorisé à ses femmes de participer activement dans la résistance contre l’occupation. Ce n’était alors ni un sujet d’étonnement ni un sujet de polémique pour personne, car le Fatah avait déjà envoyé Dalâl Al-Maghribi en 1978 avec 11 autres fidayîn à travers la mer, pour réaliser l’une des opérations les plus célèbres où 36 israéliens furent tués. Et en 2002, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa, le bras armé du Fatah, ont envoyé, au début du deuxième Intifada, la première fille à se faire exploser pendant l’Intifada.

 

 

Wafaa’ Idrîss était une militante dans le mouvement Fatah, elle était belle et elle travaillait au croissant rouge palestinien. Elle s’était fait explosée le 27 janvier 2002 en touchant plus de 70 Israéliens à Jérusalem-Ouest. Le 30 janvier 2002, les brigades des martyrs d’Al-Aqsa ont revendiqué l’opération en déclarant : « C’est la femme martyre héroïque, et fille fière des brigades, Wafaa’ Ali Idrîss, âgée de 26 ans et habitante la citadelle d’endurance du camp Al-Amaari, département de RamAllah, qui a accompli l’opération ».

 

 

A l’époque, le Hamas freinait la participation des femmes à la résistance, notamment la réalisation des opérations martyres. Des dirigeants du mouvement avançaient alors comme prétexte la nature traditionnelle conservatrice de la société palestinienne, et des recommandations religieuses qui interdisaient l’éloignement de la femme ou son voyage sans la compagnie d’un homme ‘mouhram’ (son mari ou un homme qui ne peut se marier avec cette femme comme le père, l’oncle, le frère, etc., afin d’assurer sa protection, ndt). Mais ceci n’était pas la position de tous les mouvements islamiques. A titre d’exemple, le mouvement du Djihad Islamique envoyait ses femmes pour accomplir ce genre d’opérations.

 

 

Cette position du Hamas n’a pas duré longtemps, et la première opération martyre féminine pour le Hamas fut accomplie par Rîm Rayâshi en janvier 2004. Ce fut une surprise, et feu le cheikh Ahmad Yassine, le fondateur du Hamas et son chef spirituel, déclara alors : « le temps du djihad de la femme palestinienne vient de commencer ». Des proches du cheikh Yassine affirmèrent qu’il voulait exercer de la pression sur les Israéliens en leur disant que même nos femmes pouvaient se faire exploser dans vos figures. Dans la littérature du Hamas, la femme joue un rôle de support dans le djihad, elle est considérée comme responsable de l’éducation de la jeune génération, elle a un rôle de soutien et d’encouragement, et aussi un rôle dans l’enseignement et dans les soins médicaux durant les batailles et les guerres, entre autres.

 

 

Mais le rôle des femmes du Hamas s’est élargi et a pris d’autres dimensions plus profondes et plus globales. L’analyste politique Abdussatar Qassim dit à Ash-Sharq Al-Awsat : « Ils se basent sur les enseignements islamiques, et ce sont des enseignements qui incitent au travail pour l’intérêt public ». Selon Qassim, le mouvement du Hamas « est plus engagé et plus organisé que le mouvement du Fatah. Et il réussit mieux dans l’exploitation de toutes ses capacités ». Qassim souligne aussi que le Hamas est un mouvement dogmatique et discipliné, et qu’il a réussi à faire jouer à ses femmes un rôle axial et important. Il poursuit : « Elles ont redoublé d’efforts durant les dernières élections législatives. Elles ont animé des cercles d’études et d’orientation dans les mosquées et les différentes institutions, elles ont organisé des visites de terrain dans les communes, les villages et les camps ». Qassim insiste sur l’existence de deux raisons principales qui expliquent le succès des femmes du Hamas : le respect des enseignements de l’Islam, et le respect des consignes du mouvement. Et il ajoute qu’on ne peut pas comparer entre le Hamas et le Fatah, car le premier est un ‘tanzim’ (un système organisé et discipliné, ndt), et le deuxième ne l’est pas.

 

 

Djamila Ash-Shanti, l’une des plus remarquables dirigeantes de la mouvance féminine du Hamas, et membre de l’assemblée législative, révèle l’existence d’un tanzim féminin dans le tanzim [du Hamas]. Elle déclare à Ash-Sharq Al-Awsat : « Nous avons notre tanzim, nous ne sommes pas des suiveuses au sein du Hamas, nous avons nos propres positions, nous nous opposons souvent aux hommes, nous n’acceptons pas tout, nous proposons, nous planifions, nous décidons, nous débattons, et nous disons non et nous réalisons ce que nous considérons comme le plus adéquat ». Selon Ash-Shanti, il n’y a rien d’improvisé, d’ailleurs elle ne croit même pas qu’un travail sans organisation puisse réussir. Elle dit : « Nous sommes plus proches des gens que les femmes laïques. Nous sommes dans les mosquées, chez les martyrs et les blessés, dans les manifestation, dans les affrontements et dans la percée des frontière (en allusion à l’action de forcer le passage du Rafah entre Gaza et l’Egypte). Cependant Ash-Shanti n’y voit aucune nouveauté. Elle dit que c’est la voie du Hamas depuis toujours. Selon elle, le cheikh fondateur Ahmad Yassine travaillait sur le tanzim des hommes tout en suivant en parallèle le tanzim des femmes. En cela, Ash-Shanti veut dire que les femmes forment un tanzim indépendant qui a sa propre existence. Et elle cite comme exemple les préparations qui avaient précédé les élections législatives en déclarant : « Nos avons préparé notre plan global pour la campagne et les hommes ont préparé le leur. Et quand nous avons échangé les plans pour en prendre connaissance, ils ont découvert que le notre était meilleur ». En réponse à la question de savoir s’il y a une compétition avec les hommes. Elle dit : « Oui, mais c’est une compétition dans le cadre du mouvement unifié. D’ailleurs ils [les hommes] nous y encouragent ».

 

 

D’autre part, Ash-Shanti est d’accord avec Dr. Qassim que l’Islam est le mobile et le moteur principal. Elle dit : « C’est ainsi que l’Islam nous a enseigné. Il nous demande d’entrer en communion avec les gens, leurs affaires, leurs problèmes et leurs soucis ». Et elle ajoute : « Nous, au Hamas, avons mis en pratique l’égalité réclamée par les laïcs. Nous, les femmes, asseyons avec les hommes aux niveaux politique et militaire, dans les assemblées de concertation et de prise de décisions et aussi dans les brigades d’Al-Qassâm. Nous avons également nos propres institutions que nous gérons seules ». Ash-Shanti attribue le soutien du Hamas à sa partie féminine à « la confiance considérable » que le mouvement avait accordée dès l’origine à ses femmes dans tous les domaines, et elle ajoute : « Nous ne sommes pas faibles dans le Hamas, nous avons nos décisions et nous avons nos positions ».

 

 

Selon Ash-Shanti, ce sont les femmes du Hamas qui ont fait évoluer le concept de « la mosquée ». Elle dit : « Toutes les femmes de tous les groupes viennent à la mosquée. La mosquée n’est pas qu’un lieu de prière et de prêche religieux, c’est aussi un centre pour organiser les réunions sur les questions politiques, culturelles, sociales et de santé, et aussi pour projeter des films vidéos. Nous l’avons transformé en un concept de ‘club’ ». Ash-Shanti parle avec beaucoup de fierté de l’expérience de l’aile féminine à l’intérieur du Hamas et de leur capacité à former un « tanzim capable de faire changer les choses ».

 

 

Il est manifeste que la participation des femmes du Hamas ne se limite pas au travail populaire de mobilisation et d’orientation. Les femmes du mouvement suivent tout autant que les hommes, des entraînements militaires avancés dans les arts de combat. Il y’en a parmi elles des combattantes dans les brigades d’Al-Qassâm, le bras militaire du Hamas. Cependant, Ash-Shanti nie l’existence d’une armée militaire féminine comme on prétend, mais elle reconnaît que les femmes reçoivent des entraînements militaires pour être prêtes à affronter des situations imprévues, et elle affirme qu’il y a des familles entières qui suivent les entraînements, l’homme, son épouse, ses sœurs et ses filles, mais volontairement sans aucune contrainte.

 

 

C’est un constat que le Hamas insiste à affirmer qu’il estime, qu’il honore et qu’il se sent concerné par le rôle de la femme. Bien avant les élections législatives, le mouvement a sorti un communiqué à l’adresse de la population où il a déclaré : « Il est temps que la femme palestinienne joue son vrai rôle, et que la société reconnaisse l’importance de ses sacrifices et de ses efforts. Elle est la mère, la sœur, l’épouse et la fille qui forme les créateurs, les héros, les martyrs et les générations du futur. Le Hamas œuvrera à ce que la femme ait sont rôle dans l’assemblée législative, qu’elle soit à côté de l’homme dans la direction du combat contre l’ennemi, et qu’elle légifère les lois qui protégeront la femme et ses droits. Le Hamas combattra toutes les tentatives de marginalisation du rôle de la femme ou de le rendre superficiel ».

 

 

Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Car le Hamas a veillé, avec beaucoup d’intelligence, à présenter comme candidates des personnalités académiques et influentes, et des épouses des dirigeants « martyrs » du mouvement, ce que les Palestiniens ont alors considéré comme un acte de loyauté et d’honneur du mouvement envers ses hommes et ses femmes qui se sont sacrifiés. Il était difficile d’entrer en compétition contre une femme comme Mariam Farhât, alors qu’elle était la mère de trois combattants du Hamas qui avaient été tués par les Israéliens, et alors que son fils lui avait laissé une vidéo d’adieu avant d’attaquer une colonie israélienne en tuant cinq israéliens. Le Hamas se plait à l’appeler « Al-Khansaa’ de la Palestine » ou la « mère des martyrs » (Al-Khansaa’ bint Omar est une poétesse de la période pré-islamique convertie à l’Islam au temps du Prophète Mohammad. Elle est considérée comme la mère des martyrs, car après la mort de son quatrième enfant lors de la bataille d’Al-Qadissiyya, elle ne porta pas le deuil, remerciant plutôt Allah de l’avoir honorée de la mort martyre de ses quatre enfants, ndt). Elle a d’ailleurs été filmée pour annoncer sa candidature aux élections en portant une arme.

 

 

Six femmes du Hamas ont gagné dans les élections. Quelques unes ont été désignées comme ministres, comme Mariam Sâleh qui était devenue ministre des affaires féminines avant que le gouvernement du Hamas n’ait été destitué suite aux combats à Gaza. Elle est aujourd’hui détenue en Israël avec d’autres collègues députés. Mais malgré la destitution du gouvernement et le contrôle du Fatah sur la Cisjordanie, le rôle des femmes du Hamas n’a pas régressé, mais a pris la forme des protestations contre l’autorité du Fatah. Elles se sont même accrochées avec les appareils de sécurité à Ramallah et à Nablous plus qu’une fois. Ces appareils de sécurité voient dans une femme comme Mouna Mansour, l’épouse de Djamâl Mansour, un important dirigeant du Hamas assassiné par Israël, une femme provocatrice qui œuvre contre la stabilité en Cisjordanie.

 

 

Des femmes du Fatah reconnaissent qu’elles ne se sont rendues compte que tardivement du rôle de la mosquée dans la mobilisation des gens. Le Fatah était probablement confiant, comme le confirmaient certains de ses membres, qu’il allait gagner les voix des femmes, en considérant qu’il portait le drapeau de la libération. Mais les voix sont allées pour le Hamas qui a une attitude plus stricte et qui respecte des recommandations plus contraignantes en ce qui concerne la tenue vestimentaire par exemple. Ainsi, il n’est pas possible de voir une femme du Hamas sans le foulard et sans la tenu officielle ‘al-djilbâb’ (une sorte de manteau qui couvre tout le corps de la femme, ndt). Quelques unes portent aussi ‘al-niqâb’ (une couverture du visage, ndt), et aucune ne serre pas la main aux hommes. Ash-Shanti dit que les laïc ne comprennent pas l’Islam, il n’est pas dur et notre rôle devient de plus en plus important, et nous allons donner une vraie image de l’Islam. Ils [les laïcs] ne respectent pas leurs femmes comme le Hamas respecte ses femmes. Nous partons avant tout des convictions religieuses, dont la plus importante est de suivre la voie médiane, ce qui est une question que même des gens religieux peuvent ne pas comprendre.

 

 

http://www.aawsat.com/details.asp?section=45&article=456489&issue=10657

 

 

 



Mardi 19 Février 2008


Commentaires

1.Posté par redk le 19/02/2008 11:29 | Alerter
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super, cela va instruire des idiots haineux, qui parle pour la femme musulmane

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Commentaires