Conflits et guerres actuelles

Le triangle de la «trahison»


Pensant compter sur le soutien total de la communauté internaAvant ce 12 juillet 2006, les Libanais pensaient vivre dans un havre de paix, eux qui avaient connu les affres de la guerre et payé de leur sang les clivages politiques, l’ingérence syrienne et l’invasion israélienne de 1982.
tionale, pays arabes, Europe et Amérique en tête, ils assistent à présent, désabusés, à ce qui ressemble à une véritable trahison.


Farid@evhr.net
Dimanche 23 Juillet 2006

Triple trahison pour ce petit pays qui pensait bénéficier de tous les égards. Arabe tout d’abord. Après le déni que la Ligue arabe a manifesté à ce pays pendant sa guerre civile, l’organisation continue sur le même chemin et ne change rien à son odieuse impuissance. Les pays arabes, quant à eux, ne sont pas en reste. Les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, étaient considérés comme le principal soutien aussi bien politique que diplomatique au pays du Cèdre. Le temps aura prouvé que ce n’était qu’un leurre, et que Riyad aura fini par pencher vers son allié traditionnel pourtant situé de l’autre côté de la terre. Les propos déplorables de son inamovible ministre des Affaires étrangères, le jour du début de l’offensive israélienne, auront choqué l’ensemble des peuples arabes. Voulant vraisemblablement se substituer à eux, Saoud Al Fayçal a qualifié les attaques du Hezbollah d’aventurisme, et a certainement dû omettre au passage de critiquer la réaction sauvagement disproportionnée de l’Etat hébreu. Toujours dans la région, soixante-dix millions d’Egyptiens ont dû avoir honte de la position de leur gouvernement. Allié traditionnel des Etats-Unis, Le Caire, faisant fi de tout sentiment de solidarité à l’égard d’un mouvement qui, après des années de lutte, aura réussi à mettre dehors l’armée israélienne du sud du Liban en mai 2000, s’est joint à la position saoudienne, imputant au Hezbollah la responsabilité de l’escalade. Ne manquait plus au tableau que le souverain hachémite. En digne représentant des intérêts américains dans la région depuis la disparition de son père, le roi Abdallah II de Jordanie n’aura pas eu besoin de parler pour que le monde entier devine sa position clairement pro-israélienne.

La deuxième trahison à l’encontre du peuple libanais viendra d’Europe. L’appui diplomatique du Vieux Continent au Liban volera en éclats après le début de la guerre de Ehud Olmert. La France, pays «ami» du Liban, aura sombré dans une impuissance déconcertante, prouvant encore une fois qu’elle n’a plus de poids diplomatique, ni en Europe ni dans le monde. Ni l’intervention du président français, ni la visite de son Premier ministre à Beyrouth, ni la tournée de son médecin reconverti dans la diplomatie n’auront pu faire entendre la voix de la raison à un pays qui, apparemment, vient de la perdre. Aggravant les clivages qui existent au sein de l’Union européenne, la chancelière allemande confirme encore une fois la fin de la période de lucidité politique qui était de mise à Berlin au temps de son prédécesseur. Puisant dans un suivisme déroutant, Angela Merkel renforce ainsi la position de Tony Blair considéré jusqu’à récemment comme le seul relais de Washington en Europe. Romano Prodi sauve l’honneur d’une Europe encore plus vieillissante que ne l’avait dit Donald Rumsfeld. Le nouveau président du Conseil italien est le seul à se démener avec l’aide de son ministre des Affaires étrangères, Massimo D’Alema, pour mettre fin au drame que vivent les Libanais depuis douze longs jours déjà.

La troisième et dernière trahison viendra évidemment des Etats-Unis. Ce pays qui nous avait pourtant habitué à ses frasques aussi fourbes les unes que les autres, réussit quand même à nous surprendre à chaque fois.
Après avoir déroulé le tapis rouge au Premier ministre libanais Fouad Siniora, il y a seulement quelques mois à Washington, l’administration Bush revient à de meilleurs sentiments, et se rend compte qu’Israël ne peut partager avec d’autres pays un soutien dont il bénéficie depuis plus de cinquante-huit ans.
Après avoir dicté sa loi aux nouvelles autorités libanaises, demandé puis obtenu le départ des troupes syriennes du pays, l’administration américaine abandonne le Liban à son sort après y avoir obtenu les changements qu’elle voulait, et marchande de manière sordide l’évacuation de ses ressortissants du pays.
Après avoir donné son feu vert au gouvernement israélien pour mener à bien son opération d’éradication du Hezbollah, les Etats-Unis semblent aujourd’hui décidés à tout faire pour couvrir l’Etat hébreu, et surtout à lui fournir tout le temps nécessaire pour qu’il mène à bien et à terme son expédition punitive qui, en visant un mouvement, pulvérise tout un peuple.
Une triple trahison qui fait autant de mal aux Libanais que les tonnes de bombes que déversent chaque jour sur eux les F-16 de l’aviation israélienne.


Mohamed Khaled Drareni
La Tribune -Algerie-
23 juillet 2006


Dimanche 23 Juillet 2006


Commentaires

1.Posté par karim chalal le 22/01/2007 11:53 | Alerter
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extraordinaire, bien écrit et surout vrai. encore bravo

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