Opinion

Les défis du futur en Algérie : L’énergie et les changements climatiques expliquée à nos gouvernants


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«Le spectacle du monde ressemble à celui des Jeux olympiques : les uns y tiennent boutique ; d´autres paient de leur personne ; d´autres se contentent de regarder.»

Pythagore


Chems Eddine CHITOUR
Jeudi 19 Novembre 2009

Les défis du futur en Algérie : L’énergie et les changements climatiques expliquée à nos gouvernants
Nous avons vu dans une précédente contribution que la consommation d’énergie de la planète était composée à plus de 80% en énergie fossile (charbon, pétrole, gaz naturel), ce qui génère plus de 27 milliards de tonnes de CO2 dont la majorité va dans l’atmosphère et l’autre se dissout dans les océans, participant d’une façon irréversible à son acidification avec comme conséquence prévisible la destruction de la flore marine. Pis encore, l’AIE dans une démarche schizophrène nous avertit de la nécessité d’investir à marche forcée dans les énergies renouvelables tout en nous apprenant qu’il faut 10.000 milliards de dollars pour combattre les changements climatiques et arriver à 105 millions de barils /jour en 2030 contre 84 millions de barils/jour actuellement, nous assénant du même coup le fait qu’il y aura toujours 80% de l’énergie consommée, qui sera d’origine fossile ! L’AIE pointe du doigt les pays émergents responsables de la pollution future et milite pour des prix bas du pétrole ! Ce qui empêche toute compétitivité des énergies renouvelables et le développement des technologies chères de la séquestration du CO2.(1)
 
 Toute nation, à un moment donné de son histoire, doit faire le point sur son devenir. Eu égard aux mutations profondes rapides et dangereuses que subit le monde. L’Algérie ne doit faire pas exception. Elle est de ce fait, sommée de se déterminer par rapport aux multiples défis qu’elle se doit d’affronter.
Depuis près de cinquante ans, la vie économique algérienne s’est organisée autour des recettes pétrolières. Au total, durant la décennie 2000, c’est plus de 300 milliards de dollars qui ont été engrangés. Pourtant, malgré des réserves de change évaluées à 140 milliards de dollars (juin 2009), malgré des réalisations importantes, il n’y a pas réellement de création de richesses...L’Algérie est visiblement un pays riche avec une population pauvre. Je l’ai souvent écrit : «Rouler en 4x4 avec un portable à l’oreille n’est pas un signe de développement.» L’illusion du développement devrait laisser la place à l’effort avec une remise à plat de nos forces et de nos faiblesses.
 
 Comment se présente l’énergie en Algérie?
 
 Ce préambule était nécessaire pour arriver à décrire la réalité de nos richesses. D’après plusieurs sources (AIE et BP), les réserves pétrolières de l’Algérie sont estimées entre 16 et 17 milliards de barils. Les découvertes faites chaque année ne couvrent qu’une partie de la production.
On parle de 60%. Cela veut dire que chaque année nous entamons inexorablement les réserves avec un pourcentage de plus en plus élevé. La production actuelle est de l’ordre de 1, 4 million de barils/jour tous liquides confondus. S’agissant du gaz naturel, nos réserves de 4359 milliards de m3 nous placent en 9e position. L’Algérie exporte plus de 60 milliards de m3 de gaz La consommation nationale d’électricité connaît une hausse annuelle de 5,8%. Selon un rapport du ministère de l’Energie et des Mines, la capacité nationale de production électrique est passée de 5907 Mégawatts en 2000 à
8502 Mégawatts fin 2008. Le groupe Sonelgaz prévoit de porter la capacité installée de production d’électricité à 12.771 MW à l’horizon 2012, contre 8502 MW à fin 2008. La consommation de l’Algérie est d’environ 32 millions de tonnes équivalent pétrole pour 35 millions d’habitants à près de 100%, elle est uniquement composée d’hydrocarbures. L’Algérie est classée dans la catégorie des pays à 1000 kWh/an, soit près de trois fois moins que la moyenne mondiale, l’Américain consomme 14 fois plus d’énergie qu’un Algérien. Au Maghreb, elle se classe loin derrière la Libye et la Tunisie. Enfin, elle est le 20e pays arabe sur 23 en termes de consommation d’énergie. C’est dire que malgré les efforts qui ont été faits pour porter la puissance installée à 7000 MW, il reste encore du chemin pour rattraper le retard par rapport à la moyenne mondiale (environ 2700 kWh, soit environ 2,8 fois la production algérienne).
 
 Pailleurs, dans toutes les prévisions de consommation, il n’est nulle part tenu compte de l’entrée progressive et importante et incontournable des énergies renouvelables dans les bilans énergétiques de l’Algérie telles que le solaire, l’éolien, le géothermique ; dans les statistiques actuelles, elles sont infimes. Le parc automobile en Algérie est estimé à 5,5 millions de voitures. Est-il normal qu’il y ait des dizaines de marques qui vendent des véhicules qui, s’ils répondent aux techniques classiques, sont tout de même très énergivores. Il faut savoir par exemple que les voitures émettant plus de 160g/CO2 par km sont de moins en moins acceptées en Europe. La norme pour
2012 est de 120g de CO2 par km, ce qui correspond globalement à 4 litres aux 100 km. Par ailleurs, nous avons des difficultés à assurer l’approvisionnement en carburant et surtout en gas oil qu’on est obligé d’importer pour des dizaines de millions de dollars. Dans le même temps, nous avons du gaz naturel et nous avons du GPL en quantité avec, certaines fois, des difficultés à placer le GPL sur le marché international. Pendant ce temps, on continue à faire des Salons où on importe des véhicules difficilement vendables dans les pays d’origine pour cause d’excès de consommation d’énergie.
 
 S’agissant des perturbations climatiques, l’Algérie et les pays du Maghreb seront très vulnérables aux changements climatiques selon une étude de «Climate Change Knowledge Network». Il est dit que la température a augmenté de 1°C ces trente dernières années, ce qui induit une fréquence accrue des sécheresses et inondations. Les changements climatiques représentent une véritable menace pour le développement et pour la vie des populations. En Europe, à titre d’exemple, on se prépare à faire face aux changements climatiques d’une façon scientifique. Dernier point, nous prenons beaucoup de retard. A titre d’exemple, le Maroc se lance résolument dans les énergies renouvelables. L’agence presse espagnole EFE du 5 novembre nous apprend que le Maroc a présenté un projet pour la construction de cinq centrales solaires grâce à un accord stratégique passé avec l’Espagne et l’Allemagne. Le projet sera mis en chantier en novembre 2010 et deux de ces centrales seront construites au Sahara occidental.
 
 Un Plan Marshall multidimensionnel pour l’Algérie
 
 L’eau, l’énergie et l’environnement sont le triptyque autour duquel devrait s’articuler, dans une grande mesure, le développement économique scientifique du pays pour les prochaines décennies. Beaucoup de réalisations sont à mettre à l’actif du secteur de l’eau et dans celui des hydrocarbures. Les ressources hydriques, et énergétiques sont limitées.
Supposons pour fixer les idées, que nous voulons prévoir l’avenir énergétique de l’Algérie à l’horizon 2030, compte tenu des contraintes objectives et de l’hypothèse vraisemblable, d’après les études, que l’Algérie n’exportera plus de pétrole à partir de 2030 avant de devenir importatrice quelques années plus tard. Etant dépendant à 98% pour nos exportations du pétrole, la stratégie à mettre en oeuvre consistera justement à un triple objectif : d’abord faire la chasse au gaspillage : des études ont montré que les gisements d’économie d’énergie dépassaient les 20%, voire les 30%. Notamment dans deux domaines, le domaine des transports et celui de l’habitat particulier ou administratif. Optimiser la croissance en allant vers la sobriété énergétique. Assurer une relève graduelle par les énergies renouvelables, en allant vers les énergies non carbonées en développant à marche forcée les énergies renouvelables. Diminuer l’intensité énergétique, consommer moins en consommant mieux. Modérer et dimensionner notre production en fonction des stricts besoins de l’Algérie en rompant une bonne fois pour toutes avec la culpabilité de «nos engagements».
Nous aurons en 2030 près de 45 millions d’habitants, la production de pétrole et de gaz suffira uniquement aux besoins intérieurs de l’Algérie si l’on parle de l’hypothèse la plus probable de 2 tep/hab /an et de 5000 kWh/hab/an, soit une consommation interne de près de 100 millions de tonnes de pétrole (tep) contre 34 actuellement. Nous aurons donc à multiplier notre consommation par 3 ; en fait, il faut passer de la situation où personne ne se sent concerné à une situation où tout le monde, à des degrés divers, se sent concerné.
 
 Le gisement solaire est l’un des plus importants au monde en étendue (2,millions de km²) et en intensité. Une initiative intéressante a été faite par le groupe Cevital qui a pu faire partie d’un Consortium d’études sur les centrales solaires dans le Bassin méditerranéen. Le 13 juillet a été donné le coup d’envoi du gigantesque projet d’énergie solaire Desertec, qui pourrait marquer l’aube d’une ère énergétique nouvelle. L’Algérie devrait profiter de cette opportunité pour se «frotter» au gotha mondial du renouvelable et acquérir un savoir-faire. En l’occurrence, cette expérience devrait être aussi multipliée avec d’autres partenaires. Une autre récente étude montre que l’apport du Sahara est un facteur efficace de lutte contre le changement climatique. Les modèles climatiques indiquent que les régions passant du désert à la forêt et verraient la température descendre de 8° à 4°C. Cette couverture végétale génèrerait des nuages et l’apport de pluies, entre 700 et 1200 millimètres par an, disent les chercheurs. D’après leurs estimations, si une grande partie du Sahara était ainsi boisée, les arbres absorberaient huit milliards de tonnes de carbone par an, soit presque autant qu’en rejette la combustion des combustibles fossiles Des forêts plantées dans le Sahara y réduiraient les températures locales de 8 à 4°C (zones en bleu). De plus, le bois produit aurait un bilan carbone nul (2)
 
 L’instauration du «barrage vert», juste retour des choses, s’inscrit dans cette perspective. L’Algérie devrait commencer à y réfléchir sérieusement en levant des fonds internationaux. Par ailleurs, il est connu que le potentiel agro-forestier correspondrait à 35 millions de tep dont environ 10% sont exploitables chaque année. Cette «énergie n’est pas exploitée», elle correspondait à 3, 5 millions de tep, soit l’équivalent de 1, 8 milliard de dollars au cours actuel de 70 dollars. Une initiative qui consistait à valoriser les déchets de dattes aurait pu, si elle n’avait pas été arrêtée, permettre de produire du bioéthanol à partir de déchets de palmiers dattiers, à savoir 150.000 tonnes. De plus, les 200 sources d’énergie géothermiques que compte l’Algérie, attendent d’être développées pour contribuer à la fois au développement industriel mais aussi au bilan énergétique dans le cadre du tertiaire.
 
 La formation des hommes
 
 Au vu des défis qui nous attendent, une bonne partie des enseignements du supérieur devraient être revus, notamment dans les disciplines technologiques pour prendre en charge les nouveaux défis. Comment par exemple contribuer à construire ses propres centrales solaires éoliennes, ses propres digesteurs de biomasse? En un mot, comment mettre en place la machine de la création de richesse? Une réponse possible : le recours d’une façon massive à l’université, à la richesse dans le cadre de mémoires d’ingénieur, de thèses de magister ou de doctorat pour créer graduellement un savoir et une expertise pour aboutir à construire soi-même sa propre centrale. Imiter les Chinois et les Indiens qui ont mis en place leur propre technologie.
L’expérience de Cévital en tant que transfert de savoir et savoir-faire est une réponse La mise en place d’une base technologique qui mise sur l’université, sera à n’en point douter, le creuset des «start-up» notamment dans le domaine de l’énergie, permettrait de donner une perspective aux milliers de diplômés. Les défis du pays sont immenses. A titre d’exemple, le pays dispose d’une formidable base technologique en l’Ecole Polytechnique. Il est vital pour le salut du pays de la mettre à contribution pour prendre en charge les formidables défis rendus incontournables par la marche du monde.
 
 L’Ecole se doit de montrer qu’elle est à l’avant-garde en proposant de nouveaux programmes et une nouvelle vision de la technologie du futur, notamment dans le domaine des nanotechnologies et leurs applications multiples, notamment dans le photovoltaique. Cela est aussi le cas de l’énergie, de l’eau et de l’environnement qui sont les trois défis de l’avenir avec celui de la sécurité alimentaire. Le maître-mot en tout est l’autonomie, la production nationale qu’il faut encourager par la création de nos outils. La meilleure énergie est celle que l’on ne gaspille pas, dit-on. On devrait ajouter que pour le pays, la meilleure énergie c’est sa jeunesse qui devra être partie prenante de son avenir On sait que la Méditerranée entière va être confrontée à une augmentation notable de la demande en énergie. A cet égard, le cas du gaz naturel est édifiant, un pays comme l’Algérie étant appelé à «passer» de 60 milliards de mètres cubes exportés en 2006 à 110 milliards en 2020. Une évolution qui fait de ce pays un élément-clé pour la sécurité énergétique de l’Europe.
 
 L’Algérie devra-t-elle continuer à défendre les intérêts de l’Europe en épuisant rapidement ses ressources au détriment du legs à laisser aux générations qui auront à gérer ce pays à partir de 2030? Il n’est pas normal, le croyons-nous, que le prix de l’énergie soit aussi dérisoire qu’
une bouteille d’eau minérale est l’équivalent de 5 m3 d’eau potable.
Rien de pérenne ne restera si dans le domaine des potentiels non renouvelables, une vérité des prix et une politique réaliste n’étaient pas en oeuvre. Il faut prendre le parti d’être impopulaire au départ pour expliquer des mesures utiles et incontournables à long terme. Reculer les échéances, certes, fera gagner du temps et acheter une paix sociale précaire, mais l’addition ne sera que plus salée, quand la réalité nous condamnera à appliquer par exemple la vérité des prix d’«une façon brutale et irréversible».
 
 Pourquoi ne pas y aller d’une façon graduelle et habituer le citoyen à être un écocitoyen? Le modèle énergétique qui fera préalablement l’inventaire de notre potentiel énergétique proposera des applications visant à substituer le «tout-gaz naturel ou tout-pétrole» par ce «fameux bouquet énergétique». Nul doute que ce seront des milliers d’emplois qui permettront de mettre en musique ce Plan Marshall pour une stratégie énergétique pour les vingt prochaines années. On l'aura compris la citation de Pithagore est pour nous une invitation à l'action non pas d'une façon frénétique mais réfléchit à moins de vouloir faire partie des spéctateurs du mouvement du monde. C'est là tout le défi de l'Algérie face aux défis du futur.
 
 1.Chems Eddine Chitour : L’énergie expliquée à nos gouvernants.
L’Expression 16.11.2009
 
 2.Jean-Luc Goudet. Plantons des forêts dans les déserts. Futura-Sciences
16.09.2009
 
 Pr Chems Eddine CHITOUR
 
 Ecole Polytechnique enp-edu.dz



Jeudi 19 Novembre 2009


Commentaires

1.Posté par tartuz le 19/11/2009 23:13 | Alerter
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Entierement d'accord professeur mais, est il audible par les decideurs pour la plupart incultes ou asservis.Le QI de ceux qui nous gouvernent est en anequation avec les questions que vous posez.Parler de nanotechnologie avec des mafieux qui tiennent les rennes du pouvoir est exactement la meme chose que de parler des tthéorèmes de pythagore avec un âne.Une seule chose est sure c'est, qu'il faut compter avec cette jeunesse algerienne qui represente un potentiel inestimable et dont l'ALGERIE ne peut fairel'économie.Mais que de temps perdu a cause d'une bande d'ignard assoiffé de pouvoir et de fric au detriment d'un pays et de son peuple .

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