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Les Palestiniens marquent un an de manifestation pour le Droit au Retour


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Les Palestiniens vont marquer un an de manifestations de la Grande Marche du Retour après que les Nations Unies sont arrivés à la conclusion qu’Israël pourrait avoir commis des crimes de guerre.


Ben White
Dimanche 31 Mars 2019

Les Palestiniens de la bande de Gaza vont marquer le premier anniversaire des manifestations de la Grande Marche du Retour, en anticipant la même violence meurtrière qui caractérise l’approche d’Israël depuis le début des manifestations.
Le mois dernier, la Commission d’enquête des Nations Unies (COI) a publié un acte d’accusation accablant contre le comportement des forces israéliennes d’occupation dans la répression des manifestations.
Selon la COI, des soldats israéliens ont délibérément tiré sur des civils, massacrant et mutilant des manifestants, y compris des enfants, ainsi que des journalistes et des médecins.
Les groupes de défense des droits de l’homme ont salué les résultats de cette enquête. L’année dernière, ils ont contesté sans succès auprès de la Cour suprême israélienne les règles d’engagement de l’armée et sa politique consistant à tirer à balles réelles [sur les manifestants].
Ces règles permettent aux soldats de cibler les « incitants principaux » – des civils réputés inciter les manifestants à s’approcher de la clôture.
« Israël a simplement inventé le concept ‘d’incitateurs principaux’ « , a déclaré à Al-Jazeera, le professeur Kevin Jon Heller, professeur associé de droit international public à l’Université d’Amsterdam.
« Aucun statut de ce type n’existe en droit international humanitaire (DIH) ou en droit international des droits de l’homme (DIH). En DIH, vous êtes soit un combattant, soit un civil. En vertu du DIH, la force, quelle qu’elle soit, nécessite que la cible représente une menace réelle », a ajouté Heller.
« Vous ne pouvez pas simplement tirer sur quelqu’un à la jambe parce que vous pensez qu’il dirige une manifestation. Et pour qu’une force meurtrière soit utilisée il faut que la cible représente une menace imminente pour la vie. »
Le centre de défense des droits de la minorité arabe en Israël, Adalah, était l’un des groupes qui ont contesté la réponse d’Israël aux manifestations devant les tribunaux. « Israël – y compris l’armée, le gouvernement et la Cour suprême – recrée à sa guise le droit international pour l’adapter à ses pratiques », a déclaré Suhad Bishara, avocat à Adalah, qui avait lancé une pétition contre l’utilisation de tirs à balles réelles.
« En situation de combat, c’est le DIH qui s’applique et les civils doivent être protégés. L’objectif de la loi est de protéger les civils. Israël a donc créé de nouveaux concepts qui n’existent pas en droit international pour justifier le meurtre de manifestants civils », a expliqué Bishara à Al-Jazeera.
Comme l’ont écrit deux experts juridiques israéliens dans une évaluation de la décision de la Cour suprême, la position du gouvernement « confond et obscurcit les cadres juridiques internationaux en jeu, créant un ensemble de règles extrêmement souples pouvant être manipulées en fonction des exigences du moment ».
La désignation de Gaza comme entité ennemie, qui remonte à la décision prise par le cabinet de sécurité en septembre 2007, est un élément essentiel de l’approche adoptée par Israël pour les manifestations.
C’est cette définition qui « donne le feu vert à de nombreuses pratiques illégales », a déclaré Bishara, dont les collègues à Adalah contestent actuellement devant les tribunaux une décision visant à empêcher tout Palestinien à Gaza de demander réparation, au motif qu’il vit dans une « entité ennemie ».
« Pour le tireur d’élite, tout le monde de l’autre côté de la barrière est perçu de facto comme une menace; soit vous êtes officiellement affilié au Hamas, soit vous les protégez d’une manière ou d’une autre. La Cour suprême israélienne a classé les manifestants comme participant aux hostilités et a déterminé qu’ainsi, ils perdent toute protection. C’est ainsi que vous criminalisez tout le monde en tant que menace potentielle – selon ces définitions larges, arbitraires et mensongères, Israël prétend qu’il n’y a quasiment pas de société civile à Gaza. »

Des centaines de morts et des milliers de blessés
Selon des responsables de la santé palestiniens, plus de 250 Palestiniens ont été tués depuis le début des manifestations et des milliers d’autres ont été blessés.
Dans son rapport, l’ONU a constaté que 189 Palestiniens avaient été tués entre le 30 mars et le 31 décembre de l’année dernière.
La réponse d’Israël aux manifestations de la Grande Marche du Retour n’est que le dernier d’une série d’actions à Gaza qui ont entraîné une condamnation internationale.
Au cours de l’offensive de 50 jours en 2014, par exemple, des responsables israéliens ont été dénoncés pour une politique selon laquelle les maisons de familles palestiniennes étaient ciblées à plusieurs reprises pour leurs liens supposés avec des membres d’organisations armées.
Haydee Dijkstal, avocate internationale spécialisée dans les affaires criminelles et les droits humains pour le cabinet 33 Bedford Row, a déclaré à Al Jazeera que les mesures prises par Israël à l’égard de Gaza depuis le retrait des colons en 2005 témoignent « d’une tendance à l’abandon du concept de proportionnalité et d’une abolition des protections auxquelles les civils ont droit dans le cadre du droit international humanitaire ».
« Classer toute une famille, des groupes de manifestants ou une zone résidentielle de telle sorte que des civils innocents puissent être ciblés ou désignés comme des dommages collatéraux acceptables, suggère une tentative de créer une justification pour des attaques aveugles et des punitions collectives qui n’existe pas dans le cadre de la loi internationale », a-t-elle ajouté.
Israël a répondu au COI et à d’autres critiques émanant d’organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme avec le même message : les manifestations de la Grande Marche du retour sont organisées par des « terroristes » et la grande majorité de ceux qui ont été abattus sont des « terroristes ».
Les chiffres diffusés par le « Centre d’information Meir Amit sur le terrorisme et le renseignement » ont été au cœur de la campagne de relations publiques d’Israël, un jour décrit par un journaliste israélien chargé de la sécurité comme un « pipeline » d’insinuations auxquelles la division militaire du renseignement ne veut pas être directement associée ».
Les « analyses » de Meir Amit à propos des victimes de la Grande Marche du Retour reposent – de son propre aveu – sur des « preuves indirectes », une simple « affiliation » ou « lien » avec une organisation politique palestinienne étant suffisant pour qualifier un manifestant de « terroriste ». Meir Amit a qualifié de « terroristes » des enfants âgés de 13 ans à peine, ainsi que le journaliste assassiné Yaser Murtaja.

« Une vision du monde moralement répugnante »
Les « statistiques » du centre sont reprises par des diplomates israéliens ainsi que par des publications pro-israéliennes avec des titres tels que: « Une preuve irréfutable que la plupart des Palestiniens tués lors des manifestations à Gaza avaient des liens terroristes ».
En revanche, le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem a conclu que sur 190 tués identifiés parmi les manifestants, seuls 53 – soit 28% – ont été confirmés comme « participant à des hostilités », une désignation attribuée par l’ONG uniquement sur la base des individus actifs dans une organisation de la résistance armée.
Le CIO des Nations unies a par ailleurs déclaré que « 29 des personnes tuées sur les lieux des manifestations étaient membres de groupes armés palestiniens ».
Pour des experts en droit international comme Dijkstal, l’approche actuelle d’Israël vis-à-vis de Gaza « risque de fournir un modèle à suivre permettant d’imposer des politiques trop catégoriques et des catégorisations trop larges pour réprimer l’opposition ou les manifestations, et de cibler illégalement des personnes exerçant leurs droits fondamentaux à la liberté d’expression et à la réunion pacifique sous le prétexte qu’elles représenteraient une menace ».
« Israël repousse constamment les limites du DIH et du droit international pour justifier son recours à la force contre les Palestiniens », a déclaré Heller.
« Au lieu d’utiliser le droit international comme norme minimale conçue pour protéger les civils, Israël l’utilise comme un ‘manuel de guerre’ … cherchant des échappatoires et fondant ses actions sur une interprétation totalement abusive et juridiquement infondée, basée sur une vision du monde moralement répugnante », a confié un porte-parole de B’Tselem à Al-Jazeera.
« Ce n’est pas une question juridique ou théorique : cette apparence de légalité légitime les politiques immorales et meurtrières d’Israël aux yeux du public israélien et de la communauté internationale, ce qui permet à Israël de persister dans son comportement avec toutes ses conséquences fatales. »



* Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge. Il a notamment écrit Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie – Suivre sur Twitter : @benabyad


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Dimanche 31 Mars 2019


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