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Le tueur de satellites oriental a frappé (Partie 2)


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Dès que la possibilité de vols en orbite fut confirmée par la pratique - premier satellite artificiel en 1957 et premier homme dans l'espace en 1961 - une mission stratégique se posa aux ingénieurs: élaborer les moyens d'agir sur les appareils ennemis. Mais si les hommes, par bonheur, n'ont pas encore eu l'occasion de faire la guerre sur orbite, les armes antisatellites, sur la base de moyens spatiaux automatiques, ont déjà une longue histoire.


Andreï Kisliakov
Vendredi 2 Février 2007

Le tueur de satellites oriental a frappé (Partie 2)


(Partie 2)

Par Andreï Kisliakov, commentateur politique de RIA Novosti



De nos jours, aucun pays ne possède de système d'armes antisatellites déployé. Par accord tacite, au début des années 1990, tous les essais sur ces systèmes ont été suspendus en Russie et aux Etats-Unis. Pourtant, la création d'armes antisatellites n'est limitée par aucun des traités en vigueur et peut donc reprendre à tout moment.

On peut affirmer que deux moyens de détruire des satellites ont été élaborés à ce jour. Le premier prévoit le lancement d'un satellite-intercepteur, lequel, à la deuxième ou troisième révolution, explose en se rapprochant de la cible. Dans le deuxième cas, un missile intercepteur cinétique, placé par un lanceur en un point donné de l'orbite, frappe la cible en faisant appel à son propre "système actif et passif de guidage". Notons que deux chasseurs, le F-15 aux Etats-Unis et le MiG-31D en Russie sont, en ce sens, les lanceurs les plus prometteurs.

Une réponse aux "saucisses" de Khrouchtchev

Les premières tentatives de détruire un satellite par un missile lancé depuis un avion ont été entreprises par les Américains en 1959. Le 3 septembre, un missile a été lancé à partir d'un B-58 en direction du satellite Discoverer-5. Mais ce tir s'est soldé par un échec. Le 13 octobre suivant, un missile Bald Orion lancé depuis un bombardier B-47 est passé à 6,4 km seulement du satellite Explorer-6, ce qui pouvait être déjà considéré comme un succès.

Après le célèbre bluff de Nikita Khrouchtchev, qui avait laissé entendre dans un de ses discours que l'URSS non seulement construisait des missiles balistiques "comme des saucisses" mais qu'elle disposait d'armes nucléaires orbitales, les Américains ont abordé d'urgence en mai 1962 la réalisation du programme de création de missiles antibalistiques à trois étages et à carburant solide Nike-Zeus. En octobre de cette même année, la crise des fusées de Cuba poussait Washington à concevoir son programme antisatellite fondé sur l'intercepteur Thor, un engin tout compte fait fort faible, susceptible, en théorie, d'atteindre un satellite situé à près de 130 km de son lieu de lancement en altitude et à 2.800 km en suivant son cap.

Et pourtant, lors de sa campagne électorale en septembre 1964, le président Lyndon Johnson a personnellement annoncé l'existence des deux systèmes antisatellites. Mais c'est uniquement au milieu des années 1980 que les Américains ont réussi à déployer un système d'interception de satellites vraiment efficace, fondé sur un intercepteur cinétique et un avion-porteur. Le 13 septembre 1985, un missile a atteint par un coup au but direct le satellite cible Solwind dont l'orbite passait à une altitude de 450 km.

Le système ASAT, constitué de 28 avions-porteurs et de 56 missiles, devient opérationnel en 1987. Mais, comme nous l'avons déjà dit, tous les travaux dans le cadre des programmes antisatellites ont été arrêtés au début des années 1990.

Une approche radicale

Dès le début, l'URSS, comme d'habitude avec tout ce qui concernait les armements, voulait régler le problème de la destruction des satellites ennemis de manière radicale. Dès 1961, le Bureau d'études de Vladimir Tchelomeï a abordé l'élaboration du programme Chasseur de Satellites (CS). Le sens du programme se résumait à ceci: au moyen d'un lanceur puissant, un satellite intercepteur était mis sur orbite. Au moyen de ses propulseurs de bord, l'appareil réalisait des manoeuvres en vue de détruire la cible, en s'approchant d'elle et en explosant.

Un satellite sphéroïde doté d'une charge nucléaire d'une puissance d'une mégatonne était projeté de manière à pouvoir se disloquer après l'explosion pour former une multitude de fragments s'éparpillant à grande vitesse à une distance de plusieurs kilomètres. Lors des tests de ce système au milieu des années 1960, on a fait appel au missile stratégique du projet R-36. Ce missile, destiné initialement à réaliser un "bombardement orbital partiel" - ses ogives volent non en suivant une trajectoire balistique mais font une demi-révolution autour de la Terre - a été entièrement retiré du service en 1984. Mais le projet lui-même s'est retrouvé à la base du célèbre RS-20 Satan, opérationnel jusqu'à nos jours.

Le système soviétique CS a été réceptionné en 1972. A l'époque, plusieurs missiles ont été placés dans des silos sur le site de Baïkonour. Les essais se sont poursuivis jusqu'au début des années 1980. Lors du dernier test qui s'est déroulé le 18 juin 1982, le satellite soviétique Cosmos-1379 a intercepté une cible imitant le satellite de navigation américain Transit.

Les vols d'essai de deux MIG-31 modifiés destinés à lancer les missiles antimissiles ont débuté à la fin des années 1980 pour être suspendus quelques années plus tard. Ainsi le modèle d'un missile intercepteur de combat n'a pas été créé.

On peut en déduire que le test chinois n'a imité en entier aucun des systèmes d'armes antisatellites connus à ce jour. Comme toujours, Pékin a préféré être original, collectant, par fragments, tout et de partout.

Et pourtant, ce qui se dessine après ce test chinois promet des choses fort désagréables.

(A suivre).


Vendredi 2 Février 2007

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