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Le texte intégral de l’interview de M. Zarif avec la publication de l’Institut culturel et scientifique de la « Société asiatique ». La Jordanie et les Etats-Unis, héritiers de Zarqaoui


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M. Javad Zarif, en tant que représentant permanent de la RII, à l’ONU, a présenté, le 5 août 2003, ses lettres de créances au Secrétaire général de l’ONU. Ce diplomate chevronné a occupé divers postes, au Ministère iranien des affaires étrangères et auprès d'organisations internationales.


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Mercredi 28 Février 2007

  Le texte intégral de l’interview de M. Zarif avec la publication de l’Institut culturel et scientifique de la « Société asiatique ». La Jordanie et les Etats-Unis, héritiers de Zarqaoui
A partir de 1992, jusqu’à sa nomination, en tant que représentant permanent de la RII, auprès de l’ONU, il a été vice-Ministre iranien des affaires étrangères, chargé des questions juridiques et internationales.

Depuis deux décennies, M. Zarif a joué un rôle actif à l’ONU, au sein du Mouvement des Non-alignés et de l’OCI.

Par ailleurs, il a, récemment, été nommé, en tant que membre de la délégation, désignée, par le Secrétaire général de l’ONU, pour le dialogue entre les civilisations.

Dans son interview exclusive avec l’Institut de la « société asiatique », il a évoqué de nombreuses questions importantes, dont le programme nucléaire iranien, les conflits en Irak, les violences inter-ethniques et les déclarations du Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad sur Israël. Voici le texte de l’interview.


Q- Ne sont pas rares les analystes qui croient que les accusations, proférées, par l’administration Bush, à l'encontre l’Iran, sont similaires à celles des Etats-Unis sur l’Irak, avant l’attaque contre ce pays, en 2003. Est-ce que cela a eu un impact sur la politique régionale de l’Iran ?

R- La stratégie américaine sur l’Irak consiste, pour l’heure, à se lancer dans une fuite en avant ou à falsifier les nouvelles réalités, en les conformant à la politique qui prend ses racines dans la situation intérieure des Etats-Unis, politique, dont les perspectives ne sont, guère, prometteuses.

Il est vrai que la nouvelle politique américaine a été fondée sur la désinformation et que cela n'arrangera pas son affaire.

Je crois que les Etats-Unis ont tenu à recourir, une nouvelle fois, à cette même stratégie envers le dossier nucléaire iranien. Par conséquent, tout le monde doit s’inquiéter sur les retombées de cette désinformation, désinformation, dont l’objectif n’est que de justifier les desseins politiques que recherche l’Amérique, en Iran.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que Washington tente de créer une nouvelle crise, dans la région, et nous nous devons de prendre des mesures pour juguler cette crise.

Au cas où les faucons de la Maison Blanche parviendraient arrivés à créer une telle crise, ses répercussions régionales outrepasseraient les frontières iraniennes.

Q- De quelle crise parlez-vous ?

R- Il s’agit du climat malsain que l’Amérique tente d'établir, à l’intérieur de l’Irak, afin de justifier ses échecs dans ce pays. Je crois que semer la discorde entre les Chiites et les Sunnites s'inscrit dans le cadre des tentatives américaines dans ce domaine.

C’est le premier prétexte dont profitent les Etats-Unis et Israël pour créer une coalition contre l’Iran. Cependant, une telle démarche qui cible, avant quiconque, l’Iran, aura des conséquences néfastes pour d’autres pays, y compris, l’Inde et le Pakistan, qui sont victimes de divergences inter-ethniques et inter-confessionnelles.

Nous sommes encore en train de réparer les litiges inter-ethniques et inter-confessionnels, apparus, après la victoire de la Révolution islamique et l’occupation de l’Afghanistan par l’Union soviétique, litiges derrières desquels, comme aujourd’hui, on trouve la main des Etats-Unis.

A cette époque-là, ces derniers ont utilisé le Wahhabisme comme une force dissuasive, face au communisme et à la Révolution islamique d’Iran. Washington et ses alliés régionaux qualifiaient la révolution iranienne de révolution chiite.

On aurait pu penser que ceux-ci avaient tiré leçon des événements du 11 septembre. Ceci étant, on semble être témoin de la répétition de la stratégie américaine, en Irak.

Tout le monde se souvient comment Zarqaoui a tenté d’attiser les différends entre les Chiites et les Sunnites irakiens.

Les services de renseignements américains ont découverts des CD, dévoilant les activités de Zarqaoui et d’Al-Qaïda, pour créer des dissensions entre les Chiites et les Sunnites en Irak, en recourant à tous les moyens contre les Chiites et avec pour objectif de créer une guerre intestine.

On pouvait penser qu'après la mort de Zarqaoui, tout irait bien, mais des éléments dans la région, avant même que des conflits inter-ethniques n'éclatent, ont commencé à parler de l'hégémonie des Chiites dans la région.

On se souvient de l'affaire du croissant chiite et des déclarations sans fondement faites à l'intérieur des Etats-Unis, avec des objectifs tout à fait politiques. Toutefois, tous ces propos ont été, malheureusement, pris au sérieux et sont devenus une réalité, dans la politique actuelle.

Les retombées de telles évolutions seront aussi destructives que le wahhabisme, après l'occupation de l'Afghanistan par l'ex-URSS et la Révolution iranienne.

Q- Vous dites donc que les accusations de l'administration américaine, comme quoi l'Iran soutiendrait les milices chiites en Irak, sont sans fondement ou que l'objectif de telles allégations est de suggérer que l'Iran est à l'origine des échecs des Etats-Unis, en Irak?

R- Le rapport de la sécurité nationale des Etats-Unis, dont les deux pages ont, récemment, été rendus publics, est contradictoire. Ledit rapport souligne, explicitement, que les violences et les conflits inter-ethniques, en Irak, prennent leurs racines dans la crise intérieure et que les ingérences étrangères, dans ce domaine, n'y jouent aucun rôle.

Mais, puisque le rapport en question doit se soumettre à la politique officielle de l'administration américaine, il a fait allusion au rôle de l'Iran et de la Syrie, dans l'envoi d'armes meurtrières en Irak. Notons, cependant, que les divergences religieuses ne sont pas du tout dans l'intérêt du monde l'Islam. L'Iran ou toute autre minorité souhaite toujours mener une coexistence pacifique avec la majorité. Par conséquent, l'Iran soutient toujours le rapprochement entre les Chiites et les Sunnites, non seulement, en Irak, mais encore à travers tout le monde de l'Islam.

Une grande partie de la diplomatie iranienne s'axe sur le maintien de l'unité islamique dans la région.

Le fossé religieux et ethnique et les violences inter-ethniques, en Irak, auront, certainement, des retombées d'envergure qui ne sont pas du tout dans l'intérêt de l'Iran.

Au contraire, l'Iran se félicite des développements de l'Irak post-Saddam où la majorité irakienne est autorisée à être présente au sein du gouvernement irakien. Pourquoi l'Iran devrait-il nuire à un gouvernement qui fait partie de ses amis? Pourquoi l'Iran devrait-il porter atteinte à un tel acquis?

L'Iran est le seul pays à avoir adopté une bonne attitude envers l'opposition irakienne. D'autres pays, qui soutenaient, jadis, le régime de Saddam, n'entretiennent pas, pour l'heure, de bonnes relations avec le gouvernement d'Al-Maliki. En fait, il n'existe aucun document, prouvant que l'Iran tente de porter atteinte au gouvernement irakien.

Les Etats-Unis ont été incapables de présenter toute preuve à ce propos, mais ils prétendent que les armements à la disposition des milices irakiennes sont fabriqués en Iran. Je me demande si les armements en question n'ont pas été, plutôt, "made in USA".

Les marchands d'armes exposent, librement, leurs armes, sur les marchés internationaux.

A titre d'exemple, une grande quantité d'armes, qui ont été fabriquées dans les usines israéliennes, sont utilisées par le Hamas et d'autres groupes palestiniens ou achetées au marché noir. On doit prendre en considération les réalités actuelles et les motifs.

On doit, donc, s'interroger sur le motif qui pourrait inciter l'Iran à perturber l'ordre et la sécurité irakienne.

Force est de constater que les Etats-Unis s'enlisent, maintenant, dans la crise irakienne, crise dont Washington, elle-même, est à l'origine et que l'on pouvait prévoir.

Je vous demande de lire les rapports sur les réunions du Conseil de sécurité, quelques semaines avant l’occupation de l’Irak. Chacun des ambassadeurs des pays de la région, dont moi-même, nous avons déclaré, clairement, que l’une des conséquences de l’occupation serait d'intensifier l’extrémisme dans la région. Tous ceux qui connaissaient la région ont tenu les mêmes propos. Par conséquent, les Etats-Unis ne se heurtent pas à des défis inattendus en Irak. C’est le résultat naturel de l’occupation, qui a été, malheureusement, suivi des souffrances des Irakiens. Certes, cela ne justifie pas le massacre d'innocents, au nom de la résistance ou toute autre chose. En fait, les Etats-Unis doivent faire face aux conséquences de leurs propres politiques, en Irak.

Q: Ce que vous venez de dire montre que vous croyez probablement ce que beaucoup croient. Vous acceptez que c'est l’Iran qui a profité le plus de l’occupation irakienne. Un expert dans le domaine de la politique étrangère américaine a déclaré, l’année dernière, en réponse à cette question, qu' au cours de ces 5 dernières années, c'était l’Iran qui en était sorti renforcé. Il y a, également, le Hamas, le Hezbollah qui est plus fort que jamais. Le prix du pétrole est d'environ 70 dollars. Après 400 ans de gouvernements sunnites, un gouvernement chiite est au pouvoir en Irak, et les Iraniens sont la puissance étrangère dominante. L’Iran détient la principale influence politique et économique, dans l’ouest de l’Afghanistan, qu’en pensez vous?

R: D’abord, il faut aborder les réalités de la région dans une perspective à long terme. Malheureusement, les hommes d’Etat américains ont une approche succincte, aussi bien, à propos du passé qu’à propos de l’avenir. L’histoire ne commence pas par l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak par les Etats-Unis. L’histoire a commencé longtemps avant. Les Etats-Unis ne recueillent que les fruits de leurs politiques précédentes et l’Iran profite, également, de ses politiques de longue date, politiques qui ne commencent pas par l’occupation de l’Afghanistan et l’Irak par les Etats-Unis. Quant à la vision de l’Iran, il ne pense pas que la seule élimination des Talébans et de Saddam lui est profitable. Bien sûr nous sommes contents que ces deux principales menaces pour nous et pour la région et pour leurs propres peuples aient été éliminées. Mais nous devons, également, penser aux conséquences durables de l’occupation. L’occupation fait naître la résistance et la résistance pourra aboutir à l’extrémisme et cela n’est dans l’intérêt d’aucun pays de la région, y compris, l’Iran. Par conséquent, ceux qui pensent que l’Iran est content des troubles créés par les Etats-Unis sur les frontières, ont grand tort, car la stabilité et la sécurité sont importantes pour l’Iran, tandis que les Etats-Unis peuvent quitter la région. Ceux qui pensent que nous devons remercier les Etats-Unis pour avoir créé des troubles dans la région, doivent vivre dans un autre monde. Nous sommes témoins d’une grande tragédie dans la région due aux politiques américaines. Je demande, donc, à de tels experts d’étudier, à nouveau, le passé et de penser, à nouveau, à l’avenir.

Q : Qu'entendez- vous par les politiques du passé ?

R: En fait, ce sont les Etats-Unis qui ont créé Al-Qaïda et les Talibans et qui ont renforcé et soutenu Saddam.

Q: Les Etats-Unis sont en train d’envoyer un autre porte-avion, dans le golfe Persique et 21.000 effectifs supplémentaires, en Irak. Quelle est la réponse de l’Iran à ce renforcement militaire, dans la région?

R: Les Etats-Unis ont, à présent, 140.000 effectifs, en Irak, quel est l'intérêt pour Washington ? Depuis des années, les porte-avions américains font la navette dans le golfe Persique. Mais qu’ont-ils fait, en dehors de massacrer des innocents, comme, par exemple, l’attaque contre un avion de ligne iranien. Ont-ils apporté la sécurité à la région. Examinez les politiques américaines pour voir si elles ont apporté la paix et la sécurité dans notre région. Nous croyons que tout renforcement militaire est, par sa nature, dangereux, et pourra intensifier l’éventualité de l’éclatement d'incidents. Les politiques déclarées de Washington et celles qui ont été dictées, par les hommes d’Etat, aux militaires, auront des conséquences néfastes et prépareront le terrain à de graves incidents, très dangereux, aux conséquences imprévues. Je pense que cette démarche est dangereuse et les Etats-Unis ne parviendront pas aux objectifs escomptés.

Q: Les autorités américaines ont affirmé qu'elles s'arrogeaient le droit d’attaquer les objectifs iraniens, en Irak, et non ailleurs

Réponse :

Ont-ils un tel droit pour le conserver?

Q: Pourquoi l’Iran n’a pas répondu à l’arrestation de 5 diplomates Iraniens par les militaires américains ?

R: Ils étaient, en Irak, à l’invitation du gouvernement de Bagdad, et c'est à lui d'agir pour leur libération. Ce n'est pas la loi de la jungle qui règne pour nous autoriser à exercer notre propre politique. L’Irak a un gouvernement indépendant et nous croyons que le gouvernement de Bagdad doit agir de manière à ce que son indépendance et ses droits soient reconnus par les occupants. Et nous serons le dernier pays à croire qu’il faut exercer nos lois, dans les affaires internationales.

Q: Ray Takeyh ( membre du conseil des relations internationales des Etats-Unis ) a écrit, il y a quelques mois, dans le "Financial Times", que, comme la Chine, l’Iran se prend pour une puissance régionale qui a un rôle clé, dans le règlement du conflit, au Moyen Orient. « Il n’y aucune solution pour la guerre en Irak ou les troubles, au Liban, sans la participation active de l’Iran. Par conséquent, les partisans de ce gouvernement religieux ne ressentent pas le besoin d’obtenir l’avis favorable des Etats-Unis et l’aide économique de l’Europe, pour se voir contraint au compromis. » Est-ce que vous croyez que cette vision est juste ?

R: C’est un point de vue. Je crois que l’Iran a fait preuve de retenue et s’est déclaré disponible à toute coopération. L’Iran a montré beaucoup de flexibilité pour avancer des propositions à l’Europe, afin de dissiper les malentendus et les inquiétudes, au sujet de toute dérive dans son programme nucléaire, mais ils ont qualifié cette coopération de signe de la faiblesse, bien qu'ils aient compris, finalement, qu’ils avaient eu tort. L’Iran n'a pas fait appel à de nouveaux moyens, pour ne pas se plier aux exigences de l’Occident. En fait, l’Iran a déployé beaucoup d’efforts pour la coopération, et a créé beaucoup d’occasions pour négocier, mais ils avaient une conception erronée, et n’ont pas pris au sérieux les efforts iraniens, en adoptant une attitude de face à face, afin d'imposer leurs exigences à l’Iran. Bien sûr, l’Iran ne pliera jamais l'échine devant eux. C’est à eux maintenant de comprendre ces vérités : Il n’y a pas de nouvelles réalités, ces réalités ont, toujours, existé. La place de l’Iran est une réalité. L’Occident aurait dû le comprendre bien avant la guerre au Liban et en Irak. A cause de son vaste territoire, sa population, ses richesses naturelles et sa place géostratégique, l’Iran a beaucoup de poids, mais ils veulent l'ignorer. L’Iran jouit d’une histoire ancienne et glorieuse et les Iraniens ne se soumettront jamais à la tyrannie. Les Occidentaux n’ont même pas compris cela. A présent, une série de ces évaluations erronées de l’Occident a abouti à la situation en cours. Je crois que qu’ils doivent réviser leurs évaluations précédentes et essayer de se rapprocher des réalités actuelles, au 21ème siècle, en s'éloignant des critères du 19ème siècle.

Q: Pourquoi faites-vous allusion au 19ème siècle ?

R: Car, à cette époque, la menace et l’utilisation de la force étaient reconnus comme un droit de souveraineté, et cela a été déclaré illégal par la charte des Nations-unies. Mais ils annoncent que l’option de la force est toujours valable, et cela est ridicule et contradictoire avec ce qu’ils prétendent au sujet de l’Etat de droit. Même s’il existait une option pour l’utilisation de la force, dans le cadre du Droit international, ils pouvaient la prendre ou la rejeter, mais une telle option n'existe pas. La loi de jungle, c’est la loi du 19ème siècle, où il semble vivre toujours, une telle loi leur permettait d’utiliser la force, si besoin était. Ils doivent comprendre les réalités du 21ème siècle. Ils doivent tirer leçon de leur expérience du passé. Ces réalités témoignent que la plus grande puissance du monde se trouve piégée dans un pays détruit par 12 ans de sanction et démembré, même, avant la guerre. La plus grande puissance du monde n’est pas en mesure d’établir la stabilité et la sécurité, en Irak, et même d'assurer la sécurité de ses propres forces. Dans le cadre des lois, l’utilisation de la force ou de la menace n’est plus une option, Cela est issu d’une vérité politique. Et il est important qu’ils comprennent que l’utilisation de la force ou de la menace n’est pas utile dans la politique étrangère.

Q: Vous avez parlé de l’instabilité régnant dans la région, c’est vrai. A votre avis, n’est-il pas dans l’intérêt de l’Iran de fabriquer l’arme atomique ?



R: Non, nous sommes d’avis que l’arme atomique ne contribuera au renforcement de la sécurité d’aucun pays. Avec tous nos respects, nous ne pensons pas que l’arme atomique ait renforcé la sécurité de l’Inde ou celle du Pakistan. Tout compte fait, il n’est pas rationnel pour l’Iran de se doter de l’arme atomique. C’est pourquoi, en 1998, à la suite de l’essai atomique de l’Inde et du Pakistan, l’Iran s’est rendu à la Conférence sur le désarmement, en demandant que le TNP soit généralisé, car, d’après nous, notre sécurité nationale se définit ainsi : notre sécurité nationale est basée sur le fait d’empêcher la course aux armements et sur les efforts déployés pour l’élimination de toutes les armes atomiques.



Q: Quelle était la position du gouvernement iranien, à propos du discours de Bush sur l’état de l’Union », dans lequel il a dit que le monde n’autoriserait pas le régime de Téhéran d’avoir accès aux armes atomiques. Si vous pensez que l’Amérique est en train de constituer de faux documents et preuves contre l’Iran, pourquoi votre gouvernement répond-t-il au discours de Bush, discours dans lequel, l’Iran a été, à maintes reprises, pris pour cible ?

R: Je pense que le Président Bush, qui ne peut pas refléter facilement les points de vue du peuple américain, aurait du mal à parler au nom du monde entier ? De telles politiques ne bénéficient pas d’assez de soutien à l’intérieur des Etats-Unis. A mon avis, l’Amérique devrait renoncer à ses prétendre qu’elle est le représentant de la Communauté internationale.

Ce que je constate, c’est que la Communauté internationale s’exprime dans la déclaration des dirigeants de 118 pays membres des Non-alignés qui soutiennent le droit à la maîtrise du cycle du combustible par l’Iran et qui s’oppose à tout effort visant à exercer des pressions sur les pays, pour arrêter leur programme nucléaire, à fins pacifiques, et ceci sur la base de délais artificiels fixés par les Etats-Unis. Ceci constitue un point important.

Si le Président Bush souhaite vraiment ne pas voir fabriquer des armes atomiques, nous aussi, nous sommes d’accord avec lui, pour lui dire que l’Iran ne produira jamais d’armes atomiques, c’est ce que nous voulons. Mais le Président Bush ne souhaite pas parler de l’interdiction de la prolifération des armes atomiques, car les Etats-Unis contribuent, eux-mêmes, à leur prolifération, leurs récents accords passés avec les pays qui fabriquent des armes atomiques viennent à l’appui de cette affirmation.

Je veux dire par là son accord avec Israël. Les Etats-Unis ont permis aux savants atomistes d’Israël d’utiliser leurs installations nucléaires, conformément à un accord conclu, récemment, et bien avant l’accord nucléaire conclu avec l’Inde qui a suscité tant de tapages.

C’est pourquoi, moi, personnellement, je ne pense pas que l’inquiétude principale tourne autour de la propagation et de la prolifération des armes atomiques. Ce qui compte, c’est le climat de confiance et le fait que le programme nucléaire iranien ne se transformera jamais en un programme militaire. A partir de là, l’Iran peut coopérer en présentant des propositions. Cela peut créer un climat de confiance, tandis que les propositions faites par le Président Bush ne nous donnent jamais l’assurance que la prolifération n’aura pas lieu. Par conséquent, les politiques de Bush évoquées dans son discours sur l’état de l’Union, sont des politiques coercitives et de terreur, et elles ne recevront pas de réponse.





Q: Comment répondez-vous à la vaste inquiétude suscitée par les déclarations du Président Ahmadinejad concernant l’élimination d’Israël de la carte du monde ? A l’heure actuelle, il y a des personnes qui pensent que le programme nucléaire iranien est une menace sérieuse et mortelle pour Israël ? Qu’en pensez-vous ?



R: Le Président Ahmadinejad et le gouvernement iranien ont, à maintes reprises, annoncé qu’ils ne menaceraient aucun membre de l’ONU.

Nous n’avons jamais eu recours à la force contre qui que ce soit. Nous ne menaçons personne par la force. Je sais bien qu’il y a des personnes qui tentent de se servir de déclarations particulières faites dans un cadre bien défini, mais force est de constater qu’Israël, les Etats-Unis, voire, l’Angleterre, ont menacé, officiellement, l’Iran de recourir à la force. Au lieu de procéder à de tels tapages autour des menaces proférées par l’Iran, ces pays pourraient exprimer des propos semblables aux miens. Ils devraient dire que l’Iran n’a jamais utilisé la force contre aucun membre de l’ONU.

Permettez-moi de vous demander si ces pays pourront répéter ces simples propos sur l’Iran ? Ceci est, précisément, le 4ème paragraphe du chapitre 2 de la Charte des Nations-unies.

Q: Que voulez-vous dire en réitérant le fait que les déclarations de ces pays ont été faites en dehors d’un cadre défini ?



R : L’Iran n’a jamais menacé Israël de recourir à la force et le Président s’est exprimé de manière transparente sur ce sujet.



Q : Que voulez-vous dire par l’élimination d’Israël de la carte du monde ?



R : Si vous voulez engager une discussion sur les citations, vous verrez que les citations menaçantes contre l’Iran ont été faites, depuis longtemps, avant même l’élection du Président Ahmadinejad, et les responsables israéliens, comme Shimon Pérez, ont déclaré, récemment, que l’Iran devait être éliminé de la terre. Malheureusement nous n’avons vu aucune réaction à ce sujet.



Q : Jusqu’à quel point espérez-vous trouver un solutionnement pacifique à la question nucléaire iranienne ?



R : S’il y a une réelle intention de trouver un règlement pacifique, ce solutionnement existe. Je sais que l’on peut trouver une solution pacifique, mais si l’on cherche à procéder à des opérations de représailles, dans ce cas là, il sera difficile de trouver une solution pacifique.



Q : Qui sont ceux qui souhaiteraient procéder à des représailles et qui sont ceux qui veulent un solutionnement pacifique ?

R : Très certainement l’Iran n’a aucun goût pour les représailles. Nous l’avons annoncé, clairement, et nous avons, aussi, proposé des options, pour ce faire. Plusieurs options ont été présentées par l’Iran, conformément auxquelles et compte tenu d’une évaluation objective des réalités, la production d’armes atomiques, par l’Iran, était impossible. Ainsi, si, vraiment, ils désirent résoudre le problème, ils pourront examiner ces propositions. A propos de l’Irak, l’Iran a annoncé qu’il était prêt à aider le pays à rétablir la stabilité et la sécurité dans le pays. L’Iran a coopéré avec le gouvernement irakien et il poursuivra cette coopération.



Q: A votre avis est-ce que le Hamas est un mouvement terroriste ?



R: Non



Q: Et le Hezbollah ?



R : Non. Permettez-moi de vous interrompre ici. Il ne s’avère pas nécessaire que vous me posiez cette question, car nombre de pays ne considèrent pas ces deux mouvements comme terroristes. A présent, la question que l’on doit poser aux Etats-Unis est de savoir pourquoi ils coopèrent avec des organisations qu’ils qualifient, eux-mêmes, de terroristes ? Le monde ne croit pas que le Hezbollah et le Hamas sont des organisations terroristes. Ces deux mouvements sont des partis politiques officiels qui occupent des sièges au parlement.

Le Hamas a remporté les élections, mais les Etats-Unis ne le souhaitaient pas.

Les Etats-Unis ont boycotté le Hezbollah et ses membres au Parlement libanais, tout simplement, parce qu’ils ne les aimaient pas.

Les Etats-Unis ou Israël considèrent comme terroriste une organisation qui est exerce une résistance légitime devant l’occupation étrangère.

Une organisation ne devient pas, automatiquement, terroriste, parce que l’Amérique ou bien Israël décident de lui attribuer ce qualificatif.

Allez consulter les points de vue de la Communauté internationale. La difficulté provient du fait que les Etats-Unis pensent parler au nom de la Communauté internationale. Mais la question qui se pose est de savoir quelle est l’attitude des Etats-Unis, face aux organisations terroristes ? Pourquoi l’Amérique coopère-t-elle avec elles ?



Q: Quelle organisation voulez-vous dire ?



R: A titre d’exemple, je vous parle du MKO, (les hypocrites).

En vérité, en Irak, les Etats-Unis soutiennent ces derniers et concluent des accords avec eux. A votre avis, est-ce que les Etats-Unis acceptent qu’un pays abrite Al Qaïda, conformément à la 4ème Convention de Genève, un réseau qui est connu comme terroriste, au niveau mondial ?

Le terrorisme ne doit, donc, pas être une étiquette, une simple étiquette, pour faire face aux ennemis. Vous devez prendre en considération les conditions et les caractéristiques objectives de la question. Vous devez mettre en application ces conditions et agir ensuite.



Q: Vous répondez à une partie de mes questions.

Comment l’Amérique doit-elle se comporter avec les représentants de ces partis, à savoir, le Hamas et le Hezbollah?

R: Moi, je pense que l’Amérique doit annoncer, clairement, pour quoi elle lutte, en l’occurrence, la « démocratie ».

Pourquoi, lorsque le peuple palestinien vote unanimement, en faveur du Hamas, lors d’élections que, même, les observateurs américains ont reconnu s’être déroulées, en totale liberté et équitablement, le gouvernement américain s’y oppose et sanctionne la nation palestinienne, pour avoir mis en application la démocratie, au cours des élections ?

Pourquoi l’Amérique sanctionne-t-elle les Libanais pour avoir mis en exercice la démocratie ou bien parce que ces derniers demandent la mise en application de la démocratie ?

Par conséquent, si, pour les Etats-Unis, la démocratie signifie la victoire de ceux qui soutiennent l’Amérique, ils doivent, explicitement, donner cette définition de la démocratie. On doit être franc.



Q: Sur quelle base l’Iran souhaite établir ses relations avec le Venezuela ? Quel pays revêt une importance toute particulière pour l’Iran, pour y développer ses relations? Et sur quelles valeurs communes ces relations seront-elles basées ?



R: L’Iran souhaite le développement des relations bilatérales avec tous les pays et dans ces relations, nous avons adopté une position transparente. Il y a beaucoup d’affinités communes entre l’Iran et de nombreux autres pays. Nous entretenons de bonnes relations avec les pays d’Amérique latine et avec d’autres pays du Moyen-Orient. Nous avons plusieurs bureaux de représentations diplomatiques, en Amérique du sud et centrale.



Q: Pourquoi en est-il ainsi ?

R: Parce que l’Iran est un grand pays. L’Iran a toujours été un pays important et il a des bureaux de représentation dans de nombreux pays.

Au sujet des relations entre l’Iran et le Venezuela, il existe des politiques et des points de vue, comme, par exemple, par rapport à l’aventurisme des Etats-Unis, que les deux pays partagent. En outre, nous sommes tous les deux des pays producteurs de pétrole et nous possédons des points de vue communs à ce sujet, ce qui rend le terrain favorable à une coopération accrue entre les deux pays.


Mercredi 28 Février 2007

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