Conflits et guerres actuelles

Le visage et le cerveau de la guerre

Et malgré tout c’est chacun qui compte


par Karl Müller, Allemagne


Karl Müller
Vendredi 17 Août 2007

Le visage et le cerveau de la guerre
Joshua Key est un déserteur de l’armée des Etats-Unis. Il a pu trouver de l’aide et se réfugier au Canada avec sa femme et ses quatre enfants. Là-bas, il espère trouver l’asile politique.
Joshua Key n’est pas issu du mouvement de paix américain, il n’est pas une personne active dans la politique au sens traditionnel du terme. Il a grandi dans des circonstances pauvres et difficiles. Mais de son grand-père il a reçu les racines d’une sensibilité pour ce qui est juste et injuste, de manière que sa conscience – malgré son abrutissement avoué – n’a pas pu se taire complètement.
Joshua Key a été soldat d’avril à novembre 2003, brigadier dans l’armée des Etats-Unis en Irak. Il a décrit son chemin jusque là-bas, son temps en Irak et sa décision de déserter dans un livre qui a paru en français cette année: «Putain de guerre! Le témoignage choc d’un jeune déserteur américain qui refuse de faire la guerre en Irak.» Le récit du soldat Key ne nous quitte plus. Ce sont des récits très concrets, il y a peu d’abstractions qui elles-mêmes puissent être douteuses lorsqu’elles dissimulent l’horreur. Joshua Key raconte que, déjà pendant la formation de recrue, on lui a fait passer tout mouvement de compassion pour ses semblables et qu’il a été dressé pour obéir sans condition et agir de façon méprisante envers le genre humain.

«Je ne crois pas que nos généraux nous aient envoyés perquisitionner des milliers de maisons en pensant réellement qu’on coincerait des terroristes ou qu’on trouverait des armes de destruction massive. Ils nous l’ont ordonné pour punir les Irakiens et les effrayer. Aux yeux de notre armée, les Irakiens n’étaient pas des êtres humains mais des terroristes, des kamikazes, des bougnoules du désert, de la racaille. Nous devions les mépriser pour pouvoir accomplir nos missions. A l’instruction, on nous apprenait à considérer les Irakiens comme des êtres inférieurs et cette attitude nous accompagnait au-delà des mers lorsque nous partions au combat.»
Joshua Key. Ich bin ein Deserteur, p. 233
(Traduction de l’allemand par
Horizons et débats. Ce passage manque dans l’édition française.)

En Irak sa troupe de choc, ainsi que d’autres troupes de choc ont reçu l’ordre de pénétrer, nuit par nuit, dans des maisons irakiennnes, de faire sauter les portes des maisons ou même de faire irruption dans les maisons avec un char de combat, de réveiller brutalement les habitants des maisons, presque toujours des femmes et des enfants, de battre les gens, de les traiter à coups de pied, de les humilier et de tout démolir dans la maison même et de traîner hors de la maison tous les membres masculins de la famille qui mesuraient plus de 1,50 mètre. De là ils ont été transportés dans les prisons et dans les endroits de torture.
Avant, on disait toujours aux recrues qu’il s’agissait de chasser des terroristes. Un vrai combattant de la résistance cependant, Joshua Key n’en a jamais vu.
Déjà pendant la formation aux USA on leur avait mis dans la tête, à lui et aux autres recrues que tous les Irakiens étaient des terroristes, même les enfants, les petites filles et les garçons. Tout à fait en contradiction avec la propagande officielle d’après laquelle les Américains voulaient venir pour libérer les Irakiens et leur apporter la démocratie. L’humiliation de tout le peuple irakien a été planifiée d’avance. On a rabâché aux soldats des USA que tous les Irakiens étaient des créatures inférieures, pas des êtres humains.
Joshua Key raconte que les soldats américains s’étaient rués comme des barbares sur un peuple civilisé. Point d’égards envers la population civile et pour les Conventions de Genève. Les soldats des USA se déchaînent comme des forcenés, détruisent, violent et tuent à leur gré. Key décrit comment les soldats américains jouaient au football avec des têtes d’ Irakiens qu’ils venaient d’assassiner. Il raconte comment un Irakien qui n’avait rien fait d’autre que de lever sa jambe pour protester, a été tué d’une balle. Il raconte comment deux handicapés ont été maltraités par des soldats des USA. Il raconte comment une fillette de sept ans qui revenait souvent vers lui pour mendier de la nourriture pour sa famille a été tuée au bout de quelques jours à trois mètres de lui par des coups de feu dans la tête – qui venaient d’armes américaines.
On ne demande guère des comptes aux responsables. La terreur a de la méthode. Celui qui se permet la moindre protestation est puni et chicané.
Joshua Key s’est décidé à déserter et à s’enfuir à l’étranger. Pendant qu’il attend l’asile politique au Canada, de nouveau projets de guerre sont élaborés.

«Les jeunes gens doivent savoir qu’ils ne sont pas obligés de participer à des opérations militaires immorales qui leur occasionnent des tourments de conscience. Il n’est pas vrai que le soldat doit avant tout obéir à ses supérieurs. Nous devons obéir à la vérité morale qui est au plus profond de notre âme. Chacun sait ce qui est bien et ce qui est mal et nous avons le devoir d’en tenir compte, quels que soient les ordres de nos supérieurs.»
Joshua Key. Ich bin ein Deserteur, p. 249
(Traduction de l’allemand par
Horizons et débats. Ce passage manque dans l’édition française.)

Pour 60 millions de dollars, le gouvernement des Etats-Unis veut livrer des armes de guerre lourdes au Proche-Orient, à des gouvernements «amis». Ces pays doivent être armés contre l’Iran.
Le gouvernement des Etats-Unis veut lui-même attaquer le nord-ouest du Pakistan parce qu’il y aurait des camps d’al-Kaida et des Talibans. Des régions de retraite, qui, on l’apprend avec étonnement, ont été créés avec l’aide active du gouvernement des Etats-Unis fin 2001 et début 2002 (voir Michel Chossudovsky: «Rumsfeld helped Al Queda establish a stronghold in Northwestern Pakistan»  [Rumsfeld a aidé Al Kaida dans le Nord-Ouest du Pakistan à créer une base militaire], www.globalresearch.ca du 26 juillet).
Des politiciens et des officiers de carrière américains influents ont renforcé le ton envers la Russie. Quatre anciens généraux russes ont dit dans une interview avec le journal russe «Komsomolskaja Prawda» que les Etats-Unis se préparaient à une guerre avec la Russie dans le courant des dix prochaines années – parce que les réserves d’énergie russes auraient réveillé une trop grande convoitise.
Entre-temps, la crise immobilière américaine a également atteint l’Europe. Un commentateur d’un quotidien allemand («Frankfur­ter Rundschau» du 2 août) a écrit là-dessus: «Le battement d’aile d’un papillon au bord de l’Amazone, selon un exemple connu de la théorie du chaos, est capable de déclencher un cyclone en Floride. On peut observer des effets semblables sur les marchés financiers. Parce que quelques propriétaires de maisons dans le centre-ouest des USA n’ont pas pu payer leurs intérêts hypothécaires, un institut monétaire à Düsseldorf a des difficultés qui menacent son existence. De telles chaînes de causes à effets se sont créées au cours de la libéralisation des marchés financiers internationaux. Depuis, l’argent et le capital flottent librement autour du globe. Quand quelque part quelque chose est ébranlé, le tout peut se mettre à osciller à l’extrême. Ce développement rend soucieux. Les acteurs de l’économie dans le monde entier prennent des risques toujours plus grands en croyant pouvoir les porter facilement. Avec cela le danger d’une catastrophe grandit.
Le professeur français d’histoire con­temporaine, Annie Lacroix-Riz, a démontré dans un article détaillé destiné au volume de 2002 de «Europäische Integration. Deutsche Hegemonialpolitik gegenüber Westeuropa 1920–1960» (Beiträge zur Geschichte des Nationalsozialismus, Tome 18, ISBN 3-89244-607-5), comment des groupes d’intérêts économiques puissants de l’industrie chimique et de l’industrie lourde en France et en Allemagne ont fait valoir leur influence sur la politique des deux pays «pour les guider dans la direction voulue par les Etats-Unis» – c’est-à-dire vers le «développement libre des capitaux». Dans les années 1920, ces groupes d’intérêt ont affaibli la position française envers l’Allemagne et ont permis que l’Allemagne redevienne une grande puissance superarmée, et ils ont encouragé ses projets de guerre parce qu’ils espéraient ainsi dans les années 1920, pendant la guerre et finalement aussi après la guerre, la formation plus facile de cartels et avec cela des profits élevés. Une influence avec peu d’interruptions. Ainsi a été créé, d’après l’historienne française, le projet d’une communauté économique, nullement freiné par la défaite de la guerre, vendu comme un pas vers l’intégration européenne, le «projet d’une Europe dominée par l’Allemagne» – exactement dans le sens du capital des USA.
Est-ce que la vie et le vécu de Joshua Key ont un rapport avec «le développement libre du capital»? Qui et qu’est-ce qui décide de la politique de nos Etats? Quels sont les vrais objectifs de cette politique? Qu’est-ce qui nous attend, tant que les peuples ne décident pas eux-mêmes de la politique de leurs Etats? Est-ce que la «démocratie» comme on nous la vend actuellement, n’est pas seulement un emballage trompeur pour la volonté permanente de guerre, de dictature et de fascisme? Est-ce que le racisme dévastateur est le poison du «Diviser pour mieux régner»? De telles crises du profit doivent-elles toujours et encore être «résolues» en ayant recours à la violence brutale?
Joshua Key a trouvé une réponse personnelle à la situation mondiale. Peut-être pas la plus mauvaise. Il ne veut pas continuer de «fonctionner» comme un rouage dans l’engrenage de violence et il nous en a informés.
Chacun doit trouver sa propre réponse à l’état de notre terre. Qu’est-ce que je vois? Quels sont les rapports que je reconnais ou que je soupçonne? Qu’est-ce que je veux? Qu’est-ce que je veux faire? Beaucoup de réponses personnelles et décidées peuvent être autant de grains de sable dans l’engrenage de la machinerie de puissance et de guerre!     •

«Je ne suis pas optimiste quant aux perspectives de paix dans le monde. En revanche, je pense que chaque individu est capable de faire une différence.»
Joshua Key. Putain de guerre! p. 258

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Vendredi 17 Août 2007


Commentaires

1.Posté par l amerdique historique le 17/08/2007 12:10 | Alerter
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les amerdicains ont été "talmudisés" comme des veaux qu'ils sont!

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