Conflits et guerres actuelles

Les droits des femmes en zones de conflits


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Ce qui manque dans les rapports sur les inégalités entre hommes et femmes, c’est comment un conflit, une guerre et une intervention militaire peuvent compromettre, souvent et plus que toute autre chose, les droits et le bien-être des femmes.

Ramzy Baroud - Counterpunch


Mardi 25 Novembre 2008

L’égalité entre les sexes n’est pas un acte de vertu mais relève d’une bonne stratégie pour un avenir plus chaleureux pour toutes les nations, riches ou pauvres. (H. Moussa)
L’égalité entre les sexes n’est pas un acte de vertu mais relève d’une bonne stratégie pour un avenir plus chaleureux pour toutes les nations, riches ou pauvres. (H. Moussa)

Les autres victimes de la guerre


Ourban-Bibi et Nahil Abu-Rada sont deux femmes, l’une afghane, l’autre palestinienne, dont on a beaucoup parlé pour les tragédies similaires qu’elles ont vécu. Mais leurs drames ont, par la suite, permis d’aider à montrer la détresse de millions de femmes dans les zones de conflits et les pays pauvres.

Le service de presse des Nations unies a raconté le drame d’Ourban-Bibi, enceinte, qui avait simplement besoin de se rendre dans un hôpital. Les médecins avaient ordonné qu’elle accouche dans un établissement médical équipé, sachant que son enfant précédent était né par césarienne. Son époux et ses frères, sans ressources, avaient désespérément opté pour une délivrance à domicile, arguant des prix inabordables des taxis. La femme avait presque perdu tout son sang. Quand l’accouchement a tourné au pire, la famille l’a emmenée précipitamment à l’hôpital Faizabad, dans la province voisine. Sa vie a été sauvée, mais, de toute évidence, pas celle de son bébé.

L’histoire de Nahil n’échappe pas à une norme toujours prévisible. Cette femme palestinienne prête d’accoucher avait été rejointe par sa famille sur la route de l’hôpital de Naplouse, en Cisjordanie. L’hôpital était si proche, encore aujourd’hui. Entre leur ambulance et le salut, il y avait un check-point de l’armée israélienne, Hawara. « Rien n’a aidé. Ni les appels, ni les cris de la femme en train d’accoucher, ni les explications du père dans son hébreu excellent, ni le sang qui coulait dans la voiture. Le commandant du check-point, un bel Israélien qui avait fini ses études d’officier, entendait les cris, il voyait la femme se tordre de douleur à l’arrière de la voiture, il écoutait les appels déchirants du père, et il est resté indifférent, » raconte le journaliste israélien Gidéon Lévy, dans Ha’aretz. Et il ajoute, « Nahil Abu-Rada n’est pas la première femme à perdre son bébé à cause de l’occupation, et elle ne sera pas la dernière. »

Ces deux drames douloureux d’Ourban-Bibi et Nahil ont été relevés dans deux rapports, publiés récemment, relatifs aux droits des femmes et à l’égalité des sexes à travers le monde : le Rapport sur l’état de la population dans le monde pour l’année 2008, édité par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et le Rapport sur les inégalités entre les hommes et les femmes (Global Gender Gap Report - pdf), édité par le Forum économique mondial.

Le premier, sur l’état de la population dans le monde, recherche des stratégies de développement qui soient sensibles à la spécificité des cultures particulières, car il a constaté que la culture se trouve au cœur de la vie des peuples autant que « la santé, l’économie et la politique ».

Quant au second, sur l’inégalité entre les hommes et les femmes, il s’agit d’une vaste étude statistiques co-réalisées par des chercheurs d’Harvard et de l’Université de Berkeley (Californie), et publiée par le Forum économique mondial. Les chercheurs ont pris en compte des facteurs précis, comme le travail, l’éducation, la politique, la santé, etc., pour déterminer comment les progrès dans certains ou les manques dans d’autres de ces domaines avaient affecté, ou n’avaient pu affecter, l’égalité entre les sexes dans 130 pays, ce qui représente 90% de la population mondiale. Le résultat était prévisible pour la plus grande part, mais avec des écarts notables. « Sur 130 pays, le Canada se range au 31è rang pendant que les Etats-Unis arrivent au 27è. Le Canada est classé après la Namibie, le Sri Lanka, le Mozambique, Cuba, Trinité-et-Tobago, la Lituanie et les Philippines, entre autres » signale le Globe and Mail du Canada.

Les rapports soulèvent de nombreuses questions et révèlent nombre de défis, mais de leur propre fait, ils ont failli à aborder les combats et les tragédies de femmes comme Ourban-Bibi et Nahil Abu-Rada.

Le rapport sur l’inégalité des sexes a déclanché un délire médiatique qui conviendrait mieux à un concours de beauté - avec des gagnants et des perdants - plus qu’à traiter le problème urgent qui dure sur la violence à l’encontre de millions de femmes à travers le monde. On est même en droit de supposer que ce n’était guère l’intention du rapport et, comme on pouvait s’y attendre, il est devenu une occasion de régler des comptes politiques, de nourrir des stéréotypes religieux et, parfois, de dénigrer des cultures entières.

Celui sur l’état de la population mondiale s’est montré extrêmement sensible dans son appréciation sur la culture : les cultures non occidentales ne sont pas simplement admonestées comme le problème, et une sensibilité culturelle est recommandée comme partie de la solution.

Mais traiter des droits des femmes et des tendances culturelles (comme si ces questions n’étaient pas uniques dans le temps et dans l’espace) sans analyser les fondements des inégalités est aussi une erreur.

La culture résume l’ensemble des choix rationnels faits par les individus dans un moment défini et un espace aisément délimité. Il s’agit d’une réponse collective naturelle aux facteurs internes et externes, aux changements et aux évènements - politiques, économiques et sociaux. Des exemples en sont donnés par les femmes palestiniennes, dans les villages enfermés par les check-points israéliens, qui tendent à donner naissance à leur bébé chez elles ou dans un centre médical local non équipé, réponse naturelle au risque de perdre complètement leur bébé. Une telle pratique pourrait au bout se développer en un mode culturel.

Beaucoup de femmes afghanes se trouvent coincées entre l’occupation meurtrière étrangère et l’extrémisme et la vengeance des Talibans. Les mariages précoces sont souvent la seule occasion qui se présente aux femmes, dans certaines parties du pays, une fois arrivées à un certain âge, quelquefois dès l’âge de 9 ans.

On peut dire la même chose à propos de l’Iraq, où les femmes qui avaient acquis comparativement un statut élevé dans les années d’avant la guerre, ont depuis subi d’innombrables humiliations. Merci à la « libération » de leur pays par les Etats-Unis, les femmes d’Iraq constituent aujourd’hui, un large pourcentage de la prostitution dans la région, phénomène étranger à la société iraquienne d’antan.

Cela signifie que la souffrance des femmes résulte toujours des interventions militaires étrangères - masquées sous le signe de « l’humanitaire » dans certains cas - sans rendre irréprochables les cultures locales, les coutumes archaïques et l’interprétation de la religion.

Mais ce qui manque dans ces rapports, et dans les analyses qui ont suivi, c’est comment un conflit, une guerre et une intervention militaire peuvent compromettre, souvent et plus que toute autre chose, les droits et le bien-être des femmes.

La question des droits des femmes est une question urgente, pas simplement à cause de statistiques horrifiantes. (Les femmes et les filles sont les plus pauvres, les moins instruites et les premières victimes de la violence dans le monde). Mais aussi parce qu’on ne peut arriver à aucun réels progrès et développement, ou bonne gouvernance, quand la moitié de la société est marginalisée et maltraitée. L’égalité entre les sexes n’est pas un acte de vertu, mais elle relève d’une bonne stratégie pour un avenir plus chaleureux pour toutes les nations, riches ou pauvres. Pour aborder la question correctement, les études et les rapports doivent fouiller dans les racines des souffrances des femmes, et ne pas se satisfaire avec des indicateurs numériques qui ne donnent que la moitié de l’histoire.

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Ramzy Baroud est l’auteur de The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »

Site Internet :
www.ramzybaroud.net

Weekend Edition - 21/23 novembre 2008 - Counterpunch - traduction : JPP


http://www.info-palestine.net



Mardi 25 Novembre 2008


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