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Les dogmes du libre échange et de l'immigration ouverte doivent être repensés



Paul Craig Roberts
Vendredi 17 Août 2007

Les dogmes du libre échange et de l'immigration ouverte doivent être repensés


Par Paul Craig Roberts, le 16 août 2007


​​​​À l'époque où même le Wall Street Journal a disparu dans la gueule d'un immense conglomérat de médias, le New York Times reste un journal indépendant. Mais il ne fait montre d'aucune indépendance dans le reportage ou dans la pensée.


​​​​Le Times a publié son mea culpa pour avoir laissé sa journaliste, Judith Miller, mal informer ses lecteurs au sujet de l'Irak, aidant de ce fait les néo-conservateurs a préparer le terrain pour leur invasion. Maintenant les reportages du Times sur l'Iran semble répéter l'erreur. Quand les USA auront commis un autre acte insensé d'agression flagrante en bombardant l'Iran, le Times publiera-t-il un autre mea culpa ?


​​​​Les éditoriaux du Times servent aussi de tuyaux de communication pour la propagande. Le 13 août, son éditorial a sauté sur la Chine pour « ses menaces irresponsables » qui mettent en péril le libre échange. Les éditorialistes du Times ne comprennent pas que la délocalisation des jobs étasuniens, qu'ils croient par erreur être du libre échange, est une plus grande menace pour les USA que les Chinois, fatigués des brimades US, rappelant que la Chine est le banquier des USA.


​​​​Passons en revue brièvement la « menace de la Chine » et tournons-nous ensuite vers le véritable problème.


​​​​Les membres du gouvernement croient, comme de nombreux étasuniens, que la devise chinoise est sous-évaluée par rapport au dollar et que c'est la raison de leur gros déficit commercial avec la Chine. D'où la pression continue pour que soit appliquée en Chine la réévaluation de sa devise afin de réduire son avantage commercial par rapport aux marchandises fabriquées aux USA.


​​​​La pression exercée sur la Chine est mal orientée. Le taux de change n'est pas la cause principale du déficit commercial des USA avec la Chine. Le coût du travail, les réglementations et le harcèlement sont bien moindres en Chine, et les sociétés US y ont délocalisé leur production afin de bénéficier de ses coûts inférieurs. Quand une compagnie déplace sa production des USA vers l'étranger, elle transforme le PIB de son pays en importations. Chaque fois qu'une compagnie US délocalise ses biens et ses services, ils ajoutent au déficit commercial US.


​​​​Manifestement, c'est une erreur du gouvernement et des économistes de penser que le déséquilibre est produit par les compagnies chinoises vendant des marchandises moins chères que celles fabriquées par les compagnies aux USA. Le déséquilibre résulte des compagnies US produisant des marchandises en Chine et les vendant aux USA.


​​​​Beaucoup croient que la solution est de forcer la Chine à réévaluer sa devise, faisant ainsi monter de 70% les prix des marchandises sur les étagères de Wal-Mart Mystérieusement, les membres du gouvernement pensent qu'ils aideraient le consommateur US, qui est aussi dépendant des produits manufacturés importés que de l'énergie importée, en lui faisant payer des prix plus élevés.


​​​​La Chine croit que le taux de change n'est pas la cause de la délocalisation US et s'oppose à tout changement rapide de la valeur de sa devise. Dans un message publié afin de dire aux USA d'atténuer ses intimidations publiques, la Chine a rappelé à Washington que les USA ne détiennent pas toutes les cartes.


​​​​L'éditorial du New York Times exprime la crainte que la « menace » Chinoise entraîne les législateurs US protectionnistes à fixer un barème des prix et à commencer une guerre commerciale. « Le libre échange, le marché libre » des économistes se précipite pour nous dire à quel point ce serait mauvais pour le consommateur US : Un barème des prix augmenterait le coût des biens de consommation.


​​​​Les économistes du marché libre ne nous disent pas que la dépréciation du dollar aurait le même effet. Le prix des marchandises fabriquées en Chine augmenteraient de 30 pour cent si un barème de 30 pour cent était mis sur eux, et le prix des marchandises augmenteraient de 30 pour cent si la valeur de la devise chinoise montait de 30 pour cent contre le dollar.


​​​​Ainsi, pourquoi toutes ces histoires au sujet des tarifs ?


​​​​Le cinéma au sujet des barèmes est même encore plus insensé quand on réalise que leur but est de protéger les marchandises fabriquées dans le pays contre les importations meilleur marché. Pourtant, les barèmes US seraient aujourd'hui imposés à la production délocalisée des entreprises US. À l'ère de la délocalisation, il n'y a pas de corps électoral pour les barèmes.


​​​​Les barèmes profiteraient au travail étasunien, un truc auquel la Chambre de Commerce, l'Association Nationale des Fabricants, et le Parti Républicain s'opposeraient fortement. Un barème d'équilibrage des salaire supprimerait une grande partie des avantages de la délocalisation. Les profits baisseraient, et avec des bénéfices inférieurs viendraient une indemnisation du président et des rapports aux actionnaires plus bas.


​​​​Manifestement, l'intérêt des entreprises et de Wall Street ne veut pas d'un barème.


​​​​Le New York Times et le « libre échange » économiste n'ont pas pigé, parce qu'ils pensent par erreur que la délocalisation est du commerce. En fait, la délocalisation est de l'arbitrage du travail. Le travail des USA est simplement supprimé des fonctions de la production qui élaborent des marchandises et des services pour les marchés US et est remplacé par le travail étranger. Aucun commerce n'est impliqué. Au lieu d'être produites aux USA, les marques US vendues aux USA sont produites en Chine.


​​​​Ce n'est pas la faute de la Chine si les sociétés US ont si peu de respect pour leurs camarade employés et citoyens qu'elles détruisent leurs opportunités économiques et les donnent à la place aux étrangers.


​​​​Il est paradoxal que tout le monde rende la Chine responsable du comportement des sociétés US. Qu'est-ce que la Chine est censée faire, fermer ses frontières au capital étranger ?


​​​​Quand les économistes du marché libre s'alignent, comme ils l'ont fait, avec des étrangers contre les citoyens US, ils détruisent leur crédibilité et l'avenir de la liberté économique. Récemment, l'Independent Institute, auquel je suis associé, a fait ressortir que les associations du marché libre « ont défendu une immigration totalement ouverte et un marché libre du travail, » en soulignant que 500 économistes ont signé la lettre ouverte de l'Independent Institute sur l'immigration au nom de l'ouverture de l'immigration.


​​​​Une telle politique est satisfaisante pour quelques-uns pour sa pureté idéologique. Mais elle signifie en pratique que les étasuniens, qui sont déplacés dans leurs jobs de professionnels et de fabrication par la délocalisation et le travail des visas pour les étrangers, ne peuvent pas aussi trouver de boulot dans les travaux non qualifiés et demi-qualifiés assurés par les immigrés illégaux. Une politique de marché libre qui envoie paître le travailleur étasunien ne va pas être acceptée par la population. Une telle politique sert seulement les propriétaires du capital et ses cadres supérieurs.


​​​​Les économistes du marché libre contesteront cette conclusion. Ils prétendent que la délocalisation et l'immigration sans restriction fournissent aux consommateurs des prix meilleur marché. Ce que les économistes du marché libre ne disent pas est que la délocalisation et l'immigration sans restriction fournissent aussi aux citoyens US des revenus inférieurs, peu de possibilités d'emploi, et moins de jobs substantiels. Il n'y a pas de preuve que les prix à la consommation tombent plus que les revenus de sorte que l'on puisse dire que les citoyens US en bénéficient matériellement. L'expérience psychologique d'un citoyen perdant sa carrière au profit d'un étranger est aliénante.


​​​​Les économistes du marché libre ignorent qu'un pays délocalisant se production délocalise aussi ses jobs. Il devient dépendant des marchandises et des services faits à l'étrangers, mais manque de recettes d'exportation suffisantes pour les payer. Un pays dont la main d'œuvre est réaffectée, sous la pression de la délocalisation, aux services domestiques n'a rien à échanger pour ses importations. C'est pourquoi le déficit commercial US a explosé jusqu'à plus de 800 milliards de dollars par an.


​​​​Parmi tous pays du monde, seuls les USA peuvent s'en tirer avec des déficits commerciaux qui explosent. La raison est que les USA ont hérité de la Grande-Bretagne, exténuée par deux guerres mondiales, du rôle de détenteur de la monnaie de réserve. Être le pays de la monnaie de réserve signifie que votre devise est le moyen de paiement accepté pour payer les comptes internationaux. Les pays payent leurs factures d'importation de pétrole en dollars et règlent les déficits de leurs comptes commerciaux en dollars.


​​​​Les énormes et continuels déficits US épuisent le dollar comme monnaie de réserve. Un moment viendra où les USA ne pourront plus payer les importations, dont ils sont devenus toujours plus dépendants, par l'inondation du monde avec toujours plus de dollars.


​​​​La délocalisation et l'idéologie du marché libre transforment les USA en pays du tiers monde. Selon le bureau des statistiques du travail, un quart de tous les nouveaux emplois US créés entre juin 2006 et juin 2007 étaient pour les serveuses et les barmans. Presque tous les nouveaux boulots nets US du 21ème siècle sont dans les services domestiques.


​​​​Les économistes du marché libre ignorent simplement les faits et poursuivent avec leurs justifications idéologiques des frontières ouvertes, une politique qui détruit rapidement l'échelles sociale de mobilité ascendante de la population.



Original : http://www.vdare.com/roberts/070816_china.htm
Traduction de Pétrus Lombard pour Alter Info




Jeudi 24 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par Fred le 21/08/2007 09:33 | Alerter
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Vivement que ce pays s'écroule, ou il entrainera le monde dans une guerre la plus destructrice jamais vu jusqu'a lors. Mais que font les médias de nos chères pays occidentaux. Ça veut dir quoi être journaliste aujourd'hui ?

2.Posté par Gilles COUTURIER le 21/08/2007 13:17 | Alerter
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____Quand une compagnie déplace sa production des USA vers l'étranger, elle transforme le PIB de son pays en importations. ____La Chine croit que le taux de change n'est pas la cause de la délocalisation US et s'oppose à tout changement rapide de la valeur de sa devise.____

Les chinois, malgré leur taux de croissance sont pour la stabilité...! Quelle sagesse légendaire...La grande STABILITE...

_____Une telle politique sert seulement les propriétaires du capital et ses cadres supérieurs._____Eux, par contre, ont choisi l'IMMOBILISME...comment, alors que la pyramide s'écroule, font-ils pour tenir...s'accrochent-ils au pinceau...?

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