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Les américains: un retournement d'alliances en Irak


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Vendredi 9 Mars 2007

Les Américains : un retournement d’alliances en Irak :

HAROUN MOHAMMED : 05/03/07

Origine

Les signes avant-coureurs :


Il serait naïf de croire que l’arrestation de Ammar, le fils et héritier de Abdel Aziz Tabatabaï Al Hakim, par les troupes américaines d’occupation, a été une simple erreur ou une bavure, d’autant plus qu’elle a duré plus de dix heures, selon les déclarations de l’intéressé lui-même. Ce dernier a expliqué qu’il a été bien identifié par ceux qui l’avaient appréhendé comme étant le fils de son illustre père et que, malgré cela, ils l’avaient arraché sans ménagement de sa voiture, lui avaient bandé les yeux et maltraité, avant de le transférer plus tard à une base militaire au sud de Bagdad puis conduit jusqu’à El Kout où il fut remis au gouverneur de la ville. C’est ce dernier qui avait annoncé le premier sa libération.
Il est vrai que les américains commettent beaucoup de fautes politiques, dans leurs relations et leur manière d’agir avec de nombreux gouvernements. Tout cela est clair dans leurs expériences multiples, depuis les années 1940, dans notre région arabe, dans l’ancien bloc des pays de l’Est, en Amérique latine et en Asie. Il n’est pas moins vrai aussi, qu’ils sont d’une extrême minutie dans les situations individuelles et les cas particuliers de ce genre, et que leurs troupes et leurs services spéciaux, ne procèdent pas à l’arrestation d’une personnalité illustre, sans avoir planifié au préalable tous les détails de l’opération : la manière de procéder, le temps que durerait l’arrestation, son but, les messages qu’ils veulent faire passer aux divers destinataires. Si tel n’était pas le cas et s’il s’agissait simplement d’une bavure, l’interpellé aurait été relâché au bout d’un quart d’heure au plus.
Ainsi, il est aisé de comprendre les raisons qui ont conduit les forces d’occupation à faire deux descentes successives, en trois jours, au milieu du mois dernier, à la mosquée Baratha, dirigée par le Mollah Jalel Kajek, alias Segheir, membre du Haut Conseil de la révolution. Ces troupes avaient déclaré y avoir découvert des armes excédant les besoins des gardiens et laissé entendre à la presse, qu’elles avaient aussi découvert, dans les caves de la mosquée, des détenus à moitié morts par suite des tortures qu’ils avaient subies. Et comme le ridicule ne tue pas, le mollah Jalel a essayé d’atténuer les effets de ces descentes, en invoquant une cabale, montée de toutes pièces, selon lui, par un officier Kurde de la 36ème Brigade (mise sur pied par l’ancien ambassadeur US, Negroponte), aidée par des éléments ennemis, Baathistes et autres, infiltrés au sein de son parti. En fait, si tout cela était exact, les forces américaines d’occupation, auraient investi les lieux depuis deux ans au moins, tant les gens à Bagdad et dans tout l’Irak, savaient ce qui s’y passait depuis cette époque et les crimes commis par les milices dans les quartiers voisins (Chaljiba, Alatifia, Ali Assalah, Assalam, Alhurryah), toutes choses étant bien archivées.
Ces deux affaires sont à relier avec les poursuites engagées à l’encontre de Jamel Jâafar Mohamed, alias Abou Mehdi Al Mouhandes, dirigeant du Parti Addawa et membre du parlement, impliqué dans les attentats contre les ambassades des USA et de France au Koweit en 1983 et condamné à mort par la justice Koweitienne. Tout cela n’est pas étranger non plus, aux poursuites engagées contre Moktada Sadr et les dirigeants de son mouvement, notamment son délégué à la Cité de la Révolution, Abdel Hédi Darragi, interpellé depuis, ainsi que Hakim Zemli, haut dignitaire de ce mouvement et secrétaire général du ministère de la santé publique.
Experts dans les techniques d’auto flagellation et de diffusion d’une culture ténébreuse, les Mollahs sont incapables par contre d’analyser correctement une situation politique et de tirer les leçons des mesures qui ont touché leurs dirigeants. Pour eux, tout cela est secondaire et sans consistance et surtout, sans effet sur les événements ultérieurs. Ils sont, en fait, aveuglés par les privilèges politiques et financiers acquis par leur collaboration avec l’occupant et, de ce fait, incapables d’imaginer que les USA, qui mettent leurs intérêts au-dessus de tout, n’hésitent jamais à jeter à la poubelle, hommes d’Etat et chefs de gouvernement alliés, devenus inutiles ou encombrants après qu’ils les aient pressurisés. Toute l’histoire de ce pays le prouve et sa meilleure illustration, toujours présente à l’esprit, fut la manière dont les américains avaient traité le Chah d’Iran, Mohamed Ridha Pahlévi. De gendarme américain dans la région, l’homme était devenu un fugitif à la recherche d’un coin de terre pour y finir ses jours et, sans l’initiative de son ami Sadate de le lui fournir, sa dépouille aurait fini dans la consigne d’une banque suisse.

Les changements en cours :


La position de l’administration américaine face à l’Irak a connu une profonde révision depuis 4 mois. Cette révision a été dictée par un certain nombre de facteurs dont surtout la recrudescence et l’extension des opérations de résistance et les victoires remportées par ses diverses composantes sur la machine de guerre américaine. Il y a aussi l’erreur, reconnue tardivement par la maison blanche, d’avoir compté uniquement sur les partis politiques chiites et kurdes, qui se sont avérés inconsistants, pour faire passer sa politique et exécuter son agenda en Irak. Curieusement, les alliés irakiens de Washington, qui ont exagéré leurs forces et leur grande représentativité à dessein, sont devenus une charge pesante pour les troupes d’occupation. Ces dernières ont pour mission de les défendre et d’assurer la sécurité de leurs dirigeants, en plus de leur propre sécurité.
Ainsi, il est apparu clairement que ces dirigeants fantoches ne peuvent demeurer en Irak sans la protection des troupes d’occupation.
Dans un entretien diffusé récemment par CNN, un commandant américain de terrain a expliqué les raisons de l’augmentation du nombre d’hélicoptères abattus par la résistance, 6 en 15 jours. Il cite deux raisons essentielles : la première est leur succès « les terroristes selon lui » à étendre le champ territorial de leurs opérations depuis un an, en gagnant à leur cause des zones et des populations qui ne leur étaient pas acquises auparavant. Cette nouvelle donne exige plus d’efforts et d’effectifs militaires, ce que le président Bush n’a pu obtenir que difficilement et au compte gouttes du Congrès dans le cadre de sa nouvelle stratégie en Irak. La seconde raison est leur succès, « la résistance », à provoquer des dégâts importants en hommes et matériel dans les rangs américains, suite au développement de leurs capacités de fabrication ou d’importation d’armes nouvelles. Et le commandant d’ajouter « tout cela au moment où la coopération de nos alliés locaux diminue par suite de leur isolement dans le pays ».
Il est clair maintenant que les stratégies successives des américains en Irak se sont effondrées sans qu’aucune d’elles n’ait réalisé le moindre succès, ce qui a n’a pas manqué de contrarier toutes les instances dirigeantes du pays (Maison blanche, Pentagone, Conseil National de sécurité, CIA, State Département et enfin le Congrès). Cela n’a pas manqué non plus de poser des problèmes sérieux à tous les alliés et amis des américains en Irak, parce qu’ils ne sont plus écoutés et que leurs idées ne sont plus prises en compte.

L’intervention iranienne :


La grande « découverte » faite par les américains est l’intervention iranienne en Irak et ses dimensions, ce qui, selon les indiscrétions faites par Condoleeza Rice à des responsables arabes réunis à Amman récemment « a mis les américains dans la position d’otages dans le pays ». Et pour finir de les convaincre de la nécessité « de coopérer davantage avec les Usa, pour contrecarrer l’influence iranienne en Irak » Rice leur a promis que l’administration américaine était décidée à « contenir les alliés de l’Iran et à couper les ailes aux partis chiites acquis à ce pays », s’engageant « à prendre en compte les craintes des pays du golfe, de la Jordanie et de l’Egypte, quant à l’extension de l’influence iranienne ».
Ce nouveau scénario américain en Irak est en fait un véritable bouleversement politique et une rupture totale avec ce qui a prédominé jusqu’ici, puisqu’il préconise, entre autres, le gel de la constitution et des travaux du parlement par la mise en accusation de 80 de ses députés, dont les 9/10 sont membres de la coalition chiite, pour corruption, détournements de fonds publics, diverses violations et collaboration avec l’Iran.
Le scénario préconise aussi des négociations avec les dirigeants de certaines composantes de la résistance, la libération de centaines de prisonniers dont surtout des anciens officiers de l’armée et des services de sécurité, des anciens dirigeants du Baath et particulièrement Tarek Aziz, Samir Annajm, Fadhel Almachhadani, Mohamed Abderrazzak Assâdoune et Latif Nassif Jassem. Selon les confidences de khalil zade, l’ambassadeur en fin de mission, à un haut dirigeant du Front de l’Entente, le procès d’Al Anfal sera le dernier de la cour pénale irakienne et la plupart des inculpés, à l’exception de Ali Hassen Al Majid, seront libérés après leur condamnation à perpétuité. Il a démenti formellement les rumeurs de nouveaux procès en préparation.
D’autre part et selon les confidences du ministre des affaires étrangères turc, Abdallah Gül, à une délégation irakienne en visite récente à Ankara, « les Etats-Unis ont appelé la Turquie à éviter de s’engager dans des confrontations avec les partis kurdes irakiens et à ne pas tenir compte des déclarations et menaces de leurs dirigeants », parce que la situation future en Irak sera favorable à la Turquie et qu’il n’y a pas lieu de faire monter la tension.
Tous ces signes montrent que les américains sont en train d’opérer des changements profonds en Irak afin de préserver leurs intérêts stratégiques dans ce pays et dans l’ensemble de la région et que cela ne pourrait se faire sans la pacification de l’Irak et la confiance donnée aux alliés arabes. Le président du parlement irakien, le docteur Machhadani, m’a confié il y a deux jours, lors de son séjour à Londres, qu’il avait exprimé récemment son étonnement à khalil zade, devant les renversements brusques des politiques américaines et lui avait demandé de lui expliquer leur stratégie nouvelle. Et celui-ci de lui répondre : la stabilité en Irak avant tout, puis chaque chose à son temps !
La stabilité en Irak, du point de vue des américains, c’est avant tout une diminution de leurs pertes en hommes et en matériel, puis des changements dans le paysage politique avec des nouvelles alliances se substituant aux premières et un personnel politique pas entièrement brûlé, puisé dans les réserves stratégiques.
Tout cela devrait faire réfléchir les diverses composantes de la résistance et de l’opposition irakiennes et exiger d’elles qu’elles soient vigilantes et conscientes de la nouvelle stratégie américaine pour qu’elles n’aient pas à sacrifier leurs revendications fondamentales. La cueillette des fruits approche et il vaut mieux battre le fer tant qu’il est chaud que de le battre une fois refroidi !

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Haroun Mohammed est un écrivain et homme politqiue irakien vivant à Londres
Traduit de l’arabe par : Ahmed Manai : www.tunisitri.net/
Les intertitres sont du traducteur


Vendredi 9 Mars 2007

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