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Les crésus de Wall Street essayent d’empocher les milliards du renflouage



Dimanche 9 Novembre 2008

Les crésus de Wall Street essayent d’empocher les milliards du renflouage

Global Research, Nomi Prins, 7 novembre 2008


    Le résultat de l’élection confirme à peu près à quel point la population est furieuse à juste titre contre la mentalité de Wall Street, qui nous a entraîné dans la crise financière. Dans le discours de sa victoire historique, le Président élu Barack Obama a dit à ses supporters et au reste du monde, « Si cette crise financière nous a appris quelque chose, c'est que nous ne pouvons avoir une Wall Street prospère tant que la population souffre. »


    Mais, il semble que Wall Street n'ait pas reçu la note de service. Il s'avère que les neuf banques qui sont sur le point d’obtenir une injection de capital de fonds propres d’un total de 125 milliards de dollars, une gracieuseté de la phase I du plan de renflouage, aient réservé 108 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2008 pour payer les indemnités et les primes.


    La rémunération des primes par Wall Street n'était pas censée faire partie du plan. Du moins, ce n’est pas ainsi que président de la Réserve fédérale Ben Bernanke et le Ministre des Finances Hank Paulson l’ont justifié devant le Congrès et le peuple étasunien. Ainsi, le 1er octobre, quand le Sénat, avec Obama, a approuvé les 700 milliards de dollars du renflouage, l'illusion était que cela débloquerait comme par magie le marché du crédit et que, grâce au financement de secours du contribuable, les banques de prêt, recommenceraient d’abord à se prêter entre elles, puis ensuite aux citoyens et aux petites entreprises. Et tout irait bien.


    Ça ne s'est pas produit. C'est pourquoi il est particulièrement choquant que l'argent aille en vrac directement dans la poche des cadres de Wall Street. La meilleure banque d’affaire du pays (qui, depuis le 21 septembre, se qualifie elle-même de holding bancaire), Goldman Sachs, a mis de côté 11,4 milliards de dollars dans les neuf premiers mois de cette année, un peu plus que le cadeau de 10 milliards de dollars que lui a fait le gouvernement, pour couvrir les primes versées à ses 443 cadres supérieurs, ce qui fait environ 5 millions de dollars chacun, et à d'autres employés. Puisque Wall Street ne peut croire à l’imposition plus haute des citoyens les plus riches, elle pense à des primes plus élevées pour les boss. Quoi qu’il arrive au marché à l'extérieur, le sentiment inébranlable de ce qui leur revient de droit a tendance à prévaloir.


    L'an dernier, quand la crise financière commençait juste à infuser, les cinq principales banques d’affaires se sont payées à elles-mêmes 39 milliards de dollars d’indemnités et de primes, 6 pour cent de plus qu’en 2006. Le directeur général de Goldman, Lloyd C. Blankfein, s’est accaparé d’une prime record de 60,7 millions de dollars, dont 26,8 millions en espèces. Cette somme est presque le double des 38 millions de dollars que Paulson a donné à la compagnie en 2005, l'année avant de devenir Ministre des Finances, un poste pour lequel il a reçu l'approbation unanime du Sénat le 28 juin 2006.


    Deux de ces firmes, Bear Stearns et Lehman Brothers, ont fait faillite cette année. Bank of America en a acheté une troisième, Merrill Lynch. Les actions qui restaient chez les deux autres, Morgan Stanley et Goldman Sachs, ont fait un plongeon de 60 pour cent cette année.


    Pourtant, ça n'a pas empêché le déversement de leur contribution d’argent dans la campagne. Goldman a été la plus grande entreprise sponsor de la campagne d’Obama, avec 874.207 dollars. Ainsi, dans le top 20, il y avait les trois autres bénéficiaires des capitaux renflouage : JP Morgan/Chase, Citigroup et Morgan Stanley.


    La semaine dernière, Henry Waxman, un démocrate de Californie président du Comité de Surveillance de la Chambre, a donné aux firmes bénéficiaires des capitaux de renflouage jusqu'à 10 novembre pour trouver de vachement bonnes raisons pour s’être autant payées elles-mêmes. Plus précisément, il a demandé des informations détaillées sur les indemnisations totales et moyennes par an depuis 2006 à 2008, le nombre d’employés censés être payés plus de 500.000 dollars en rémunération totale, et les indemnités totales prévues pour les 10 plus hauts cadres.


    Pareillement, Andrew Cuomo, le procureur général de l'État de New York, a demandé des informations sur les primes de cette année, avec la comptabilité détaillée du paiement des cadres supérieurs et la valeur de la cagnotte des primes espérées dans les firmes avant et après qu’elles apprennent être bénéficiaires du financement du contribuable.


    Cuomo avait fixé au 5 novembre la date limite de réception des dossiers sur les primes. Comme on pouvait s'y attendre, les firmes en question ont demandé plus de temps au moment où la date approchait. Il faut du temps pour les numéros de massage, après tout.


    Pendant ce temps-là, elles ont subtilement lâché des informations à la presse sur comment les primes seront bien plus petites cette année, pour parer à l’inspection et aux critiques. C'est Wall Street dans son meilleur style défensif, projetant une aura de complaisance et d’apitoiement envers elle (car il y a aussi des pertes d'emplois), afin de maintenir le statu quo sur la situation de l'autorégulation.


    Barney Frank, le président du Comité des Services Financiers de la Chambre, tiendra sa propre audition de supervision sur la question la semaine prochaine, après avoir annoncé que « tout usage de ces fonds à des fins autres que le prêt, par exemple pour des primes, indemnités de départ, dividendes, acquisitions d'autres institutions, etc, est une infraction envers les clauses » du la plan de renflouage.


    Les banques sont en train de dire au Congrès que, bien sûr, elles n’utiliseront pas les 125 milliards de dollars pour les primes, ils iront à la consolidation des bilans et aux acquisitions, exactement comme promis. Et l’argent des primes viendra des revenus, comme il l’a toujours fait.


    Si ça ressemble à des boniments, c'est parce que ça en est. Peu importe d’où vient et ou va le capital dans le bilan, le fait est qu'il y en a plus qu’il y en aurait eu autrement du fait de la redistribution du contribuable dans la mauvaise direction, et ce n'est pas juste. Cela soulève la question plus large : Dans une année de destruction financière de masse, pourquoi payer toujours des primes ?


    « Exactement, » dit Gar Alperovitz, coauteur, avec Lew Daly, du nouveau livre Unjust Deserts. « Nous sommes des propriétaires remportant un franc succès, et s’il n'y a aucune justification pour ces primes, ce qui est triste, partager ce fardeau est important. »


    Mais ce n'est pas vraiment cette distribution du package de renflouage que voulait Wall Street. Pourtant, si « le changement est venu d'Amérique, » comme l’a promis Barack Obama, alors il est grand temps que Wall Street assume sa part, en commençant par ces primes saisonnières. Une mesure décisive d’Obama à ce sujet irait loin dans la consolidation de sa principale promesse de campagne.



    Nomi Prins est affilié au centre de politique publique de Demos et auteur de L’argent des autres et se branler : Comment les Conservateurs vous piquent le pognon dans les poches (que vous ayez ou non voté pour eux).



Original : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10854
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info



Lundi 10 Novembre 2008


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