Politique Nationale/Internationale

Les démocrates au Sénat américain promettent le financement nécessaire à la continuation de la guerre


Affirmant leur soutien à une occupation élargie et de durée indéterminée de l’occupation américaine de l’Irak, deux sénateurs démocrates influents ont déclaré à la télévision dimanche qu’en aucun cas la majorité démocrate au Congrès ne mettrait un terme au financement de la guerre.


Patrick Martin
Vendredi 13 Avril 2007


Par Patrick Martin




Carl Levin, président de la commission du Sénat sur les forces armées, était à l’émission This Week sur la chaîne de télévision ABC alors que Charles Schumer, président du comité électoral démocrate pour le Sénat s’exprimait sur Fox News Sunday.

Levin a rejeté la déclaration du leader de la majorité au Sénat, Harry Reid, qui avait déclaré qu’il soutiendrait une mesure visant à limiter les crédits de guerre au-delà de mars 2008 si le président George W. Bush utilise son veto pour bloquer une résolution actuellement devant le Congrès américain. Cette résolution veut imposer des critères de performance au gouvernement irakien et le menace d’un retrait limité des forces américaines de l’Irak dans le cas où ces critères ne seraient pas respectés. Reid avait dit qu’il soutiendrait le projet de loi introduit par le sénateur Russell Feingold du Wisconsin si Bush opposait son veto comme il en a l’intention.

Le projet de loi Feingold-Reid est voué à l’échec, a déclaré Levin. « Harry Reid a reconnu que ce n’est pas ce qui va se passer. Il a une position personnelle et il a dit que ce n’est pas celle du caucus démocrate. Il a été très clair lorsqu’il a apporté son soutien à une loi qui mettrait fin au financement [de l’armée en Irak] dans certaines circonstances. »

« Nous n’allons pas voter pour diminuer le financement, point final, a dit Levin. Nous allons financer les troupes. Nous l’avons toujours fait. » Il a ajouté : « Nous sommes absolument convaincus qu’il faut soutenir les troupes, mais nous sommes aussi convaincus qu’il faut faire pression sur les dirigeants irakiens pour qu’ils tiennent leurs engagements. Sans cet accord de leur part, il n’y a pas de solution militaire. »

Levin a suggéré deux bases d’entente possibles avec la Maison-Blanche après un veto de Bush. La loi pourrait conserver les critères de performance proposés, mais laisser tomber la menace de retrait limité des troupes prévu pour le 31 mars de l’an prochain. « Si cela ne marche pas et que le président oppose son veto à la loi à cause de cela, a-t-il continué, et c’est ce qu’il fera, alors cet aspect sera retiré, parce que nous allons financer les troupes. »

Schumer, numéro trois de la majorité démocrate au Sénat, a dit que les démocrates chercheront à présenter le veto de Bush comme une attaque envers les troupes en Irak. Décrivant la soi-disant résolution contre la guerre en Irak votée selon les lignes de parti par le Sénat avec 50 en faveur et 48 contre, il a dit : « Avec cette résolution que nous envoyons au président, nous donnons en fait même un peu plus d’argent pour les troupes que n’en a réclamé le président. Et rien — je dis bien, rien — ne fera obstacle à notre soutien entier aux troupes. Mais, deuxièmement, en même temps, nous sommes absolument convaincus que nous devons changer de stratégie en Irak. Nous sommes, dans les faits, en train d’assurer l’ordre dans une guerre civile. »

Schumer a défendu le projet de loi de Feingold et Reid en affirmant que celui-ci « n’appelait pas au retrait de toutes les troupes ». Il a expliqué : « Il appelle à continuer le financement, même au-delà de mars 2008, c’est à dire dans un an, pour trois missions : le contre-terrorisme, qui a toujours été l’objectif de la mission initiale, protéger nos forces, et former les Irakiens. Et deuxièmement, nous n’allons tout simplement pas laisser les troupes en plan, un point c’est tout. Le sénateur Reid l’a dit. Je l’ai dit. Tous les dirigeants du Parti démocrate l’ont dit. Mais nous n’allons pas abandonner notre quête visant à forcer le président à essentiellement changer de stratégie. Nous ne devrions pas être le service d’ordre dans une guerre civile. Nous devrions combattre le contre-terrorisme. »

Ces affirmations ne font pas seulement la démonstration d’une capitulation de la direction du Parti démocrate face à l’administration Bush ; elles représentent une déclaration de solidarité avec les objectifs de l’impérialisme américain en Irak. Levin et Schumer prouvent que toute la position soi-disant anti-guerre qu’affiche le Congrès démocrate — résolutions non exécutoires, projets de loi de financement de la guerre avec calendriers et critères de performance — est un exercice de duplicité politique.

L’essence de la politique du Parti démocrate est de calibrer ses actions afin d’accorder tout le soutien matériel nécessaire à l’occupation militaire américaine de l’Irak, tout en ne soutenant qu’en paroles les sentiments populaires anti-guerre qui ont donné le contrôle du Congrès aux démocrates lors des élections de 2006. Ils tentent d’accomplir deux objectifs cruciaux de l’élite dirigeante américaine : maintenir l’emprise des Etats-Unis sur l’Irak et ses énormes richesses pétrolières, et empêcher l’émergence d’un véritable mouvement contre la guerre, qui devrait nécessairement rompre avec le système bipartite et adopter une trajectoire politique indépendante.

Tous les démocrates en vue de la Chambre des représentants et du Sénat ont même adopté le langage de la Maison-Blanche dans leurs discussions sur le financement d’urgence, présentant le fait de voter contre le projet de loi comme une attaque envers les soldats. Bush, lors de son discours samedi à la radio, a exigé que le Congrès fournisse aux troupes « les fonds, les ressources et l’équipement dont ils ont besoin pour faire leur travail ».

Les démocrates du Sénat, plutôt que de faire respecter le droit constitutionnel du Congrès de mettre un terme au financement et forcer l’arrêt de la guerre — sauvant ainsi la vie des soldats — ont repris les paroles de Bush, et déclaré par la voix de Schumer, que « nous n’allons tout simplement pas laisser les troupes en plan, un point c’est tout ».

En rejetant totalement l’arrêt du financement, Levin et Schumer vont plus loin que certains sénateurs républicains. Arlen Spector de Pennsylvanie, par exemple, a déclaré lors d’une émission dimanche qu’il n’était pas prêt à « arrêter le financement dans l’immédiat ». Ajoutant : « Mais ma patience, comme celle de beaucoup d’autres, a des limites. »

Il ne fait aucun doute que la position ouvertement en faveur de la guerre, des dirigeants démocrates, a un impact sur la conscience publique. Selon un sondage d’opinion publié ce week-end, alors que 62 pour cent des personnes interrogées sont opposées à la façon dont Bush mène la guerre, 57 pour cent s’opposent également aux actions des démocrates au Congrès, une indication que le sentiment anti-guerre commence à se retourner contre les deux partis.

Dans leurs commentaires sur la guerre ces derniers jours, les démocrates au Sénat aussi bien que la représentante à la Chambre, Nancy Pelosi, ont une fois de plus repris les conclusions du rapport déposé par le Groupe d’étude sur l’Irak, dirigé par l’ancien secrétaire d’Etat, James Baker et l’ancien congressiste démocrate, Lee Hamilton. Le rapport Baker-Hamilton a été en grande partie mis de côté après que ses principales conclusions aient été rejetées par la Maison-Blanche qui était faveur de l’escalade militaire, escalade qui a pris la forme d’une « intensification » de près de 30 000 soldats additionnels à Bagdad et dans la province d’Anbar.

Mais dans les dernières semaines, Hamilton et Baker ont tous deux publié des commentaires dans les journaux à grand tirage, appelant à ce qu’on revienne à leur approche bipartisane à la guerre. L’article de Baker, publié le 5 avril dans le Washington Post, soulignait les dangers politiques à l’intérieur du pays et appelait à ce que le rapport du Groupe d’étude sur l’Irak serve de base pour recréer un « consensus national » sur la guerre. Baker insistait dans son commentaire que dans son rapport, les membres du groupe d’étude avaient rejeté un retrait « prématuré » des troupes américaines.

Pelosi avait cité le rapport Baker-Hamilton pour justifier son voyage en Syrie la semaine dernière, qui a été vertement dénoncé par la Maison-Blanche. Le Groupe d’étude sur l’Irak avait recommandé une approche diplomatique américaine envers la Syrie voire même l’Iran, dans le but d’obtenir l’aide de ces régimes pour éviter l’effondrement total de la position américaine en Irak.

Les démocrates au Congrès, bien qu’ils critiquent à l’occasion très vigoureusement la compétence de l’administration Bush dans la conquête et l’occupation de l’Irak, ont adopté toutes les suppositions sous-tendant la justification de la Maison-Blanche pour sa guerre d’agression. Les « critères de performance » incorporés dans les législations de la Chambre des représentants et au Sénat, accordant les crédits d’urgence essentiels pour la poursuite de la guerre, ont déjà été proposés par l’administration Bush elle-même. Parmi ceux-ci, on trouve la demande — d’une importance centrale pour l’élite dirigeante américaine — que le gouvernement irakien adopte au plus tard le 1er juillet 2007, une loi nationale permettant la privatisation et la vente des réserves pétrolières du pays.

(Article original paru le 10 avril 2007) wsws.org


Vendredi 13 Avril 2007

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