Politique Nationale/Internationale

Les USA amochent gravement l'ONU



Andrei Akulov
Lundi 20 Mars 2017

 

    George Washington, le premier président US, a fait remarquer que le pays devra « éviter les alliances permanentes avec toute partie du monde extérieur ». 221 ans après, les USA sont sur le point de renouer avec ce précepte.
 

    Rex Tillerson, le Secrétaire d'État US, a déclaré qu’à moins que l'ONU subisse une « considérable réforme », les USA ne continueront plus à participer au Conseil des droits de l'homme.
 

    Washington se plaint depuis longtemps de l’activité de cet organisme en général, et en particulier du fait que le Conseil des droits de l'homme sis à Genève, se focalise indûment sur Israël et inclut des pays membres affublés d’un piètre dossier sur ces droits. L'administration Trump a mis en doute l'utilité du Conseil.
 

    Les fonctionnaires du Département d'État ont reçu l’ordre de chercher à réduire de plus de 50% le financement US pour les programmes des Nations Unies, y compris pour les opérations de maintien de la paix. Les USA fournissent environ 2,5 milliards de dollars par an pour financer les soldats de la paix. La proposition de budget aggrave le glissement de la diplomatie et de l'aide étrangère vers le renforcement de l'armée de l'administration Trump.
 

    Publié le 16 mars, le projet de budget 2018 inclut des compressions de 28 pour cent des dépenses du Département d'État, de l'Organisme pour le développement international (USAID) et d'autres programmes d'assistance extérieure, dont l'ONU. Les compressions budgétaires affectent le Programme alimentaire mondial qui alimente ceux qui meurent de faim, le programme de vaccination des enfants de l'UNICEF, l’organisme de l’ONU pour la protection des réfugiés fuyant la guerre, et les missions de maintien de la paix, qui touchent des millions de gens et circonscrivent la propagation du terrorisme à travers le monde.
 

    Le Secrétaire d'État Rex Tillerson a suggéré d’introduire progressivement des réductions majeures au cours des trois prochaines années. Les USA sont le donateur principal au budget de l'ONU. Ils financent 22% des dépenses annuelles de l'Organisation. En outre, les USA financent 29% des opérations de maintien de la paix. Globalement, les USA consacrent 10 milliards de dollars par an à l'ONU.
 

    Si Washington ne respecte pas ses engagements de financement du budget régulier de l'ONU, ce qui est obligatoire, il perdra son droit de vote à l'Assemblée générale. En fait, c’est déjà réglé. La Loi US sur la restauration de la souveraineté de 2017 a été déposée à la Chambre le 3 janvier et soumise à la Commission des affaires étrangères de la Chambre. Parrainée par le député républicain de l’Alabama Mike Rogers, la loi propose que les USA mettent fin à leur adhésion à l'ONU, que l'organisation retire son siège du pays et que les USA cessent de participer à l'Organisation mondiale de la santé. Si elle était adoptée, la loi entrera en vigueur deux ans après sa signature. En janvier également, les sénateurs Ted Cruz et Lindsey Graham ont déposé un projet de loi visant à cesser de financer les Nations Unies.
 

    Les sentiments anti-ONU sont alimentés par le fait que ces dernières années, l'Organisation a de plus en plus critiqué les USA à cause des violations des droits de l'homme et des lois internationales. Par exemple, en 2014, le Comité des Nations Unies contre la torture a publié un rapport qui critiquait gravement les USA pour discrimination raciale et d'autres questions relatives aux droits civils, dont la surveillance électronique, les interrogatoires de la CIA, les détentions d'immigrants, la non-fermeture des installations de détention de Guantanamo Bay etc.
 

    En 2015, un nouveau rapport de l'ONU a critiqué les USA pour être le seul pays du monde qui emprisonne les enfants pour la vie sans liberté conditionnelle. Les USA ont été blâmés au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies parce qu’ils se considèrent au-dessus des droits de l'homme, sont racistes et les agents des forces de l’ordre recourent excessivement à la force. Le droit d’utiliser des drones dans d'autres pays qui ne sont pas en guerre avec les USA, a été contesté à maintes reprises par la communauté internationale.
 

    En 2003, les USA ont attaqué l'Irak sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU. En 2011, en tant que membre de l'OTAN, ils ont outrepassé la résolution de l'ONU sur la Libye.
 

    Il existe d'autres exemples qui prouvent que les USA ont violé maintes fois le droit international. Mais le retrait de l'Organisation répondra-t-il aux intérêts nationaux US ?
 

    En fait, les arguments avancés pour quitter l'ONU ne tiennent pas la route. Les 10 milliards de dollars, soit environ un quart des un pour cent du budget fédéral de 3800 milliards de dollars, que les USA donnent aux Nations Unies chaque année, sont cruciaux pour l'aide humanitaire dans le monde, la lutte contre le terrorisme et le découragement de la prolifération nucléaire. La contribution à la stabilisation des économies fragiles aide à maintenir à flot les partenaires commerciaux ou à en créer de nouveaux.
 

    L'ONU a aidé plus de 100 autres pays à mettre en œuvre ou à améliorer les lois existantes en matière de lutte contre le terrorisme. Aujourd'hui, l’ONU finance 16 opérations de maintien de la paix, avec 117 000 soldats, policiers, observateurs militaires, personnel civil et volontaires de 125 pays. Pour le contrôle des armements, le désarmement et, surtout, la non-prolifération, l'importance de l’ONU est indiscutable. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et l'Agence internationale de l'énergie atomique ont grandement contribué à empêcher une guerre nucléaire. L'ONU est dépositaire de plus de 560 traités multilatéraux.
 

    Une demi-douzaine d'accords fondamentaux relatifs aux droits de l'homme et la création d'un haut commissaire aux droits de l'homme pour en surveiller la conformité, ont amélioré la vie de nombreux peuples. L'Organisation a contribué à l'éducation de millions d'enfants dans le monde.
 

    Sans doute imparfaite, l'ONU doit être réformée, mais il demeure que c’est un instrument essentiel de gouvernance internationale dans le monde interdépendant, à un moment où la sécurité mondiale est menacée, qu'il s'agisse d'États voyous, de terroristes, de décès controversés ou de changements climatiques. Tous ces problèmes ne peuvent être abordés que par l'engagement et la coopération, et non par l'isolement ou l'unilatéralisme. Personne ne peut les aborder seuls.
 

    Se débarrasser du fardeau du droit international et des engagements mondiaux n’apporte pas la solution des problèmes. En sortant de l'Organisation, les USA seront privés d'une institution indispensable pour communiquer avec le monde. Ils perdront beaucoup et ne gagneront rien. Espérons qu’ils décideront d’enrayer cette dangereuse tendance.
 

Strategic Culture Foundation, Andrei Akulov, 18 mars 2017

Original : www.strategic-culture.org/news/2017/03/18/us-kicks-un-in-guts.html
Traduction Petrus Lombard



Lundi 20 Mars 2017


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