Géopolitique et stratégie

Les Etats-Unis, la Russie et le marché latino-américain de l'armement


En plus de son aspect économique, la concurrence entre la Russie et les Etats-Unis sur le marché latino-américain de l'armement revêt, depuis ces derniers temps, une nuance politique. Washington est tout particulièrement préoccupé par la coopération militaire de la Russie avec le Venezuela dont le leader, Hugo Chavez, se distingue par son attitude radicale envers les Etats-Unis.


RIA Novosti
Lundi 3 Juillet 2006

Les Etats-Unis, la Russie et le marché latino-américain de l'armement


Par Dmitri Bobkov, RIA Novosti



La réaction de Washington est compréhensible. Le marché mondial de l'armement ne cesse de diminuer et la concurrence continue de s'accroître. D'autre part, les Etats-Unis sont mécontents de la prolifération des armes russes dans une région où les intérêts américains sont depuis toujours concentrés. Il ne faudrait pas oublier que dans les années 1990 la Russie s'est vue privée, à bien des égards sous la pression des Etats-Unis, de sa clientèle traditionnelle en Europe de l'Est et dans certains pays arabes. En d'autres termes, les Américains ont chassé le complexe militaro-industriel russe de sa niche traditionnelle et il n'y a rien d'étonnant à ce que la Russie, en reprenant des forces après une crise durable, soit partie à la conquête d'autres marchés pour ses armements. Les milieux d'affaires russes n'ont naturellement pas l'intention d'accepter que les Etats-Unis aient des droits exclusifs sur cette région. Pas plus que la politique actuelle menée par la Maison-Blanche dans l'espace postsoviétique, zone traditionnelle d'intérêts de Moscou avec lesquels les autorités américaines ne sont pas enclines à compter. Si les Américains peuvent s'installer dans la zone des intérêts de la Russie, pourquoi les Russes ne pourraient-ils pas s'implanter dans la zone d'intérêts des Etats-Unis?

En vendant des armes au Venezuela, la Russie se fixait dès le début des objectifs économiques, estime le politologue russe Alexeï Arbatov, membre du conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou. Les exportations d'armes sont un moyen qui permet au complexe militaro-industriel russe de survivre parce que les commandes publiques nationales, malgré leur tendance à la croissance, n'occupent toujours qu'un quart du potentiel des entreprises militaires héritées par la Russie de l'Union Soviétique après la fin de la "guerre froide".

Ce n'est pas la Russie qui confère une nuance politique au contrat économique, mais Hugo Chavez, qui a plus d'une fois déclaré que c'était du côté des Etats-Unis qu'il voyait se profiler une agression potentielle contre son pays. Adversaire radical de Washington, il ne peut pas, pour des raisons que l'on comprend, compter que les Etats-Unis continueront à fournir des armes au Venezuela et doit donc chercher d'autres exportateurs de matériel de guerre. Les armements russes ne le cèdent en rien aux américains, ils les surpassent même sur bien des points et, de surcroît, ils sont moins chers, ce qui rend le partenariat avec la Russie plus avantageux pour Caracas du point de vue économique aussi.

Le premier lot (33.000 Kalachnikov) est arrivé au Venezuela début juin. La réaction de Washington a été nettement négative. De l'avis des représentants du Département d'Etat américain, les armes que Chavez achète à la Russie risquent de tomber entre les mains des mouvements radicaux colombiens et de mettre en péril la stabilité dans la région. Les préoccupations américaines laissent sceptique l'expert en chef de l'Institut de l'Amérique Latine de l'Académie des sciences de Russie, Emil Dabaguian: d'après les informations à sa disposition, les guérilleros colombiens reçoivent des armes de sources très diverses, autant dire qu'ils peuvent se passer du Venezuela.

Enfin, il n'existe aucun accord international interdisant la coopération militaro-technique avec le Venezuela ou avec d'autres pays d'Amérique latine. En d'autres termes, la Russie ne dépasse pas les bornes.

Pour la Russie, le marché latino-américain de l'armement est prometteur. Le politologue Alexeï Arbatov souligne que les états d'esprit anti-américains au Venezuela sont très contagieux et peuvent se communiquer à d'autres pays de la région. On ne doit donc pas exclure qu'à l'avenir la Russie se fasse aussi d'autres partenaires latino-américains qui voudront s'équiper d'armes russes.

Les affaires sont les affaires. Les Etats-Unis sont bien placés pour le savoir.


Lundi 3 Juillet 2006

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