Néolibéralisme et conséquences

Les angoisses du capitalisme développé (réflexion)



fadaoudi@gmail.com
Dimanche 15 Mars 2009


Lundi dernier, 9 mars, a été comme tous les autres: une merveilleuse journée où le capitalisme développé qui se débat dans une crise incurable a étalé toutes ses contradictions.

L’agence de presse britannique Reuters, en rien suspecte d’anticapitalisme, publie ce jour-là:

«La croissance de l’Amérique latine sera sensiblement inférieure cette année, à cause d’une forte décélération, voire de la récession dans quelques-unes de ses principales économies, après des années de prospérité provenant de la hausse des cours des matières premières.

«Bien que la Banque interaméricaine de développement (BID) ne fasse pas de prévisions, Lora, un de ses économistes, a signalé: "Plus personne ne dit que la région enregistrera une croissance de plus de 1 p. 100 (cette année). Au contraire, les dernières prévisions font état de chutes dans pratiquement toutes les grandes économies latino-américaines. Et quand on voit ces prévisions, on comprend pourquoi toutes les grandes économies chutent".

«Fortement touchée par la crise financière mondiale qui a réduit la demande de ses exportations, la région ne connaîtra pas une récupération rapide, a signalé Lora.

«"La crise ne va pas durer un ou deux ans; pour certains pays latino-américains, elle peut durer bien plus", a affirmé Lora qui cite une enquête menée par le BID auprès de leaders d’opinion et selon laquelle une forte majorité prévoit une stagnation ou une chute du revenu régional par habitant dans les quatre prochaines années.»

Ce même jour, l’agence espagnole EFE informe:

«La production de cocaïne qui s’est étendue à plusieurs pays latino-américains a déclenché une vague de violence et de déplacement de populations telle que certains réclament une approche militaire pour faire face au trafic de drogues, affirme aujourd’hui le journal britannique The Guardian.

«Cette industrie qui engendre des profits se montant à des milliards de dollars a contraint de nombreux agriculteurs à abandonner leurs terres, a déclenché des guerres entre gangs et a corrompu les institutions de l’Etat, affirme le journal.

«Rien qu’au Mexique, 6 000 personnes sont mortes l’an dernier à cause de ce genre d’activités, et la violence se déplace vers le Nord, autrement dit vers les Etats-Unis eux-mêmes.

«Parallèlement, la nouvelle route du narcotrafic entre l’Amérique du Sud et l’Afrique de l’Ouest s’est développée si vite que le couloir, à 10º de latitude, qui unit les deux continent a été baptisé l’ "autoroute 10".

«Presque tous les gens interviewés par le journal sont d’accord que la demande insatiable de cocaïne en Europe et en Amérique du Nord a fait échouer les efforts, conduits par les USA, pour juguler l’offre et a causé de gros préjudices à l’Amérique latine.

«"Nous croyons que la guerre contre les drogues a été un échec parce qu’elle n’a atteint aucun de ses objectifs", a déclaré au journal l’ancien président colombien César Gaviria, aujourd’hui coprésident de la Commission latino-américaine pour les drogues et la démocratie.

«Selon Gaviria, "les politiques de prohibition basées sur l’élimination, l’interdiction et la criminalisation n’ont pas donné les fruits escomptés. Nous sommes plus loin que jamais de l’objectif d’éliminer les drogues".

«La stratégie des États-Unis en Colombie et au Pérou, consistant à lutter contre la matière première, n’a pas marché, reconnaît de son côté le colonel René Sanabria, chef de la police antidrogue bolivienne.

«La Brookings Institution, des USA, dans un rapport, et Jeffrey Miron, économiste de Harvard, dans une étude indépendante appuyée par cinq cents collègues, ont rejoint le chœur de ceux qui réclament une modification de l’approche.»

L’AFP affirme pour sa part :

«Le président mexicain, Felipe Calderon, a demandé lundi aux Etats-Unis d’assumer «dans les faits» leur part de responsabilité dans la lutte contre le trafic de drogues qui se concentre surtout à la frontière commune.

«"Au nom des centaines de policiers mexicains abattus, il est essentiel que les Etats-Unis assument dans les faits la part de responsabilités qui leur correspond dans cette lutte contre le trafic de drogues", a affirmé Calderon au cours d’une conférence de presse avec le président français, Nicolas Sarkozy, qui réalise une visite officielle au Mexique.

«Calderon a aussi demandé à Washington de partager les informations sur les agissements des narcotrafiquants aux États-Unis, le pays qui constitue le plus gros marché de consommation de cocaïne au monde et qui est alimenté par les cartels de son voisin du Sud.

«"Si les services de renseignement ou les organismes policiers ou militaires spécialisés des USA ont des informations sur des criminels mexicains chez eux, nous les voulons", a dit Calderon aux journalistes après une réunion avec Sarkozy au Palais national.

«Le gouvernement mexicain a déployé trente-six mille soldats à la frontière pour combattre les cartels de la drogue engagés dans une guerre pour le transport de drogues aux USA qui a causé 5 300 morts en 2008.»

Ce même jour, la présidente de la Chambre des représentants étasunienne, Nancy Pelosi, s’est déclarée résolument favorable à ce que la quantité d’éthanol dans l’essence soit élevée jusqu’à 15 p. 100, afin de réduire la dépendance du pays envers les importations de pétrole.

L’éthanol, on le sait, est produit aux USA à partir de la céréale qui occupe une place très importante dans le développement humain.

Ces nouvelles toutes fraîches –elles datent de lundi dernier– prouvent la justesse des conclusions d’Atilio Boron, publiées en version résumée dans Granma ce même jour.

D’autres nouvelles sur les angoisses du capitalisme

J’ai lu aujourd’hui les dépêches du 11 mars. Les informations sur la crise économique internationale continuent de pleuvoir.

Cette fois-ci, c’est le Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, un économiste de renom très cité par la presse et les milieux universitaires, qui s’est prononcé hier à Sao Paulo (Brésil). Il a affirmé selon l’Agence France Presse :

« Le paquet" de sauvetage économique du président Barack Obama, plus de 700 milliards de dollars, est "bien mieux que la réponse de Bush en 2008", mais "il n’est pas suffisant et la crise empirera".

« "Nous devons voir les choses en perspective. Bush était paralysé et les choses empiraient de jour en jour, mais il ne faisait rien."

« Stiglitz a rappelé que "de nombreux pays émergents sont devenus des victimes innocentes de la crise. L’ironie, c’est que tandis que l’administration étasunienne donnait des leçons sur les règles et les institutions dans les pays émergents, ses politiques étaient un échec total".

« "Voilà pourquoi la crise est aujourd’hui sévère dans tout le monde et que des pays comme le Brésil vont souffrir pour de bon", a affirmé Stiglitz au journal qui l’a consulté sur la chute – divulguée mardi – de 3,6 p. 100 de l’économie brésilienne au quatrième trimestre de l’an dernier, la plus forte depuis 1996.

« Il a aussi alerté que malgré "l’existence d’un accord global pour ne pas recourir au protectionnisme", de nombreux paquets de secours "sont sous-tendus par des mesures protectionnistes et ceux qui souffriront le plus seront les pays en développement". »

Selon l’agence Reuters,

« Severstal, la plus grande compagnie sidérurgique russe, a annoncé mercredi qu’elle envisageait de supprimer de 9 000 à 9 500 emplois dans les aciéries du pays, en réponse à la faible demande mondiale, et qu’elle procéderait aussi à des licenciements dans ses mines de charbon et de minerai de fer.

« Les usines sidérurgiques russes ont imité leurs rivaux d’autres pays, réduisant leur production au quatrième trimestre, bien qu’elles aient évité à ce jour de recourir à des licenciements massifs compte tenu la nature politiquement sensible de cette mesure.

« "Elles envisagent aussi des réductions d’emplois supplémentaires dans leurs gisements de charbon et de minerai de fer en Russie", a dit Mordashov.

« Severstal a réduit sa production dans plusieurs usines de Russie, d’Italie et des Etats-Unis ces derniers mois à cause de la diminution de la demande d’acier. Elle a signalé en février que sa production d’acier brut du quatrième trimestre avait diminué de 48 p. 100 par rapport à la période antérieure.

Cette même agence informe dans une dépêche en provenance de Dar es-Salaam :

« "La Chine peut sortir le monde de la crise économique grâce à ses réserves internationales en bonne santé, son grand excédent commercial et ses investissements massifs par le monde", a affirmé un conseiller du Secrétaire général des Nations Unies.

« À ce jour, la Chine a mieux supporté les turbulences économiques que l’Europe ou les États-Unis, bien que la chute de ces deux dernières économies ait beaucoup nui à son secteur exportateur, provoquant des fermetures d’usines et des pertes d’emplois.

« "J’espère que la Chine pourra faire sortir le monde de cette crise", a dit Jeffrey Sachs, conseiller du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dans une interview à Reuters mardi après-midi.

« La Chine n’avait pas une bulle aussi grande que les États-Unis ou l’Europe. La Chine a de grandes quantités de réserves en devises, un grand excédent commercial, beaucoup d’investissements. La Chine a les moyens de lancer d’abord la récupération. Si cela réussit cette année-ci, cela s’étendrait à d’autres économies.

« La Chine, la troisième économie mondiale, gère normalement un excédent de compte courant, grâce à de vaste exportations et à des importations relativement limitées.

« L’information économique connue le mercredi a montré que les exportations chinoises ont accusé le coup en février parce que le pays n’a pas été épargné par l’impact de la crise financière mondiale, mais que la dépense de capital s’est accélérée avec l’aide du paquet de stimulation massif du gouvernement.

« Le pays détient près de deux billions de dollars de réserves. Son excédent de compte courant était de 440 milliards de dollars fin 2008, soit 20 p. 100 de plus que l’an dernier, selon des statistiques officielles.

« L’ONU a affirmé qu’il faudrait 72 milliards de dollars pour aider l’Afrique, une fraction à peine de ce que les gouvernements européens et étasunien ont dégagé pour ressusciter leurs économies.

Aucun espoir pour les pays du Tiers-monde ne provient de New York ou de Washington.

Fidel Castro


Dimanche 15 Mars 2009


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