EUROPE

Les crucifix interdits dans les écoles italiennes


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Gilles Devers
Mercredi 4 Novembre 2009

Des faits absolument dramatiques ont été jugés par la Cour européenne des droits de l'homme  (3 novembre 2009, n°  30814/06) et je ne peux les évoquer que si vous écartez les enfants de ce blog. C’est fait ? Bon, allons-y, mais soyez courageux pour affronter l’insoutenable.

En Italie, à l'école publique d’Abano Terme, un crucifix est accroché sur les murs des salles de classe. Un drame absolu. Et ajoutant au drame, le Conseil d'Etat, par un arrêt du 13 février 2006, a estimé que la croix était devenue une des valeurs laïques de la Constitution italienne et représentait les valeurs de la vie civile. Un terrain de combat pour la CEDH...

Diable, des crucifix en Italie !

petit-monde-don-camillo-R.jpgEn Italie, l’obligation d’exposer le crucifix dans les salles de classe existait déjà avant l'unité de l'Italie. L’article 140 du décret royal no 4336 du 15 septembre 1860 du Royaume de Piémont-Sardaigne prévoyait : « chaque école devra sans faute être pourvue (...) d'un crucifix ».

En 1861, l’Italie devient l’Etat italien, et son statut précisait : « La religion catholique apostolique et romaine est la seule religion de l'Etat. Les autres cultes existants sont tolérés en conformité avec la loi ».

En 1948, les rapports entre l'Etat et l'Eglise catholique ont été réglementés par les Pactes du Latran. Ca a discuté et négocié sans relâche, et depuis le 25 mars 1985, le principe de la religion catholique comme la seule religion de l'Etat italien est considéré n'étant plus en vigueur. La Cour constitutionnelle italienne, dans un arrêt du 20 novembre 2000 (N° 508), a d'ailleurs affirmé que l'attitude de l'Etat doit être marquée par l'équidistance et l'impartialité. Les croyances, cultures et traditions différentes doivent vivre ensemble dans l'égalité et la liberté. Carrément révolutionnaire, mais ça ne suffit pas à la CEDH.

Ce que dit la CEDH

Grande%20bagarre%20de%20Don%20Camillo%20(la).jpgPour la Cour, l'Etat doit s'abstenir d'imposer, même indirectement, des croyances, dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui ou encore dans les endroits où elles sont particulièrement vulnérables. Certes. La scolarisation des enfants, pour les juges de Strasbourg,  représente un secteur particulièrement sensible car le pouvoir contraignant de l'Etat est imposé à des esprits qui manquent encore (selon le niveau de maturité de l'enfant) de la capacité critique permettant de prendre distance par rapport au message découlant d'un choix préférentiel manifesté par l'Etat en matière religieuse. D'accord, mais c'est l'application de cette régle aux crucifix qui ne va pas.

La Cour fait d'abord référence à la décision Karaduman c. Turquie  3 mai 1993) : « Dans les pays où la grande majorité de la population adhère à une religion précise, la manifestation des rites et des symboles de cette religion, sans restriction de lieu et de forme, peut constituer une pression sur les élèves qui ne pratiquent pas ladite religion ou sur ceux qui adhèrent à une autre religion ».

La Cour poursuit en affirmant que le droit de ne pas croire « mérite une protection particulière si c'est l'Etat qui exprime une croyance et si la personne est placée dans une situation dont elle ne peut se dégager ou seulement en consentant des efforts et un sacrifice disproportionnés ». Elle enchaine en affirmant que  « L'Etat est tenu à la neutralité confessionnelle dans le cadre de l'éducation publique obligatoire où la présence aux cours est requise sans considération de religion et qui doit chercher à inculquer aux élèves une pensée critique », et là encore on est d'accord, car il s'agit de l'énoncé de principes classiques.

Mais vient ensuite l'application à ce symbole qu'est le crucifix : « La Cour estime que l'exposition obligatoire d'un symbole d'une confession donnée dans l'exercice de la fonction publique relativement à des situations spécifiques relevant du contrôle gouvernemental, en particulier dans les salles de classe, restreint le droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions ainsi que le droit des enfants scolarisés de croire ou de ne pas croire. La Cour considère que cette mesure emporte violation de ces droits car les restrictions sont incompatibles avec le devoir incombant à l'Etat de respecter la neutralité dans l'exercice de la fonction publique, en particulier dans le domaine de l'éducation. »

Qui calmera la CEDH ?

le_petit_monde_de_don_camillo01.jpgJe suis bien évidemment en désaccord total avec cette conclusion, qui témoigne d’une dérive de la CEDH. La présence du crucifix dans les salles de classe d’Italie restreindrait «  le droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions ainsi que le droit des enfants scolarisés de croire ou de ne pas croire » ? A ce stade, ce n’est plus droit, mais de la chatouille.

Ces crucifix n’ont jamais rien empêché, ni contraint qui que ce soit. L’histoire de l’Italie est assez parlante. Arrêtons avec ces sornettes qui ressemblent à de l’intégrisme juridique ! Bien sûr, c’est religieux, mais c’est aussi de l’histoire et de la culture, et seule compte la teneur de l’enseignement, capable de transmettre le goût d’apprendre, la volonté de débattre et la capacité à forger ses convictions. L’Italie est chrétienne comme le Maroc est musulman : où est le drame ? Vouloir effacer par la réglementation cette présence est une vue de l’esprit. Et puis penser que ces crucifix vont perturber la conscience des enfants, et l’éducation qu’entendent donner les parents, c’est, au minimum, prendre les gens pour des demeurés. Que la CEDH s’occupe de sanctionner les atteintes aux droits fondamentaux, et elle a bien  à faire. Mais en matière de religion, cette Cour ne parvient pas à trouver la juste distance, et comme les Etats rampent devant sa jurisprudence, le système est entrain de dérailler.

Il n'est pas besoin de revenir sur le rôle extrêmement positif de la jurisprudence de la CEDH dans la remise en cause de règles et de pratiques nationales dépassées, mais cette Cour peut elle aussi se tromper, et se pose la question de savoir comment remettre en cause les arrêts de cette Cour. Si les Etats et les opinions publiques n'y parviennent pas, ce sont d’autres juges qui devront le faire. La Cour Européenne de Justice (CEJ), qui s’est désormais saisie de la question des droits fondamentaux, développe au fil de ses arrêts, une jurisprudence très intéressante, et cette évolution est à suivre avec attention. Par ailleurs, je rappelle que pratiquement tous les Etats européens ont ratifié le Pacte des droits civils et politiques de 1966 et le protocole n°1, de telle sorte qu’existe un recours individuel devant le Comité des droits de l’homme de l’ONU, dont l’approche, sans doute parce qu’elle est universelle, est plus équilibrée.  

Et maintenant, chères soeurs et chers frères, plaidons...


Don Camillo prépare un recours devant le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU
Les crucifix interdits dans les écoles italiennes

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Mercredi 4 Novembre 2009


Commentaires

1.Posté par obwana le 04/11/2009 16:42 | Alerter
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l'éternelle haine des maudit franc mac-donalds pour la religion !
leur ordre mondial luciférien sera "séculier", qu'on se le dise....

2.Posté par Jourdouf le 05/11/2009 03:25 | Alerter
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Effectivement, l'ordre maçon et mondialiste veut modifier les croyances des gens pour fabriquer l'homme nouveau: l'esclave. Il doivent donc s'attaquer a la religion catholique puisque un catholique par définition ne se soumet pas aux hommes mais a Dieu. Le tour des musulmans a déjà commencé avec la campagne mondiale contre le terrorisme. Amis croyants, unissons-nous et repoussons cette bête infâme.

3.Posté par Orange le 05/11/2009 15:55 | Alerter
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Non aux crucifix dans les écoles : il faut lire les attendus de ce jugement pour appréhender la complexité du débat qu'il provoque en Italie !


Les juges de Strasbourg y développent une reconstitution, depuis près d'un siècle de cet usage du crucifix dans les écoles de la péninsule et l'on découvre qu'il leur a été nécessaire de tenir compte des décisions de Benito Mussolini et des étapes successives des traités et compromis qui ont organisé les relations entre le Vatican et l'Etat Italien !

Surprenant que ce document ne circule pas plus, il vaut son pesant d'or !

Je l'ai trouvé sur le portail suisse Pnyx.com ( http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/402 ), dans les commentaires.

Au-delà des questions de laïcité, ce jugement met à nu des épisodes surréalistes et ne va pas ménager l'amour-propre de tout un peuple, à l'heure d'une globalisation qui réveille, nation par nation, les grandes frustrations identitaires, que certains ne vont sûrement pas manquer d'exploiter politiquement !

4.Posté par justice pour tous le 05/11/2009 21:22 | Alerter
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Bravo pour ce magnifique article prouvant l'intelligence et l'esprit de tolérance très remarquables de son auteur. Vraiment digne du meilleur Voltaire..!

Très cordialement

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