Proche et Moyen-Orient

Les États-Unis à un doigt de déclencher une guerre contre l’Iran après avoir positionné bombardiers B-52 et groupe aéronaval


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Jeudi, l’USS Abraham Lincoln et son groupe aéronaval ont passé le canal de Suez et ont pénétré en mer Rouge, au cœur du Moyen-Orient. Ce même jour, un groupe de quatre bombardiers B-52 américains à capacité nucléaire atterrissait sur une base aérienne américaine du Qatar. Ces deux déploiements militaires font qu’une nouvelle guerre majeure et catastrophique est à deux doigts d’être déclenchée dans la région.


Bill Van Auken
Mardi 14 Mai 2019

Les B-52 arrivant à la base aérienne d'Al Udeid
Les B-52 arrivant à la base aérienne d'Al Udeid
Ces déploiements ont lieu alors que Washington lance une nouvelle série de menaces belliqueuses. Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, a publié jeudi une déclaration avertissant que les États-Unis étaient prêts à prendre des mesures militaires «rapides et décisives» contre l’Iran.

Le Pentagone a positionné ses armes les plus puissantes et les plus destructrices près des côtes iraniennes. En même temps, Pompeo a justifié la nouvelle concentration militaire américaine en affirmant que l’Iran s’était «engagé dans une série croissante d’actions et de déclarations menaçantes ces dernières semaines», sans se donner la peine de fournir un exemple de telles actions ou déclarations.

«Le régime de Téhéran doit comprendre que toute attaque de sa part ou de ses mandataires quels qu’ils soient contre les intérêts ou les citoyens américains, recevra des États-Unis une réponse rapide et décisive», a déclaré Pompeo. «L’Iran ne doit pas confondre notre retenue jusqu’ici avec un manque de détermination. Jusqu’à présent, l’option par défaut du régime a été la violence et nous appelons ceux qui, à Téhéran, voient dans la désescalade un chemin vers un avenir prospère, à modifier le comportement du régime».

Le discours de «retenue» américaine par opposition à une prétendue «option par défaut» iranienne de la violence est hallucinant. Pompéo parle au nom d’un gouvernement engagé depuis un quart de siècle dans des guerres sans fin dans la région du golfe Persique, guerres qui ont fait plus d’un million de victimes et détruit des sociétés entières.

Comme toujours, l’impérialisme américain tente de se faire passer pour la victime de l’agression, mobilisant sa puissance militaire inégalée uniquement comme acte de défense.

Le chef récemment nommé du Commandement central américain (CENTCOM), le général de marine Frank McKenzie, a parlé dans le même sens que Pompeo. Responsable des opérations militaires américaines au Moyen-Orient, McKennzie a tenu un discours incendiaire devant la ‘Fondation pour la défense des démocraties’, un groupe de réflexion pro-sioniste droitier.

«Toute attaque contre les intérêts américains se heurtera à une force implacable», a-t-il déclaré à la Fondation qui a servi de forum à George W. Bush pour défendre sa politique de guerre contre l’Irak. Illustrant le soutien bipartite à l’agression impérialiste américaine au Moyen-Orient riche en pétrole, ce groupe de réflexion inclut dans son conseil consultatif Donna Brazile, l’ancienne présidente du Comité National Démocrate.

L’Administration Trump a, dans l’intervalle, imposé de nouvelles sanctions à l’Iran. Mercredi, la Maison-Blanche a publié un décret imposant des sanctions unilatérales et extra-territoriales pour les industries iraniennes du fer, de l’acier, de l’aluminium et du cuivre. Le décret menace quiconque faisant le commerce de ces matières, et toute institution financière facilitant ce commerce, de représailles des États-Unis, y compris son exclusion des marchés américains.

Ces nouvelles sanctions font suite à l’annulation par Washington, le 1er mai, des dérogations accordées à la Chine, à la Corée du Sud, au Japon, à l’Inde et à la Turquie. Ces dérogations les autorisaient à continuer d’acheter du pétrole iranien sans sanction. L’objectif déclaré des États-Unis est de réduire les exportations pétrolières iraniennes à «zéro».

Il y a tout juste un an, l’Administration Trump avait unilatéralement abrogé le Plan d’action global conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action—JCPOA), un accord qu’elle avait conclu avec l’Iran communément avec la Russie, la Chine, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. Elle a réimposé et renforcé les sanctions économiques unilatérales qui visaient à étrangler l’économie iranienne, créant les conditions pour faire tomber son gouvernement et le remplacer par un régime fantoche.

Entre-temps, l’Administration maritime américaine (MARAD) a publié un avis, ce jeudi avertissant les navires commerciaux américains, dont les pétroliers, qu’ils pourraient être ciblés dans le cadre de préparatifs de guerre dans la région. Compte tenu de l’embargo paralysant que Washington a décrété contre les exportations pétrolières iraniennes, l’avis fait cette mise en garde:

«L’Iran ou ses mandataires pourraient réagir en ciblant les navires commerciaux, y compris les pétroliers, ou les navires militaires américains en mer Rouge, dans le détroit de Bab-el-Mandeb ou dans le golfe Persique. Des informations indiquent que l’Iran est de plus en plus prêt à mener des opérations offensives contre les forces et les intérêts américains».

Cet avis, tout comme les avertissements de Pompeo, est une provocation sans équivoque visant à créer un prétexte pour une guerre totale de la part des États-Unis.

Pompeo et le conseiller américain pour la sécurité nationale John Bolton, qui a déjà publiquement appelé à bombarder l’Iran, ont menacé de déclencher une attaque dévastatrice contre celui-ci dans le cas de n’importe quelle attaque contre des troupes américaines ou des «intérêts américains» où que ce soit au Moyen-Orient. Soit une multitude d’acteurs que Washington considère comme des «mandataires» de Téhéran, comme une des milices chiites en Syrie ou en Irak, le Hezbollah libanais, les Houthis du Yémen, et le Hamas dans la bande de Gaza.

Dans l’un ou l’autre de ces pays, le Pentagone ou la CIA sont capables d’organiser une provocation qui peut servir de prétexte pour lancer une guerre totale. Ou bien l’auteur de la provocation pourrait être un des principaux alliés régionaux de Washington, Israël et l’Arabie saoudite, qui veulent tous deux une guerre américaine contre l’Iran.

NBC News a révélé que la semaine dernière, les hauts responsables de l’Administration Trump avaient convoqué une réunion au sommet très inhabituelle au siège de la CIA à Langley, en Virginie, pour discuter de l’intensification de la guerre contre l’Iran. Étaient présents selon des responsables américains la cheffe de la CIA Gina Haspel, le secrétaire à la Défense par intérim Patrick Shanahan, le chef d’état-major interarmées Joe Dunford, le secrétaire d’État Pompeo, le directeur du renseignement national Dan Coats et d’autres encore.

Ces responsables ont déclaré à NBC que la session n’avait pas été convoquée pour discuter de prétendus «renseignements» sur les plans iraniens présumés d’attaques contre les «intérêts américains» ayant servi de prétexte à l’envoi dans la région du porte-avion avec son groupe naval et des bombardiers. Les preuves à l’appui des allégations d’«agression» imminente de l’Iran sont tout aussi inventées que celles qui ont servi à étayer la thèse des «armes de destruction massive» avant l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

De quoi parlaient ces responsables dans le bunker de la CIA à Langley? D’anciens officiers des opérations de la CIA et des responsables militaires ont déclaré à NBC que de telles réunions au quartier général de la CIA se convoquent normalement pour discuter de plans très délicats pour des «actions secrètes». Si de telles actions viseront l’Iran et son gouvernement ou la mise en place d’une opération sous «faux pavillon» quelque part au Moyen-Orient, qui pourrait servir de prétexte à une attaque américaine, n’est pas encore avéré.

L’irresponsabilité et la criminalité qui caractérisent les menaces de Washington envers l’Iran sont l’expression des tensions sociales profondes, de l’instabilité économique et de la crise politique qui se sont emparés du capitalisme américain. L’oligarchie financière au pouvoir cherche à détourner ces tensions vers l’extérieur par une explosion de violence militaire.

Une guerre contre l’Iran éclipserait l’effroyable effusion de sang de la guerre en Irak, lancée en 2003. Elle impliquerait toute la région et toutes les grandes puissances, y compris les «grandes puissances» rivales de l’impérialisme américain, Russie et Chine, et mettrait l’humanité face-à-face avec une troisième guerre mondiale, nucléaire.

(Article paru d’abord en anglais le 11 mai 2019)



Mardi 14 Mai 2019


Commentaires

1.Posté par Ferux le 14/05/2019 15:55 | Alerter
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Il n'y a plus qu'à s'attendre a un false flag façon 11 septembre 2001 mais cette fois dans le rôle du méchant le vilain musulman chiite pour justifier une énième guerre déclenchée par ces satanistes qui se nourrissent du sacrifice de million d'êtres humains au nom d'une prétendue défense de la démocratie et de la liberté.

2.Posté par Daniel Vanhove le 15/05/2019 09:30 | Alerter
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Un article de mauvaise "propagande"...
certes, les USA roulent des mécaniques (ils adorent ça et n'arrêtent pas d'y avoir recours!)... mais comme ils ont perdu toutes les guerres déclenchées des dernières décennies, je doute qu'ils se laissent entraîner dans une guerre contre l'Iran, perdue d'avance, dans la mesure où dès le premier acte, Tel-Aviv serait vitrifiée par les centaines de missiles iraniens... sans parler d'un éventuel appui du Hezbollah, voire du Hamas... sans compter les réactions russes et chinoises, et du blocage du Détroit ce qui assécherait l'approvisionnement de l'occident en pétrole...
dans des moments de telles tensions, il faut savoir raison garder et non alimenter les sentiments de panique en disant et écrivant n'importe quoi...

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