Politique Nationale/Internationale

Les Américains et l'Iran: 'Frapper ou ne pas frapper'



L'offre des Six sur le programme nucléaire de l'Iran et les nouvelles assez encourageantes concernant la réponse de Téhéran ont donné le jour à une situation intéressante aux Etats-Unis mêmes. A la grande surprise des néoconservateurs, il s'est trouvé au sein de l'administration Bush des politologues pour préconiser des pourparlers et même reconnaître à l'Iran le droit de maîtriser une forme quelconque du cycle nucléaire complet. Sur ce sujet les politologues ouest-européens eux aussi se sont montrés étonnamment prodigues d'idées.


Ria-Novosti
Lundi 19 Juin 2006

Les Américains et l'Iran: 'Frapper ou ne pas frapper'


Par Guennadi Evstafiev, général du Service de renseignements extérieurs à la retraite


En attendant, la rencontre à Shanghai de Mahmoud Ahmadinejad avec Vladimir Poutine, les déclarations faites à son issue par le leader russe concernant la disposition de la partie iranienne à entamer des négociations ont confirmé la justesse de la position principielle de la Russie qui reste attachée à l'application des clauses du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et au respect des engagements découlant de ce document international clé.

Les promesses que Mahmoud Ahmadinejab a données au dirigeant russe à Shanghai ne manqueront certes pas d'accentuer les clivages parmi les politologues américains. Ceux qui se prononcent résolument en faveur d'une frappe dans les délais les plus brefs vont probablement être contraints à une retraite momentanée. Ceux qui estiment que l'on peut s'entendre avec l'Iran ne sont pas encore tellement nombreux dans l'administration américaine, cependant ils disposent d'idées et d'arguments pour tenter de faire admettre que les Etats-Unis, déjà sérieusement embourbés en Irak, ne peuvent pas prendre le risque de s'engager dans une autre aventure militaire à l'issue imprévisible. Ils mettent l'accent sur le fait que pour la première fois depuis bien des années il se trouve parmi l'élite iranienne des gens avec lesquels l'Amérique pourrait s'entendre, comme elle s'était entendue, par exemple, avec les Indiens. Et qu'une fois cela fait il serait possible d'évincer de ce pays les Russes et les Européens de l'Ouest.

D'autant que maintenant certains Iraniens s'associent à la diaspora iranienne aux Etats-Unis pour bien laisser entendre qu'ils ne font pas confiance aux Russes et qu'ils souhaiteraient avoir affaire avec l'Occident. Les intrigants subtils savent bien quel baume ils appliquent sur l'âme de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, qui s'emploie à faire admettre la thèse selon laquelle les "Russes ne sont pas des partenaires fiables". Il s'est enfin trouvé des gens pour croire à cela! Et parmi les ayatollahs encore!

Il faut bien dire que ces subtilités entretiennent la haine farouche des républicains conservateurs invétérés à l'égard de Condoleezza Rice responsable à leurs yeux de toutes les tergiversations dans les affaires iraniennes.

Evidemment; il est notoire qu'entre les néoconservateurs et les modérés la distance est toute relative et que le moindre dérapage dans le processus de négociation, disons une nouvelle attaque verbale du président iranien contre Israël, pourrait inciter la plupart des modérés à rejoindre le camp de ceux qui préconisent la manière forte.

Des revirements surprenants s'opèrent actuellement parmi les politologues engagés dans le débat autour de l'Iran. De l'avis général, Mahmoud Ahmadinejad fait tout ce qu'il peut pour empêcher une entente américano-iranienne. Il ne jure que par l'idéologie et est toujours très populaire aux yeux de la jeune génération. Pas au sein de la population urbaine séduite par la culture de masse occidentale, mais parmi la jeunesse islamique rurale la plus pauvre, qui a fait sienne son programme en direction de la jeunesse.

Evidemment, le renseignement américain sait que Mahmoud Ahmadinejad n'est pas le principal acteur dans le comité restreint chargé de régler toutes les questions relevant du programme nucléaire iranien. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les analystes américains se demandent comment Mahmoud Ahmadinejad a-t-il fait pour triompher aux élections du richissime et très influent Rafsandjani. Il est notoire que pour la mentalité américaine, l'argent est le nerf des élections. Comment Mahmoud Ahmadinejad s'en était-il procuré? D'aucuns ont pensé que c'étaient les Russes qui lui en avaient donné pour remporter le scrutin! Il y a tout lieu de penser que ce bobard sera prochainement lancé par les grands moyens d'information américains. Plus le mensonge est gros...

En attendant, le directeur du Renseignement national, John Negroponte, et Condoleezza Rice mettent en place des structures pour traiter le problème iranien. Cette dernière vient de créer au Département d'Etat un bureau spécial pour l'Iran. Pour le moment il n'est pas question de planifier une frappe. Espérons que pour un certain temps l'agression passera au second plan. Bien sûr, ce que Mahmoud Ahmadinejad a dit à Vladimir Poutine à Shanghai est très encourageant, mais pour l'instant ce n'est qu'une déclaration d'intention. On pourrait recommander à la partie iranienne de faire connaître sans tarder sa position sur le fond de l'offre compromissoire faite par les Six. Tout atermoiement serait préjudiciable aux intérêts iraniens mais il conforterait sérieusement ceux des "faucons" américains.


Lundi 19 Juin 2006

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