Conflits et guerres actuelles

Les enjeux geostratégiques du petrole au Moyen Orient, les routes du petrole passent par l'Islam


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Mercredi 7 Décembre 2016 - 15:38 OBAMA VEUT À TOUT PRIX LA GUERRE


Les États Unis ont deux raisons principales d'attaquer l'Irak de Saddam Hussein. La première est de rendre l'Amérique indépendante sur le plan énergétique en faisant main basse sur le petrole Irakien. La seconde est la nouvelle politique internationale américaine, qui entend bien redimensionner le cadre de ses alliances, notamment avec les Saoudiens. Elles sont dépendantes l'une de l'autre.


Samedi 19 Mars 2005


En 2030, la planète devrait consommer deux fois plus d'énergie. Selon l'Agence Internationale de l'énergie, l'OPEP produira 50% du pétrole en 2030 contre 30% environ actuellement. Le pétrole et le gaz, situés essentiellement au Proche-Orient et en Russie devraient combler cette différence de 20%. Mettre la main sur cette région du monde riche en matières premières pourrait dès lors être un enjeu important. En utilisant le pétrole irakien, G.W Bush pourrait facilement faire pression sur les pays européens et asiatiques. Pourquoi ? Parce que ces pays importent principalement du pétrole provenant en grande partie des pays de l'OPEP.

De plus, la chute de Saddam Hussein, le président irakien, et la prise de contrôle de l'Irak par les Etats-Unis bouleverseraient complètement le marché pétrolier mondial car l'Irak pourrait alors doubler sa production de pétrole brut. Conséquences d'un tel scénario : de grandes quantités de pétrole arriveraient sur le marché à bas prix. Cela bloquerait la politique des quotas et de stabilisation des prix de l'OPEP. Les Etats-Unis profiteraient dès lors de l'or noir irakien pour consolider à bas prix leurs sources d'approvisionnement en énergie.

I. Une guerre pour le pétrole

Le professeur Michael Klare de la Hampshire University du Massachusetts est l'un des meilleurs analystes de la politique étrangère des États-Unis.

Selon lui, le gouvernement Bush poursuit deux objectifs stratégiques essentiels dans ses plans de guerre contre l'Irak : "la modernisation et le développement des capacités militaires américaines ainsi que l'acquisition de réserves pétrolières supplémentaires auprès de sources étrangères" (1). Selon Klare, "quelles qu'aient pu être les intentions initiales des dirigeants américains, les trois priorités du gouvernement en matière de sécurité internationale l'amélioration des capacités militaires, la recherche de nouvelles sources de pétrole et la guerre contre le terrorisme ont désormais fusionné en un seul objectif stratégique".

La décision de placer la conquête de nouvelles ressources pétrolières comme priorité absolue a été explicitée pour la première fois par écrit dans un rapport du "National Energy Policy Devlopment Group". Il a été présenté le 17 mai 2001 par le vice-président Dick Cheney. Dans ce rapport, Cheney indiquait que les États-Unis seraient à l'avenir encore beaucoup plus dépendants des livraisons de pétrole en provenance de l'étranger. En 2001, les États-Unis dépendaient déjà pour 52% de leur consommation de sources pétrolières étrangères. En 2020, ce chiffre sera de 66%. Les États-Unis importeront 60% plus de pétrole qu'aujourd'hui. Le rapport Cheney faisait deux recommandations importantes. Plus de pétrole doit être importé depuis la région du Golfe, qui dispose de plus de deux tiers des réserves mondiales. Deuxièmement, les États-Unis doivent fortement différencier leurs importations pétrolières. Le rapport Cheney parlait de plus d'importation depuis la Caspienne (Azerbaïdjan et Kazakhstan), depuis l'Afrique (Angola et Nigeria) et l'Amérique latine (Colombie, Mexique et Venezuela). Michael Klare insiste sur le fait que toutes les régions considérées par Washington comme de potentiels fournisseurs en pétrole sont particulièrement instables et connues pour leur "fort sentiment anti-américain". Dans un discours, le président George Bush expliquait sans détours : "Nos forces d'intervention doivent être mobiles, mortelles et capables de se déployer avec le minimum de soutien logistique. Nous devons être capables de manifester notre puissance militaire à très longue distance, en quelques jours, quelques semaines plutôt qu'en quelques mois".

Les enjeux géopolitiques à moyen ou long termes

1. La « grande stratégie » américaine

La grande stratégie américaine a pour ambition de contrôler les axes d’approvisionnement en hydrocarbures que sont le Caucase et le Moyen-Orient. L’intervention en Afghanistan a permis aux américains de se positionner en Asie mineure. Les américains se sont désormais installés en Azerbaïdjan, en Ouzbékistan, en Kirghizie, et plus récemment en Géorgie. Leur présence en Asie centrale leur permet en outre de contenir la « super-puissance » en devenir qu’est la Chine. Environ 60% de l’approvisionnement en pétrole de cette dernière se fait au Moyen Orient. Lles USA, en contrôlant cette région, peuvent par la même occasion contenir toutes les velléités offensives chinoises en maîtrisant directement ses sources d’approvisionnement. Le contrôle de l’axe Ankara-Bagdad-Téhéran-Caucase passe donc par une intervention au Moyen-Orient dont l’Irak n’est qu’une première étape. Les Etats-Unis vont tenter de greffer la démocratie en Irak (comme jadis au Japon) après la chute du régime de Saddam Hussein. Cette démocratie coercitive sera présentée comme contre-modèle aux régimes de la région qui leurs sont hostiles. Parmi eux se trouve l’Arabie Saoudite qui depuis le 11 septembre n’est plus perçue comme un allié privilégié car compromis avec Al Qaida. Mais pour l’heure la disparition du régime de Saddam Hussein est la condition « sine qua non » de leur « grande stratégie ». Celle-ci vise, en instituant un régime démocratique en Irak, à isoler l’Iran et à marginaliser, grâce au pétrole irakien l’importance de celui d’Arabie Saoudite.

2. La discrète stratégie Chinoise

Avec la question taiwanaise, l’enjeu pétrolier est une des grandes obsessions qui hante la politique étrangère de Pékin. Dans la dernière décennie la consommation de pétrole a crû de 6% alors même que sa production est proche de la stagnation car ses réserves historiques dans le nord du pays sont en voie d’épuisement et les nouveaux gisements dans la province musulmane du Xinjiang souffrent de difficultés d’exploitation. Le Moyen-Orient qui fournit actuellement les 2/3 des besoins de la Chine en Hydrocarbure en fournira jusqu’à 80% à l’horizon 2010. Dans ces conditions, la Chine suit avec attention l’évolution des tensions au Moyen-Orient ; d’autant plus que la présence de troupes américaines en Afghanistan a ravivé la crainte d’un encerclement. Déjà présent à l’ouest en mer de Chine, le 11 septembre a offert aux américains le prétexte de s’encrer plus fortement en Asie Centrale. Les chinois dont les firmes pétrolières s’étaient multipliées en Asie Centrale (surtout au Kazakhstan) pour s’affranchir de la tutelle américaine (éventuellement en cas de crise du côté de Taiwan),voient donc d’un très mauvais œil le désir hégémonique des américains pour la maîtrise des routes du pétrole . La Chine qui reste objectivement la plus sérieuse menace des USA dans le futur, paraît être la plus menacée par la politique américaine. Reste à voir quelle incidence la politique extérieure des Etats-Unis aura sur les relations entre les deux pays et quelle contre-attaque peut être menée par la Chine.


http://perso.wanadoo.fr/sud.corsair/irak_enjeux.html


(1) Michael Klare, "Les vrais desseins de George Bush", Le Monde diplomatique, novembre 2002. "Resource Wars : the New Landscape of Global Conflict", Metropolitan Books, New York, 2001


Samedi 19 Mars 2005


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