Conflits et guerres actuelles

Les Palestinien n'oublieront jamais


Susan Abulhawa
Dissidentvoice.org



Mercredi 7 janvier 2009 20h23 UTC


gai_chat@yahoo.fr
Dimanche 11 Janvier 2009

Les  Palestinien n'oublieront jamais

Comment peut-on regarder Gaza se consumer sans faire l'amer constat que l'histoire se répète ? Beaucoup comparent le traitement infligé aux Palestiniens par les Israéliens à celui subi par les Noirs durant l'Apartheid en Afrique du Sud. Mais jamais, même dans ses heures les plus cruelles, le régime d'Apartheid n'a détruit et assassiné de façon aussi gratuite. Ne mâchons pas les mots. Ce qui arrive aux Palestiniens aujourd'hui évoque Varsovie ou Lodz.

Les écoles, les universités, les mosquées, les postes de police, les maisons, les usines de traitement des eaux, les industries et toutes les infrastructures de la société civile, y compris l'unique clinique psychiatrique de Gaza, ont été réduits en miettes par des avions qui, depuis un ciel limpide, sèment la mort en toute impunité – puisque les Palestiniens n'ont ni forces aériennes pour riposter, ni armée, ni marine. Ni blindés, ni artillerie lourde. « Grâce » à Israël, depuis deux ans, l'électricité ou l'approvisionnement en fuel sont sporadiques. Idem pour la nourriture et les médicaments. Le siège et le blocus israéliens de Gaza empêchent l'entrée et la sortie des personnes et des biens – y compris les produits de première nécessité.

Une étude récente de la Croix Rouge rapporte que 46 pour cent des enfants gazaouis souffrent d'anémie. La malnutrition affecte 75 pour cent de la population, dont la moitié a moins de 17 ans. Le taux de surdité chez les enfants est très élevé, à cause des bangs soniques fréquents délibérément provoqués par les Israéliens qui survolent Gaza à basse altitude. Un nombre alarmant d'enfants ont des retards de croissance et de graves troubles mentaux causés par la malnutrition. S'ils ont survécu jusqu'ici, c’est grâce aux tunnels qui, depuis l'Égypte, convoient nourriture et provisions.

À Gaza, la moitié des enfants de moins de 12 ans ont perdu tout « désir de vivre ». Peut-on imaginer le genre d'oppression qui conduit des milliers de jeunes enfants à perdre leur désir de vivre ?

Voilà ce qu'Israël a fait à Gaza ces deux dernières années. Les Israéliens ont ghettoïsé Gaza et l'ont transformé en prison à ciel ouvert – en camp de concentration pour des civils qui n'ont aucun moyen de gagner leur vie, de se défendre, et nulle part où s'enfuir pour échapper au massacre, aux bombardements qui viennent du ciel, de la terre, et de la mer. Et au phosphore blanc qui éventre jeunes et vieux. Écoutez les témoignages directs.

Mais Gaza a eu l'audace d'essayer de résister, avec de pathétiques roquettes artisanales qui, jusqu'à l'agression barbare d'Israël, atterrissaient généralement dans le désert. Les roquettes symbolisaient surtout la résistance, tout comme le soulèvement des combattants du ghetto de Varsovie était symbolique. Mais qui, en 1943, aurait exigé des « deux parties » un cessez-le-feu, un « arrêt de la violence » ? Qui aurait accusé les combattants du Ghetto d'être responsables de leur sort ? Qui aurait dit qu'ils n'avaient pas le droit de résister ? De riposter ?

Le seul droit que les nazis donnèrent aux Juifs fut celui de mourir en silence. Israël fait de même en affamant et en assiégeant les Palestiniens. Le ghetto de Varsovie fut réduit en cendres ; de même laisse-t-on Gaza se consumer dans un brasier, ses hôpitaux suintant la mort et les blessures indicibles. Tout le monde à Gaza est terrorisé et traumatisé. Personne n'est à l'abri de l'insécurité et de la peur. S'il vous plaît, imaginez que vous êtes un habitant de Gaza.

Qu'ont donc fait les Palestiniens pour mériter pareil sort ? Pour être constamment pourchassés tels des animaux ? Pour voir leurs maisons démolies, leur histoire et leur héritage anciens jetés aux oubliettes ? Pour pourrir dans des camps de réfugiés et des bidonvilles, pendant que, des quatre coins du monde, des Juifs affluent et s'emparent de leurs maisons et de leurs fermes confisquées ? Pour être torturés, emprisonnés, niés de toutes les façons possibles et imaginables ?

Qu'avons-nous donc fait pour que les dirigeants refusent de se prononcer contre cette froide et massive agression contre notre peuple ? Par quelle logique peut-on qualifier les Palestiniens de terroristes, quand le sang de leur propres enfants se déverse dans leurs rues ? Quand on les a dépouillés de leurs possessions, de leur dignité, de leur espoir ?

Pourquoi ? Parce qu'ils ont élu le Hamas ? Le Hamas est au pouvoir depuis moins de deux ans. Et pourtant, les Palestiniens subissent ce martyre depuis 61 ans. Que ce soit aujourd'hui à Gaza, en 2002 à Jénine, en 1947 et 1948 à Deir Yassin, Balad el-Sha, Yehida, Tantura,… la liste est longue. Ou en 1982, à Sabra et Shatila.

Les Palestiniens sont tués comme de vulgaires insectes non à cause du Hamas ou, avant lui, de Yasser Arafat. Pas à cause des roquettes Qassam ou des lanceurs de pierres. Les Palestiniens brûlent et saignent parce qu'ils sont les indigènes non-juifs de cette terre. Il n'y a aucune autre raison. De même qu'on a tué les Juifs parce qu'ils étaient juifs, on tue les Palestiniens parce qu'ils sont les musulmans et les chrétiens qui possèdent un droit historique, légal et même génétique sur cette terre.

Mais contrairement aux Juifs d'Europe, les Palestiniens sont tués lentement, sur des décennies. Contrairement à Israël, l'Allemagne nazie n'a pas mis en oeuvre cette machine de propagande mondiale si efficace visant à diaboliser ses victimes et à les rendre responsables de leur épouvantable sort. Mais surtout, comme les combattants du ghetto de Varsovie, les Palestiniens ne marchent pas passivement vers la mort.En 60 ans d'oppression permanente et insoutenable, leur volonté n'a pas failli. Aujourd'hui encore moins qu'hier.Israël et les États-Unis – avec leur soutien inconditionnel – ne réussiront qu'à radicaliser toute une nouvelle génération de leurs victimes. Qu'à raviver le haine et le ressentiment du monde entier envers ce duo diabolique.

Les Palestiniens n'oublieront pas cela, comme ils n'ont pas oublié ces 60 dernières années. Mais de quoi vous rappellerez-vous, dans une semaine, un an ou dix ans, quand un Gazaoui, qui, debout devant les longues rangées de cadavres, crie aujourd'hui vengeance, accomplira votre 11 septembre ? Quand un jeune, parmi ces quelques millions d'enfants qui ont perdu tout désir de vivre, s'attachera une ceinture à la taille et fera éclater votre train-train quotidien ? Vous rappellerez-vous ce que nous leur avons fait ?

Susan Abulhawa est l'auteur de The Scar of David, oeuvre de fiction historique. Elle est aussi la fondatrice de Playgrounds for Palestine, et membre exécutif de Deir Yasin remembered.

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Traduction : Prayers for rain pour Futur Quantique



Dimanche 11 Janvier 2009


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