Conflits et guerres actuelles

Les USA retardent la présentation de l’Armée Cyber-spatiale, mais ne soyez pas trop enthousiastes



Une nouvelle d’importance exceptionnelle est passée inaperçue: le nouveau Commando Cyber-spatial du Pentagone, prétendument conçu pour protéger les 15 000 réseaux des forces armées nord-américaines et ses plus de 7 millions d’ordinateurs répartis partout dans le monde, ne sera pas inauguré officiellement cette semaine comme on l’avait annoncé.

Rosa Miriam Elizalde

Traduit par Gérard Jugant
Edité par Michèle Mialane


Rosa Miriam Elizalde
Mercredi 6 Octobre 2010

Les USA retardent la présentation de l’Armée Cyber-spatiale, mais ne soyez pas trop enthousiastes
Juste au moment où un virus informatique virulent circule à travers les réseaux iraniens, et capable de détruire les mémoires électroniques des principales industries du pays, le général Keith Alexander, commandant du cyber-commando, a prévenu, selon la Fox News, qu’il ne dispose pas encore de tout le personnel, soit plus de 1000 spécialistes hautement qualifiés – entendez : hackers ou pirates informatiques.
 
Pour une armée dont la devise est « amateurs s’abstenir », c’est là une affaire de première importance. “Il va nous falloir un certain temps pour créer la force dont nous avons besoin”, a dit Alexander. “Si vous me demandez quel est le principal défi que nous affrontons actuellement, c’est de trouver des gens capables d’accomplir cette mission”, a -t-il ajouté.
 
Cela fait des mois que le Pentagone travaille à coordonner le nouveau commando, qui combine diverses organisations de sécurité cybernétique détachées d’autres forces, c’est un effort de recomposition administrative que le sous-secrétaire à la Défense William Lynn nomme “la Confédération” (1). “Nous sommes en train de discuter des moyens d’assurer le changement”, a dit à la presse le porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel René White. “Il n’y a pas de nouveaux services, pas d’argent nouveau, pas de bureaux nouveaux. Nous allons intégrer des choses qui existent déjà dans différents lieux”.
 
Néanmoins, les objectifs de cette force militaire sont bien définis, basés sur le principe que les opérations cybernétiques sont comparables à la guerre de manœuvre, où la rapidité et l’habileté sont déterminantes. Selon les documents du Pentagone, il y a cinq principes:
 
-Le cyberespace est un territoire à maîtriser, sur le mode de la guerre terrestre, maritime et aérienne;
-toute action défensive doit inclure des opérations offensives rapides;
-les réseaux commerciaux sont eux aussi soumis aux exigences de la Sécurité Nationale;
-les alliés doivent adhérer à la politique d’ “instruction partagée” (Les USA sont de fait le gendarme cybernétique du monde), et
-Les USA profiteront de la puissance technologique du Net et du développement des technologies de l’information dans tous les domaines pour l’appliquer à ses réseaux militaires.
 
Il serait bon de préciser que, bien qu’elle se soit présentée comme une armée ultramoderne, cette formation militaire, telle qu’ils la décrivent, n’est pas si nouvelle. Le Commando du cyberespace trouve ses origines dans la Force d’Action Unifiée pour des Opérations sur le Net, créée en 1998 et composée initialement de 24 experts en informatique militaire.
 
Le besoin de créer un groupe de travail spécialisé dans la défense de réseaux informatiques militaires a été discuté vers la fin des années 90 ; en plein débat au sujet d’une attaque dont ils venaient d’être victimes. Ces agressions furent baptisées Solaris Sunrise (le nom du système opérationnel) et on a cru au début qu’elles provenaient des pays arabes, au moment où sous la présidence de William Clinton les USA se préparaient à une nouvelle attaque contre l’Irak. Les ennemis étaient en réalité deux adolescents californiens de 16 ans, instruits par un “maître” israélien de 18 ans, Ehud Tenebaum. Les trois garçons avaient profité d’une faille dans le système Unix pour s’introduire dans les ordinateurs du Pentagone.
 
Comme il était désormais évident que la fragilité du réseau militaire était telle qu’il ne résistait pas à des adolescents qui s’ennuyaient, le groupe de travail fut aussitôt créé pour affronter les guerriers du cyberespace. Tout a changé depuis, sauf une seule chose. Les vétérans de la guerre cybernétique ne veulent pas être confondus avec un groupe d’hurluberlus mais se considèrent comme des soldats professionnels sous tous les aspects. “Seul un soldat pourrait détecter quelqu’un qui s’est infiltré dans le réseau dans le but de coordonner des actions de guerre”, a affirmé Dusty Rhoads, un ex-colonel de la Force Aérienne et ex-pilote de F-117, chargé de recruter les premiers membres de cette force spéciale du Pentagone.
 
Depuis cette période a régné le grand branle-bas de combat de la guerre cybernétique, et la Maison Blanche poussait à la roue pour élever à des niveaux impensables la capacité de cette armée, qui pourrait, non seulement, infiltrer tous les réseaux informatiques, à l’intérieur comme à l’extérieur des USA, mais aussi provoquer une panne mondiale des liaisons Internet. “C’est pour cela que ce commando de sécurité cybernétique est subordonné au Commando Stratégique dirigé par le Président des USA”, a affirmé, jeudi dernier William J. Lynn, au cours d’une réunion du Conseil des Relations Extérieures du Congrès nord-américain. « Il n’y a qu’une hiérarchie verticale dans le commandement », a-t-il assuré.
 
Lynn a expliqué que le commando devra disposer rapidement de toutes les potentialités de l’Agence de Sécurité Nationale et du Département de la Défense, pour assurer aux autorités l’information qui permet de prendre les décisions aussi terribles que de verrouiller les liaisons Internet dans me monde entier au motif de protéger l’infrastructure civile et celle du gouvernement nord-américain.
 
« Je pense que nous apporterons un appui comparable à celui que nous offrons à la Protection civile en cas d’opérations de secours » a-t-il dit. « Quand un ouragan frappe la côte Est, le Département de la Défense met immédiatement à disposition des hélicoptères, des transports, sa logistique pour fournir une aide en cas de désastre. Mais c’est la FEMA (l’Agence fédérale pour la gestion des urgences) qui est en charge du problème. La FEMA demande des moyens au Département de la Défense, mais l’organisation chargée du problème est la FEMA. Et je crois que notre contexte est du même type », a ajouté Lynn.
 
Le travail du Commando cybernétique sera aussi de surveiller les autres réseaux qui pourraient être essentiels pour la sécurité nationale et qui, en cas de guerre, seraient stratégiques, comme ceux de la finance et des transports. C’est au premier chef le général quatre étoiles Keith Alexander, également directeur de la NSA, qui a brandi le prétexte de la cyber-sécurité pour imposer la cyber-guerre: “Si une force inconnue était capable de pénétrer le système électrique ou d’autres systèmes sensibles, il serait aussi en mesure de paralyser ces systèmes...Dans un moment pareil - a-t-il assuré - « ma tâche serait de défendre la nation entière » (2).
 
Néanmoins, il s’avère assez compliqué pour les USA de déterminer les attributions en cas d’attaque cybernétique. Cette semaine, le général Alexander a dit au Washington Post, que l’idée de la Maison Blanche est de créer une seule équipe qui soit intégrée dans le FBI, le Commando Cybernétique, le Département de Sécurité Intérieure et d’autres agences pour “garantir qu’un seul commandement aura l’autorité et la capacité nécessaires pour protéger le pays”.
 
Le projet devrait nécessiter un vote du Congrès US, car à l’évidence, aujourd’hui, seul le Commando Cybernétique a la compétence en matière de réseaux militaires, et il peut exécuter un ordre du Président pour attaquer les agresseurs. Un tel pouvoir, bien sûr, ne manque pas d’inquiéter les autorités civiles et le public en général, qui craignent à juste titre qu’un tel pouvoir puisse être utilisé pour violer leur intimité et contrôler leur vie.
 
Le général Alexander devra convaincre les législateurs de la bonne foi du Commando Cybernétique et de la possibilité d’isoler les réseaux sensibles du reste d’Internet, comme ils l’ont fait avec le réseau militaire, en cas d’attaque réelle. Un plan que certains experts trouvent trop cher et à la limite de l’impossible, les USA ayant plus que toute autre nation lié leur économie à Internet.
 
Il n’empêche que de nombreuses publications aux USA considèrent que la réforme des forces cybernétiques pour la défense nationale est sur le point d’aboutir. Les analystes assurent que le Pentagone est maintenant en capacité d’appliquer la doctrine de la guerre préventive sur Internet, et que les potentialités existantes permettent déjà aux cyber-guerriers US de tromper, perturber, interrompre, endommager et détruire l’information et les ordinateurs dans le monde entier” (3).
 
Keith Alexander, qui a comparé les attaques cybernétiques aux armes de destruction massive, a assuré que les USA ont prévu l’application offensive de ce nouveau concept de guerre sans tenir compte de l’avis de leurs alliés dans le monde. Ils pourraient aller jusqu’attaquer les réseaux alliés sans alerte préalable, s’ils considèrent qu’une attaque pourrait transiter par certains d’entre eux ou partir de chez eux.
 
Qu’il soit ou non rendu public, ce retard de présentation à la société civile de l’Armée cyber-spatiale gêne d’une certaine façon l’efficacité offensive des USA dans Internet. L’espionnage au travers de failles, les virus informatiques qui surgissent de manière suspecte en terrain ennemi quand la rhétorique guerrière monte d’un cran, sont le pain quotidien sur le Net. Et selon Bob Gorley, chef de la technologie de l’Agence des Services Secrets pour la Défense, cela se produit pour une raison très simple : “Nous avons maintenant des militaires étatsuniens dans le cyberespace qui utilisent leurs technologies et leurs moyens hors de leur réseau... Ils naviguent au travers des réseaux de l’adversaire” (4).
 

Notes

(1) William J. Lynn III W. “La défense d’un nouveau domaine: Cyber-stratégie du Pentagone”/Foreign Affairs, septembre/octobre 2010. http://www.foreignaffairs.com/articles/66552/william-j-lynn-iii/defending-a-new-domain (29/08/2010).

(2) S. Webster: “Le Pentagone pourra appliquer la politique de guerre préventive sur Internet”, 29 août 2010. http://www.rawstory.com/rs/2010/0829/pentagon-weighs-applying-preemptive-warfare-tactics-internet/ (30/08/2010).

 

(3) E. Nakashima: “Le Pentagone envisage les attaques préventives dans le cadre de la stratégie de cyber-défense”, le Washington Post, 28 août 2010. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/08/28/AR2010082803849_pf.html

(4) Daniel Lynn L. “Esquisse des menaces informatiques et les mesures défensives”. Service de Presse de l’Armée des USA. http://www.defense.gov/news/newsarticle.aspx?id=60600.




Merci à Tlaxcala
Source: http://www.cubadebate.cu/opinion/2010/10/02/eeuu-retrasa-la-salida-del-ejercito-ciberespacial-pero-no-se-entusiasmen-demasiado/print/
Date de parution de l'article original: 02/10/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1713


Mercredi 6 Octobre 2010


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